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Les journalistes de BFM TV en vedettes de téléréalité

“L’incroyable élection”: qui dans le rôle de Loana?

Auteur

Ingrid Riocreux

Ingrid Riocreux
Agrégée de lettres modernes et auteur de "La Langue des médias"

Publié le 30 mai 2017 / Médias

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Ruth Elkrief dans «L’incroyable élection» sur BFM TV

« Nos équipes ont fait un travail formidable », se réjouissait Ruth Elkrief le soir de la victoire d’Emmanuel Macron, paraissant maladroitement suggérer que les équipes en question étaient pour beaucoup dans ce triomphe, alors qu’elle voulait probablement saluer leur efficacité professionnelle et rien de plus. En tout cas, à BFM TV, ils sont vraiment, mais vraiment, très contents d’eux-mêmes, au point de nous proposer, le 24 mai au soir, un sujet de 40 minutes consacré à la manière dont les journalistes de la chaîne ont vécu la campagne !

Je ne sais pas si vous avez déjà eu la curiosité, l’occasion ou le malheur de regarder l’émission « Les Marseillais South Africa » (ou une autre du même genre). Ce qui m’intéresse ici n’est pas le contenu mais le principe ; donc, pas besoin de subir plus de trois minutes.

Voici comment cela fonctionne : nous voyons, en alternance, les gens vivre des banalités et ces mêmes gens raconter ce qui leur est arrivé.

Ainsi, on nous montre les filles qui se lèvent et se rendent, chargées de coussins, dans la chambre des garçons, afin d’en bombarder ceux-ci. Et cet épisode passionnant est entrecoupé de témoignages délivrés, au présent de l’indicatif, par les protagonistes. Ce qui donne : la blonde en situation disant « Bon, les filles, je propose qu’on aille attaquer les garçons avec des coussins ». Puis, la même blonde, seule, assise face caméra (dans ce qu’ils appellent « le confessionnal ») : « ce matin, je suis très en forme, je propose aux filles qu’on aille canarder les garçons avec des coussins ».

Les mêmes mécanismes que la téléréalité

L’effet de cette narration différée, et redondante par rapport aux images, est triple: 1. comme les gens racontent au présent, nous avons l’impression, par la magie du montage, de vivre la scène depuis de multiples points de vue (nous ne voyons pas seulement ce que nous montre la caméra mais aussi ce qui se passe dans la tête des différents personnages); 2. racontées avec force dramatisation, des banalités deviennent des aventures palpitantes; 3. parce qu’ils racontent avec une complaisance nombriliste ce qu’ils ont vécu, ces gens acquièrent le statut de personnages dans une histoire. Le séquençage en épisodes renforce cet aspect de la scénarisation.

Il manque, bien entendu, le témoignage intime d’un personnage : le caméraman, l’observateur. Je vous le fais : « là, je vois la blonde qui propose aux autres filles d’aller lancer des oreillers sur les garçons et je me dis que la journée va être longue ».

Eh bien ce qui manque dans « Les Marseillais South Africa », BFM TV l’a fait. Avec « l’incroyable élection », les observateurs sont devenus les personnages centraux de l’aventure, les héros de la campagne. Pour le reste, c’est tout pareil : on les voit en situation (rediffusion d’émissions filmées pendant la campagne), puis au confessionnal, le tout scandé par les titres des différents épisodes. Voyez plutôt :

Vous avez vu, on a donc ce genre de passages : « on va les saluer chacun dans leur loge et on arrive à la loge de Philippe Poutou qui est en grand conclave avec Nathalie Arthaud » et l’on voit les journalistes arriver à la loge de Philippe Poutou, où ce dernier discute effectivement avec…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 2 Juin 2017 à 14h25

      Lector dit

      Bravo Madame !, parallèle tout à fait pertinent qui montre à quel point de bêtise égotiste complaisante est tombé le journalisme télévisuel dans la société du spectacle. Le contre-pouvoir s’amenuise et rétrécit comme peau de Chagrin (ainsi dit journalisme de révérence à la fois orgueilleux et servile) ; son credo est mort, les bons payeurs, mutins et matons de Panurge l’ont tué.

    • 31 Mai 2017 à 12h25

      agatha dit

      Et pendant que les journalistes nous hypnotisent de leurs bavardages et de leur subjectivité complaisamment exposée, ils ne remarquent pas à quel point ils se font eux-mêmes envaseliner par la communication roublarde et maîtrisée de Macron.
      J’en veux pour preuve les analyses béates qu’ils ont faites, par exemple, sur la rencontre Macron/Poutine, du genre “Macron ne s’en est pas laissé compter, il a dit ses 4 vérités à Poutine, il s’est montré très exigeant, etc…”. Tu parles, ça c’était avant tout de l’enrobage particulièrement ciblé (opinion publique française, journalistes).
      Personnellement, je ne m’en plains pas, mais je constate.

    • 31 Mai 2017 à 11h41

      jo1934edunom dit

      Excellent commentaire d’Ingrid Riocreux !
      Cette critique du journalisme auto-centré, et de la vacuité qu’il donne à voir, est vraiment réconfortante !
      Le choix de l’émission ”L’incroyable élection” est judicieux, et le décodage de celle-ci en tant que mécanisme d’auto-célébration de BFM par les journalistes de la chaîne eux-mêmes l’est tout autant.
      Je trouve d’ailleurs que Ruth El Krief est le prototype, voire même la figure allégorique de ce gente de journalisme politique : toujours satisfaite d’elle-même, toujours émoustillée par les ”moments captivants qu’elle est en train de vivre”, elle donne constamment l’impression de vouloir nous convaincre que non seulement elle est en train de vivre l’Histoire, mais surtout qu’elle est en train de la faire, de l’écrire !
      Quand on a connu comme moi, étant jeune, le plaisir d’entendre les analyses politiques d’un René Rémond (ou de quelques autres, qui ne se qualifiaient pas , à l’époque, de ”politologues”), on ne peut qu’être affligé par le spectacle du ”journalisme et de l’analyse politique” d’aujourd’hui !!!

    • 30 Mai 2017 à 20h17

      Letchetchene dit

      oups!!
      De “ce GLOUBIBOULGA”

    • 30 Mai 2017 à 20h15

      Letchetchene dit

      Merci Ingrid !!!

      Mais cet article vous devriez l’envoyer au plus “faux cul” de BFMTV le ” BOURDASSE” plus fumier que lui tu meurs….

      Mais quelque part il faut bien que des esprits “sans cervelle” soit prêt à gober toutes ces “co…ies” !!

      Comme aujourd’hui d’entendre le LR BAROIN dire ” Il faut faire barrage au FN au second tour”

      Les LR , n’ont toujours pas compris que les Français n’en veulent plus de se “GLOUBIBOULGA” électoral…

    • 30 Mai 2017 à 18h15

      àboutdepatience dit

      En fait par le biais de cette émission Mme El Krief établit et confirme les fondements d’un nouveau culte : le culte de la personnalité macronienne

    • 30 Mai 2017 à 16h22

      Leboulonnais1 dit

      BFMACRON, chaîne de m…e

    • 30 Mai 2017 à 15h43

      Pyrrhon dit

      Ce ne sont quand même pas les journalistes qui ont “fait” l’élection d’Emmanuel Macron. Ils ont, par contre, lourdement participé à l’empêchement de François Fillon.
      Peut-être, certains, s’ils avaient su…? 

    • 30 Mai 2017 à 15h09

      Don QuiRote dit

      A la lecture de ce billet, je ne pus m’empêcher de rire et de m’étonner beaucoup, considérant tout à la fois la pauvreté et l’extravagance de son objet, que la damoiselle fantasque qui en revendique la maternité, trouvât une personne charitable pour porter ce message en place publique.
      Maudite soit la friponne, qui s’étant dépouillée de toute pudeur, consent à blesser nos yeux de gentilhommes par de telles comparaisons. Sommes-nous personnes à laisser maltraiter ainsi une estimable corporation de gens de bien, soucieux d’enflammer notre désir de comprendre le monde ?