Bernard Buffet, peintre dépressionniste | Causeur

Bernard Buffet, peintre dépressionniste

“La grande peinture n’est jamais gaie.” Enfin, il paraît…

Auteur

Paul Thibaud

Paul Thibaud
est essayiste et théologien.

Publié le 21 janvier 2017 / Culture

Mots-clés : , ,

Une rétrospective pilotée par Pierre Bergé s'emploie à réhabiliter cet artiste justement oublié.
Bernard Buffet exposition musée d'art moderne Pierre Bergé

Photographie de Bernard Buffet devant son autoportrait, 1958

De l’actuelle exposition Bernard Buffet on a dit qu’elle était une spéculation de collectionneurs, dont l’influent Pierre Bergé, pour faire remonter la cote de tableaux qu’ils ont en réserve. Quoi qu’il en soit, c’est l’occasion de voir une œuvre oubliée après avoir été portée au pinacle, à Paris et ailleurs… Le krach ultérieur, sanctionnant selon la plupart la pauvreté de l’œuvre, est tenu par quelques autres pour une injustice. Les premiers pensent qu’une reconnaissance trop précoce et facile a corrompu un talent, les autres, dont le conservateur qui abrite l’exposition dans son musée, incriminent la concurrence, la mode exclusive de l’abstraction longtemps régnante, l’École de Paris puis l’expressionnisme abstrait. Deux explications évidemment insuffisantes. Si Buffet s’est, dans les années 1980 et 1990, égaré dans de vastes illustrations sans esprit ni originalité de Vingt Mille Lieues sous les mers et de La Divine Comédie, ou bien dans des proclamations pacifistes, à moins que ce fût dans de grossières productions ornithologiques, le désarroi dont témoignent ces gesticulations est visible dès les débuts, quand l’artiste n’avait pas 20 ans.

Misère de l’homme

Dans la première salle, on est accueilli par une œuvre séduisante, L’Atelier, peinte à 18 ans : espace clair, lisible, avec suffisamment de désordre (une bouteille, une pelle à charbon, un vélo mal rangé) pour paraître habité. Mais c’est là une exception, et dans les toiles d’à côté, le bonheur de l’espace vécu a disparu : frontalité rigide et plate, absence de profondeur de champ. D’autres thèmes troublants apparaissent : les visages stéréotypés et surtout l’exhibition obsessionnelle de la nudité masculine, le sexe viril pendant et flottant sans gloire au centre des tableaux, que le personnage soit seul ou avec un autre. Au comble de cette désolation, L’Homme au cabinet de face debout, pantalon aux chevilles devant la cuvette des WC. Incapacité de maîtriser l’espace, humiliation du sexe masculin, visages sans expression… quel malheur s’affiche ainsi ? Intrigué ou angoissé, le visiteur repère avec soulagement une réalisation plus discrète : un bouquet négligemment placé sur une chaise.


Teaser | Exposition Bernard Buffet | Musée d… par paris_musees

Il est difficile de ne pas rapporter cette perte de l’espace et ce rabaissement de la virilité à une homosexualité mal vécue, vécue comme un enfermement.

[...]

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    publié dans le Magazine Causeur n° 101 - Janvier 2017

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  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 24 Janvier 2017 à 13h19

      IMHO dit

      Peter Blume :

      https://www.google.com/search?q=peter+blume&espv=2&biw=1280&bih=918&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwjVyO-J4drRAhXM7xQKHbVFBp4Q_AUIBigB#imgrc=F81RQijH0Lu_8M%3A

      Je n’admire pas inconditionnellement, bien sur, mais j’aimerais quand même qu’il y ait eu plus de peintres français qui ait eu la moitié de cette vitalité, autre que Tanguy .

    • 24 Janvier 2017 à 0h46

      Franibar dit

      Bernard Buffet adoré et détesté , le moins qu’on puisse dire est qu’il ne laisse pas indifférent. L’amour et la haine sont de la même énergie , la dualité du sentiment. Or s’il y a sentiment dans le regard de celui qui regarde, l’artiste a du talent . Et Bernard Buffet en a, mais il est à part, il a réussi à faire de la peinture avec de l’illustration, c’est artistiquenent incorrect. Son succés très tôt a dérangé, et son parcours de carrière a agacé, une époque où la Rive Droite était méprisée par les intellos. Bernard Buffet plait aussi au 1er degré, cela aussi c’est inadmissible. Les élites ne peuvent pas adhérer à un peintre vivant que l’on voit en reproduction chez les petites gens .
      Est-ce que Francis Bacon est mieux ? Non ! c’est une histoire de marché, de circuit, de mode. Depuis 50 ans on entend les élites cracher sur Buffet, et pourtant il est toujours là et continue à faire des prix importants malgré sa grande production et le rejet du milieu des artistiquement corrects .
      Personnellement ce n’est pas une peinture qui concerne ma sensibilité mais encore plus nombreux sont les célébres d’aujourd’hui qui me touchent encore moins, à croire que la vraie peinture n’existe plus de nos jours ou bien elle existe toujours mais ses fidéles sont dans l’ombre ou reconnus par un petit nombre de collectionneurs hors cicuit du marché, des salles de ventes et des foires internationales . On est loin des Zurbaran, des Nicolas Poussin, des Vermeer, des Chardin, des Corot, et plus récemment des Morandi.
      Depuis 50 ans le “marché” fait la promotion des artistes-trucs , il faut trouver un truc original pour apparaitre dans le “marché” ou choquer.
      La sensiblité et ” la lumière” ne se vendent plus,la fameuse citation de Christian Bobin n’est plus d’actualité :” Un peintre c’est quelqu’un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon imbibé de silence.”
      Or tout qu’on voit aujourd’hui est bruyant .

      • 24 Janvier 2017 à 9h18

        IMHO dit

        Franibar, je vous hais . Vous avez gâché ma matinée .
        J’ignorais l’existence de Morandi et de Bobin .

    • 23 Janvier 2017 à 18h03

      ti suisse dit

      (souvent je kiffe les commentaires; sans offense Paul T ! zen) ce qui m’intrigue avec B Buffet, -oh! il y a pire, mais dans le genre je ne vois pas (ou pas né) c’est cette dichotomie notoriété /rejet.

      Ou peut-être Margaret Keane, ..youppie des grands yeux ronds, enfin (?) de la courbe et du pastel ! bref, je ne sais pas vous, même si je m’en doute, adolescent ou plus jeune j’ai bcp consommé, car bien répandu dans le paysage ‘le clown’ par ex., façon poster du Che (l’indigestion faisant partie du libre arbitre; yapa foto)
      Il y avait du stock (et en vente libre!) c’était l’époque ? Ch de Gaulle et l’Ortf, B Bardot..

      ou peut-être de s’intéresser à Annabelle, la génération (disons) de Niki de St Phalle,
      (sinon) l’important n’est-ce pas, est bien de tracer sa route

      • 23 Janvier 2017 à 19h35

        IMHO dit

        Faut lâcher le speed, man, on n’entrave que chti .

        • 23 Janvier 2017 à 20h11

          ti suisse dit

          moi bcp croiser (à l’époque) du Bernard D à profusion. Car vraisemblablement apprécié.
          Tiens, nos parents avaient des goûts chiottes ?! (ça y ressemble; ni moi le responsable)

        • 23 Janvier 2017 à 20h15

          ti suisse dit

          tu ne devinerais pas ce que je gobe; et-on s’en tape,

    • 23 Janvier 2017 à 14h58

      renéVar dit

      Brou.. un peu dur, Thibaud.
      “frontalité rigide et plate, absence de profondeur de champ. ” et Rouault ? et Mondrian ? c’est mieux ?
      Quant au problème de ce sexe masculin outragé et ses interprétations psychanalytiques, Thibaud devrait s’interroger aussi sur lui-même…
      Toute forme d’art sincère est valable et il n’y a pas de classement à faire. Pour moi, Buffet, Rouault, le douanier Rousseau, Mondrian, Mathieu, Christo (dont j’ai acquis, étant étudiant, deux toiles à la brocante, revendues 200 fois leur prix 20 ans plus tard), tous “m’interpellent” et me procure émotion esthétique ou intellectuelle.

      • 23 Janvier 2017 à 14h59

        renéVar dit

        “me procurent”… j’étais ému…

    • 23 Janvier 2017 à 14h51

      Hannibal-lecteur dit

      C’est triste, mais il se trouve parfois des individus construits de boue et de poussière, dont l’expression n’est que misère, désespoir, et …insignifiance. Leur seul défaut : ils polluent. Ils mettent le gris là où ils pourraient aussi bien mettre la couleur, libre à eux, mais ils ne le gardent pas pour eux ils l’exposent : et là ils se montrent coupables de pessimisme militant. 
      N’importe quel gribouillis sur mon mur, mais pas cette négation de vie, ce refus de joie, pas cette grisaille.
      Pauvre homme. Triste compagnie pour lui-même ! 

    • 23 Janvier 2017 à 14h20

      rolberg dit

      Long discours qui semble ne pas vouloir dire que l’état dépressif ne doit pas figurer dans l’art. «… à une homosexualité mal vécue, vécue comme un enfermement. » Comme le prisonnier au trou vit sa situation comme un enfermement. Ouch !

    • 23 Janvier 2017 à 8h03

      Charles Lefranc dit

      Buffet dans sa vie certes est tragique , mais posez un Francis Bacon à côté et vous sentirez d’ ou vient la tempête . Donc la question n’ est pas si Buffet est tragique ou simplement triste , mais si sa peinture tient le choc à côté d’ autres grands artistes , et là cela devient tragique pour Buffet.

      • 23 Janvier 2017 à 11h20

        alain delon dit

        +1

      • 23 Janvier 2017 à 13h17

        IMHO dit

        Je préfère le dire d’emblée : comme à Jacques Chirac, Bacon ne m’en touche pas une et ne fait pas bouger l’autre . Ça me parait être le comble de la hutzpah artistique .

    • 22 Janvier 2017 à 13h50

      IMHO dit

      Et pour conclure : si l’on retire tous les métèques de la première Ecoles de Paris, il reste les Français suivants :

      Première école:

      Hermine David (1896-1970), femme de Pascin
      André Derain (1880-1954)
      Edmond Ceria (1884-1955)
      Marie Laurencin (1883-1956)
      André Lhote (1885-1962)
      Maurice Utrillo (1883-1955)
      Jacques Villon (1875-1963)
      Maurice de Vlaminck (1876-1958)

      Pas gras au total .

      • 22 Janvier 2017 à 15h18

        alain delon dit

        Et encore, il manque les milieux de terrain et les remplaçants

    • 22 Janvier 2017 à 9h09

      alain delon dit

      “La grande peinture n’est jamais gaie.”

      Les grands peintres plus souvent

    • 22 Janvier 2017 à 7h37

      QUIDAM II dit

      Pourquoi la peinture de Bernard Buffet est-elle à ce point répulsive chez tant d’amateurs d’art ?
      Son mode expressif ne s’est certes pas beaucoup renouvelé, de sorte que beaucoup de ses toiles semblent relever d’un procédé répétitif apparemment peu exigeant et plutôt facile cependant, malgré cela, nombre de ses oeuvres recèlent une densité tragique dont la fin du peintre tend à montrer qu’elle n’était pas en toque.
      En tout état de cause, Buffet restera une figure de l’art plastique des années 50 du siècle dernier.
      Quant à son « mauvais goût avéré »… Il faudrait en finir avec cette histoire de « mauvais goût » qui ne correspond à rien sinon une non conformité au goût bourgeois (autre notion vague et fumeuse), ou encore à celui correspondant aux critères impératifs, bien que non écrits, d’une « avant-garde » (autre notion désuète, vague et fumeuse) essentiellement iconoclaste, souvent morbide et, le plus souvent, chiante à mourir d’ennui.

      • 22 Janvier 2017 à 7h38

        QUIDAM II dit

        Et rappelons que, dans les années 50, il fallait un certain cran pour faire du figuratif… 

        • 22 Janvier 2017 à 9h08

          alain delon dit

          Vous êtes en forme ce matin! Etes-vous aussi collectionneur de Buffet?

          D’accord avec vous pour dire que les années 50 en France ont été une période en bois (à part quelques exceptions, comme par exemple NicolasDe Stael qui avait encore de beaux restes), et Buffet un de ses dignes représentants.
          Quant à votre affirmation :

          “une densité tragique dont la fin du peintre tend à montrer qu’elle n’était pas en toque”

          Que doit-on en conclure? Qu’un suicide est le label qualité, la griffe des grands artistes?

        • 22 Janvier 2017 à 9h27

          IMHO dit

        • 22 Janvier 2017 à 9h35

          IMHO dit

          http://lesmaterialistes.com/

          Et ainsi, par le plus grand des hasards, je viens de trouver un site plus barjot que Causeur, et cent fois plus intéressant aussi .
          Mais on peut pas y écrire, quel dommage !

        • 22 Janvier 2017 à 17h35

          QUIDAM II dit

          @ alain delon  Le tragique habite les toiles de B Buffet, indépendamment du fait que celui-ci ait été un dépressif ou un joyeux luron.
          Son suicide atteste seulement que ce sentiment tragique de l’existence correspondait à un ressenti authentique et non pas à une pose : B Buffet n’était pas un faiseur, mais un artiste qui exprimait non seulement des blessures intimes, mais sans doute également l’écho des atrocités découvertes après la seconde guerre mondiale, à l’est comme à l’ouest.
          Sur ce registre, son talent me semble évident et tout à fait honorable.

        • 22 Janvier 2017 à 17h53

          alain delon dit

          @QUIDAM

          Je vous concède volontiers qu’il était habité par le sentiment du tragique, cela n’en fait pas pour autant, encore une fois, un meilleur peintre.
          Je vous parle, plus simplement, de sa facture malhabile, maniérée et pauvre, dans laquelle il s’est abondamment vautré

        • 22 Janvier 2017 à 18h10

          QUIDAM II dit

          @ alain delon
          A mon sens, comme facture, il y a bien pire ; l’essentiel est son expressivité… provoquée par des procédés quelques fois faciles et souvent systématiques, mais toujours sincères et d’une grande force d’émotion.

        • 22 Janvier 2017 à 18h59

          alain delon dit

          @QUIDAM

          Si expressivité il y a, elle serait alors répulsive. Le choix bien souvent pauvre des sujets, le manque criant de sens de la composition, et surtout cette touche, lacrymogène, encore et toujours. Il fait partie de ces peintres qui se résument à une touche, une manière (et ici bien vilaine). C’est la touche qui vous saute aux yeux avant tout le reste. Alors puisque l’exposition en question se tient au MAMVP, prière de se précipiter vers les quelques magnifiques Bonnard de la collection pour se rincer les yeux

    • 21 Janvier 2017 à 19h02

      malaimé dit

      Bernard Buffet avait un talent immense. Il aurait pu être un très très grand peindre si un contrat d’exclusivité, signé à 20 ans avec Emmanuel David et Maurice Garnier, ne l’avait obligé à peindre inlassablement le même tableau.

      • 21 Janvier 2017 à 21h22

        alain delon dit

        Non, cher Claude François, je regrette et vous invite à regarder les toiles de plus près. C’est l’un des rares exemples de mauvais goût vraiment avéré, et aucun contrat n’aurait pu changer cela. Cela dit, attendez quelques mois après la rétrospective du MAMVP pour tenter de refourguer votre Buffet, on ne sait jamais…

    • 21 Janvier 2017 à 12h29

      Habemousse dit

      Virilité, homosexualité, mal être ou bien être, qu’importe, en peinture seul le plaisir de regarder et celui d’apprécier comptent : j’aime les toiles de Buffet, les critiques et leurs caravanes d’experts peuvent toujours aboyer.

    • 21 Janvier 2017 à 12h08

      alain delon dit

      Voilà enfin un personnage à propos duquel les expressions “plus jamais ça” et “les heures les plus sombres” prennent tout leur sens.

      • 22 Janvier 2017 à 9h41

        IMHO dit

        Je ne suis pas sur que tous aient compris .

    • 21 Janvier 2017 à 11h16

      IMHO dit

      Encore un académicien ! Quelle faune !