“La droite méprise le combat idéologique” | Causeur

“La droite méprise le combat idéologique”

Entretien avec François Bousquet, rédacteur en chef adjoint d’Eléments

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 25 avril 2017 / Politique

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Tout comme Patrick Buisson à qui il vient de consacrer une étude fouillée, le rédacteur en chef adjoint d'Eléments voit dans la réflexion de fond et dans le combat intellectuel des idées la clef de toute reconquête politique.

Rédacteur en chef adjoint d’Éléments, François Bousquet vient de publier "La Droite buissonnière" aux éditions du Rocher. Crédit photo : Hannah Assouline

Propos recueillis par Daoud Boughezala

Causeur. Dès les premières pages de La Droite buissonnière, vous attaquez durement Ariane Chemin et Vanessa Schneider, les journalistes du Monde biographes de Patrick Buisson. Pourquoi ?

François Bousquet. Je leur reproche d’avoir présenté leur livre Le Mauvais Génie (Fayard, 2015) comme une enquête journalistique alors que c’est un réquisitoire à charge qui omet d’administrer la preuve et empile les erreurs factuelles. Chemin et Schneider font à Buisson un double procès, en sorcellerie et en escroquerie, puisqu’elles l’accusent non seulement d’appartenir aux droites extrêmes, mais en plus de se montrer déloyal et cupide. Autrement dit, la délégitimation politique doit se redoubler d’une disqualification morale. La boucle est ainsi bouclée, et Buisson renvoyé à son assignation première : le quartier des lépreux.

La lèpre buissonnière s’appelle idéologie. Du Monde à NKM, beaucoup font de Buisson un maurrassien impénitent rêvant secrètement de renverser la République. Qu’en est-il réellement ?

Dans l’éducation politique de Buisson, Maurras n’a joué un rôle déterminant qu’à travers son père, Georges Buisson, qui était camelot du roi. Mais d’un point de vue idéologique, il a été beaucoup plus influencé par la lecture de Barrès, les grands auteurs chrétiens, Bloy, Péguy, Bernanos, et l’école du catholicisme social. Au XIXe siècle, cette école a nourri, parallèlement au socialisme, une critique féconde et prémonitoire des sociétés libérales naissantes qui érodent le lien social. Le référent initial, si on veut, c’est le légitimisme, mais Buisson va rapidement l’ouvrir à des horizons intellectuels nouveaux, sans jamais se laisser enfermer dans le piège d’un ultracisme suranné. Malgré sa nostalgie pour le monde ancien, il ne compte pas le ressusciter et laisse le mythe du retour du roi à Tolkien. Il ne veut pas se venger de « la gueuse », mais venger les gueux !

Vaste programme ! En termes de projet politique, qu’est-ce que cela signifie ?

La ligne Buisson est un dispositif à deux coups : politique et métapolitique. Le second point est le plus intéressant. Buisson a emprunté la notion de gramscisme de droite à Alain de Benoist et à la Nouvelle Droite, qui l’ont théorisée à la fin des années 1970 : la bataille pour l’hégémonie culturelle comme prélude aux victoires politiques. La guerre des mots et des symboles, les grands mythes mobilisateurs, etc.

Et sur un plan plus politique, voire électoral, que cherche-t-il ?

Buisson a voulu reproduire avec Sarkozy ce que de Gaulle avait fait en 1947, avec le RPF, et en 1958 avec la Ve : désenclaver la droite conservatrice. Cette droite est trop marginale, elle peut gagner une primaire, pas une présidentielle. Il s’agit donc de lui adjoindre les catégories populaires afin de fusionner les électorats conservateurs et populistes, quitte à occulter la question sociale, le grand impensé de la ligne Buisson. Nonobstant ce point, Buisson a saisi l’opportunité du sarkozysme sans nourrir d’illusions sur le personnage. Une fois élu grâce au logiciel Buisson, Sarkozy l’a du reste aussitôt désinstallé pour revenir au « cercle de la raison » : Alain Minc à Bercy, Kouchner au Quai d’Orsay, Frédéric Mitterrand rue de Valois, Bernard-Henry Lévy en Libye… De ce point de vue, la ligne Buisson est un échec, et le bilan désenchanté que dresse La Cause du peuple l’atteste. Je suis quant à moi moins sévère, l’essentiel étant d’avoir contribué à lever les tabous qui tétanisaient les droites et à battre en brèche l’avantage moral de la gauche.

Quels tabous ?

L’identité nationale, le refus du front républicain, qui s’est

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    publié dans le Magazine Causeur n° 104 - Avril 2017

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  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 25 Avril 2017 à 13h05

      Liamone dit

      De Gaulle a fait condamner l’extrême droite à des peines d’indignité nationale et à des peines de prison à la Libération. Il a combattu l’extrême droite durant tous ses mandats et a jeté en prison les plus activistes d’entre eux. Alors revoyez vos références historiques et confortez votre culture. Lorsque en décembre 1965,jean Moulin est entré au Panthéon avec toute la colonne des martyrs, l’extrême droite, égale à elle même, crachait sur son cercueil. Personne n’a rien oublié. Les valeurs et les idéaux de Pétain ne pourrons accéder au pouvoir dans ce pays qui n’a pas la mémoire courte.

      • 25 Avril 2017 à 14h10

        Leucate dit

        Ah bon, je ne savais pas qu’il s’était lui-même condamné ainsi que ses généraux Leclerc de Hauteclocque, et les très vichistes Alphonse Juin et de Lattre de Tassigny dont il fit des maréchaux de France.
        Dans la France Combattante, le droite était au rendez-vous.
        Avant de continuer à écrire des c .. euh, des inexactitudes, allez sur le site des Compagnons de la Libération et naviguez, vous avez la liste avec leur bio.

        • 25 Avril 2017 à 21h38

          Liamone dit

          La perte d’une élection est une contrariété que d’aucuns supportent difficilement. Le Clan Le Pen va perdre car la nation le souhaite, parce qu’il incarne les idéaux de Pétain. Les chefs que vous citez étaient des à la tête des armées qui ont chassé Les hommes de Pétain, au Tchad d’abord pour Leclerc et pour Juin après son retour en France après ses éclatantes victoires en Italie. Vous devriez relire votre histoire mais semble -t-il vous avez grandit avec les cliché pétainistes de Rivarol ou de Minute ou les écrits de Lucien Rebatet. Le clan Le Pen incarne le Pétainisme et les regrets et les petites et grandes phrases de sympathie de son chef à l’égard du régime de Vichy sont explicites. Nous pouvons les égrener, comme celle sur “la douce occupation de la France par Hitler”. La défaite du clan est programmée car il sollicite la France et la France a de la mémoire.
          Alors les conséquence ? eh bien cela ne sera pas bien méchant pour les frontistes de l’extrême droite. Quand on perd une élection comme celle là on développe d’emblée une nette constipation, pendant plusieurs jours. Mais cela fini par passer car il faut prendre, durant quelques jours, des poireaux bouillis et si cela persiste, il faut appliquer un ou plusieurs lavements.

    • 25 Avril 2017 à 13h01

      rvbubu dit

      Sancho: Que ce Bousquet là porte le même nom que l’enculman pote de Mitterrand, ca n’a rien, mais rien à voir avec les idées qu’il porte.
      C’est évident. Mais tu es une telle tache, une telle mierde baveuse que tu te complaîs dans ce genre d’obscénité.
      Créve, salcon.
      .

      • 25 Avril 2017 à 13h06

        Sancho Pensum dit

        Poil au con !

      • 26 Avril 2017 à 16h16

        Laocoon1 dit

        rvbubu dit

        Vous devriez de toute urgence apprendre à vous exprimer en français avant de poster un commentaire.
        Enfin le ridicule ne tue pas !

    • 25 Avril 2017 à 12h58

      A mon humble avis dit

      L’idéologie n’appartient qu’aux politiciens et aux philosophes; les peuples sont beaucoup plus basiques: ils votent pour qui semble le plus convaincant pour leur apporter un maximum de prospérité et de sécurité, quelles que soient les étiquettes et les références.
      Les peuples sont très sensibles aux démagogies et aux diffamations: c’est la raison pour laquelle les “élites” se font élire grâce aux premières, après avoir éliminé leurs concurrents avec les deuxièmes.
      Elles recourent aussi fréquemment aux menaces pour intimider les électeurs: attention aux catastrophes si vous votez “mal”, comme le Brexit, Trump ou Le Pen!
      Les peuples ne veulent pas d’idéologies, assemblages de concepts abscons élaborés pour les enfumer et les duper: ils veulent du concret, c’est-à-dire de l’argent, et la sécurité des biens et des personnes. Le reste n’est que du blabla de politiciens assoiffés de pouvoir et de privilèges.

      • 25 Avril 2017 à 13h15

        Liamone dit

        Bonne analyse. Vos propos sont une réalité solide et concrète. La démagogie ne sert qu’à conforter la démarche de madame Le Pen et de son clan. Elle peut conduire le pays à l’impasse mais les valeurs et les idéaux de la Résistance et de la Libération sont encore bien vivants, alors qu’elle tente de nous couper des nation sœurs de l’Europe qui partage avec nous les valeurs et les idéaux de la démocratie. Laissons la cohorte d’extrême droite se défouler avec le verbiage traditionnel qui est le sien. Nous n’avons rien oublié des principes que défend le clan Le Pen. Le Père est toujours là pour nous le rappeler avec “le Durafour crématoire” et “l’occupation douce de la France par Hitler”…. Tout cela est gravé dans le marbre du clan et de l’extrême droite.

    • 25 Avril 2017 à 12h48

      Sancho Pensum dit

      “Chemin et Schneider font à Buisson un double procès, en sorcellerie et en escroquerie, puisqu’elles l’accusent non seulement d’appartenir aux droites extrêmes, mais en plus de se montrer déloyal et cupide.”
      Assez de blabla. Ce sont là des choses absolument factuelles et établies. Bousquet (*) est dans le même état d’esprit que le filloniste de base. Alors qu’on lui met le nez dans le caca de son idole, il continue de faire semblant de sentir la rose. Buisson est un salaud de la pire espèce, comme l’extrême-droite en produit régulièrement.
      Les présentations étant faites, passons au fond maintenant. Il y a bien une droite en France, porteuse d’un combat idéologique. Elle s’appelle Front national. Et parce qu’elle le fait, elle n’a aucune chance d’accéder au pouvoir. Pire : elle n’a pu prendre de l’étoffe que lorsqu’elle a commencé à brouiller les cartes, en allant à la pêche à gauche. La droite dont se réclame Bousquet ne peut pas gagner en affichant sa couleur idéologique, plus elle le fait, plus elle perd. Pourquoi ? Parce que ses idées sont minoritaires dans le pays. Elle ne peut accéder au pouvoir qu’au prix du travestissement. Voilà aussi pourquoi les Wauquiez et Cie, qui seraient pourtant ton sur ton chez les Frontistes préfèrent rester chez les Républicains. Faire son coming out idéologique, c’est prendre le risque de la défaite politique. Encore une application de la célèbre maxime du cardinal de Retz, b-a-ba de tous les Machiavels politiques : “on ne sort de l’ambiguité qu’à son détriment”.

      * : quand on porte ce nom, on court se cacher, on ne parade pas à la terrasse d’un café !

      • 25 Avril 2017 à 13h49

        Flo dit

        Poil au nez !

        • 25 Avril 2017 à 13h57

          Sancho Pensum dit

          Ben voilà, c’est la preuve que quand vous voulez, vous êtes capable d’argumenter. (poil au pied !)

        • 25 Avril 2017 à 14h02

          C. Canse dit

          Sancho pensum

          Contre la calvitie, les moumoutes !
          Pour les pieds, auriez-vous des ascendants Hobbits ?
           

        • 25 Avril 2017 à 14h04

          C. Canse dit

          Contre l’alopécie, la poudre de perlimpinpin.
          Contre la pelade, le dermato. :-) 

    • 25 Avril 2017 à 12h30

      Aristote dit

      Le personnel politique de la droite française sort pour l’essentiel du même moule que le personnel politique de la gauche française : l’ENA, la fonction publique, la carrière politique commencée très jeune.

      Chirac a fait carrière à droite, parce que pour sa génération c’était là qu’il y avait des opportunités. Fabius à gauche parce que les places étaient à prendre au bon moment. Cela aurait pu être l’inverse.

      Macron, du pareil au même…

    • 25 Avril 2017 à 11h55

      Fixpir dit

      Concernant la partie de l’article évoquant, au delà de P. Buisson, la capacité de la droite de lutter à armes égales avec la gauche (titre “La droite méprise le combat idéologique”), je surtout surpris d’un autre manque.

      Ce n’est pas le combat idéologique qui fait gagner la gauche. De Fillon à Sarkozy, et même, avant, à MM Chirac et Giscard d’Estaing, ce qui fait gagner la gauche, c’est la capacité à créer et “mettre en musique” des affaires, qu’elles soient inventées de toutes pièces ou soigneusement synchronisée avec l’actualité et présentées de la manière la plus désavantageuse possible.

      Petit à petit ce phénomène prends de l’ampleur. L’on a vu avec M Sarkozy et confirmer avec M Fillon, la justice rentrer dans le jeu.

      La solution est probablement multiple. Lutter pour une meilleure représentativité de la presse et de l’audiovisuel – notamment public, son biais actuel est ahurissant. Et, probablement, savoir également utiliser la campagne de presse en sens inverse.

      À moins de croire, évidemment, que ce soit impossible parce que la gauche est un parangon de vertu et qu’il serait impossible d’y trouver quoi que ce soit de condamnable, même en y ajoutant quelques petits mensonges par dessus le marché. Vous reprendrez bien une tasse d’affaire Bettencourt accompagné d’un zeste de financement Libyen?

      • 25 Avril 2017 à 13h10

        Sancho Pensum dit

        Et c’est bien connu, Chirac était un enfant de choeur. Jamais il n’aurait orchestré la chute d’un concurrent ou d’un adversaire. Tout comme Sarkozy.

      • 25 Avril 2017 à 13h43

        Flo dit

        Je pense que la droite sait moins bien instrumentaliser les affaires car elle a moins d’amis dans la place mais l’envie ne leur en manque pas.

        La gauche de ce point de vue là nage comme un poisson dans l’eau. Il n’y a même pas besoin de donner des ordres précis, il y a assez de monde pour faire avancer les affaires dans le bon sens.

    • 25 Avril 2017 à 11h52

      Ganzo dit

      Madame Schneider est une “bobo primitive” : tout ce qui n’est pas la gauche est un ersatz de Hitler et Hollande est une connaissance avec laquelle elle adore converser.