Brexit: le bipartisme sauvé… au Royaume-Uni | Causeur

Brexit: le bipartisme sauvé… au Royaume-Uni

Vers une déflagration européenne

Auteur

Roland Hureaux

Roland Hureaux
est essayiste.

Publié le 08 août 2016 / Monde Politique

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On dit souvent que l'Europe de Bruxelles fait éclater toutes les structures préexistantes: les Etats au bénéfice des régions, la démocratie au bénéfice de la technocratie; il se peut qu'elle soit à présent en train de faire éclater les systèmes politiques des différents pays membres...
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Theresa May et Angela Merkel. Sipa. Numéro de reportage : AP21924726_000066.

Dieu sait combien on a entendu dans les milieux de la bienpensance européenne  que David Cameron avait  été irresponsable d’organiser un référendum sur le Brexit. “Quelle idée de consulter le peuple sur une affaire aussi grave! Nous n’en serions pas arrivés là s’il ne l’avait pas eue.”

Tories vs. UKIP

Cameron a certes défendu le Remain mais le Brexit l’a emporté. Or sans référendum, pas de Brexit. C’est oublier dans quel contexte a été prise la décision de consulter le peuple britannique sur le maintien du royaume dans l’Union européenne. David Cameron n’avait pas  le choix. S’il n’avait pas promis un  référendum lors des  dernières élections, l’UKIP de Nigel Farage, parti nationaliste, risquait de prendre peu à peu l’ascendant sur le Parti conservateur. Et dans le système électoral britannique, uninominal à un tour, il ne faut qu’un léger effet de balancier pour que tous les sièges soient perdus pour le parti qui se laisse dépasser, menacé alors de sombrer. En raison de ce système,  l’UKIP, presque partout devancé par le Parti conservateur, ne pouvait  avoir de députés qu’au Parlement européen, élu, lui, à la proportionnelle. Farage n’avait réussi à arracher pour lui-même aucune circonscription. Il les aurait toutes eues si la promesse du référendum n’avait relâché la pression qui s’exerçait  en faveur de son mouvement.

C’est ainsi qu’a été sauvé le parti conservateur  dit tory, le plus vieux parti du monde, puisqu’il   existe depuis le XVIIIe siècle. C’est  aussi ainsi qu’a été sauvé le  bipartisme à la britannique. Ce système n’a connu en trois siècles qu’une  mutation : dans l’entre-deux guerre,  alors que  les Tories se maintenaient, les Travaillistes ont supplanté les libéraux, qui ne sont plus  aujourd’hui qu’une survivance de leur glorieux passé.

Après la victoire du Brexit, on a pu voir comment le Parti conservateur a rapidement refait son unité derrière le nouveau Premier ministre Teresa May. La force du Parti conservateur a été de laisse subsister en son sein (et à l’intérieur du gouvernement) des européistes et des eurosceptiques, malgré le climat de quasi-guerre civile qui a régné entre les deux camps pendant le référendum.

L’Europe fait éclater le paysage politique

S’il n’y avait pas eu de référendum, nul doute que serait arrivé au Royaume-Uni  ce qui  s’est déjà produit en Italie,  en Espagne, en Autriche, en Grèce : l’éclatement du bipartisme traditionnel au bénéfice de nouveaux partis. En Italie, la Démocratie chrétienne et le Parti communiste ont pratiquement disparu. En Espagne, le PSOE et l’Alliance populaire sont très affaiblis. L’Autriche avait vu depuis la guerre une alternance régulière des sociaux-démocrates et des chrétiens-sociaux. On a pu voir comment ces deux partis se sont effondrés aux dernières élections présidentielles pour ne laisser face à face au second tour qu’un candidat nationaliste et un candidat écologiste.

On disait que l’Europe de Bruxelles faisait éclater toutes les structures préexistantes: les États au bénéfice des régions,  la démocratie au bénéfice de  la technocratie;  il se peut qu’elle soit à présent en train de faire éclater, les uns après les autres, les systèmes politiques des différents pays membres, ce à quoi la Grande-Bretagne a voulu échapper.

Et c’est ce à quoi la France n’échappera pas tôt ou tard, dès lors que le processus européen poursuit sa course et que les partis qui ont dominé jusqu’ici la scène politique française, l’UMP et le PS, à la différence du Parti conservateur britannique (et dans une certaine mesure du Parti travailliste) ne tolèrent pas en leur sein de divergences au sujet de l’euro et de  l’Europe.

C’est bien en effet ce qui se passe en France. Mélenchon, eurocritique, se trouve depuis longtemps relégué à l’extrême gauche.  Chez les Républicains, un Jacques Myard, également eurocritique, a été expurgé des instances dirigeantes lors de leur dernier renouvellement. Sur les six candidats principaux à la primaire des Républicains, Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire, Mariton, Kosciusko-Morizet, aucun ne remet véritablement en cause  le cadre européen. Myard et Poisson qui le remettent en cause,  ne jouent pas les premiers rôles.  Alors même que les militants, eux, sont très partagés entre les deux options, sur  une base d’environ moitié-moitié.

En ne tolérant pas les minorité eurocritiques en  leur sein, les partis dominants ont cru renforcer  l’Europe de Bruxelles. En réalité , il l’ont affaiblie. Le résultat de leur attitude est que la critique de la construction européenne, très populaire, faute d’exutoire dans les partis classiques, s’est cristallisée dans les partis hors-système,  Front national en tête, ce  qui pourrait bien faire éclater le système.

Ce que le Royaume-Uni a évité par le référendum sur l’Union européenne, c’est aujourd’hui ce qui pend au nez de la France mais aussi sans doute de l’Allemagne et d’autres. Pour ces pays,  les échéances de 2017 pourraient bien  signifier un profond renouvellement  du panorama politique tel qu’il existe depuis un demi-siècle.

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    • 9 Août 2016 à 17h55

      Livio del Quenale dit

      @ “A mon humble avis” qui dit :
      &&& Analyse très juste : les partis dominants restant sourds et aveugles aux scepticisme et opposition grandissant des peuples contre l’UE, perdent petit à petit leur crédit démocratique.&&&
      -
      Non, pas, aveugles , mais dépassés par la tournure des événements, et le reconnaître serait nier leur légitimité .
       
      - Leur culture politique obsolète les empêche d’être créatif, et performants dans l’adaptation “Politique”.
      Ils ne savent plus qu’essayer de défendre leur fauteuil, quand ils en ont un, ou leur job quand ils en espère un, dans une politique politicienne bas de gamme.
      Ils nient de toutes façons, quoi qu’il arrive et mentent, comme le gosse qui ne sait pas et perd pied devant le professeur à l’interro. orale.
      Cependant que scandaleusement, ils  échappent à toute sanction, ils ne tremblent pas devant le tribunal populaire dont ils se foutent éperdument, si ce n’était pour les voix qui leur assurent une bonne place, une bonne retraite et à l’occasion quelques avantages et bonnes manières de courtisans en mal de passe-droit ou avantages.
      -
       Ce système électoral et sa filière de sélection des candidats ne sécrète que de petits hommes sans envergure ni volonté politique, inaptes à défendre avec une vision projeté dans l’avenir un grand pays comme celui qui fut le notre avant cette pathologie laxiste.
      S’acharnant a vouloir réaliser des inepties idéalistes, niant les réalités présentes et a venir, ils laissent les pandémies galoper.
      -
       La société civile doit entrer en même temps que la proportionnelle dans le système électoral la démocratie y gagnerait le peuple aussi.
      Mais le véritable fond des chose se passe ailleurs sans doute hors de portée de ces petits hommes sordides mais dans les mains d’autres plus malins cupides assoiffés de pouvoir. 
      –  

    • 9 Août 2016 à 16h07

      beornottobe dit

      et heureusement, compte tenu de la tournure AUCUN ne pourra dire : “je vous l’avais bien dit”

    • 9 Août 2016 à 8h26

      munstead dit

      Miyard et Poisson sacrés nouveaux grands hommes des contre l’Europe. Sans compter de l’appui de Mélanchon. L’avenir semble radieux. Cet essayiste parait préférer la cuisine électorale des partis aux prises de positions rationnelles et courageuses. Le ragoût de May ne le dégoûte pas. L’unité du parti d’abord, sans doute…

      • 9 Août 2016 à 8h36

        durru dit

        Depuis le temps qu’il n’y a plus eu d’homme d’Etat en France, vous n’arrivez plus à les identifier. Vous n’êtes pas le seul.

        • 9 Août 2016 à 8h37

          durru dit

          Vous devriez faire un tour sur le sondage, ça va vous plaire.

    • 9 Août 2016 à 7h59

      beornottobe dit

      “BI”…… GRE !

      • 9 Août 2016 à 16h06

        beornottobe dit

        nous attendons LES suivants (es) !

    • 9 Août 2016 à 1h54

      Pepe de la Luna dit

      UMPS, ça fait des années que ça existe, environ vingt ans pour être précis…

    • 8 Août 2016 à 22h56

      Charles Lefranc dit

      Le mouvement centrifuge anti-Union Européenne va s’ accélerer. Non seulement le clivage habituel gauche-droite va sauter mais on lit déjà que les fractures regionales en Espagne vont s’ accentuer. Le mondialisme brutal de Merkel-Juncker va produire l’ effet inverse; fragmentation au sein des Etats. L’ Italie maintient une pseudo-unité parce que le Sud est sous perfusion financiere et que les castes politiques locales sont  alliées aux mafieux et au Vatican .Il restera apres la sortie de l’ Espagne, de la Gréce, du Portugal , un noyau dur de 6 pays comme au commencement.

    • 8 Août 2016 à 19h07

      Letchetchene dit

      J’avais déjà posé la question sur Causeur , mais n’avais reçus aucune réponse ni pour ni contre alors la revoici :

      Êtes vous d’accord sur le fait que plus aucun :
      Députés(es) national(es) ou Européen(nes),
      Sénateurs(es),
      Conseillers(ières) départemental ,
      Conseillers(ières)Régional(le) ,
      Conseillers(ières)Communal(le)
      “de Gauche” (PS, EELV, FDG,PCF) ne soient élus en France?
      Oui ou NON
      De la réponse à cette question dépend notre avenir et que nous puissions prendre les décisions qui s’imposent pour arrêter l’influence des musulmans et de leur religion en FRANCE.

      • 9 Août 2016 à 8h01

        beornottobe dit

        de DROITE non plus telle que nous l’avons vécu depuis trois (ou quatre) élections présidentielles !

      • 9 Août 2016 à 8h27

        munstead dit

        à question idiote…

      • 9 Août 2016 à 17h05

        Livio del Quenale dit

        Faut-il prendre cette question au premier degrés ?
        Si oui quel est le rapport avec les musulmans et l’islam ?
        -
         les nonnes décisions efficaces pourraient se prendre sans ça. Question de volonté politique et de choix de société.
        –  

    • 8 Août 2016 à 15h28

      johananiel26@aol.fr dit

      Cr serait merveilleux

    • 8 Août 2016 à 15h18

      kelenborn dit

      Oui plutôt juste. Cependant, et il faudrait voir si cela se confirme mais, dans cette affaire la droite traditionnelle semble perdre moins de bateaux que la sociale-démocratie.Cette dernière a partout trahi les couches sociales qu’elle prétendait défendre, ses sphères dirigeantes ayant été bobotisées ou métastasées par les chantres du paradis mondialisé.Il est probable que la prochaine élection présidentielle opposera MLP au vainqueur de la primaire à droite, le candidat de la gauche caviar devant à nouveau boire la coupe jusqu’à la lie en soutenant peut être Sarkozy et se ridiculisant pour l’avenir. En Allemagne, face à l’AFD , Merkel résiste mieux que le SPD et l’alliance populaire est restée en tête en Espagne, gagnant même des voix. Cela signifie dans doute qu’en Europe, comme aux USA d’ailleurs, le balancier vire apparemment à droite; je dis bien apparemment, car que reste-t-il de gauche au PS? Il y a sans doute plus de propositions de gauche chez le FN que dans le T Party ( je veux dire terranova party)!
      MK

    • 8 Août 2016 à 15h04

      AMA dit

      Ce qui met mal à l’aise au sujet du rôle destructeur de l’Europe, c’est de devoir choisir entre réprobation et approbation. C’est qu’en ayant conscience que l’Europe a été conçue comme un dissolvant des particularismes nationaux et une étape vers le mondialisme le plus totalitaire, on est obligé de souhaiter qu’elle fasse de son mieux pour détruire notre actuel système politique qui ne fait qu’alimenter son rôle malfaisant

    • 8 Août 2016 à 14h50

      A mon humble avis dit

      Analyse très juste : les partis dominants restant sourds et aveugles aux scepticisme et opposition grandissant des peuples contre l’UE, perdent petit à petit leur crédit démocratique.
      Ils refusent toute consultation et toute réforme sur la construction européenne, alors que le droit des peuples à l’auto-détermination est inaliénable.
      Ils font comme s’ils avaient reçu mandat pour poursuivre vers un fédéralisme impossible, qui plus est en “oubliant” que tout objectif d’union doit commencer par un rapprochement des politiques économiques et fiscales.
      Les pays continentaux ne pourront pas longtemps passer outre les exigences de consultations populaires sur le sujet. Si les principaux partis continuent de les ignorer, ils vont en payer le prix fort aux élections, et n’auront pas la vie facile même s’ils les gagnent.
      La sécurité s’impose dans le débat pour 2017 en France ? Qui a dit que la question européenne en était indépendante ?

    • 8 Août 2016 à 13h35

      Nolens dit

      Cette attitude s’appelle le déni et elle est largement utilisée par ces partis agonisants.
      L’Histoire est plein d’anecdotes comme celle-ci. Se rappeler avant la deuxième guerre mondiale ce qui s’est passé. On a eu le déshonneur et la guerre.

    • 8 Août 2016 à 13h17

      Cardinal dit

      Dans notre cas ce ne serait pas un mal !
      Quel français se retrouve aujourd’hui dans Les Républicains ou le Parti Socialiste ? La France, gouvernée par l’un puis par l’autre, s’est enfoncée dans la gabegie faute de dirigeants compétents, faute d’un projet clair et de plans bien conçus.
      Nous avons des ministres faits pour satisfaire l’ethnologie et seulement l’ethnologie nationale, le fameux vivre ensemble, pas des professionnels ayant l’expérience que demande leur ministère.

      Un vieux dicton disait : “le Diplôme ne fait pas l’Homme (ou la Femme), c’est l’Homme qui fait le Diplôme”. Ce dicton a disparu de nos traditions car aujourd’hui c’est bel et bien un diplôme qui fait l’Homme et la Femme, surtout le ministre, mâle ou femelle, celui de l’ENA. La sagesse populaire est bafouée, ses membres, les électeurs, aussi, ce qui les laissent perplexes.
      Bientôt on chantera “Marion-Maréchal nous voilà !” oubliant qu’on
      avait chanté une version originale légèrement différente de 1940 à 1944, pour les mêmes raisons : des politiciens qui n’avaient pas su nous gouverner avant guerre.

    • 8 Août 2016 à 12h00

      cliquet dit

      Excellent papier. L’analyse se base sur des faits. une seule question: pourquoi nos dirigeants deouis plus de 30 ans sont-ils à ce point devenus “eurolatres”, suivant l’expression de Philippe de Villiers?Beaucoup d’entre eux (y compris socialistes) se réfèrent à de Gaulle. Quel cynisme…Je ne crois plus depuis longtemps qu’ils agissent dans l’intérêt de notre pays. Hormis leur propre intèrêt et une soif inextinguible pour l’exercice du pouvoir, je ne vois pas d’autre explication. Le libéralisme économique basé sur l’autorégulation des marchés ne convainc plus personne et l’Union Europeenne est effectivement en train d’exploser. Cela ne peut pas leur échapper mais ils ne semblent en tirer aucune conséquence. Le vote Front National, dans ces conditions, ne peut que se développer car il avait pressenti tout cela.