Du racisme autorisé | Causeur

Du racisme autorisé

Quand le camp du Bien joue avec la guerre civile

Auteur

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli
Enseignant et essayiste, anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

Publié le 07 juin 2016 / Politique Société Sport

Mots-clés : , , , ,

Des Indigènes de la République à Eric Cantona, monte une petite musique racialisante sous couvert d'antiracisme. Pour certains, les coupables sont tout trouvés : les «Blancs» en général et les Juifs en particulier.
houria bouteldja indigenes racisme benzema

Houria Bouteldja (Photo : SIPA.00591553_000018)

Je ne voulais pas parler du livre de Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs et nous, mais l’actualité, cette plaie du chroniqueur, et sa provende aussi, m’oblige à y revenir. Je l’ai lu il y a deux mois, en me disant qu’il faudrait partir de cet « et nous » — mais qui, « vous » ? Les Indigènes de la République, dont Bouteldja est l’égérie ? Trois pelés et quatre barbus. Rien qui méritât cinq lignes. Thomas Guénolé a fait cela très bien chez Frédéric Taddeï.

« Nous » ? De vrais racistes ?

Erreur de lecture. Ce qui constitue ce titre (qui, si je l’écrivais sous la forme Les Arabes, les Juifs et nous, m’attirerait les foudres de la justice), ce sont ces deux virgules et ce « et » qui n’est pas inclusif mais, curieusement, exclusif. Il y a les Blancs, sous-groupe les Juifs — et en face, ce « nous » qui se veut glorieux et qui n’est pourtant qu’un symptôme, comme le serait une fièvre ou une éruption cutanée.

De quoi ce « nous » est-il le nom ? Ma foi, Eric Cantona, qui a manifestement donné trop de coups de tête dans trop de ballons pleins de vide, l’a défini en creux il y a huit jours, et Karim Benzema en a défini les contours 48 heures plus tard : le « nous », ce sont les victimes du racisme supposé du reste de la population française — comprenez, les Blancs, sous-groupe les Juifs. Etonnez-vous après ça que les plus fachos des nervis du FN et les plus extrémistes des salafistes en cours de formation se retrouvent à applaudir Dieudonné…

Jamel Debbouze, que l’on a connu plus inspiré, en a rajouté une couche vingt-quatre heures plus tard — ah, cette dictature de l’émotion et du tac au tac, qui empêche de tourner sept fois sa langue dans sa bouche ou celle de sa voisine… Dire, dire quelque chose, dire du grand n’importe quoi, mais dire !

Dire qu’il y en a pour croire que c’est cela, s’exprimer ! On devrait condamner tous ces gens-là au silence — footballeurs à QI d’huître, humoristes à cervelle d’oursin, journalistes en mal de copies, et chroniqueurs rivés à leur souris. Vingt ans de silence ! À la trappe ! Les francs-maçons, lorsqu’ils acceptent un nouveau frère, l’obligent à se taire un an. Sage précaution dont n’a été exempté que Voltaire, qui avait fait ses preuves. Pythagore imposait cinq ans d’abstinence langagière à ses disciples, le temps qu’ils réfléchissent un peu à la quadrature du cercle.

La nation contre les communautés

Mais nous vivons dans la dictature de l’immédiat. Quand de surcroît un événement aussi minusculement considérable qu’une coupe d’Europe de foot fait bruire ses fuseaux, comme dit Molière, on ne prend plus du tout le temps de réfléchir : l’émotion, même factice, prend le pas sur le raisonnement. La passion, qui parle à tout jamais la langue des supporters et crie, sous une forme ou une autre, « à mort l’arbitre ! », éructe et prétend passer pour de la pensée. Mais la pensée, c’est la pesée. Il faut le temps de poser les éléments du débat dans la balance intellectuelle. Et d’imaginer ce qui fera la tare — encore qu’en l’espèce — Cantona, Debbouze, Benzema et consorts —, on ait tout ce qu’il faut, comme tares et comme tarés.

Peut-être le foot jadis engendra-t-il une geste épique — Polony évoque dans Le Figaro du 4 juin la décision de cette équipe du Dynamo de Kiev qui en 1942 joua dignement contre une équipe d’Allemagne qu’elle avait été sommée de laisser gagner, la battit et finit fusillée. Eduardo Galeano (Le Football, ombre et lumière) et Jean-Claude Michéa (Le plus beau but était une passe) s’en sont délectés. C’est dire à quel point c’est rare. Mais on n’était pas encore dans le sport-spectacle, et c’était une nation qui tentait d’exister sur un terrain de foot — pas une « communauté » maghrébino-musulmane, née en 2001 en sifflant la Marseillaise lors d’un France-Algérie qui a donné le ton aux décennies à venir.

Parce qu’il faut le dire clairement : les racistes, les vrais racistes, ce sont ces imbéciles (qu’ils soient stupides n’enlève rien au forfait, sinon on excuserait 99% des truands, qui se déplacent en bandes pour être sûrs d’avoir deux neurones) qui se croient persécutés sous prétexte qu’ils gagnent des millions pour occuper du temps d’antenne entre deux pubs.

Mais ce que je voulais ajouter à l’article lumineux de Polony, c’est que ces manifestations de la Bêtise pure et dure ne sont jamais que le produit du discours ambiant, le discours du PS et de Terra nova, le discours du camp du Bien et du fascisme rose, comme dit Emmanuel Todd dans une tribune récente. À jouer les Beurs contre les autres, à légitimer la Marseillaise sifflée, à prendre au sérieux les revendications identitaires, à passer des compromis avec des fondamentalistes pour gagner troix voix, comme l’a raconté Malek Boutih (qui est à peu près tout ce qu’il reste de sensé au PS, depuis que Céline Pina ou Pierre Bouchacourt, qui tenaient les mêmes propos, en ont été exclus), on légitime les propos les plus racistes — puisqu’aussi bien on ne les dénonce pas. Pauvres petits musulmans milliardaires, qui prétendent parler pour tous les « frères » exclus !

Comme s’il n’y avait des pauvres que parmi les musulmans, comme s’il n’y avait d’exclus que parmi les Maghrébins, comme s’il n’y avait de révoltés que chez les « indigènes » ! Comme si j’étais raciste parce que je m’oppose à la réforme du collège — et à tous les mauvais coups multipliés par Vallaud-Belkacem contre l’Ecole de la République.

Le PS, désespéré à l’idée d’être privé l’année prochaine — et pour de longues années — de toute représentation ne sait plus que faire pour cliver la France en deux partis opposés — le camp du Bien, et les affreux d’en face. Que l’ex-UMP se laisse écraser, au gré de ses dissensions internes, dans cette tenaille idéologique serait stupéfiant si l’on ne faisait la part du masochisme et de l’envie de ne pas gagner qui semblent parfois les submerger.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 12 Juin 2016 à 21h15

      walkyrie dit

      Pour le moment, on a encore un exemple de la guerre sainte aux Usa. Quand on se bat avec des fleurs contre des bombes on est proche d’être un traître. L’Occident en est plein, et l’Amérique aussi. Concernant ceux qui se croient obligés de vous traiter de raciste, répondez que personne n’est obligé d’aimer personne.

    • 12 Juin 2016 à 10h19

      stella dit

      Cette femme n’a rien à faire en France ! Elle n’est là que pour distiller une haine et un racisme anti-français …et “on” l’en REMERCIE (c’est la france!) en lui offrant un poste à l’Institut du Monde Arabe ….

    • 11 Juin 2016 à 11h01

      Letchetchene dit

      “L’ idiot sans gêne” faites excuses mes Seigneurs”….

    • 11 Juin 2016 à 10h58

      Letchetchene dit

      Peut-être qu’I-diogene vient d’ Indigènes :
      Donc qui se ressemble s’assemble
       Je vais de se pas en parler à l’autre Indigène la Houria babouche……
      Donc l’ I-doit sans gêne rdv dans le kourbi…..

    • 10 Juin 2016 à 14h38

      Thomas dit

      @I-diogène : Bonjour, juste une précision par rapport au tu/vous en anglais. Les anglophones utilisent le vouvoiement et non le tutoiement. Thou (tu), thy (ton/ta) et thine (le tien, la tienne) ont cédé la place à you (vous), your (votre) et yours (le/la vôtre).

    • 10 Juin 2016 à 10h06

      Rico dit

      @I-Dio

      “…je ne dois rien à la France mais tout au genre humain.”

      Pt’ain l’bisounours.

      Ça c’est du lourd comme dirait Lucchini. 

        Je sais ce que je dois a mon pays,a mon histoire,et surtout a une immigration malsaine aidés de gens comme toi,qui en ont changé les règles au dépens des Français devant subir et se taire.

       Il ne s’agit que de Patriotisme ou d’amour de son pays,qui t’échappe par l’égoïsme d’une double Nationalité considérant la France comme territoire de transit.

       Voir mes compatriotes se prendre la tète pour des gens a problèmes issus d’Afrique ou du Maghreb qui représentent tout au plus 25%(de trop)de la population mais qui se retrouve a 85% (Procureur sur Europe et ça ne date pas d’hier) dans les gardes a vues et a plus de 75% au bas mots dans nos prisons Française…c’est faire insulte a leur intelligence que de leur dire comme a moi,que cette immigration la est une réussite et “une chance pour la France”.

       Les vendus et autres salauds qui nous sortent face au fiasco,ces arguments usés jusqu’à la corde  nous prennent pour des billes et je te conseille de t’accrocher car c’est bien finis tout ça.

       ”Quant au tutoiement, tu as eu une éducation asservie à la bourgeoisie…”

       Je t’ai dit par deux fois que ça ne me dérangeai pas (écoute un peu!).

       T’es un troll ou quoi?

      Et tu ne me feras pas croire que dans ta vie tu tutoie a tire larigot  toute personne,de la plus jeune a la plus âgée que tu ne connait ni d’Ève ni d’Adam.  

       Y’a que les branleurs et les mal-élevés qui font ça et s’il y a un comportement bourgeois a juste titre,c’est bien celui du bourgeois hautain et méprisant qui tutoie le bon-peuple sans lui demander son avis.

       Contrairement a toi je ne suis ni un asservis ni un dhimmis mais un de ces pouilleux de Français têtu et fier,qui refuse les bourgeois de ton espèce donnant la leçon de leur tour d’ivoire loin des problèmes.

      Il serait bon que tu n’en rajoute pas a ton discrédit sur le sujet.

      Fin de ce fil pour moi,garçon.

    • 10 Juin 2016 à 9h11

      MGB dit

      @ Ataraxis
      Les Allemands n’ont créé les unités de waffen SS français (division Charlemagne) qu’à la fin de la guerre, pas en 40.
      Je n’ai pas compris ce que vous voulez dire avec la licra et les SS.

    • 10 Juin 2016 à 9h05

      MGB dit

      Qu’est-ce que c’est que ce type qui écrit : “c’est bien, garçon…” ?