Boutang, encore une fois | Causeur

Boutang, encore une fois

Le camelot ne meurt jamais

Auteur

Théophane Le Méné

Théophane Le Méné
Journaliste, il contribue régulièrement au FigaroVox et au mensuel Causeur.

Publié le 11 février 2014 / Culture Politique

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Il n’est plus ce « colosse blond taillé en bûcheron de bas-relief » qu’Antoine Blondin s’était amusé à croquer sous les traits de Cazal dans son roman L’humeur vagabonde. Les années ont passé, son visage buriné en témoigne, le coffre rugit moins fort, et cette armure qui lui servait de corps semble moins souple, plus fatiguée. Mais sa gouaille est intacte, sa prodigieuse intelligence toujours aussi affutée, comme  le regard est resté espiègle, alerte, vivace. Dans les années 1990, à Saint-Germain-en-Laye et Collobrières, Pierre Boutang s’était raconté devant les journalistes Philippe Barthelet et Olivier Germain-Thomas. Grâce à l’historien et journaliste Patrick Buisson qui semble déterminé à explorer l’histoire de la droite intellectuelle – il signait récemment un documentaire sur le philosophe Gustave Thibon – la chaîne Histoire s’apprête à diffuser un documentaire inédit de l’homme par lui-même. La réalisation de ce film a été confiée à Christophe Boutang, son propre fils, et à Jérôme Besnard, déjà auteur d’un petit essai biographique sur le personnage.

À la métaphysique pointue qu’il enseignât à la Sorbonne et qui lui valut la réputation de philosophe parfois incompréhensible, Boutang, au soir de sa vie, aura préféré concentrer son verbe sur l’histoire politique française du XXème siècle. Ce siècle, il l’a accompagné, tour à tour comme étudiant de la rue d’Ulm, membre de cabinets ministériels, journaliste politique, critique littéraire, professeur de philosophie à la Sorbonne, traversant les guerres des hommes et des idées, sans jamais cesser de promouvoir une vision classique et chrétienne de l’homme, une vision qu’il espérait transformer en consensus politique. Et c’est pour cela qu’au parti de l’ordre, il opposait la monarchie, en ce qu’elle serait l’anarchie plus un.

Dans ce film intime et solennel comme un confessionnal, la voix chantante de l’athlète de la pensée accompagne la rotoscopie. On y découvre un jeune frondeur prêt à en découdre avec le professeur Jean Zay qui a osé offenser le drapeau français, ou sur le point d’aller combattre en Indochine (il est déjà marié et père de famille), quand il ne fomente pas un plan de libération de Charles Maurras, son maître, emprisonné après la libération. Sûrement rumine-t-il alors encore sa rencontre avec Philippe Pétain à qui il avait exposé sa volonté de préparer la revanche. Le vieux maréchal lui avait opposé le serment des Gens d’armes d’autrefois : « Gens d’armes, chargez, mais souvenez-vous que vous avez femmes et enfants et que vous avez acheté votre cheval ». Plus jamais, la résignation ne serait dans le camp de Pierre Boutang.

Le temps passe et les souvenirs continuent de revenir. Le militant politique qu’il a toujours été expose ses théories. L’assassinat de l’amiral Darlan, le 24 décembre 1942, par Ferdinand Bonnier de la Chapelle aurait été l’unique cause de l’échec d’un arbitrage du Prince. La confusion qui régnait alors en Afrique du Nord aurait pu permettre l’avènement du prétendant orléaniste au trône de France par les conseils généraux des départements algériens, conformément à la loi Trévenneuc, régissant la vacance du pouvoir. Un temps encore, on vagabonde dans le Paris de l’après-guerre, dans cette ambiance un peu électrique, au grand galop des hussards. Puis vient de Gaulle. Une certaine complicité affleura parfois entre les deux hommes car leur volonté partagée de remettre un roi à la tête de la France l’emportera sur les dissonances de l’épineuse question algérienne. À Giscard, l’auteur de Reprendre le pouvoir dit non et appelle de ses vœux François Mitterrand. Foutriquet, comme il l’appelle, a voulu sortir de la naphtaline « les blancs d’Espagne » pour diviser encore plus la monarchie : il faut qu’il parte ! Quelques images surviennent aussi pour laisser voir le philosophe échanger avec Georges Steiner sur la question juive. Boutang fut en effet de ceux qui ne tombèrent pas dans le « romantisme révolutionnaire », contrairement à Lucien Rebatet ou Robert Brasillach. Son aura intellectuelle aura peut-être permis à bien d’autres de de ne pas s’égarer dans ces tragiques chemins.

Quelques années après cette discussion à bâtons rompus que ce film rend publique pour la première fois, Pierre Boutang s’en est sans doute allé rejoindre Celui auquel il croyait tant. Pour chrétien qu’il était, le camelot savait trop bien que le roi ne meurt jamais. Nous voulons penser que de lui aussi, quelque chose ne mourra jamais.

« Pierre Boutang », un film de Jérôme Besnard et Christophe Boutang. 70 minutes. Diffusions le 11 février à 20h40 et le 14 février à 15h45 sur La Chaîne Histoire.

 *Photo : ANDERSEN ULF. 00327260_000003. 

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 12 Février 2014 à 21h21

      Belle dit

      Et oui, maintenant je refais le monde!

      Trêve de plaisanteries, pas trop, vous avez raison sauf que les hommes cuisinent, s’occupent un peu des enfants et qu’il y a des machines a laver la vaisselle.,, 

      • 12 Février 2014 à 21h24

        cage dit

        la machine à laver et la pilule, vraiment les deux fondamentaux de la libération féminine;
        Pour le reste, les déterminismes font… le reste…

        • 12 Février 2014 à 21h27

          Belle dit

          Exact.

        • 12 Février 2014 à 21h35

          cage dit

          la prochaine étape: la machine à faire des enfants…

        • 12 Février 2014 à 21h59

          Belle dit

          Cage, ne me décevez pas a suivre l’ambiance macho reac de ce site, źetes mon chouchou.

        • 12 Février 2014 à 22h02

          cage dit

          mais Belle,
          je vous parle d’avenir!!!
          La machine est en marche!!! 

    • 12 Février 2014 à 17h41

      Belle dit

      Cage, j’ai l’impression d’entendre parler un de mes fils.
      Vous êtes en plein jeunisme-:)
      Il nous reproche( en réalité je suis a peu près de la même génération que vous, mais c’était pas avec ma blouse bleue marine et mon prénom brode dessus que j’allais pouvoir faire la Révolution!) d’avoir pris ( moi, sniff qui me suis toujours débrouillée herself) tous les bons postes et de dégager de nulle part.
      Les vieux babas, qui dit! Moi j’aime encore Dany, alors, je rêve d’une démocratie avec une Angela en chef d’Etat et d’un Dany en opposant-:)

      Bref, je vous rappelle juste que Finfielkraut fut mao!
       

      • 12 Février 2014 à 17h52

        cage dit

        AF mao mais pas que… vous connaissez le parcours de Pierre Victor devenu…
        mais on ne va pas dresser des listes…
        merci pour le jeunisme!! Disons, que depuis que je devenu “conservateur”, j’économise bcp d’énergie à ne pas marcher sur la tête.
        Babas, pour moi, c’est vraiment un autre genre (ardèche-tommes de chèvre-poncho-pieds nus roulés-ds l’herbe-etc…) euh..là-dedans aussi j’ai donné…(plusieurs vies !!…)
        Aimez Dany, Belle, il n’attend que ça…!!!!!
         pour votre configuration, à l’inverse Dany en chef d’état, je le vois bien, par contre, je ne vois pas bien l’”état de l’état” de sa gouvernance… !!!! Globablement responsable de rien, mais l’idéalisme est à ce prix?

        • 12 Février 2014 à 17h54

          cage dit

          d’accord avec votre configuration, (merkel aux kommand)
          à l’inverse Dany en chef d’état…

        • 12 Février 2014 à 18h36

          Belle dit

          J’ai donne aussi… Trois jours.
          Nomeho vaisselle  pour les femmes et refaire le monde pour les mecs! 

        • 12 Février 2014 à 20h59

          cage dit

          vous  trouvez que ça a bcp changé??

    • 12 Février 2014 à 10h47

      Francois_Sanders dit

      Bonjour,

      Le documentaire qui lui était consacré hier soir sur la chaîne HISTOIRE, la seule qui ne coûte rien (50cts par mois) mais qui vaille quelque chose, est typique de ceux proposés dernièrement par Patrick Buisson : Pierre Boutang reçoit chez lui ou ailleurs, et parle de sa vie en répondant à des réponses courtes et très ouvertes.
      J’avais vu un documentaire du même type sur Raoul Girardet.

      Pierre Boutang était royaliste – comme son grand ami Roger Nimier.

      Avant-guerre :

      « Ah ben j’étais à la terrasse d’un café puis là, j’entends un type qui dit : « Nous allons entrer en guerre avec l’Italie, nous pourrons enfin bombarder Florence et Rome ». Ah ben c’est pas possible que je me dis. Je monte à l’étage de l’immeuble porter ma revue de presse à Maurras, je redescends et je demande au gars : « Alors comme ca vous vous réjouissez de bombarder Florence et Rome ? » « Ben oui ! » Et ben je lui ai cassé la gueule ».

      « Je tenais réunion à l’Action Française et Maurras présidait. J’ai tout appris avec lui. »

      Dans la guerre :

      Un intellectuel proche de lui s’exprimant à son sujet : « je ne saurai jamais ce que j’aurais fait en 1940 et pendant ces années et je me le demande souvent. Aurais-je été collabo, courageux, mesquin, angoissé, apeuré ? C’est une connaissance que je ne possède pas mais je tiens que Boutang, lui, sait qu’il a été courageux, plein d’audace, et vraiment noble. »

      Boutang passa la guerre dans le deuxième spahi marocain et tunisien.

      Après-guerre :

      « En 1958, je pensais que le comte de Paris ferait un bon chef d’état. Même en 1942, juste avant le débarquement allié en Afrique du Nord. Je n’étais pas le seul, beaucoup le croyaient. Vous pensez bien, personne ne le dit plus ca, hein, n’est-ce-pas ? Le comte de Paris a rencontré de Gaulle ; de Gaulle croyait en lui à distance en 1942. Moi j’étais plus avec Giraud, Mers-el-Kébir vous comprenez. De Gaulle l’a pris au sérieux aussi en 1958 le comte de Paris. Il y a un livre magnifique relatant leurs entretiens aux abords de 1958. Bon, le comte de Paris n’a rien fait et est tombé dans l’oubli mais à mesure qu’il s’évanouissait, je me disais que de Gaulle remettrait la monarchie. Beaucoup l’ont dit après, que oui, il avait remis la monarchie, la monarchie élective. Bon, moi j’appelais ca la république viagère mais j’aimais l’idée que de Gaulle avait de la France même si je m’étais opposé à lui par le passé, ou même au moment de l’Algérie. »

      « En 1949-1950, ach c’était pas malin, moi père de famille, et Nimier tout jeune, on voulait partir en Indochine. La guerre, n’est-ce-pas ? Bon, maintenant je peux le dire, c’est vieux, c’est loin, Roger avait une maladie du cœur, il a été réformé, nous ne sommes pas partis. »

      « Je visitais après la guerre Maurras dans sa prison. Roger Nimier voulait toujours venir avec moi parce qu’il voulait faire évader Maurras. Bon ben il est rentré une fois puis il s’est dit que non et revenait juste converser avec nous. Il avait tout prévu la première fois, avait dopé sa cylindrée.»

      1968 :

      « Je donnais cours à la Sorbonne. J’enseignais l’éthique de Spinoza. Ben voyez, c’était le programme. Dehors, les crânes intelligents de 68 s’énervaient, alors certains envahissent les lieux puis perturbent mon cours. Je dis : « Et quoi alors ? » Un type demande : « Vous enseignez quoi ? » « Spinoza ! » « Vous ferez mieux d’enseigner Marx ! » Ah ben ca que je me dis, j’y rétorque : « J’enseigne ce que je dois enseigner », et le fous dehors. Lui et ses types commencent alors d’obstruer la porte avec tout, n’importe quoi, des meubles, n’importe quoi. J’ai laissé faire, j’ai alors ouvert la porte puis ai empoigné avec force l’amas de mobilier comme là faudrait faire avec ma table de travail, puis j’ai poussé fort et tout est tombé. Les crânes ont détalé comme des lapins. Voilà mon seul rapport avec 68. »

      A la fin de sa vie :

      « Faut bien comprendre que le capitalisme libéral, ce n’est ni de droite ni de gauche. Ce n’est rien, c’est la dernière hérésie humaine, c’est le déchaînement des passions, c’est la barbarie qui se perpétue jusqu’à plus faim, tant qu’il reste quelque chose avant qu’il n’y ait plus rien, hein, n’est-ce-pas, vous comprenez ? »

      Le documentaire, simple d’aspect, sans fioritures, uniquement centré sur Boutang et quelques-uns de ses amis, est éblouissant par la faconde et la vivacité de parole et d’esprit de Boutang .

      • 12 Février 2014 à 11h24

        Villaterne dit

        Ah j’enrageais déjà de ne pas avoir la chaîne Histoire, mais là vous m’achevez !!

        • 12 Février 2014 à 11h35

          Francois_Sanders dit

          hehe
          Ca vaut le coup, vraiment, surtout depuis que Buisson l’a reprise en main.
          Le documentaire consacré à Girardet était du même accabit.

          Il y a un peu plus d’un an, la chaîne ne traitait que la deuxième guerre mondiale. Bon, c’est maintenant plus diversifié.

        • 12 Février 2014 à 12h57

          Belle dit

          Buisson qui m’a abîme ma chaîne préférée!
          Tiens, Sarko vient de s’apercevoir que crâne d’oeuf enregistrait toutes leurs conversations, bien une méthode d’extrême- droite!
          C’est pris pour Hoover le maître chanteur! 

      • 12 Février 2014 à 14h57

        cage dit

        qd on sait que Marx est comptable de l’oeuvre de Spinoza, on mesure l’arrogance de meute des débiles et excités de 68 à la Sorbonne.
        Un grand gâchis contre l’esprit. Une promo et carriérisme pour qq uns. 
         
        Le modèle de la meute est conservé, avec des variantes sur les appétits.  

         

        • 12 Février 2014 à 15h03

          Belle dit

          Pas bien compris Cage.
          Presque pas née en 68.

          C’est qui la meute?
          Ici, les fachos, a l’époque les gauchos.
          Je sais que ça s’énervait pas mal entre ces derniers et les cocos( les vieux de la vieille me l’ont raconte:-) ). 

        • 12 Février 2014 à 16h43

          cage dit

          (si jeune?) Belle
          la meute oui, façon gauchos et le psycho-drame de 68.
          Une compil de leurs idées débiles seraient bienvenue.
          Les idées géniales (altruistes) existaient avant eux. 
          Benjamin Stora soulignait que 68 avait enfumé toute construction et travail historique sur la guerre d’Algérie. 
          Bon, pour ma part (15 ans en 68) j’ai suivi la toute fin des maos avant dissolution; c’était pas plus malin de leur côté, mentalité d’inquisiteur et d’intégriste, mais j’en ai gardé des bons souvenirs et une suspicion tenace des trotskistes… héhéhé…
          globalement, l’arrivisme et le narcissisme a primé sur les idées( pas vrai Dany?)…
          Leurs descendants ont les rênes du pouvoir et sont pas prêts de les lâcher.

    • 11 Février 2014 à 21h43

      cage dit

      Curieux merci TLM
      Il y a deux semaines, j’ai ressorti “ontologie du secret”, acheté il y a des lustres, cité par Georges Steiner moult fois et foi x fois, qd j’téais encore Steineriste avant qu’il ne devienne anti-sioniste avéré.
      Bon, c’est euh… hardu petit, mais c’est beau
      comme de l’intelligence pure. (après le barouf de raouf et de son nègre d’A.Gabon, of course, ya risque de méningite) 

    • 11 Février 2014 à 20h52

      Villaterne dit

      Qu’est-ce que tu fous Jérôme ?

    • 11 Février 2014 à 19h25

      Belle dit

      Je lirai pas, mais, promis Zola c’est magnifique.

      Combien d’écrivains maurassiens  vont encore être cites, creuses, valorisés????

      • 12 Février 2014 à 1h28

        cage dit

        Belle
        Boutang,
        vraiment, c’est un esprit, 
        sinon ya raouf…