Bonne pioche !
Sarkozy choisit Miguaud-la-science et Charasse-le-bougnat
Publié le 25 février 2010 à 19:37 dans Politique

Michel Charasse rejoint le Conseil constitutionnel.
Dans l’affaire des nominations au Conseil constitutionnel et à la Cour des comptes, le président de la République s’est montré dans sa meilleure forme, et a effectué des choix réellement judicieux. Personne, sauf un obscur député UMP des Alpes-Maritimes, n’a contesté la nomination du socialiste Didier Migaud au poste de premier président de la Cour des comptes. Ce type-là peut vous réciter par cœur le budget de la France, ligne par ligne, et peut-être même en commençant par la fin. Il n’a pas le style flamboyant, colérique et fonceur de son défunt prédécesseur Philippe Séguin, mais gare à celui qui lui présentera la bouche en coeur un budget à double fond et tiroirs secrets.
Migaud a le chic pour débusquer les astuces les plus tordues utilisées par les gestionnaires de l’argent public pour mettre un supplément de beurre dans leurs épinards. Même si on est un partisan inconditionnel de la droite, on aurait mauvaise grâce, comme citoyen et contribuable, à se priver d’un homme qui veillera sur vos sous avec la vigilance et l’intransigeance d’un rottweiler.
On n’entend pas beaucoup, à cette occasion, le chœur des contempteurs habituel de “l’omniprésident”, qui nous serinent que Sarkozy est le démolisseur en chef de la démocratie en France, et que notre pays va tout droit vers la république bananière. Ils auraient sans doute préféré que le président nommât Balkany à la Cour des comptes… Je n’ai pas souvenir qu’un président de gauche se soit privé de nommer ses proches dans des fonctions prestigieuses de l’Etat, pour le meilleur (Badinter, Joxe), comme pour le pire (Dumas).
S’il avait voulu se protéger des fouineurs de la rue Cambon, et flamber façon bling-bling avec le budget de l’Elysée, il aurait choisi quelqu’un d’autre, car les lâches, les faibles et les courtisans ne manquent pas dans la petite cohorte apte à briguer cette fonction.
Mais il ne faut pas se faire d’illusions : on trouvera bien un biais pour mettre cette nomination au débit de l’action présidentielle : machiavélisme d’un pouvoir privant le PS de ses meilleurs éléments, ou petit calcul misant sur le fait que Migaud, qui est encore jeune, voudra préserver ses chances de revenir un jour à la politique, et par conséquent se garder à droite comme à gauche.
En revanche, la nomination de Michel Charasse au Conseil constitutionnel fait déjà jaser dans les chaumières anti-sarkozystes. Que cet Auvergnat ultra-laïque, chasseur passionné, amateur de cigares et de blagues grivoises ait été préféré à une femme pour siéger rue de Montpensier provoque des hurlements chez les bien-pensants de la gauche parisienne. Sarko=macho, s’étrangle Hervé Algalarondo du Nouvel Obs. Les femmes parlementaires de toutes tendances poussent les hauts cris. Oui et alors ? Fallait-il obligatoirement désigner une dame pour remplacer l’excellente Dominique Schnapper arrivée au terme de son mandat ? S’il y en avait une qui se fût imposée de manière naturelle et incontestable, comme Simone Veil en son temps, l’affaire eût été simple. Comme Martine Aubry n’est pas (encore) disponible, ce sera donc pour la prochaine fois.
L’idée de Sarkozy, qui n’est pas stupide, est de repolitiser cette institution trop influencée à son goût par les juristes pur sucre. La Cour constitutionnelle n’est pas un tribunal ordinaire, elle doit aussi prendre en compte la dimension politique des cas qui lui sont soumis et juger en conscience autant qu’en droit. Alors le trio qui arrive me paraît bien équilibré : Jacques Barrot, de son propre aveu veut apporter un “souffle européen” au Conseil, Hubert Haenel, c’est le bon sens provincial, version alsacienne. Et Charasse ? On ne peut plus le considérer comme un homme du PS venant prêcher la bonne parole de gauche chez les Sages, comme le fit, avec talent, Pierre Joxe. D’abord, il a été viré du parti comme un vulgaire Frêche pour avoir désobéi lors de l’élection du président du Conseil général du Puy-de-Dôme. Justement, il s’était opposé à l’élection d’une femme socialiste à la tête du département des bougnats… Il est avant tout un vétéran de la mitterrandie, celui qui fomentait dans l’ombre des couloirs de l’Elysée les coups politiques les plus subtils au profit de son patron, notamment en période de cohabitation. Nicolas Sarkozy, qui était en face comme secrétaire d’Etat au budget, en a pris de la graine. Comme Charasse est de surcroît un fin constitutionnaliste, sa nomination n’a rien de scandaleux. Elle est même salutaire à l’heure où le péquin de base va pouvoir, sous certaines conditions, saisir directement le Conseil. Il n’est pas inutile qu’un homme soit là pour défendre les bouffe-curés contre les cul-bénits de toutes obédiences, les chasseurs et les éleveurs de moutons contre les adorateurs du loup, les mangeurs de tripoux contre les bouffeurs de carottes. Un homme qui, quand il passe à table pour y consommer des plats à haute teneur calorique, desserre sa cravate, enfile un coin de la serviette dans son col et arrime les coins latéraux de ladite serviette sous ses bretelles mérite toute notre confiance.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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Aristote dit
Charasse…?!?
rackam dit
Pierre-Antoine,
dommage, tout le sens de votre post est annihilé par le fait que vous l’attribuez à J. Leroy qui n’en est pas l’auteur. On ne prête qu’aux riches.
Pierre-Antoine dit
C’est tout de même un peu léger, votre article sur Charasse, Jerôme Leroy : c’est, même assez malhonnête : vous ne prenez que ce qui vous arrange, pour simplement vous la jouer “moi je pense pas comme tout le monde”. Qu’on ait nommé un homme à la place d’une femme… ça n’est pas le problème. C’est sur son impartialité que tout le monde s’interroge : là-dessus, vous ne pipez mot.
Par ailleurs, le Conseil constitutionnel français est justement la risée du monde européen : c’est le plus politisé, et le moins composé de juriste. Vous voulez un conseil constitutionnel plus politique ? vous souhaitez donc une troisième chambre, à l’Assemblée Nationale et au Sénat.
Non, le plus scandaleux, c’est que Sarkozy a fait passer dans la loi constitutionnelle une disposition qui permet de censurer les nominations avec 3/5ème des voix du Parlement : alors qu’il aurait fallu, au contraire, qu’elles soient acceptées par les 3/5ème de celui-ci. Là, pas sûr que la nomination de Chassasse passât.
abjb dit
ouaip… Charasse est surtout, en plus de ses compétences et de son intelligence machiavélique, un super franc-maçon (ce qui explique son appétit d’ecclésiastiques) et c’est aussi la raison de sa nomination.
Patrick C. dit
En gros, le président a nommé :
- un homme de gauche compétent et indépendant à la tête d’une institution qui n’a pas de pouvoir. Elle fait des observations, on peut se passer de les suivre.
- un ex-homme de gauche, vrai affidé du président, dans une institution qui a un réel pouvoir et qui l’a prouvé en retoquant plusieurs belles lois du président. Il est à noter que le Charasse a, si je ne me trompe pas, voté pour toutes ces lois rejetées par le conseil constitutionnel. Ces lois sont entre autres l’hadopi saison 1 (rejetée pour non respect de la présomption d’innocence), une des lois sécurité dont je vous laisse le soin de trouver la version (rejeté pour rétroactivité interdite)…
Finement joué, purement politique en donnant une fausse apparence de président au dessus des partis.
moreux dit
Le portrait de Charasse en gastronome à bretelles n’a rien de très attirant : la démocrassouille dans toute sa laideur !
Savary dit
Comme vous l’imaginez dans votre article, l’idée de Sarkozy serait avec M. Charasse de re politiser le conseil constitutionnel. Vous trouvez cette idée “pas stupide”.
En effet, M. Charasse étant un ami et soutien depuis 2007 de M. Sarkozy ce n’est pas stupide du tout pour M. Sarkozy.
Les attaques de ce dernier contre la démocratie (rappelons-nous seulement le non des Français au référendum sur la constitution européenne! bafoué par un artifice) seront étudiées avec bienveillance par son ami M. Charasse.
La France s’enfonce dans la banane et la panade avec mauvais esprit et aigreur de sa classe politique au pouvoir. Tous les indicateurs sont historiquement au rouge (dette, déficits, chômage, précarité, pauvreté, inégalités…).
La “rupture” (cela veut-il dire singer les USA avec un métro de retard alors que ces derniers se remettent eux même en cause?) n’est finalement qu’un grand vide d’incompétence.
Monsieur Sarkozy, n’aura pas encore compris qu’il était le président de la république et de tous les Français avant que ces derniers le débarquent avec fracas dès qu’il devra jouer sa place.
Pierre
BEURK dit
Roland Dumas a aussi siégé en ce Saint des Saints de la démocratie, il l’a même présidé.
Impat1 dit
Un point intéressant ressort de toutes ces nominations depuis que Sarko est Président. Il veut que le tricentenaire mur en France entre gauche et droite se déplace. Au lieu d’une barrière entre gauche et droite, il voit et veut une barrière au milieu de la gauche. D’un côté la gauche idéaliste, aux idées souvent généreuses mais irresponsables. De l’autre côté la gauche responsable, aussi généreuse mais cherchant davantage à mettre en œuvre les idées qu’ à jouer à les manier intellectuellement en esthètes. Et du même côté, la droite dite “républicaine”.
Ce déplacement de personnes par-dessus l’ancienne barrière est illustré par les Kouchner, les Besson, les Védrine, les Allègre, les Charasse, etc.
svelte120 dit
Charasse c’est pas sur que cela soit un bon coup pour sarko.. C’est plutôt le genre d’électron libre l’homme aux bretelles
caton dit
@David Desgouilles
Désolé de m’être si lourdement trompé.Philippe Seguin était bien issu de la Cour des Comptes.
K.Rignan dit
=== Migaud nommé à la Cour des Comptes/ Capable assurément. Mais il est tout à fait plausible que le Pdt Sarkozy ait fait un calcul particulier; par cette nomination il peut se prémunir d’un avis à venir sur la gestion de l’Elysée, sur l’utilisation des sondages (entre autres). Le jour où la CC publiera son bilan, il pourra toujours (re)dire : “vous voyez, c’est moi qui l’ait nommé, bla bla bla”. Et les médias conditionnés à la complaisance en rajouteront sur “l’aura” du Pdt “de tous les français” et oublieront ses mécomptes…Classique.
“Président de tous les français”? Quand les réunions de l’UMP se déroulent à l’Elysée!!!
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K.Rignan dit
=== Charasse nommé au Conseil Constitutionnel: Le Pdt a nommé un des ses amis. Pas un socialiste. S’il fut encarté par là, y était par opportunité. A-t-il jamais promu une idée “socialiste”? Compétent pour le poste, certes (où il va conrôler Debré)… Malotru. C’est tout.
=== Barrot au C.Const.: “spécialiste du droit Européen”: ça alors! Et on ne savait pas!!! En fait un politicien du centre mou chrétien france profonde (dans le désordre) à recaser; d’autant qu’”on” l’avait nommé à Bruxelles en remerciement de la place chaude qu’il avait laissé à Wauquiez. Barrot: 45 ans de politique au compteur ( avait succédé à son papa)…
…. Et le Droit Européen prime sur le droit national; tout Causeur-seuse devrait savoir ça. A + de 50%, nous sommes régis par du droit européen (à se demander pourquoi on conserve au niveau national autant de députés et de sénateurs!). Noter que la France “se fait parfois taper sur les doigts” pour ne pas appliquer droit et jurisprudence européennes… (Et vous pensez que ce dernier aspect changerait avec Barrot au Conseil Constitutionnel?)……
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