Bourdivine surprise !
La droite tacle les grandes écoles
Publié le 07 janvier 2010 à 8:55 dans Politique

Polytechniciens derrière leur drapeau un 9 novembre.
La “triangulation”, cette technique de prise et d’exercice du pouvoir dont Nicolas Sarkozy fait un usage immodéré pour semer le trouble chez l’adversaire s’est à nouveau invitée dans le débat public entre le vaccin en solde et l’identité nationale en promotion. Elle consiste à s’emparer des thèmes et des symboles qui font partie du patrimoine politique et culturel de la gauche, Guy Môquet, par exemple.
Acculé dans le coin droit du ring par des opposants qui l’accusent d’envoyer Eric Besson draguer dans l’égout lepéniste, Sarkozy, aidé de Luc Châtel et Valérie Pécresse, opère un changement de pied audacieux pour se poser en champion de la mobilité sociale.
Ce fameux ascenseur républicain qui doit propulser les filles et filles de prolos vers les hautes sphères est en panne ? Je m’en vais te le réparer vite fait en lançant dans l’arène publique un slogan bien troussé qui va semer la joie dans les HLM et la panique dans les lofts : 30 % de boursiers dans les Grandes écoles !
Les patrons de ces prestigieux établissements font alors valoir qu’ils ne sont pas, certes, opposés par principe à l’admission dans leurs établissements d’étudiants issus des milieux défavorisés, mais qu’il craignent une dévaluation des diplômes si les concours d’entrée sont “aménagés” pour leur faire de la place.
Le piège est parfait. On fait alors donner la garde, en l’espèce le duo de gauchistes patentés formé par Alain Minc et François Pinault pour mener la charge sabre au clair, dans une tribune du Monde contre les “réactionnaires” qui sont chargés de la formation des élites de la nation. L’autodidacte enrichi dans la vente de planches et la spéculation sur le sucre et le major de l’X et de l’ENA, cela a un parfum pré-révolutionnaire, ou alors je n’ai rien compris. On subodore une nuit du 4 août en plein hiver, avec quelques nobles s’alliant au Tiers-Etat pour terrasser les privilèges d’une aristocratie qui s’est insidieusement reconstituée au fil des dans les failles de l’élitisme républicain modèle IIIe République. Après un cours accéléré de sociologie bourdivine, les ministres compétents, Luc Châtel et Valérie Pécresse, menacent d’aller regarder les dessous des concours d’entrée pour y débusquer les chausse-trapes culturels destinés à éliminer les pauvres de Normale Sup, Polytechnique ou HEC.
Voilà comment l’on crée une polémique à la française, c’est-à-dire pesamment idéologique, et dénuée du moindre souci d’aborder le problème avec le minimum de pragmatisme permettant de résoudre le problème suivant :
Le système de reproduction de nos élites, qui favorise indubitablement les enfants issus de milieux économiquement favorisés et ceux des enseignants familiers des arcanes du système n’a pas produit, jusqu’à présent, une dégénérescence de ces dites élites, qui supportent fort bien la comparaison internationale. On vient même de l’étranger pour nous piquer quelques brillants sujets et leur offrir ceinture dorée et labos bien dotés.
Cependant, l’exclusion d’une partie de la population de ces enseignements d’excellence est un facteur de désintégration sociale qui s’ajoute au creusement des inégalités dans les revenus, l’habitat, les modes de consommation.
Comment faire en sorte que le remède administré pour corriger ce dernier inconvénient ne soit pas dommageable à la qualité des formations d’excellence ?
Les Etats-Unis ont créé une classe moyenne et moyenne supérieure noire en appliquant la discrimination positive au détriment de l’égalité formelle de tous devant l’accès au savoir. Ils ont choisi, pour un temps au moins, cette solution pour mettre fin à une situation de révolte violente des ghettos noirs à la fin des années 1960. C’était une décision politique, dont les résultats ont été relativement satisfaisants. Il existe toujours des ghettos noirs d’une pauvreté accablante, mais les leaders potentiels de la révolte en ont été extraits par le haut.
Cette politique est-elle nécessaire chez nous et surtout adaptée à la problématique des ghettos périurbains de la France d’aujourd’hui ?
Elle heurte de front cet élitisme républicain qui rejette toute distinction communautariste au non de la citoyenneté universelle. Il faut donc trouver autre chose et surtout quelque chose qui marche.
Cette idée de 30 % de boursiers dans les Grandes écoles ne restera qu’un slogan creux si on ne va pas voir de plus près ce qui empêche ces derniers d’y entrer. La théorie de la reproduction, développée par Bourdieu et ses disciples n’est pas intrinsèquement perverse, à condition de la compléter par un corollaire : les classes populaires ont aussi un penchant à souhaiter que leur progéniture ne s’éloigne pas trop du milieu dont ils sont issus. Des mentions TB au bac désespèrent leurs profs de terminale en allant se planquer dans un IUT au lieu d’intégrer une prépa de choc. Ma voisine, en dépit de mes encouragements, a préféré faire l’école d’infirmières alors que ses résultats brillants lui ouvraient une perspective de boursière en médecine. On veut bien grimper d’un étage, mais on craint de monter trop haut, donc de changer de monde. Si l’on commençait par inciter tous les bons élèves pas riches à risquer le possible, on aurait déjà fait un bon bout de chemin dans le sens souhaité par nos estimés dirigeants. C’est moins vendeur, en terme de com’ que 30 %, etc., et surtout cela ne permettrait pas à Minc et Pinault de faire les marioles. Impossible donc.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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boubitch dit
Précision : Alain Minc n’est pas major de l’X mais diplômé de l’Ecole supérieure des mines de Paris (promotion 1971). C’est d’ailleurs l’une de ces grandes frustrations -entre autres- de ne pas avoir été reçu à Polytechnique. Il s’est rattrapé en sortant major de l’ENA.
Clara dit
J’arrive tard dans ce débat. Simplement envie de rappeler ce chiffre, donné par les statistiques de Polytechnique. En 1950, il y avait un pourcentage de 29% de boursiers qui intégrait l’X, en 2009, ce chiffre est tombé à 9%.
1) A l’époque, on ne “donnait” pas le bac, on le méritait. Il faudrait revoir le livre des épreuves demandées au certificat d’études (publié récemment) pour comprendre ce quétait le niveau d’un élève de 13 ou 14 ans à lépoque. Le reste suivait.
2) La notion de mérite entrainait l’attribution de bourses à l’élève doué et motivé.
Mon grand père fils d’un paysan très pauvre de la Haute-Marne devint ingénieur, Pompidou, un auvergant du village de Montboudif devint président de la république.
Toutes sortes de réfugiés, italiens, juifs, ont ainsi fait des études.
Ils “travaillaient” en classe. Et l’enseignement exigeait tenue et volonté d’étudier.
Gwendan dit
Reconnaissons aux membres de la CGE un certain courage puisque tenant tête avec une certaine dignité au lynchage médiatique et politique initié de façon trés populiste par descoings.Ils tiennent bon pendant que dans l’autre camps ça part dans tous les sens: sabeg et chatel parlent clairement de quotas tandis que pecresse ne parle plus que d’objectifs quand à descoings il parle alternativement de l’un et de l’autre. Là le gouvernement en est réduit à appeller rama yade et fadela amara à la rescousse pour défendre ce projet au nom de la “diversité” alors qu’on nous avait dit qu’il n’était pas question de “discrimination positive” mais d’ascenseur social… Bref c’est la pagaille..
Un grand bravo à M.Pierre Tapie qui n’aura céssé de répondre de façon posée aux imprécations ridicules de ses adversaires.
souris donc dit
Midas, votre analyse de la satrapie n’est pas vraiment réjouissante quoique bien envoyée…, pourtant qu’est-ce qu’on nous a rebattu les oreilles avec l”élitisme républicain”, ce cynisme s’il ne résulte pas du maillage progressif dont vous parlez, qui existait et que le couple infernal 80% au bac + ultra-sélectivité par les concours bat en brèche.
“Les grands corps de l’Etat sont infongibles dans une Europe politiquement existante, quelque soit le visage de cette derniere!” : ou alors par contamination, je trouve que certains fonctionnaires internationaux leur ressemblent comme deux gouttes d’eau.
Midas dit
(Fin)
Il a ete repete ad nauseum que les TGE sont “la seule chose qui marche en France”. Pitoyable complainte qui se retourne de la facon suivante: on a tout peter en France pour preserver ce systeme imperiale et imperialiste que sont les TGE. L’histoire donnera a ces intitutions les honneurs qu’elles meritent lorsqu’il s’agissait de construire les piliers de la Republique naissante, a la condition que ces dernieres s’effacent devant leur progeniture au lieu de s’en nourrir!
Entre les madames michus, sinceres mais michus, et les cyniques qui feront tout leur possible pour conserver leur rente, ce debat peut rester embourber encore longtemps. Mais comme je le dis plus bas: un comportement gaspilleur a outrance ne peut s’installer comme une tendance lourde sans conduire a la degenerescence: cette question est un des visages les plus obscures de ce que l’on appelle le mal francais.
Dernier point: les grands corps de l’Etat sont infongibles dans une Europe politiquement existante, quelque soit le visage de cette derniere!
Midas dit
(suite)
Egalite. Ne veut pas dire que les postes de commande d’une satrapie doivent etre attribues au terme d’un processus equitable (ce qu’il convient de relativiser dans la situation qui nous occuppe) mais que l’exercice du pouvoir lui-meme doit etre equitable et, notamment, le monopole et la concentration de l’expertise doivent etre combattus. Le corporatisme exacerbe a son paroxysme c’est la satrapie.
Fraternite. Ne veut pas dire faire de l’assistanat un systeme mais edifier son prochain pour l’elever a son niveau. En France, comme ailleurs, il n’y a pas d’un cote les bons eleves et de l’autre les mauvais, il y a un continuum d’eleves qui vont du meilleur au plus mauvais. Il va a l’encontre du bon sens et de la fraternite sociale de separer d’emblee la quintessence d’une generation (du point de vue scolaire) de son gisement. La filtration peut et doit se faire selon un maillage toujours plus fin. Ainsi, l’ensemble de la generation beneficiera du moteur que constitue son elite et cette derniere gagnera la connaissance de sa veritable identite. Enfin, une elite doit etre a l’image du peuple dont elle issue: un peuple n’a que faire d’un pilote de F1 chevronne quand il s’agit de conduire une 2CV sur une route defoncee!
Midas dit
Combien de temps encore ce debat restera le tete plongee dans la fange ou l’elite republicaine (celle dont on dit qu’elle se renouvelle en permanence mais qui pense toujours indecrottablement la meme chose!) entend avec une insistance febrile l’y noyer?
Je vais rappeler quelques principes simples histoire de montrer aux indigents comment exiger leur dignite au lieu de quemander des croutons et histoire de montrer aux nantis que tout le monde n’est pas dupe.
Liberte. Et une de ses composantes majeure: la libre entreprise, dont le colbertisme imprime sur les parois internes du crane des elites republicaines est le pire ennemi! Le veritable vivier en valeur et en savoir-faire d’une economie ne peut resider que dans les PME. On est loin de ce paradigme en France a cause d’un vice de fabrication que j’appelle le colbertisme (Mon respect pour l’homme me fait dire qu’aujourd’hui il ne serait pas colbertiste)!
lisa dit
@Impat et presque tous !
J’ai aussi signé et essayé de faire connaître, pais vous avez vu, 11411 signatures, Laurent Lafforgue en espérait 10000 avant les élections de 2002….
Impat dit
Lisa, oui ce texte est excellent. J’ai signé et diffusé cette pétition.
souris donc dit
@ Alpin et Lisa
dans cet appel on lit :
“les programmes de l’Ecole primaire se sont beaucoup appauvris sur l’essentiel, tout en affichant des ambitions démesurées sur l’accessoire. Une foule de sujets disparates, la pratique ludique des « nouvelles technologies » et la multiplication des activités périscolaires (prises sur le temps scolaire)”
Oui, et je suis toujours étonnée de voir les pressions qui s’exercent sur l’école de la part d’associations au prétexte que c’est “dès le primaire qu’il faudrait que” et qu’”après c’est trop tard” : prévention routière, premiers secours, lutte contre le tabagisme, les accidents domestiques, apprentissage du tri sélectif… Sans penser que le temps n’est pas élastique et que la capacité d’absorption des enfants est limitée dans une journée déjà démentielle. Essayez donc d’écouter 2 conférences de 3 heures par jour…Donc le ludique semble une solution, mais l’étalement sur le temps de vacances en serait une autre. Mais là…
Alpin dit
@Lisa,
Oui ,tout à fait et avec un groupe d’amis nous suivons avec grand intérêt
son parcours courageux.
J’approuve fondamentalement ses positions.
Gwendan dit
@Florence
En fait ce n’est pas “Chatel assisté de Descoings”,en fait c’est Descoings le vrai patron,une sorte de ministre officieux,Chatel n’est que le porte voix,Descoings est le ventriloque et Chatel la marionnette.
lisa dit
@xly
@Alpin
Connaissez vous Laurent Lafforgue, médaille Field français, et son appel pour la refondation de l’école ?
http://www.refondation-ecole.info
Alpin dit
Brighelli dixit:
http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2010/01/07/la-conjuration-des-imbeciles.html