Le Brexit n’a pas achevé l’UE… | Causeur

Le Brexit n’a pas achevé l’UE…

Rassurez-vous, l’Allemagne y travaille!

Publié le 20 juillet 2016 / Monde Politique

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Theresa May, qui a succédé à David Cameron au poste de Premier ministre du Royaume-Uni, rend visite à Angela Merkel ce mercredi. A y regarder de plus près, c'est sans doute plus l'Allemagne qui finira par avoir raison de l'Union européenne plutôt que le résultat du référendum sur le Brexit...

Theresa May et Angela Merkel doivent se rencontrer à Berlin ce mercredi 20 juillet (Photo : SIPA.AP21921548_000001)

Quand les Alain Minc, Jacques Attali ou Laurent Sagalovitsch auront séché leurs larmes, desserrés leurs petits poings rageurs, se seront lassés d’insulter les électeurs britanniques et de composer des odes au retour du suffrage censitaire, on leur conseillera de porter leur regard extralucide dans une autre direction, par exemple celle de l’Italie, dont l’économie envoie en ce moment des signaux beaucoup plus inquiétants que le Brexit.

Les Britanniques et Barroso (dont on a appris, tout récemment, le passage chez l’ennemi Goldman Sachs) feraient-ils leurs bagages au bon moment ? Les banques de la quatrième économie d’Europe gèrent actuellement 360 milliards de créances douteuses et auraient besoin, comme l’affirme le magazine The Economist, d’un sérieux « nettoyage », c’est-à-dire d’une nouvelle injection d’argent public que n’autorise pas la réglementation européenne. Les banques italiennes ont actuellement besoin de 40 milliards d’euros pour éloigner le spectre d’une faillite en cascade. Or, les institutions de la zone euro proscrivent toute aide publique directe aux banques en difficulté et l’Allemagne s’impose en la matière comme le gardien intransigeant des tables de la loi européenne, refusant tout assouplissement de la règle qui, selon Berlin, minerait la crédibilité des institutions bancaires européennes. De la même manière que la Grèce avant elle, l’Italie se voit donc plombée par une gestion bancaire inconséquente et corsetée par la réglementation européenne.

Les conséquences à prévoir pourraient être bien plus lourdes que celles du Brexit qui a mis en émoi nos éditorialistes de choc. Pour un consultant d’une grande succursale bancaire implantée à Paris : « Le PIB italien c’est dix fois celui de la Grèce. A côté de la perspective d’une faillite bancaire en chaîne en Italie, la crise grecque c’est peanuts. » Si l’Italie se trouve confrontée à une crise bancaire, l’onde de choc serait autrement plus dévastatrice que celle du Brexit. Les actionnaires des banques italiennes étant en majorité des particuliers plutôt que des institutions, les dépôts de bilan pourraient entraîner un appauvrissement d’une partie de la classe moyenne italienne et avoir quelques conséquences électorales fort néfastes pour Matteo Renzi, confronté lui aussi à la perspective d’un référendum pour sa réforme constitutionnelle en octobre prochain et à l’irrésistible ascension du Mouvement 5 étoiles.

Et s’il n’y avait que l’Italie… Le 7 juillet dernier, la Commission européenne a publié un rapport dénonçant une nouvelle fois la situation budgétaire du Portugal et de l’Espagne et menaçant ces deux pays de sanctions. A l’heure où les bonnes âmes et les dirigeants européens appellent à une « refondation » et à une solidarité « post-Brexit », l’Allemagne n’a pas fait grand cas, semble-t-il, des intentions généreuses et des appels à la fraternité continentale. Ce qui obsède toujours l’Allemagne d’Angela Merkel reste la préservation des épargnants et l’équilibre budgétaire, menacé en Allemagne par la facture du système de retraite alourdie par une démographie sans cesse déclinante. De Berlin, on continue donc à crier haro sur les mauvais gestionnaires et sur ceux qui réclament une politique d’investissements publics qui pourrait bouleverser le dogme de l’austérité.

Les drôles de remèdes de nos voisins germains

Depuis fort longtemps déjà, l’Allemagne semble considérer seulement que ce qui est bon pour elle doit nécessairement l’être pour l’Europe et semble entraîner tout le continent dans une fuite en avant qui ne cesse de s’accélérer. Du dogmatisme économique à la gestion effarante de la crise migratoire jusqu’à l’accord passé avec la Turquie, ce n’est pas tant le Royaume-Uni qui menace aujourd’hui la stabilité du continent que l’intransigeance aveugle d’Angela Merkel et le mépris affiché par Berlin vis-à-vis de ses partenaires européens.

La dernière démonstration en date en fut donnée par Gunther Krichbaum, président du Comité des affaires européennes du Parlement allemand et membre de la CDU. Trois jours après le Brexit, il n’hésitait pas à déclarer publiquement : « L’Union européenne comptera toujours 28 membres, après la sortie du Royaume-Uni de celle-ci puisque je m’attends à un nouveau référendum sur l’indépendance en Ecosse, qui sera alors victorieux. » Cette sorte d’emballement rappellerait presque l’épisode de la reconnaissance express de l’indépendance croate par Berlin le 23 décembre 1991, alors que la Fédération yougoslave existait toujours.

A vrai dire, à l’issue du Brexit, les Allemands n’ont pas été les seuls à s’enflammer au sujet de l’indépendance de l’Ecosse, de la même manière que l’on a pu brandir la menace d’un re-vote après le succès d’une pétition en faveur d’une nouvelle consultation rassemblant plus de trois millions de signatures en ligne. L’emballement s’est calmé depuis. Il n’est pas dit que l’Ecosse choisisse de se couper de la City qui restera, n’en déplaise à Paris et à Anne Hidalgo, pour un certain temps encore, la première place financière mondiale avec New-York ; quant à la fameuse pétition, elle a été rangée au placard. Elle aura seulement réussi à montrer à quel point l’essor des réseaux sociaux et la versatilité des médias peuvent discréditer la notion même de consultation populaire dont on envisage l’invalidation sur la foi d’une simple pétition Internet… A quand la prise en compte des commentaires Youtube lors des prochaines élections au Parlement européen, histoire de continuer à promouvoir en Europe une démocratie ouverte et moderne ?

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a au moins cette conséquence positive qu’elle écarte définitivement la perspective de voir un brouillon d’accord Transatlantique (TAFTA) signé à la va-vite passer en force sous la pression américaine et allemande. Comme le confie une source proche des négociations, tandis que François Hollande a trouvé un allié de circonstance en la personne de Jean-Claude Juncker, peu enclin à conclure un accord bâclé, Angela Merkel s’efforçait, elle, à toute force d’emmener David Cameron et Matteo Renzi dans son sillage pour tenter d’arracher ce que certains au PS ou au Quai d’Orsay jugeaient comme la pire solution : la signature d’un brouillon contraignant. Si le départ surprise du Royaume-Uni rebat suffisamment les cartes pour éloigner cette perspective, il n’est cependant pas certain qu’à long terme il soit une bonne chose que la perfide Albion nous laisse seuls face à une Allemagne qui n’entend pas se laisser dominer aussi aisément sur la scène européenne que sur les terrains de foot.

Ceux qui voient dans le Brexit une sorte de prélude rêvé à une sortie de l’euro tant espérée devraient réaliser qu’ils sont peut-être victimes tout autant que les europhiles intégristes du syndrome de la parole magique. La prochaine crise financière pourrait de toute façon avoir la peau de la monnaie unique bien plus sûrement et rapidement que tous les mantras des « euroexiters » et en attendant, l’Europe maastrichtienne, déplaisant legs mitterrandien, est toujours là. Comme dit le page philosophe dans Les joyeuses commères de Windsor, comédie du grand William : « Ce qui ne peut être esquivé, il faut l’embrasser. » Le camp des europhiles se lassera assez vite d’aboyer après les corbeaux de la tour de Londres. L’hétérogène parti des europhobes et des ravis du Brexit devrait, lui, se mettre en tête que la France n’est pas le Royaume-Uni. Aucune formule magique ou politique providentielle n’empêchera d’avoir à se coltiner encore la politique européenne et à embrasser ce que l’on ne peut esquiver. Cependant, il faudra bien éviter que l’exigeante Angela ne nous réduise à jouer les petits pages européens, un peu à l’image de Nicolas Sarkozy, qui a couru dès le 20 juin rassurer Mutti sur l’avenir du vieux couple franco-allemand.

Si cela devait finir ainsi, nous pourrions toujours nous contenter de notre sort et rêver comme le pauvre Hamlet : « Je tiendrai dans une coquille de noix ; je m’y croirais au large et le roi d’un empire sans limites. » Maudits Anglais qui ont encore tiré les premiers et eu le dernier mot.

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    • 22 Juillet 2016 à 16h46

      himavat dit

      qui vous savez, qui jurait, par dépit que les contrôle à Calis, tu vas voit comment on va te les supprimer!

      et bien finalement, on les maintiendra! non mais alors!
      et au revoir Madame May , à bientôt, revenez quand vous voulez

    • 22 Juillet 2016 à 12h22

      la pie qui déchante dit

      Et c’est avec un flegme tout britannique que May déclare qu’elle ne prendra une décision qu’après 2017 …

      J’en connais un et même plusieurs qui pourrait être sorti avant le RU … ce serait peut-être même là la raison de leur impatience

      Les trépignants , les impatients , les vociférant devront prendre patience..
      La main est à May et en Mai fait ce qu’il te plait ,

    • 21 Juillet 2016 à 19h25

      la pie qui déchante dit

      Il n’y a pas que l’Allemagne :

      “”Un mois après le vote du Royaume-Uni en faveur du Brexit, François Hollande s’est montré ferme. Une fois que sa sortie de l’Union européenne sera effective, le Royaume-Uni ne pourra pas bénéficier d’un «accès au marché unique si les principes de libre circulation ne sont pas respectés», a déclaré jeudi21juillet le président français, à l’issue d’un entretien à Dublin avec le premier ministre irlandais Enda Kenny.

      Dans un communiqué commun, les deux dirigeants ont souligné «l’importance de maintenir le partenariat le plus étroit possible entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, fondé sur l’équilibre des droits et des obligations, y compris pour ce qui concerne les quatre libertés», incluant notamment la liberté de circulation.”"”
      …………………………..

      c’est curieux : on parle d’imposer la liberté de circulation au RU et on parle de rétablir des contrôles de police et de douane chez nous …

      on voudrait leur mettre le boxon à ces salauds qui nous ont quitté qu’on ne s’y prendrait pas autrement .
      De toutes façons Madame May va prendre le thé jusqu’en 2017 , et François ne sera plus aux manettes …

      • 21 Juillet 2016 à 20h43

        saintex dit

        Mathilda May ?

      • 21 Juillet 2016 à 20h44

        saintex dit

        RU 486 ?

      • 21 Juillet 2016 à 20h44

        saintex dit

        Avec un nuage de laids ?

        • 21 Juillet 2016 à 20h47

          la pie qui déchante dit

          oui et avec une petite couille hier

      • 22 Juillet 2016 à 18h53

        Warboi dit

        Personne ne veut rien imposer au RU ni mettre le boxon chez eux, c’est le RU qui veut continuer à bénéficier du grand marché européen. Mais comme le lui ont fait poliment remarqué Merkel et Hollande, ce n’est pas un menu à la carte. Dedans, il y a quatre libertés de circulation. Celle des personnes n’est pas négociable. Et voilà comment on enterre ce qui fit la raison numéro un du brexit…
        Ce sera à May de choisir. L’économie du RU ou satisfaire les électeurs.
        Et ce n’est pas son intérêt de prendre le thé trop longtemps. Elle est maîtresse de son calendrier, mais les négociations seront un rapport de force et elle n’est pas vraiment en position favorable. Brusquer les Européens serait très contre-productif. Ce n’est pas en les faisant poireauter qu’elle aura accès au grand marché à de meilleures conditions…
        Or au bout du compte, c’est ce qu’elle veut.

        • 22 Juillet 2016 à 22h01

          durru dit

          Mais depuis qu’elle s’était absentée, on savait plus comment se passent les affaires européennes. Merci d’être revenue pour éclairer nos lanternes!
          Vous n’êtes pas sans savoir qu’en 2017 les très polis Merkel et Hollande vont affronter le verdict des urnes. Et vu ce qui est en train de se passer ces derniers jours aussi bien en France qu’en Allemagne, il y a fort à parier que ce n’est pas Mrs May qui se trouvera en position défavorable…
          Wishful thinking, qu’ils appellent ça, de l’autre côté de la rivière…