Le Brexit est une chose trop sérieuse pour être confiée aux politiques | Causeur

Le Brexit est une chose trop sérieuse pour être confiée aux politiques

Négociations: place aux techniciens!

Auteur

Jeremy Stubbs
Président des Conservateurs britanniques de Paris.

Publié le 19 juin 2017 / Monde

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Derrière les rodomontades des tenants du tout ou rien, l'hypothèse d'une sortie sans vainqueur ni perdant reste ouverte. Mais il faudra laisser le terrain libre aux spécialistes de la négociation et des accords en demi-teinte. Donc tenir soigneusement Juncker à l'écart.

Theresa May et Jean-Claude Juncker devant le 10, Downing Street à Londres, 26 avril 2017. SIPA. Shutterstock40503998_000003

Don Quichotte négociateur

Cervantès nous montre don Quichotte, au début de sa grande aventure, impatient de partir, « tant il espérait venger d’offenses, redresser de torts, réparer d’injustices, corriger d’abus, acquitter de dettes ». Autre chevalier de la Manche, ou d’Outre-Manche, je m’étais fixé une mission presque aussi chimérique : contribuer humblement à ce que les négociations sur la sortie de l’UE du Royaume Uni se passent dans un climat de calme, de confiance et de compréhension mutuelle. Ce qui rend ce projet quelque peu utopique, c’est la tendance, de part et d’autre, à échanger des rodomontades : « la facture de départ sera salée ! », côté bruxellois ; « une absence d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord ! », côté britannique. Il y a quelques semaines, je hantais les couloirs de Westminster, cherchant à organiser une série de rencontres officieuses entre politiciens britanniques et français. Les Parlementaires conservateurs que j’ai rencontrés étaient unanimement enthousiastes, quelle que soit leur position idéologique sur le Brexit. Sir Nicholas Soames, petit-fils de Winston Churchill, grand francophile devant l’éternel et ex-partisan du Remain, accepte finalement de tourner la page après le référendum et il m’annonce, le verbe pittoresque, la voix tonitruante, que, à l’échelle des siècles, le Brexit ne représente qu’une anicroche dans les relations franco-britanniques. Jacob Rees-Mogg, l’un des principaux architectes de la campagne en faveur du Leave, prône le plus de coopération possible en matière de défense et sécurité entre le Royaume Uni et ses partenaires européens, France en tête, déclarant : « Nous ne sommes peut-être pas tous d’accord sur les dimensions règlementaires des concombres, mais nous sommes prêts à faire tout ce qui est nécessaire pour nous protéger mutuellement contre les agressions et les attentats. »

>> A lire aussi: Theresa May s’est sabordée en faisant gagner le Brexit

Pourtant, au milieu de mon entreprise chevaleresque, deux événements intervenus à quelques pas du Parlement m’ont rappelé à la réalité. D’abord, le quartier ministériel est bouclé à cause d’un homme portant un sac rempli de couteaux – rappel sinistre de l’attentat contre le siège de la démocratie britannique le 22 mars, et préfiguration encore plus sinistre  de ceux de Manchester le 22 mai et de Londres le 3 juin. Ensuite, après un dîner avec Theresa May à Downing Street, le Président de la Commission, M. Juncker, laisse fuiter des propos sceptiques quant au succès des négociations et péjoratifs pour la première ministre. Celle-ci ne tarde pas à riposter, en affirmant que M. Juncker va découvrir en elle « une femme sacrément difficile. » Et toute la vieille machinerie repart, la presse française germanopratine ressortant ses titres sur la « dame de fer », et les tabloïds britanniques reprenant le UE bashing d’avant le référendum de 2016. Entre les drames sécuritaires, les tensions interpersonnelles et les mécaniques qu’on roule, le climat des négociations est pour l’instant loin d’être apaisé. Don Quichotte a du pain sur la planche.

Des appels du pied

Une semaine plus tard, j’assiste à un dîner avec le gratin bruxellois où je découvre le degré d’incompréhension des Européens face à Theresa May. Celle-ci est perçue précisément de manière « junckérienne », comme étant aussi belliqueuse et intransigeante qu’irréaliste. Et pourtant, il y a une « méthode May » que j’essaie d’expliquer de ma posture chevaleresque. Pour comprendre le sens de ses actions, tantôt hostiles en apparence à l’UE, tantôt conciliatrices, il suffit

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    publié dans le Magazine Causeur n° 106 - Juin 2017

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    • 20 Juin 2017 à 11h49

      Caminho dit

      Junker est un vieil alcolique millionnaire qui représente une partie des 600.000 habitants du pararadis fiscal nommé Luxembourg. Pourquoi et comment de tels personnages peuvent rester aussi longtemps à la tête de l’Europe; ce n’est même pas un mystère.

    • 19 Juin 2017 à 19h16

      A mon humble avis dit

      Des Catalans envisagent sérieusement de quitter l’Espagne; des Écossais se voient très bien en dehors du Royaume-Uni; les Slovaques et les Tchèques se sont séparés; la Yougoslavie a éclaté. Ne parlons même pas de l’ex-URSS…
      Pourquoi diable serait-il si difficile pour le R-U de quitter l’UE, alors que son appartenance est à la fois très récente et très partielle? Sans doute parce que beaucoup de dirigeants unionistes (fédéralistes) sont vexés comme des poux qu’on ose demander de partir, eux qui se croient indispensables et sont persuadés que l’UE est l’avenir du genre humain européen.
      [Ils me font penser au coq de Chantecler, la pièce de Rostand, qui s'imagine que le soleil ne se lève le matin que parce qu'il chante]
      Ils s’échinent à mettre tous les barreaux imaginables dans les roues des négociateurs, en espérant que tout capote, après avoir échoué à intimider les électeurs anglais.
      M. Stubbs a raison: les élus doivent quitter la scène. Ils ont reçu mandat des électeurs pour lancer le processus, pas pour le gérer. Place aux gens compétents et honnêtes!

      • 20 Juin 2017 à 15h49

        Corsaire dit

        La question en retour, existe-t-il des gens compétents et honnêtes??? Quand je vois la “gueule” du Barnier et son anglais plus qu’approximatif j’ai de sérieux doutes.

    • 19 Juin 2017 à 18h08

      Fixpir dit

      Franchement, j’ai l’impression que le Royaume Uni va passer du statut d’un pays presque à l’intérieur de l’union à un pays presque à l’extérieur.

      Tout ça pour ça!!!

    • 19 Juin 2017 à 17h59

      Theodule dit

      Il va pourtant falloir se rendre à l’évidence: le Brexit n’est pas un truc sérieux.
      D’ailleurs ses partisans les plus en vue ressemblent furieusement à une bande clowns.

      • 19 Juin 2017 à 18h00

        Theodule dit

        …une bande de clowns, of course.