L’art concret de Bernard Rancillac | Causeur

L’art concret de Bernard Rancillac

Une peinture d’actualité figurative et engagée

Auteur

Pierre Lamalattie
Écrivain et journaliste.

Publié le 15 avril 2017 / Culture

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La rétrospective consacrée à Rancillac permet de découvrir comment, au milieu des années 1960, en pleine période de l'abstraction et du pop art, un artiste a eu le culot de lancer un mouvement de peinture figurative et engagée.

Les Chemins du Désert, Bernard Rancillac, 1991. Crédit photo : Collection de l'artiste, Paris.

On est au début des années 1960. C’est une réunion d’artistes. Ils parlent de l’abstraction. D’après eux, cet art d’avenir serait naturellement compris et apprécié par la population. L’un cite son voisin, agriculteur, qui « comprend ». Un autre le boulanger de son quartier. Non seulement l’abstraction est en passe de devenir hégémonique dans le petit monde de l’art, mais encore, pense-t-on, la population la plébisciterait.

Un type qui est resté jusque-là un peu à l’écart prend la parole à son tour. Il dit qu’il est sociologue. Il essaye d’abord d’expliquer aux participants en quoi consiste son métier insuffisamment connu à l’époque. « La sociologie est une sorte d’art extrêmement scientifique. Nous étudions la composition de la société. Nous interrogeons des gens que personne n’interroge. »1 Cet inconnu s’appelle Pierre Bourdieu. Il raconte ce qu’il a observé en ce qui concerne la réception de l’art abstrait. C’est, selon ses enquêtes, tout le contraire de ce que croient les artistes qui viennent de parler. L’art abstrait est en réalité très mal connu du grand public et encore moins compris. L’intérêt qu’on peut lui porter ne dépasse guère le microcosme artistique. Pierre Bourdieu pousse plus loin son raisonnement. Il faudrait mettre au point un art figuratif adapté à notre temps, un art tel que la population se sente concernée2. Parmi les gens qui sont là, il y en a un que ces propos ne laissent pas indifférent : c’est Bernard Rancillac. Il note le nom du sociologue et va suivre ses conférences.

Un artiste figuratif en prise avec son temps

Bernard Rancillac, en réalité, était déjà convaincu de la nécessité d’imaginer un art figuratif en prise avec les hommes et les femmes de son temps. Cependant, Rancillac ne compte pas en revenir à la peinture traditionnelle, ni verser dans le réalisme socialiste en vigueur dans l’Europe de l’Est. Il veut une figuration d’un genre nouveau, s’exprimant avec des formes résolument différentes.

La solution lui est apportée fortuitement par Hervé Télémaque. Cet artiste haïtien a séjourné aux États-Unis. En 1962, il rapporte en France un appareil optique utilisé outre-Atlantique dans le domaine de la pub. Il s’agit d’un épiscope. Cet instrument permet de projeter sur une paroi l’image agrandie d’un document en papier de la taille d’une

[...]

À voir absolument :

« Rancillac Rétrospective », exposition du musée de la Poste à l’espace Niemeyer, 2, place du Colonel-Fabien, 75019 Paris, jusqu’au 7 juin.

« Bernard Rancillac, Actualités », Maison Elsa Triolet-Aragon, 78730 Saint-Arnoult-en-Yvelines, jusqu’au 14 mai.

« Bernard Rancillac. Les années pop », musée de l’Abbaye Sainte-Croix, 85100 Les Sables-d’Olonne, jusqu’au 24 septembre.

 

  1. Propos cités de mémoire par Bernard Rancillac.
  2. Idem.

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    publié dans le Magazine Causeur n° 104 - Avril 2017

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    • 19 Avril 2017 à 7h07

      QUIDAM II dit

      Bernard Rancillac a fait avec talent une sorte de pop art, ce qui n’est pas déshonorant…
      Bien que très décriée aujourd’hui, la dimension décorative est pourtant une dimension essentielle et permanente de l’art plastique, même chez les abstraits, même chez Picasso.
      Elle ne manque pas chez Rancillac, ce qui met en rage les partisans d’un « art de recherche » souvent morbide, facilement tragique et chiant à mourir.

    • 17 Avril 2017 à 11h25

      Charles Lefranc dit

      Rancillac ? Tout est faux et tant mieux ; Votre annonce est un collage de lieux communs . Peinture chez BR ? Allons donc, il solarise et chromatise , au mieux il est technicien en labo photo . Figuration ? Non désolé c’est de l’ illustration a l’ aide de vignettes du quotidien .La figure est absente, son cliché commercial , à la limite du kitsch lui est bien présent . BR n’ a rien inventé, c’est Picabia qui peint des chromos dés 1938 qui a eu cette audace . Engagé ? Tarte à la crême des salonnards parisiens . Engagé so what ? Les petits bras de 68 étaient engagés ? Sartre était engagé ? BR a illustré quelques figures de la contre-culture, des jazzmen , so what ? Donc BR est un épigone du pop art européen . Et si vous voulez reconnaître un PEINTRE FIGURATIF ENGAGé qui prend les tripes par sa peinture , alors c’ est Paul Rebeyrolle .