Le génie des bipolaires | Causeur

Le génie des bipolaires

La folie douce prédispose à l’intelligence

Publié le 21 août 2015 / Société

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On dit souvent que l’intelligence rend fou ou que la folie rend intelligent. Ce qui n’était qu’un mythe nourri par les vies de Nietzsche, Van Gogh ou Althusser, est aujourd’hui confirmé par des données scientifiques. Les troubles psychiques, notamment la bipolarité, se retrouvent en effet plus fréquemment chez les gens disposant d’un quotient intellectuel et d’une créativité supérieurs à la moyenne.

C’est une étude menée par une équipe écossaise qui permet de tirer cette conclusion. Les chercheurs ont comparé deux données sur un échantillon de 1881 personnes du même âge. D’un côté, leur QI à l’âge de 8 ans, de l’autre, leur propension à présenter des troubles maniaco-dépressifs à l’âge de 23 ans.

Le rapport révèle une certaine corrélation entre les deux phénomènes étudiés. Chez les 10% de jeunes ayant le plus de prédispositions aux troubles psychiques, le QI moyen est supérieur de 10 points à celui des 10% d’enfants les moins susceptibles de subir les conséquences de la bipolarité.

Daniel Smith, professeur à l’université de Glasgow et directeur de l’étude, a commenté ses résultats pour le journal anglais The Guardian : « Il y a quelque chose dans les gènes causant les désordres mentaux qui pourrait s’avérer un avantage. ». Pour lui, l’intelligence semble donc fleurir au-dessus d’une activité mentale instable. « Il est possible que de sérieux troubles du comportement, comme la bipolarité, soient le prix à payer pour disposer de qualités d’adaptation comme l’intelligence, la créativité et la maîtrise verbale ». La folie, vue comme décalage d’une personne par rapport à l’ordre social, peut donc aussi tracer des voies pour l’évolution humaine.

Une autre étude, réalisée en Islande, avait déjà donné des conclusions analogues. On y apprenait que les personnes bipolaires se rencontrent plus souvent dans les milieux artistiques, domaines où la créativité s’épanouirait le plus. Chez les peintres, écrivains, musiciens et danseurs, il y aurait 25% de chances supplémentaires de trouver les gènes impliqués dans le développement de la bipolarité que chez les agriculteurs, travailleurs manuels et commerçants.

Kari Stefansson, président de DeCODE, la société à l’origine de ces travaux, avait expliqué ses conclusions dans le journal Nature Neuroscience au moment de leur parution: « Pour être créatif, il faut penser différemment. Quand on est différent, on a tendance à être considéré comme étrange, fou, voir même malsain ». L’apport de l’équipe écossaise semble donc confirmer cette tendance de la recherche et consolider la croyance tenace selon laquelle les artistes et les intellectuels sont bien souvent aux confins de la folie.

Cependant, comme Daniel Smith l’explique, si une corrélation existe, le mécanisme n’a rien d’automatique. Avoir un fort QI ou des capacités créatives n’est pas synonyme de folie. Ce sont des raisons exogènes qui fragilisent l’individu : « Un fort Qi n’est pas un facteur certain de la bipolarité. Mais peut-être que les gènes qui confèrent l’intelligence peuvent s’exprimer à travers des troubles dans un contexte d’exposition à d’autres facteurs de risque ». Il pourrait donc s’avérer nécessaire de protéger, sans brider leur créativité, les enfants concernés par ce risque.

Puisque le trouble bipolaire touche 1% à 2% de la population mondiale selon l’OMS, il constitue un problème majeur de santé publique. L’organisation la considère comme l’une des dix maladies les plus coûteuses et incapacitantes dans le monde. Les personnes touchées connaissent un taux de mortalité trois fois plus élevé que celui de la population générale. Le risque suicidaire est notamment majeur, avec un pourcentage de 10 à 15% chez les patients non traités. Moins grave mais tout aussi problématique, ce trouble peut causer la désocialisation des personnes atteintes. Les coûts directs et indirects de cette maladie sont ainsi évalués à plusieurs milliards d’Euros.

Mais au-delà de la question purement sanitaire, cette étude nous révèle que parmi nos plus brillants éléments, se cachent aussi des gens à la frontière de la folie. Susceptibles d’assumer des fonctions de commandement ou de direction, ces personnes font subir l’enfer à leurs subordonnées et collègues. Alors, si votre patron a des sautes d’humeur inexplicables, ne vous inquiétez pas, c’est sûrement la preuve de son intelligence.

*Photo:Pixabay.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 24 Août 2015 à 11h58

      ENDYMION dit

      Au milieu de la masse des crétins, les gens intelligents se sentent peut-être un peu seuls. Et la solitude rend fou, n’est-ce pas ?

    • 23 Août 2015 à 15h46

      mogul dit

      Quelqu’un en a peut être déjà parlé plus bas, mais j’ai la flemme de remonter et wiki est trop long.
      Quel est la différence entre schizo et bipolaire ?  

      • 23 Août 2015 à 16h18

        pirate dit

        strictement rien à voir, la schizophrénie dans sa manifestation courante connaitra des dédoublements de personnalités, entendra des voix, etc. Un bipolaire commun a des phases hautes (hypomanie) où il sera exalté (ou hyper créatif donc, pour en revenir à l’article) plein de projet et agité et des phase basses où il sera en état de dépression d’abandon, etc. Les bouffées délirantes (qui ne sont pas systématique dans la bipolarité) présentent des aspects schizoïdes d’où des erreurs de diagnostic (ça m’est arrivé).
        Maintenant j’ai regardé un jour une émission sur les bipolaires (trois femmes qui décrivaient leur quotidien) je ne me suis quasiment pas retrouvé dans leur pathologie. D’ailleurs leur quotidien était constamment faites de phase haute et basse qui le rendait assez invivable, moi j’ai une vie parfaitement normale et régulière alors que je ne prend pas forcément mes médocs comme il faudrait. Faut juste que je surveille les moments d’intense émotion, ils sont disons “dangereux” pour moi, mais globalement, vu que je vis avec ça depuis 15 ans, je gère.

        • 23 Août 2015 à 16h30

          mogul dit

          Merci de ta réponse.
          La notion de bipolarité n’est elle pas un peu fourre-tout ? J’ai l’impression que le moindre accès de déprime ou de mauvaise humeur te catalogue vite fait bipolaire.  

        • 23 Août 2015 à 16h38

          Herveline dit

          @mogul.

          Ça, c’est tout bêtement lunatique, pas besoin d’électrochocs pr que la personne ait la force de parler.

           

        • 23 Août 2015 à 16h46

          pirate dit

          Je ne sais pas Mogul, j’entends en effet souvent ça, mais bon dans ma réalité c’est un fait que je suis obligé de considérer comme acquis. Je peux parfaitement vivre sans médocs, je l’ai déjà fait (à tort) et avoir une humeur à peu près régulière sans la moindre phase maniaque, mais il suffit que je prenne un choc émotionnel important, comme tomber amoureux par exemple, ou perdre quelqu’un de cher pour que je parte en vrille. Mon hypomanie est systématiquement accompagné de bouffée délirante, et dans ce cadre j’ai en effet dépenser des sommes considérables pour rien et fait des choses totalement dingues qui ont d’ailleurs failli me coûter la vie.

        • 23 Août 2015 à 21h32

          lisa dit

          Vous prenez du lithium j’imagine, ou peut-être pas, car le lithium il faut le prendre avec régularité.

        • 23 Août 2015 à 23h34

          pirate dit

          Le lithium n’est quasiment plus prescrit et dans mon cas totalement contre indiqué. Non, de la dépakine, un truc qu’on donne aussi aux épileptiques. Considérant ce que fait au cerveau une phase d’hypomanie (mille idées à la seconde, la surchauffe) je vois d’ailleurs bien le rapport.

      • 23 Août 2015 à 16h27

        Herveline dit

        @mogul.

        ‘Faut demander à un psy.

        Bipolaire : comme le dit son nom, passer d’un pôle à l’autre.

        Phase de dépression intense, impossible de sortir du lit, voire de parler, fatigue extrème, envie de rien, la moindre action demande toute la volonté et toute l’énergie de la personne.

        Phase maniaque : la personne est très excitée, semble capable de déployer une énergie presque surhumaine, volubile, elle peut délirer, décrocher de la “réalité”, oublier des tas de choses jusqu’à ses proches, être très dépensier.

        Puis retour à la normale.

        La schizophrénie : c’est plus rude à vaguement décrire d’autant qu’y en a plusieurs, je crois. La personne est “bizarre”, distante, semble ne pas éprouver gd-chose, peut parler seule avec un discours inintelligible, pff. ‘Faut un pro ou une personne atteinte. Des délires soudain ou bouffées délirantes. 

        D’autant qu’une maladie évolue avec des passages maniaco-dépressifs, paranoïaques, comme une grippe : +sieurs symptômes : fièvre, douleurs musculaires, céphalées, gde fatigue. 

        • 23 Août 2015 à 16h34

          mogul dit

          Merci de vos éclaircissements, Herveline.