Prix Nobel pour Bob Dylan: vers un monde sans livres | Causeur

Prix Nobel pour Bob Dylan: vers un monde sans livres

« The times they are a changin’ »

Auteur

Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut
est philosophe et écrivain.

Publié le 11 novembre 2016 / Culture

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Bob Dylan prix Nobel

Bob Dylan

Ah ! Comme j’aimerais être imprévisible et célébrer, contre toute attente, l’attribution du prix Nobel de littérature à Bob Dylan. Mais rien à faire : scrongneugneu je suis, scrongneugneu je demeure. Pour moi, ce choix est un indice annonciateur de la fin : la fin des temps modernes européens. En 1983, Milan Kundera écrivait : « Au Moyen Âge, l’unité de l’Europe reposait sur la religion commune. Dans les Temps modernes, quand le Dieu médiéval se transforma en « deus absconditus », la religion céda la place à la culture qui devint la réalisation des valeurs suprêmes, par lesquelles l’humanité européenne se comprenait, se définissait et s’identifiait. »

La même année, Mario Vargas Llosa assistait à une conférence du grand anthropologue Edmund Leach. La scène se passait à Cambridge et le titre de la conférence était : « Literacy is doomed : la culture livresque va périr. » Ce qui se faisait et s’obtenait par la lecture allait désormais s’obtenir au moyen de projecteurs, de haut-parleurs et de cassettes, affirmait Leach. Nous entrions dans le monde de l’audiovisuel. Et cela n’attristait pas Leach, cela lui faisait plaisir.

[...]

  • causeur.#40.bd.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 40 - Novembre 2016

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    • 13 Novembre 2016 à 14h50

      Pierre Jolibert dit

      saintex :
      cette histoire de fin du livre est en l’occurrence un faux problème derrière lequel Finkielkraut se réfugie pour ne pas voir la singularité de la tradition qui parle à travers lui et qu’il tient pour évidente, universelle et allant-sans-dire (la raréfaction à révérer de la parole poétique imprimée, scolarifiée et académifiée) _ et c’est vous qui le dites : maman va continuer à chanter des berceuses, et puis on va même les mettre par écrit d’une façon ou d’une autre, car l’oral c’est toujours déjà de l’écrit et l’écrit, quand il se porte bien, garde toujours un peu d’oral, d’accent et de scansion ;
      et pour ne pas voir non plus le problème qui se cache à peine dans la phrase de Kundera qu’il croit qui dit tout : la religion céda la place à la culture : sans déconner ? la culture signifie donc mettre à distance des objets culturels qui vont être soumis à des fiches savantes, et plus ce sera difficile, abstrait, détaché de toute pratique active, mieux ça vaudra : le Dieu médiéval se transforma en “deus absconditus” : finis les hymnes et psaumes chantés tous ensemble au 1er degré, place à la vénération des Gardiens Interprètes du Dieu abscons retiré : c’est la fin de la religion mais pensez à nous en rendre grâces, foules lettrées grâce à nous !
      C’était là quand même une position assez difficile à tenir sur le long terme et la question s’est je crois un peu posée dans le fil Brighelli/Second Empire où plusieurs commentateurs se sont interrogés à voix haute sur le sens qu’il y a à filtrer et séparer un rare taux d’élus de l’art caca et vulgaire du XIXème siècle si c’est pour pleurer au XXème après un art ou une musique qui ressemblent à quelque chose et flattent un peu plus nos sens.

    • 13 Novembre 2016 à 11h22

      Zinho dit

      Dans 30 ans Black M sera Prix Nobel, départagé avec Nique Ta Mère.