Aux musulmans de combattre le terrorisme | Causeur

Aux musulmans de combattre le terrorisme

Discours au CRIF d’Orléans

Auteur

Boualem Sansal
est un écrivain algérien. Dernier livre paru : Gouverner au nom d'Allah (Gallimard, 2013).

Publié le 24 décembre 2014 / Politique Religion Société

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Orléans, 3 décembre 2014

Monsieur le président du CRIF,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Chère Eliane Klein,

Comme je ne sais trop comment vous remercier pour l’honneur que vous me faites de m’inviter à votre dîner, je vous dis simplement MERCI, mais sachez que j’y mets toute la force d’amitié, de respect et d’admiration que j’ai pour vous et pour votre combat.
C’est un dîner amical, nous sommes censés nous réjouir mais et je vous prie de m’en excuser, les propos que je vais tenir ne sont pas particulièrement heureux. C’est que le contexte ne l’est pas et à vrai dire il est noir il nous met à la torture.

Chers amis,
Dans mes moments de vraie lucidité, de pessimisme me disent certains de mes amis, je vois l’évidence et je constate avec effarement que l’islamisme a gagné la partie et que la haine de l’autre, si parfaitement incarnée dans la haine du juif, explose dans le monde. Ces maladies sont si contagieuses que rien ne semble pouvoir les juguler, elles nous menacent carrément de disparition en tant qu’hommes et peuples libres, fraternels et maîtres de nos destins. Même cette Europe des Lumières si puissante ne sait pas s’en défendre, la voilà infestée, l’antisémitisme reprend du service comme jadis, dans tous les compartiments de la société, pas seulement dans l’extrême droite et les quartiers dits difficiles où là il s’exprime librement en paroles et en actes. Le temps de l’incubation est passé, l’épidémie est installée, elle galope, ici l’antisémitisme est dans le délire, il rêve tout haut de nouveaux holocaustes, et là l’islamisme qui en Europe est peut-être le rejeton de l’antisémitisme et d’un certain islam hypertrophié, passe à l’acte et se construit des plans apocalyptiques planétaires dont nous avons vu les premières démonstrations à Toulouse, Bruxelles, dans les pays arabes qu’un printemps facétieux a livrés pieds et poings liés aux islamistes et aujourd’hui à la dèche et au Daesh.
Mais plus que l’étendue et l’atrocité de ces maladies, c’est l’évolution du rapport de force qui m’inquiète. D’un côté l’islamisme et l’antisémitisme sont de plus en plus offensifs, inventifs, et de l’autre côté il y a nous, tétanisés par la peur, et nos États si timides, pour ne pas dire lâches ou pire attentifs comme s’ils s’accommodaient de ces dérives ou espéraient en tirer un profit. Quand on voit l’évolution des relations des EU et de l’Europe avec l’Iran, l’Arabie, le Qatar, les maîtres du terrorisme et du djihad, on ne doute pas de leur penchant pour les accommodements contre nature.

Je voudrais maintenant partager avec vous quelques-unes de mes colères :
En premier je crois vraiment intimement que combattre l’islamisme comme le font les Occidentaux, c’est-à-dire à la place des musulmans, est une erreur grave : c’est les libérer de leur devoir de défendre eux-mêmes leur religion et leurs pays, c’est les exonérer de leur obligation de s’acquitter de leur part dans le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde, c’est les exonérer de leur responsabilité dans le développement de l’islamisme au sein de leur société et de son exportation, c’est enfin les empêcher de faire par eux-mêmes l’expérience historique, sans doute douloureuse, de la sécularisation de leur pays et de la révolution démocratique. C’est d’autant plus grave qu’au bout l’Occident sera accusé d’ingérence dans le monde musulman, ce qui relancera l’islamisme. Bombarder le Daesh comme le font les américains et les Français est une autre erreur, elle installe les États arabes dans une situation de spectateurs observant l’Occident combattre la barbarie à leur place dans leurs propres pays. En 67 et en 73, si je me souviens bien, les États arabes unanimes ont su s’unir pour encercler et attaquer Israël, et avec d’énormes moyens, et avec la bravoure que l’on sait, pourquoi ne le font-ils pas aujourd’hui quand là réellement leur existence est menacée ? A part écraser leurs populations, que font leurs armées, pourquoi ne sont-elles pas au Daesh ?

S’agissant de l’antisémitisme, la réalité est d’un triste absolu : personne ne le combat réellement et donc il avance allègrement, il organise même des spectacles très courus. L’islamisme ambiant que l’on ménage de peur qu’il se radicalise, lui offre une onde porteuse très puissante. Il faut sortir de ce chantage à la paix sociale pour les uns au détriment des autres, il faut lui mener une guerre totale, minutieuse, acharnée.
Je déplore enfin ce mouvement qui voit un peu partout les juifs quitter leurs pays pour Israël. Quitter son pays c’est l’affaiblir et le livrer aux islamistes et aux antisémites, et leur installation en Israël n’est pas forcément bénéfique pour ce pays dont les ressources sont limitées et les difficultés déjà grandes. Je pense qu’on peut mieux aider Israël en restant dans son pays.
Au-delà des discours œcuméniques, voilà ce qui peut réellement rapprocher les musulmans et les juifs : se battre ensemble contre leurs ennemis communs : l’islamisme et l’antisémitisme.

Un mot sur le conflit israélo-palestinien. Ce conflit a connu des évolutions de plus en plus complexes qui rendent sa résolution quasi impossible, il était israélo-palestinien, il est devenu israélo-arabe, puis israélo-musulman, puis israélo-islamiste, et le cercle ne cesse de s’élargir. Israël doit se battre sur trente-six fronts, et pendant ce temps ses amis se font distants comme s’ils s’apprêtaient à changer de doctrine. Une démocratie au cœur du monde arabe ne leur semble plus une idée sensée, elle crée trop de remous autour d’elle, elle met à nu les voisins, ça les enrage. On se demande si la reconnaissance d’un État palestinien qui se discute en ce moment un peu partout dans les pays occidentaux est un geste pour amadouer les djihadistes, ou si c’est un appui au processus de paix entre Israël… et qui d’autres au fait (le Fatah, le Hamas, l’Iran, le Daesh ?) ou si elle n’est pas tout simplement la mise en œuvre de cette doctrine, sacrifier Israël pour apaiser la colère des fous d’Allah. C’est une erreur grave. Se substituer aux palestiniens n’est pas les aider mais les traiter en mineurs et les empêcher de se réaliser par eux-mêmes, c’est agir comme ont fait les États arabes qui depuis 1948 exercent sur eux une tutelle débilitante dont le résultat sur la région et le monde est effarant. Les palestiniens devraient d’abord se libérer de ceux qui se veulent leurs tuteurs et décider par eux-mêmes de leur destin, c’est la seule voie digne. Quand on est libre, on est fort et quand on est fort, on sait faire la paix. Je pense qu’ils devraient agir comme Israël qui ne cède jamais à personne la moindre parcelle de sa souveraineté.
Si la démocratie recule au Proche-Orient, dans cette région symbolique pour des milliards d’êtres humains, c’est le sens de l’histoire qui change de direction, c’est le retour à la préhistoire et aux grands exodes.

Merci de votre attention.

*Photo : Markus Schreiber/NBC/AP/SIPA. AP21168831_000004.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 26 Décembre 2014 à 15h48

      zelectron dit

      Ce n’est pas trop tôt, enfin un média responsable ! (Causeur)
      ils n’ont jamais été nombreux ceux qui disaient que les musulmans devaient d’abord balayer devant leur porte, sinon ils courraient à leur perte . . .

    • 26 Décembre 2014 à 15h08

      fauv91 dit

      Bonjour  remarquable article   qui renferme toutes les vérités du monde arabe .Les pays arabes doivent s’impliquer un maximum  dans la lutte contre le fanatisme religieux (y compris et surtout les dirigeants religieux musulmans) ;Nos dirigeants   français doivent revoir leur rapport avec les pays qui financent ces extrémistes . ET également et surtout   éviter de bafouer sans cesse la laïcité (dans des débats stupides sur le voile etc) au profit de la communauté musulmane ce qui cristallise les tensions 

    • 25 Décembre 2014 à 23h22

      Bibi dit

      C’est bien gentil de donner des leçons aux uns et aux autres.
      Pour l’instant, la vénérable démocratie française n’a pas de représentativité parlementaire ou judiciaire pour ses minorités majoritaires, alors que certaines de ses villes/régions comportent plus d’un tiers de minoritaires, de plus en plus visibles.
      Responsabiliser est un enjeu à forte teneur démocratique. Certainement pas un défi trop ambitieux pour la France.

      • 1 Janvier 2015 à 13h09

        Schiczu dit

        Il n’y a pas de statut majoritaire ou minoritaire en France. Tous les Français ont les mêmes droits civiques.

        • 1 Janvier 2015 à 13h52

          eclair dit

          @schizu
          et c’est le même bibi qui vient se plaindre des loisdes années 30 dans les différents pays européens telle la hongrie qui imposa un quota maximum de juif chez les fonctionnaires. 200 000 juifs fonctionnaires.pour 400 000 au total en hongrie.

        • 1 Janvier 2015 à 14h36

          Schiczu dit

          Et si je dis que vous êtes aussi vindicatif qu’hors-sujet, vous le prenez comment ?

      • 1 Janvier 2015 à 14h31

        Schiczu dit

        Ou alors il s’agit d’instaurer un “tribun de la plèbe” pour représenter les sans- et avec-papier.
        J’en parlerais à Méchenlon.
        Tiens, en fait les sans-papier à Israël, il parait que… Bon d’accord, je sors.

      • 30 Avril 2015 à 22h12

        Incube dit

        En écrivant ce commentaire, vous appelez au communautarisme. Et juste à côté, il y a le vote ethnique.
        On a vraiment du mal à vous reconnaître, vous qui êtes juif et attaché au sionisme (du moins c’est ce qu’on comprend quand on vous lit d’habitude)
        La seule démocratie, la seule arme absolue pour le peuple, c’est le référendum. C’est cette arme qui a permis aux Suisses de ne PAS entrer dans l’UE alors que leurs politiciens eux voulaient y entrer.
        Il n’y a pas d’autre pouvoir pour le peuple…
        Je n’en vois pas.