Après le Brexit, vers encore plus d’intégration? | Causeur

Après le Brexit, vers encore plus d’intégration?

On va dans le mur, mais certains voudront accélérer!

Auteur

Jean-Luc Gréau

Jean-Luc Gréau
est un économiste français, ancien expert du MEDEF

Publié le 24 juin 2016 / Économie Monde

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(Photo : SIPA.00713499_000001)

Les Anglais, représentants de la plus vieille démocratie du monde, viennent de rebattre les cartes politiques en Europe et d’ouvrir le champ des possibles jusqu’ici circonscrit par les agendas et les feuilles de route de la bureaucratie dirigeante.

On comprend que, dans ces circonstances, chacun cherche à tirer la couverture à soi. Les souverainistes appellent à un référendum dans chacun des Etas constitutifs, les Européens militants mais surtout les dirigeants en place au sein de l’Union, parlent de refonder l’Europe. Comme il est exclu que l’on défère à la réclamation des souverainistes, il faut s’interroger sur ce que le terme de refondation pourrait signifier. Une chose et son contraire.

En premier lieu, on pourrait penser qu’on va faire ce qui était à la portée du président français élu en 2007, s’appuyer sur le rejet du traité constitutionnel le 29 mai 2005, pour demander la remise  à plat du système. L’espace Schengen était déjà une passoire, la doctrine de la concurrence défendue à Bruxelles mettait les fleurons de nos économies à la merci des raids extérieurs, l’euro créé pour homogénéiser l’espace économique européen avait facilité la divergence des économies constitutives, la politique industrielle était prohibée au sein d’un espace mondial hyper concurrentiel. Ajoutons la mise en place d’une directive qui autorise l’emploi de personnel à bas prix issu des contrées les moins chères telles que la Roumanie ou la Bulgarie (un quart du personnel du BTP en France provient de l’Europe centrale et orientale).

Avec l’aveuglement et la présomption intellectuelle qui le caractérisent, Nicolas Sarkozy a enjambé le vote du 29 mai 2005 pour rétablir le traité rejeté dans les urnes et poursuivre sur l’erre d’un système oublieux des intérêts des populations et des Etats historiques. Pire, il a orchestré le sauvetage particulièrement coûteux de l’euro et surtout livré, à cette occasion, le pouvoir décisif à Berlin dont la chancelière nous dicte ses volontés depuis lors. Le traité de stabilité budgétaire et la loi El Khomri sont les dernières manifestations de l’imperium berlinois  imposé par le truchement de Bruxelles. Ce vendredi, le même Sarkozy propose… un gouvernement économique de la zone euro avec un président européen (lui ?) !

La logique de la situation voudrait que l’actuel président français effectue un virage sur l’aile pour déconstruire et rebâtir d’une part, et, d’autre part, donner de l’oxygène aux économies, en desserrant les contraintes budgétaires, y compris par le financement monétaire des dépenses publiques productives. Elle voudrait que ses grands opposants républicains se mobilisent de leur côté. Mais peut-on y croire alors que les hollandais se sont mis la corde au cou avec la loi de réforme du travail et alors que les programmes des candidats à la primaire des Républicains mettent en perspective la liquidation de l’Etat ?

Va-t-on transférer les ministères des Finances à Bruxelles ?

L’autre logique de la situation consisterait à profiter de la sortie du Royaume-Uni pour accélérer le processus d’intégration. Aujourd’hui, ce sont les Pays-Bas, les pays scandinaves, la Hongrie qui se montrent les plus rebelles à l’intégration : ils viennent de perdre avec l’Angleterre un allié de poids. On ne peut donc exclure une opération opportuniste de renforcement de l’intégration, menée tambour battant avant les scrutins français et allemands de 2017. L’outil principal en serait le transfert des ministères des Finances à Bruxelles. Il ne s’agit pas là d’un fantasme. Le projet était déjà à l’agenda, fortement soutenu par des personnalités telles que le gouverneur de la Banque de France, Villeroy de Galhau. L’hypothèse est d’autant plus plausible que le vote anglais incite à rendre le processus irréversible au grand dam de populations qui n’entendent toujours rien aux beautés de la construction européenne.

Cela ne ferait cependant qu’aiguillonner les forces souverainistes à l’œuvre sur le Vieux Continent. Les Français, pour ne parler que d’eux, pourraient-ils accepter d’un cœur léger la disparition de leur Etat installé il y a huit siècles par Philippe Auguste ? Toute la propagande de la nomenklatura ne suffirait pas à les convaincre. Et l’on pourrait alors imaginer la victoire, aujourd’hui invraisemblable, de la candidate souverainiste française en 2017.

En fin de compte, incapables de dire si le Brexit est une chance pour la France, nous formons l’espoir qu’il pourrait l’être pour la démocratie française en recentrant le débat sur le fond alors qu’il est aujourd’hui polarisé à dessein sur les personnes qui incarnent notre bureaucratie politique.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 27 Juin 2016 à 13h05

      dodds2755@gmail.com dit

      Si cela se confirme, il s’agit d’une véritable bombe !
      « Dans les médias polonais, il est question d’un ultimatum mis sur la table par Steinmeier, co-signé par Ayrault, lors de la prochaine rencontre du groupe de Visegrad (aujourd’hui, 27 juin 2016) : un super-Etat européen ou la fin de l’UE pour les réfractaires ! Waszczykowski a confirmé avoir pris connaissance du projet, lequel implique notamment l’abandon d’un système de défense national, de la monnaie, du système d’imposition, du contrôle des frontières.”
      http://telewizjarepublika.pl/quotsuperpanstwoquot-zamiast-ue-szokujaca-propozycja-niemiec-i-francji,35096.html

    • 27 Juin 2016 à 12h26

      René de Sévérac dit

      Jean-Luc,
      “incapables de dire si le Brexit est une chance”,
      certes en tant que Français orgueilleux, nous aurions préféré nous montrer capable du franchissement du Rubicon !
      Mais en démontrant que la souveraineté ne conduit pas à la catastrophe, les British nous ont démontré que nous pouvons les suivre malgré le discours de l’idéologie dominante.Et quitter les bras de la Germanie !

      • 27 Juin 2016 à 12h28

        René de Sévérac dit

        Au fait, cette photo du Soviet Suprême est délicieuse !

    • 27 Juin 2016 à 11h45

      RED (From Tex) dit

      “les feuilles de route de la bureaucratie dirigeante”

      Je dois dire que j’ai du mal à imaginer phrase plus stupide que celle-ci !

      Vous avez déjà vu une bureaucratie faire autre chose qu’exécuter les ordres de qui l’a nommée ?

      Et QUI a nommé tous ces “bureaucrates bruxellois” ?

      Et bien : Hollande, Merkel, Renzi, Rajoy, Cameron, etc.

      C’est à dire tous vos dirigeants ÉLUS PAR VOUS !!!

      Et qui passent leur temps à se défiler derrière les fonctionnaires qu’ils ont nommés.

      Et vous marchez dans la combine !

      Vous êtes bien prêts pour la dictature…

    • 25 Juin 2016 à 19h38

      Nolens dit

      Les eurolâtres donnent de la voix en expliquant que les peuples sont trop cons (c’est plus court comme définition, 3 lettres que tout le monde comprend) pour piger la construction européenne, summum de l’achèvement bureaucratique.
      Dans mon souvenir j’avais voté non au référendum en 1992, le oui est passé de justesse. C’était un avertissement dont les eurolâtres n’ont bien sûr pas tenu compte, pas plus qu’ils ne tiendront compte du résultat du UK.
      L’Europe c’est toujours plus de lois, plus de directives, plus de normes, plus d’impôts, moins de protection des frontières tant pour les migrants que pour les produits, une administration pléthorique et omnisciente, une cour de justice minable.
      Comme il n’y a plus de peuple français, il n’y a plus de France, il reste seulement un territoire laissé au mains des fonctionnaires, des islamistes et des syndicats. Triste fin pour une nation qui a perdu son âme.

      • 26 Juin 2016 à 0h16

        IMHO dit

        Je ne vois pas en quoi la Cour de Justice Européenne est minable .

    • 25 Juin 2016 à 18h38

      IMHO dit

      J’ai déjà remarqué que les économistes ont tendance à se fanatiser si leurs avis ne triomphent pas.
      C’est un travers commun aux experts scientistes, ceux qui croient déduire ce qu’ils ne savent pas de ce qu’ils savent .
      Les thèses de Jean-Luc Gréau sont vérifiables comptablement, il suffit de faire ses comptes, et l’on voit .
      Mais la comptabilité exclut l’emportement .