Bientôt le Royaume-Désuni?
Les Ecossais tentés par l’indépendance
Publié le 10 juin 2011 à 9:01 dans Monde
Mots-clés : Scottish National Party

Alex Salmond, photo PA
Comme leurs alliés historiques français, les Ecossais sont devenus des adeptes du vote-sanction qui permet d’exprimer son ras-le-bol à peu de frais. Le 5 mai dernier, ils se sont offert une crise de nerfs qui effraie leur voisin anglais.
En offrant la majorité absolue des sièges du Parlement d’Edimbourg au Scottish National Party, les électeurs écossais ont contraint son leader et nouveau Premier ministre Alex Samond à tenir sa promesse : organiser un référendum sur l’indépendance de l’Ecosse à l’horizon 2016.
Au passage, ils en ont profité pour décocher de sévères uppercuts aux grands partis britanniques. Traditionnellement travaillistes à tout crin, les Ecossais n’ont pas digéré la dérive centriste-unioniste de Tony Blair et Gordon Brown. Leur incapacité à endiguer le chômage et la violence qui rongent les villes écossaises a aussi lourdement pesé sur la popularité locale du New Labour. Quant aux libéraux-démocrates, qui avaient enregistré une belle percée aux élections nationales de l’an dernier, leur coalition contre-nature avec les Conservateurs de David Cameron les a condamnés à la marginalité écossaise.
Loin d’être un feu isolé, la victoire du SNP prend place dans la longue histoire des rivalités anglo-écossaises. Car c’est peu dire que les Ecossais sont nationalistes et fiers de l’être, construits contre, tout contre l’Anglais, qui le leur rend bien.
Sa Gracieuse Majesté « l’Allemande »
D’ores et déjà, le Royaume Uni bruisse de mille rumeurs alarmistes amplifiées par les tabloïds. La Reine – que Salmond surnomme discrètement « l’Allemande » à cause de ses origines germaniques- n’en dormirait plus la nuit. C’est bien le moins. N’a-t-on pas tout à craindre de ces damned Scots ? Inspirés par le fantôme écartelé de William Wallace1, ils pourraient faire imploser le Royaume Uni en abolissant les Actes qui ont uni l’Angleterre et l’Ecosse en 1707. Un tel séisme ne manquerait pas de provoquer des répliques en Irlande et au Pats de Galles.
En votant massivement pour le SNP, les Ecossais entendent-ils pour autant couper définitivement le cordon avec Londres ? Rien n’est moins sûr. Les sondages n’accordent que 40% aux scissionnistes et les autres partis locaux, qui n’envisagent pas de quitter formellement le Royaume Uni, se contenteraient volontiers d’une autonomie plus étendue que celle que Tony Blair leur a accordée à contrecœur en 1999.
Surtout, s’ils décident déjà souverainement de leur politique en matière de santé, d’éducation, de culture et de monnaie, les cinq millions d’Ecossais savent qu’ils paieraient l’indépendance au prix fort. Lorsque la sécession était encore dans l’air du temps, Salmond faisait miroiter des lendemains qui chantent à ses compatriotes scottish. Aujourd’hui, la comparaison avec l’Irlande et l’Islande n’est pas très encourageante alors que les économies de ces petits pays comparables à l’Ecosse, naguère prospères et dynamiques, sont en miettes.
L’Europe cherche-t-elle à diviser pour mieux régner ?
À bien y réfléchir, on ne quitte pas le royaume de sa Très Gracieuse Majesté d’un claquement de doigts. Songeons aux conflits économiques qu’engendrerait l’indépendance. Les terres, les forêts et les industries « écossaises » appartiennent aux Anglais. Qui les indemnisera ? Et que faire du pétrole – certes presque épuisé – de la mer du Nord dont le statut juridique et la propriété font l’objet d’âpres discussions ?
Des nationalisations pures et simples équivaudraient à une déclaration de guerre. Or, on imagine d’autant moins les Highlanders ressortir leurs tartans rouges et leurs épées rouillées qu’avec un PIB par habitant de 30% inférieur à la moyenne européenne, ils n’en ont pas les moyens. L’indépendance n’étant pas un gage de prospérité, le sort de l’Ecosse paraît bel et bien scellé.
Une autre capitale européenne a fortement ressenti la secousse du 5 mai. Après avoir théorisé le régionalisme comme la première étape d’un fédéralisme plus ou moins assumé, Bruxelles s’intéresse au plus haut point aux états d’âme des Ecossais. Alors que la construction européenne a toujours reposé sur la coopération interétatique, le spectre de la fragmentation des nations en micros-Etats nous guette.
Au nom du chardon et de la tourbe, la sécession de l’Ecosse concrétiserait la stratégie bruxelloise du « diviser pour mieux régner ». Si cette hypothèse devenait réalité, l’indépendance écossaise serait beaucoup plus que l’indépendance écossaise…
- William Wallace : Héros légendaire de l’indépendance écossaise immortalisé dans Braveheart par Mel Gibson. Lors de son exécution en 1305, il fut à moitié pendu, éventré puis décapité et découpé en morceaux ↩
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L'auteur
Agnes Wickfield est correspondante permanente à Londres.
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jmt dit
Voilà ce que c’est de ne pas avoir d’ordinateur le week-end, on manque lire Agnès Wickfield.
Sale temps éventuel pour les amoureux, comme moi, du shetland…
Oh ! Maille god !
nadia comaneci dit
Mais il vous reste toute la semaine pour vous rhabiller mon ami !
Impat1 dit
Une séparation de l’Ecosse et du reste du Royaume “Uni” parait peu vraisemblable, Agnes a raison de le faire remarquer. Dans l’isoloir les Ecossais auront du mal à franchir le pas.
Cela dit, si l’évènement se produit il ne sera pas bien grave. Les deux Etats continueront de travailler en commun, on passera de l’un à l’autre sans frontière, sans douane, sans police. Et à terme le rapprochement sera encore plus serré puisque la monnaie, l’ €, sera la même. Alors qu’aujourd’hui, si les deux monnaies ont cours en Ecosse, les billets de banque émis à Edimbourg sont différents de ceux émis à l’effigie de Sa Gracieuse Majesté. Ce sera comme la France et l’Allemagne…(j’entends d’ici les cris à venir)
Flamby dit
*le haut du pavé (mauvaise relecture)
Flamby dit
Saintex, c’est faire trop peu de cas des sentiments nationaux qui sont bien plus anciens que les services sercrets américains cités par Ungars. C’est plutôt simple: nous avons affaire à des Etats pluri nationaux (Grande bretagne ou Belgique), ou à fortes tendances régionalistes comme en Espagne ou en Italie (avec, dans ce dernier cas, la circonstance aggravante d’une unité politique tardive). On pourrait faire le rapprochement avec l’Allemagne, qui est elle aussi unifiée depuis peu, mais qui ne connait pas ce type de tensions. Pourquoi? Car leur économie tient à peu prés la route, qu’ils subissent moins les effets de la crise, et donc qu’ils n’ont aucune raison de se plaindre du fédéralisme. Quand tout va bien, parsonne n’a de raison de se plaindre. Quand les choses se gâtent, on fait ressurgir les vieilles querelles et on veut quitter le navire en croyant (ou en espérant) qu’on s’en sortira mieux sans les autres.
L’argument économique n’est jamais bien loin dans les revendications séparatistes: les italien du nord reprochent au sud de leur couter trop cher, les Flamands, sous couvert de défense de leur langue, profitent de ce qu’ils sont devenus la force économique dominante pour se “venger” des humiliations culturelles que leur faisaient subir les wallon lorsqu’ils tenaient le haut du panier, quantt à notre SNP, il surfe sur la vague de ras-le-bol dû à la crise.
Les américains? Je les imagine mal pouvoir donner une victoire législative au SNP (mais peut être suis-je naïf?). C’est un mouvement qui vient de la base (de l’Europe d’en bas?).
saintex dit
Fort bien, remarques intéressantes, mais je ne vois pas en quoi les sentiments nationaux remettent en question mon propos
Flamby dit
Les coupables sont finalement les victimes elles-mêmes (le valet ou la femme de chambre ont toujours une bonne raison de se plaindre du maitre). C’est assez simpliste à y réfléchir, mais la réalité est parfois d’une banalité désarmante. En tout cas c’est mon diagniostic pour l’Europe. On pourra sans doute trouver d’aucun à qui cela profiterai aprés coup, mais ils n’auront pas fait partie des éléments déclencheurs.
Quant à l’explosion , la poussière et le desert stérile, je ne remet pas cela en question, on s’y dirige tout droit. Mais sans que quiconque ne nous y force…
skardanelli dit
Ungars, la Belgique est une invention de la perfide Albion. Je vous écris depuis mes chiottes (j’ai remplacé le bouquin par l’iPad) et je ne vois aucun garde du corps d’Obama, vous en avez vraiment trouvé ? Je vais tirer la chasse deux fois on ne sait jamais, la domination thalassojudéoanglosaxonne se niche partout !
saintex dit
Pour trouver le coupable, il faut chercher le mobile du crime. A défaut, ce sera le valet de chambre ou la femme.
Qui avait intérêt à l’éclatement de la Yougoslavie ?
Quel est l’intérêt américain pour un Kosovo musulman ?
Je n’ai aucun doute sur la Tunisie puisque le Chef d’Etat Major a décidé la sédition après entretien téléphonique (officiellement dévoilé) avec l’Amiral de la 6ème flotte US.
Il en va de même pour la première rébellion ivoirienne, même si depuis ça s’est compliqué.
Mais les Américains au Kosovo, je ne vois pas. Ils ont même beaucoup pressé l’Europe d’intervenir en Serbie avant de le faire eux-mêmes.
C’est une question ouverte, j’espère une réponse circonstanciée.
Quand à l’éclatement de l’Europe, il se poursuit aussi en Espagne, la Ligue du Nord la souhaite en Italie, la Slovaquie oscille du fait de ses deux langues… d’ailleurs cela se dit balkanisation. L’Europe n’a plus de guerres qui nécessite de grandes troupes. Elle se fait protéger par Big Brother au tarif exorbitant de la perte de son économie, elle érige le principe de la primauté de l’individu biologique sur toute valeur, elle s’applique avec force l’auto-flagellation, croisades, colonies, richesse…. Tout la mène vers son explosion, avant que la poussière ne retombe sur un désert stérile, sans pensée, sans culture, sans richesse, sans avenir…
ungars dit
Après la Yougoslavie (qui a permis à la CIA de faire émerger des entités étatiques musulmanes structurées en plein coeur de l’Europe, puis la Belgique (symbole plus que fort des institutions européennes mais aussi siège de l’OTAN), voilà maintenant le Royaume-Uni en voie de désintégration ! Comme si ce pays en pleine récession avait autre chose à faire. Bientôt le France avec une séparation de la Corse ?
Décidément, les services secrets américains sont partout, même dans les chiottes !
pirate dit
Oh la la… le complot de la CIA… ça faisait longtemps tient… et Sean Connery, en fait, c’est bien James Bond, mais il travaille pour Langley. Wallace aussi d’ailleurs, mais c’était il y a plus longtemps, la CIA existait déjà en secret. Milosevic est un agent de la CIA, Michael Connors aussi, d’ailleurs si ça se trouve même moi je suis un agent de la CIA qui s’ignore.