Beigbeder badine avec l’amour
Réponse à Bruno Maillé
Publié le 22 janvier 2012 à 9:26 dans Culture
Mots-clés : Eric Rohmer, Frédéric Beigbeder, Gaspard Proust, L'amour dure trois ans, Louise Bourgoin

Si Bruno Maillé a parfaitement dit tout le bien qu’il faut penser de L’amour dure trois ans, il se trompe en affirmant que le film n’est ni cynique ni romantique, tendance Judd Apatow : il est les deux, parmi ses plus belles qualités.
Quand, comme Frédéric Beigbeder, on aurait aimé être Maurice Ronet ou rien, quand on cite avec plaisir Bukowski et Les liaisons dangereuses de Vadim, dialoguées par Roger Vailland, et quand on est heureux d’offrir à Bernard Menez – échappé de Pleure pas la bouche pleine de Pascal Thomas – un rôle de père adepte des jeunes femmes asiatiques : on est cynique et romantique.
Gaspard Proust, alias Marc Marronnier, double de Beigbeder, incarne cet homme-là. Chroniqueur des nuits parisiennes et critique littéraire, il fait sonner la langue française entre deux shots de vodka au Montana. Ses mots sont un assaut de drôlerie, une caresse de mélancolie. Il croit à l’amour, puis n’y croit plus : « Dans un couple, la première année, on achète des meubles, la deuxième année, on déplace les meubles, la troisième année, on partage les meubles.» Il en fait un livre à succès, le début de sa gloire et des emmerdements. Il se couche à l’aube, se réveille dans une flaque de vomi. Il regarde passer les filles, avec ses amis, s’interroge sur leur face cachée : jardin à l’anglaise ou ticket de métro ? Il porte des lunettes noires, file sur la côte basque enterrer sa grand-mère. Son deuil a le rire et la silhouette blonde de Louise Bourgoin.
Une partie de plaisir
L’apparition de Louise Bourgoin, sous le soleil de Guéthary, a la grâce d’un poème de Paul-Jean Toulet. Elle est la douceur espiègle des choses. Une héroïne en robe noire sur la plage, qui boit du champagne à la bouteille, fugue en décapotable, grille les feux rouges. Elle a déjà un fiancé, un caractère de cochonne et des pieds bizarres : impossible de ne pas tomber amoureux d’elle. Ce n’est pas simple ? C’est encore mieux :
- C’est la dernière fois qu’on se voit, Marc.
- Donc c’est moi qui t’appelle.
Devant L’amour dure trois ans, on pense à Eric Rohmer. A la mort de Rohmer, Beigbeder avait écrit : « Bien sûr, les Français continueront de faire des films où des filles et des garçons se parlent d’amour au bord de la mer. Mais ils seront moins bien »
Peu importe que L’amour dure trois ans soit moins bien que La collectionneuse, Le genou de Claire ou Pauline à la plage : c’est un premier film, donc le meilleur. En dilettante, Beigbeder badine, léger et profond, autour du plus vieux sentiment du monde. Il s’est amusé, nous invite à une partie de plaisir sur laquelle Michel Legrand pose ses notes, et Joey Starr sa voix de crooner destroyé. Annie Duperey passe, Alain Finkielkraut aussi. Frédérique Bel est une adorable potiche nymphomane et Valérie Lemercier, une éditrice qui récupère ses auteurs dans les toilettes du Flore. Le mot de la fin : « Je m’aime, il m’aime, ça me suffit. »
Cynique et romantique, disait-on.
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L'auteur
Arnaud Le Guern est écrivain.
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sausage dit
Je suis vraiment ravi de mettre mon sens de la critique à l’épreuve en confrontant mon analyse à celles de deux auteurs (Maillé et…) que je prends toujours du plaisir à lire.
Lorsque j’ai appris l’existence de ce film, j’ai difficilement caché mon dégout devant la l’avènement cinématographique de Proust que je prends pour une sombre crapule.
J’ai aussi lu, dans mes vertes années, la quasi-totalité des bouquins de Beigbeder. Plusieurs fois même. Je n’imaginais pas qu’une adaptation cinématographique d’un de ses romans puisse susciter un tel enthousiasme, 99F ne m’avait d’ailleurs pas trompé.
Il apparaît que je vais devoir produire un effort considérable. L’aversion que j’ai pour Proust cumulée à la fadeur que m’inspire l’œuvre de Beigbeider (même si je lui ai toujours reconnu du talent, c’est juste que je ne crois pas au roman moderne), voilà ce que je vais devoir remettre en question lorsque je vais aller au ciné voir ce film.
Apprendre à aimer une œuvre, c’est avant tout apprendre à s’aimer soi-même. Je méprise peut-être autant ce Proust qu’il me ressemble, qu’il ressemble à mon époque. En aimant cette œuvre, Maillé qui habille chacun de ces textes de drôleries et autres sourires malicieux m’en apprend déjà beaucoup.
isa dit
Pas vu le film , en revanche j’ai A DO RE 99francs.
Ca doit pas être du dernier chic de le dire sur Causeur, mais c’est mon avis.
elguerno dit
Vous en appelez à la démocratie, kacyj ? L’heure doit être grave…
kacyj dit
Non, simple référence au thème de Causeur Magazine du mois.
Faut pas dramatiser, hein! On a les références qu’on peut!
kacyj dit
Autrement, en quoi cette brève est elle une réponse à celle de Maillé? Ils vont exactement dans le même sens
elguerno dit
kacyj,
il me paraît important de revoir votre définition d’une “brève”. Une réponse, en outre, peut aller dans le même sens que le papier d’origine, tout en faisant entendre (ou lire) ses différences. Pour le reste, les histoires de doublage, de miss météo, en attendant sans doute Joey Star – condamné quoi qu’il fasse ou pas, il semble : mieux vaut en rire…
kacyj dit
Riez mon brave, nous demeurons en démocratie, malade peut-être, mais toujours vivante.
Il ne faut pas vous vexer ainsi. Une brève peut se définir selon la longueur du papier, c’est une possibilité. Et je ne pense pas que la rubrique de classification choisie par Causeur soit la seule et exclusive. En outre, vous utilisez une langue relativement claire sans que le lecteur à l’esprit étroit et limité que je suis, ait besoin de s’interroger sur le sens d’une succession de mots complexes, qui vide la phrase de sens et de substance.
Puis, j’ai vu hier Keira Knightley dans le rôle de Sabrina Spielrein. Vous comprendrez, ou ne comprendrez pas, sommes pas obligés d’avoir les mêmes goûts et les mêmes exigences, que Louise Bourgoin à côté…
Joey Star, on peut aimer ou ne pas aimer, et je ne l’aime pas, mais comment dire, ce n’est pas un gosse de prof de philo mais plutôt un déchiré de la vie, avec tout ce qu’il faut de pas lisse pour que cela transparaisse à l’écran.
Si vous avez envie de vendre la soupe de Beigbeder, libre à vous mais ne vous étonnez pas que certains lecteurs réagissent à ce qui n’apparaît comme rien de plus qu’une publicité, surtout si on repasse deux fois les plats.
L'Ours dit
livia,
c’est d’autant plus étonnant que les séries ou films américains sont très souvent remarquablement doublés.
kacyj dit
C’est à dire qu’on ne demande pas à Miss Meteo de canal de faire le doublage mais à des gens qui ont probablement suivi des cours pour les former au métier de comédien.
livia dit
Au risque de me répéter sur la forme : mais pourquoi dans quasi tous nos films et séries on vocifère, on hurle ?est-ce ce que le public attend ? préfère ? ou juste dans leur tete ?
Et si c’était, à part le professionnalisme, justement ce à quoi les télé spectateurs avaient choisit d’échapper en plébiscitant les séries et les films étrangers, où les dialogues ne sont pas que d’une agressivité insupportable ?
Lady dit
inappropriée…
Lady dit
la référence à Rohmer est vraiment inapproprié!
Vous ne trouvez là, rien d’artistique que du convenu, pas plus épais que l’épaisseur d’une image…Et d’un niais! Vraiment du grand rien.
Rien à voir avec la fraîcheur et la profondeur du marivaudage moderne que Rohmer nous donne à voir et à entendre. Vous en repartez nourri, interrogé et plein de gratitude.
kacyj dit
“que du convenu, pas plus épais que l’épaisseur d’une image…Et d’un niais! Vraiment du grand rien”
du Beigbeder, quoi
L'Ours dit
Lady,
combien je suis d’accord avec vous sur la mauvaise diction.
Je suis aussi d’accord avec Laborie sur la mauvaise qualité de la prise de son d’une façon génarale et les bruitages sont souvent parfaitement ridicules, du style pneus qui crissent quand la voiture va à 10 à l’heure sur l’asphalte avec un bruit de moteur n’ayant rien à voir avec la marque.
Non! je ne suis pas un spécialiste, mais quand j’entend un engin pétarader en voyant glisser une rolls, j’ai du mal à y croire.
Idem pour le décors où les voitures sont toujours super propres, j’en passe et des meilleures.
Lady dit
Je vous trouve tous d’une indulgence bien suspecte à propos de ce film d’ado germanopratin convenu jusqu’au dernier degré, l’agacement gagne très vite, pour se confirmer dangereusement jusqu’à la fin. L.Bourgoin est inaudible…Il lui faut d’urgence prendre des cours de diction minimum, vous me direz…Le texte…le personnage…Et surtout les situations…C’est néant.
Seules respirations, ceux qui ne jouent pas, Finki, Buko et Bruck.
agatha dit
C’est bizarre, je serais tentée de vous croire. Il n’y a que la référence à Rohmer qui me titille. Et si c’était vrai? A voir…peut-être.
D’une manière générale, on remarque qu’il faut se méfier d’une bonne critique d’un film français. Journalistes et gens de cinéma apparemment se connaissent trop, ont trop d’intérêts en commun, restent piégés dans un monde de connivence et de flatterie. La critique est souvent plus juste pour un film américain.
Egalement votre remarque sur la diction des comédiens me paraît intéressante. Ils sont parfois tellement cossards ou incompétents qu’ils ne se donnent pas les moyens d’être audibles.
laborie dit
Pour qui a approché la technique cinématographique sur le terrain, c’est a l’ingénieur de son qu’il faut surtout s’en prendre….
Ceci dit il faut admette que la seconde de dialogue coutant de plus en plus cher , le rythme de la parole a augmenté de 25% en 50 ans et les qualités de diction diminué d’autant…à tel point que le mépris dans lequel est tenu le spectateur confine à l’assassinat.
laborie dit
Dans un style pitoyable, au delà même du scénario et du sujet, il faudrait parler de Braquo et l’illisibilité absolue des dialogues. Je pense en particulier de Nicolas Duvauchelle.