Brexit : Yes we can ! | Causeur

Brexit : Yes we can !

Peuple 1- Élites 0

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 24 juin 2016 / Monde Politique

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Peu m’importe que les Britanniques aient eu raison ou tort. Ils ont eu le culot d’envoyer au diable les gens convenables, ceux qui trouvent que le populo sent mauvais et qui s’agacent qu’on perde du temps à parler alors qu’ils savent ce qui est bon pour lui.
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Sipa. Numéro de reportage : REX40436449_000005.

Ils ont osé. Ma première réaction, au réveil, en entendant les voix blanches qui causaient dans le poste, a été un immense éclat de rire, vite teinté d’une grosse pointe de jalousie (pourquoi ça n’arrive pas chez nous des trucs pareils, on a une grande gueule, mais quand faut se jeter du haut du plongeoir, il n’y a plus personne). « Pour nous qui sommes des gens de culture…. », disait un pompeux cornichon sur France Culture, justement. La messe était dite : le Brexit, c’est la victoire du plouc évidemment xénophobe qui défrise tant les beaux quartiers où on aime d’autant plus les immigrés qu’on ne les voit pas. Bref, avant d’avoir la moindre pensée, je savais que c’était une bonne, non une formidable nouvelle. Un truc comme le retour de la politique, peut-être même de l’Histoire, ai-je lancé à Muray qui rigole dans son cadre (avant le café, il ne faut pas trop m’en demander).

Souverainisme distingué et souverainisme de pauvres

Peu m’importe que les Britanniques aient eu, du point de vue boutiquier qui intéresse exclusivement les éditorialistes, raison ou tort. Ils ont eu le culot d’envoyer au diable les gens convenables, ceux qui trouvent que le populo sent mauvais et qui s’agacent qu’on perde du temps à parler alors qu’ils savent ce qui est bon pour lui. Yes we can. Le bras d’honneur géant que les sujets de Sa gracieuse viennent de faire à tous les maîtres-chanteurs, qui les menacent depuis des mois sur le thème « Si tu sors tu meurs », m’a soudain donné à moi des envies de liberté et de grand large. De vrais gaullistes, ces gens-là ! Au passage, ils ont aussi dit un peu merde à l’Amérique, aux éditocrates et aux « marchés » qui étaient remainistes et l’ont immédiatement fait savoir. Il y a un certain panache à sacrifier son PEL à ses convictions. Même s’il existe un souverainisme distingué qui a voté « out » parce qu’il pense que les intérêts britanniques y gagneront à long terme. Et aussi un souverainisme de pauvres qui, comme le disait Coluche, sont bien contents de savoir qu’ils vivent dans un pays riche.

Ma satisfaction s’est muée en enchantement quand les tambours de l’anti-populisme ont commencé à battre la mesure, avec les mines défaites des présentateurs tout-info qui, comme d’habitude, s’ingénient à ne rien comprendre. Ils ne veulent pas toujours plus d’immigration ? Salauds de racistes ! Ils aiment leurs pays ? Adeptes du repli sur soi ! Tous les grands-ducs qui pérorent nus en expliquant aux bons peuples que tout va bien dans le meilleur des mondes multiculti possible vont continuer. Seulement, ce coup-là, ils vont avoir du mal à s’asseoir sur le vote du peuple.

Adieu cheval de Troie !

Tout de même, ça me chiffonne que nous, la France, la lumière des peuples et tout le tralala, on n’ait pas été les premiers. Et puis, sans les Anglais je me sens seule. Ils étaient notre cheval de Troie. Avec eux dans le bateau, on était à peu près sûr que toutes les fantasmagories supra-nationales échoueraient. Et surtout, on pouvait exiger la même chose que Cameron : le contrôle de nos frontières et de notre politique migratoire. Sans eux, on risque d’être bons pour une décennie d’Europe allemande.

Encore que ce n’est pas certain. Bien sûr, on nous dira que puisque nous n’aimons pas l’Europe, il en faut encore plus. Mais le coup du revolver sur la tempe marchera de moins en moins. Parce qu’ils  l’ont fait. Et la foudre ne s’est pas abattue sur l’Angleterre.  « Dehors c’est dehors », avait menacé Juncker. J’espère bien que nos diplomates sont déjà à pied d’œuvre pour négocier des traités bilatéraux avec Londres. Alors, peut-être que nous, nous n’avons rien fait pour cela, mais la donne change aussi pour nous, merci aux grands-bretons. La religion européiste a vécu : franchement, un dieu qui peut être défait par le suffrage universel, ce n’est pas très sérieux. S’il avait la moitié de la classe de Cameron, Jean-Claude Juncker présenterait sa démission.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 29 Juin 2016 à 9h06

      librervé dit

      Merci Elisabeth LEVY pour la pertinence de votre analyse. L’Angleterre nous donne une fois de plus une belle leçon de démocratie. Car donner la parole au peuple est toujours salutaire. Il sera désormais difficile pour notre distingué camp du bien de qualifier de populistes ou de racistes près de 52% d’Anglais. Oui à l’Europe mais à celle qui respecte la volonté des peuples qui la composent et qui ne renie pas leur histoire et leur culture. 

    • 29 Juin 2016 à 6h08

      radagast dit

      FM Arouet dit

      En quoi l’UE est-elle une mise en concurrence des peuples européens puisque c’est précisément tout le contraire: elle a ouvert son marché , ses frontières nationales intra-européennes, a facilité la circulation des hommes à l’intérieur de son espace commun. Comment pouvez-vous aveuglé à ce point par vos fantasmes?

      Arouet ! à ce point d’aveuglement et de fanatisme il n’y a en effet plus de dialogue possible .
      Vous êtes vous relu a tout hasard ???

    • 29 Juin 2016 à 1h36

      cloberval dit

      Cet article me plait bien que je sois partisan de la coopération européenne hélas engloutie dans la bureaucratie et défigurée par les notables européens et désolé du saccage du rêve européen par les politiciens fous anglais et leurs pauvres foules référendaires.
      Aussi ferais seulement observer que Cameron démissionne mais goutte à goutte tandis que ses adversaires les plus excités cherchent la marche arrière de leur fichu bus pour revenir du Brexit plutôt que de dire adieu à l’UE quand ils ne viennent pas faire des “nananère” à Junker au lieu de s’enfuir de cette Europe détestée.

    • 29 Juin 2016 à 0h49

      vivrelibre dit

      Le titre est erroné, il eut été préférable de mettre : peuple -1, élite 0!
      Quant à la référence au Gaullisme – revoyez vos sources – le Général ne voulez pas des Anglais dans l’Europe. Les temps ont cependant bien changés et l’Europe des Nations reste à construire!

    • 29 Juin 2016 à 0h36

      Warboi dit

      “Finally we are going to get rid of the biggest waste in the EU budget, which we have paid for 17 years, …the salary of Nigel Farage!” Guy Verhofstadt.
      On s’amuse au Parlement. Il a palpé combien en 17 ans le père Farage ?

      • 29 Juin 2016 à 0h56

        Wil dit

        Et Juncker,le président de la commission européenne qui a été 20 ans premier ministre du Luxembourg,le plus gros paradis fiscal européen(https://fr.wikipedia.org/wiki/Luxembourg_Leaks#Cons.C3.A9quences_des_LuxLeaks)et qui a déclaré (je vais pas vous lâcher les eurolâtres avec celle là,elle est trop énorme et exemplaire de vos mentalités d’hypocrites) en janvier 2015:”il n’y a pas de démocratie contre les traités européens;”,il a palpé combien depuis qu’il fait de la politique?

        • 29 Juin 2016 à 1h00

          Wil dit

          https://fr.wikipedia.org/wiki/Luxembourg_Leaks
          Conséquences du Luxleak au parlement européens:
          “Motion de censure
          Le 27 novembre 2014, une motion de censure contre la Commission dirigée par Jean-Claude Juncker est votée au Parlement européen, à l’initiative des partis eurosceptiques (UKIP et Front National). La motion obtient 101 voix, contre 461 (et 88 abstentions) et elle est donc rejetée. Les conservateurs et des sociaux-démocrates qui ont la majorité au Parlement européen soutiennent « sans ambiguïté » Jean-Claude Juncker”HAHAHA! ET CA DONNE DES LECONS DE MORALE!!!!

        • 29 Juin 2016 à 2h18

          Warboi dit

          Mais vous pouvez toujours répéter votre phrase comme un cabri hystérique, vous faites un contresens majeur qui en dit long sur votre inculture juridique.
          Je reprends, quand on signe un traité, il s’impose aux lois nationales (et oui c’est comme ça, en France c’est l’article 55 de la constitution). Je ne connais pas la constitution grecque puisque cette phrase s’adressait aux Grecs, mais vous y avez certainement l’équivalent. Si on veut faire voter une loi contraire aux traités, on en a le droit, mais il faut les dénoncer avant. Ce que viennent de faire les Britanniques (enfin quand ils se seront décidés à se bouger le bas du dos), ce que n’ont pas fait les Grecs. Un étudiant de droit constitutionnel première année de droit vous l’expliquera sans difficulté. ça s’appelle la hiérarchie des normes, c’est bête comme chou. Non, rassurez-vous, Juncker ne commence pas à 70 ans une carrière de dictateur.
          Je suis disposé à réexpliquer une vingtième fois.
          Quant à la motion de censure, elle a été déposée par le FN et le UKIP, deux partis qui ne sont pas au dessus des autres et doivent se soumettre à la majorité, ça s’appelle la démocratie. On peut aussi décider que seuls le FN et le UKIP ont le droit de siéger mais cela poserait d’autres problèmes.