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Beppe Grillo : Ciao Monti, mais Berlu, non merci

Le réquisitoire du leader populiste italien contre la droite, la gauche et le centre

Publié le 13 décembre 2012 à 9:20 dans Monde

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grillo monti berlusconi

Ceci est la traduction de l’éditorial de l’article que le leader populiste italien Beppe Grillo a publié sur son blog le 10 décembre 2012.

Nous sommes nous et vous, vous n’êtes rien.
Avec la démission de Rigor Montis, le miroir sombre du pays a éclaté en mille morceaux et chaque italien peut désormais apercevoir la dissolution de l’Etat dans le bris de verre dont il est le plus proche. Un saut dans l’inconnu. Ça n’est pas encore Caporetto1, ça n’est pas encore le 8 septembre de Badoglio2, mais ça y ressemble. Que tous ceux qui le peuvent embarquent dans des canots de sauvetage. Quand il en avait la possibilité, Monti ne parlait pas aux citoyens ni au grand public pour se libérer du contrôle des partis. Il s’est montré avec le courage de Don Abbondio dans le roman Les fiancés de Manzoni3. Et il en paie aujourd’hui les conséquences. L’image du « montisme » qui restera dans la mémoire des italiens sera la photo publiée sur Twitter, montrant Casini, Bersani et Alfano, au palais Chigi4, tous trois assis sur des fauteuils de velours, riant et sirotant du thé avec le fier efflanqué Monti derrière eux. Ils semblaient dire : “Regardez nous. Nous sommes nous et vous, vous n’êtes rien !”.

La participation du peuple aux décisions fondamentales de la Nation a été jetée aux orties par les partis puis par les technocrates. La volonté des Italiens est devenue une variable indépendante du système politique qu’on méprise sous le nom de « populisme ». J’ai envoyé cette lettre ouverte à Monti le 24 novembre 2011 et je n’ai pas encore reçu de réponse :

« Vous ne pouvez pas faire grand-chose, de votre propre chef ou secondé par une équipe de technocrates, sans le soutien du grand public. La lune de miel actuelle, due davantage à la sortie du berlusconisme qu’à vous-même, pourrait s’avérer de courte durée. Votre succès sera déterminé par vos actions, et par le soutien que ces actions obtiendront dans le pays réel, le pays des corporations et des associations, et certainement pas sous le régime des partis qui est un simulacre de démocratie. Souffrez que mes soutiens et moi-même, qui représentons tout de même la cinquième ou la sixième force électorale, puissions vous adresser quelques suggestions. Primo, respectez la volonté de ceux qui souhaitent l’abandon du nucléaire, luttent pour la préservation de l’eau et combattent l’inutile destruction du val de Suse. Secundo, donnez immédiatement l’exemple en coupant dans les dépenses inutiles au lieu de taxer la résidence principale, le patrimoine ou d’augmenter la TVA. Le peuple italien subit les taxes les plus élevées d’Europe et alimente une énorme évasion fiscale. Cela signifie que ce sont toujours les mêmes qui paient et portent sur leurs épaules le fardeau du bien nommé redressement. Vous avez deux fois de la chance, la première c’est que vous succédez à un scélérat et la seconde c’est que vous avez de grandes marges de manœuvre. Où que vous regardiez vous pourrez opérer des sauvetages ou des coupes à coût zéro. Coupez dans les provinces, le financement électoral, l’édition publique. Mettez un terme aux grandes machines publiques comme le TAV5, le contournement autoroutier de Gênes, l’exposition universelle de Milan en 2015. Vous savez mieux que moi que tout cela ne sert à rien. L’économie ne se développe pas avec du ciment. Remettez la gestion des autoroutes sous le contrôle de l’Etat, s’il y a des milliards à gagner, autant que cela profite à l’Etat plutôt qu’à Benetton et à ses associés. Vous avez étudié chez les jésuites, mais pour rester dans le registre religieux, vous devriez renouer avec les franciscains. Détachez-vous du monde de la finance dont vous êtes issu et tournez vous directement vers le peuple italien. Si vous ne pouvez le faire, je vous conseille de renoncer aux plus hautes fonctions. Reproduire les erreurs et les vilenies des politiciens qui vous ont précédé ne sera pas à votre honneur.”

Monti Annus Horribilis s’efface derrière ses conséquences désastreuses. Résultat : le pays a épuisé ses ressources sans qu’aucun de ses problèmes structurels, institutionnels, industriels, électoraux ou sociaux n’ait été résolu. Blocage. Vanité de ceux qui sont responsables de la destruction du pays, qu’il s’agisse des frères siamois du PDL6, du PD7 sans L, et de l’extrême droite qui a déjà constitué ses listes dans la moitié de l’Italie. Ceux ont causé le désastre actuel ne font que se lamenter sur eux-mêmes. Monti, quand tu partiras, éteins au moins la lumière. Mon mouvement “Cinq Etoiles” est dans une course contre la montre pour présenter ses listes. D’avril 2013 comme échéance électorale nous sommes passés à mars puis à février. Et ensuite ? Le président Napolitano appellera-t-il le peuple à se rendre aux urnes le mois prochain pour l’épiphanie quand la bonne sorcière (la Befana) viendra avec ses vieilles pantoufles usées ? Nos gouvernants font ce qu’ils veulent mais qu’ils prennent garde à la colère des siciliens. Dans tous les cas, à bientôt au parlement ! Ce sera un plaisir.

*Photo : Sebastiano Pitruzzello (aka gorillaradio)

  1. Actuellement en Slovénie. Du 24 octobre au 9 novembre 1917, défaite de l’armée italienne devant l’armée austro-allemande du général Otto Von Below.
  2. Capitulation de l’Italie le 8 septembre 1943.
  3. Dans ce roman, Don Abbondio est le curé du village de Renzo.
  4. Palais Chigi : palais de la présidence du conseil des ministres. Casini : député centriste, président de la Chambre des députés de 2001 à 2006.  Bersani : ancien communiste, secrétaire du PDI, plusieurs fois ministre. Alfano : Angelino, juriste sicilien, ministre de la justice de 2008 à 2011, proche de Berlusconi, auteur de la fameuse loi instaurant l’immunité, abrogée en 2009 pour cause d’inconstitutionnalité.
  5. TAV : train à grande vitesse (projet Lyon-Turin).
  6. Il Popolo della Liberta : parti de Berlusconi.
  7. Parti Démocrate, principale force de centre-gauche.
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  • 13 Décembre 2012 à 18h18

    michel kessler dit

    “grands projets”, à propos de la LAV-frêt Lyon-Turin: voir le rapport de la cour des comptes qui, comme chacun sait, est un ramassis de dangereux gauchistes…(sans parler de quelques articles intéressants sur agora-vox, notamment concernant la qualité du béton utilisé…)Que le personnage de Grillo soit discutable, sans doute, mais vous connaissez beaucoup de personnages politiques actuels qui ne le soient pas (à part Angela Merkel évidemment)? J’aime bien le populisme assumé,c’est une nécessité, à moins de penser que la politique ne concerne pas le “peuple”! Il y a chez Grillo des accents proches de Casa Pound (sans l’affirmation xénophobe) qui me ravissent je l’avoue: retrouver le sens commun, même si c’est au travers d’un acteur-tribun , quelque soit son ambition et sa sincérité…On a des tous des “tous pourris” et des “salauds de pauvres” au fond des poches comme autant de boules puantes, il n’y a pas de maladie honteuse du populisme!

    • 13 Décembre 2012 à 22h48

      viaval dit

      On peut discuter de la pertinence de tous les projets présentés comme “grands” et d’ailleurs personne, comme on peut le constater, ne se prive de le faire, qu’il soit ou non un expert de la chose. Je ne le suis pas et je pense que mes réserves ou mon enthousiasme ne sont dictés, la plupart du temps, que par des motifs qui tiennent à mon histoire ou à mes propensions, c’est-à-dire tout autres que rationnels, mais je ne m’abrite pas derrière des hypothèses truquées d’avance et j’essaie d’user d’un peu de discernement.
      Je ne connais aucun acteur de la classe politique italienne qui puisse un tant soit peu échapper à la critique ou à la méfiance, pas plus Berlusconi que Grillo et, si je devais voter en Italie, je serais plus que gêné, au point, sans doute de ne pas me déplacer ; je me contenterais de celui choisi par d’autres, avec fatalisme mais pas plus, hélas, que ceux ayant voté, comme cela se passe d’ailleurs depuis quelques années.
      Le mot “populisme” ne m’impressionne pas, tant ce qu’il recouvre réellement s’est depuis longtemps perdu dans les entrelacs de la novlangue, au même titre que celui qui lui est souvent accolé de “xénophobie” : dans certains milieux, il est convenu de prétendre que nous, les blancs occidentaux, sommes plus stupides, cruels et destructeurs que les Indiens d’Amérique du Nord, ou que les membres des tribus des jungles de tel ou tel pays, ou que les Africains, ou les Arabes, etc. Rien de ce que nous créons ou écrivons, ou composons, ne mérite l’indulgence des indigènes germanopratins, rien n’est comparable à la suprême beauté de la pureté primitive, pourtant source de tous nos vices, puisque nous en sommes le triste produit.
      Bref, vous aurez compris qu’à mes yeux le grillon gênois n’est pas plus à louer ni plus détestable que ses avatars, bien installés dans les fauteuils d’une pauvre République épuisée et qui, née sur les décombres d’une monarchie défaite et honteuse, a utilisé jusqu’à la moelle l’énergie d’un peuple à qui, pourtant, tout semblait promis.
      Mais il reste toujours un espoir…

  • 13 Décembre 2012 à 16h11

    viaval dit

    Grillo n’est pas moins inquiétant que ceux qu’il voudrait voir s’évaporer dans la fumée polluée d’une démocratie en lambeaux. Berlusconi n’est un exemple pour personne, mais ceux qui veulent sa place ressemblent à un Richard III choisissant l’arme cathodique à l’épée, pour un résultat identique. Aucun des prétendants ne peut se présenter comme un nouveau-né innocent dans le marais politique, sauf Grillo, bien sûr, mais qui agit déjà, dans son propre camp, comme un vieux roublard autoritaire, ce qui en dit long sur ses réelles intentions s’il devait prendre les rênes du pouvoir ; les Italiens sont déjà tombés dans la case Di Pietro, ils savent ce qu’il en est.
    Laisser tomber “le TAV, le contournement autoroutier de Gênes, l’exposition universelle de Milan en 2015″ et que les Italiens se remettent à ne produire que des pizzas, du parmesan et des ténors, en voilà un beau programme pour le sixième ou septième pays le plus riche du monde : qu’il ne s’aventure pas dans de grands projets, qu’il renonce une fois pour toutes au nucléaire, qu’il choisisse de vivre comme vivait ma grand-mère, qui allait chaque semaine au marché échanger ses cueillettes contre de la nourriture pour ses enfants, ou comme mon grand-père, qui partait pendant des mois dans les mines de France ou de Belgique.
    Il y en a marre de ces utopistes millionnaires qui s’autorisent à dire n’importe quoi parce qu’ils monopolisent la parole publique et parce qu’on est assez stupides pour aller les écouter en payant.

  • 13 Décembre 2012 à 11h27

    Jacques Labbé-Descochons dit

    Mais pendant ce temps les Italiens continuent de mettre au point la plus haute technologie, d’inonder le monde de leur mode vestimentaire, d’écrire la plus haute littérature, etc.