18 juin 2017: le Premier ministre Bayrou démissionne | Causeur

18 juin 2017: le Premier ministre Bayrou démissionne

Petit essai de présidentielle-fiction (3/3)

Auteur

David Desgouilles

David Desgouilles
Blogueur et romancier.

Publié le 04 avril 2017 / Politique

Mots-clés : , , , ,

François Bayrou descend les marches du palais de l'Elysée, juin 2016. SIPA. 00761864_000106

>> A lire aussi: Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose (1/3)

>> A lire aussi:  Macron président? Sarko contre-attaque! (2/3)

Mardi 9 mai, 10h44, Mairie de Pau

François Bayrou posa son téléphone mobile sur le bureau de maire de Pau, dont il savait qu’il allait bientôt le quitter. Il venait d’accepter la proposition du nouveau président élu de devenir Premier ministre. Certes, si on comparait le score obtenu par Emmanuel Macron lors de ce second tour avec les précédents duels de la Ve République, il pouvait être considéré comme aussi bien élu que François Mitterrand en 1988 (54%). Mais compte tenu de son adversaire et des prévisions des instituts de sondages, qui le donnaient tous vainqueurs le 23 avril au soir avec un minimum de 60%, le nouveau chef d’Etat était conscient d’avoir réalisé une contre-performance. François Bayrou était d’accord avec son allié sur l’idée de nommer Christine Lagarde à Matignon. Mais ce matin-là, Emmanuel Macron avait enregistré le refus de la directrice du FMI, qui préférait rester sur les rives du Potomac, plutôt que de s’engager dans une périlleuse batailles des législatives, qui plus est face à celui qui l’avait nommée ministre des Finances puis lui avait obtenu le poste qu’elle détenait à Washington. Emmanuel Macron pouvant difficilement nommer un membre du PS à Matignon, et compte tenu du fait que Juppé et NKM ne bougeraient pas, François Bayrou était le seul homme à être taillé pour le poste. Et il ne pouvait pas refuser cette mission. C’était à lui de livrer la bataille contre Sarkozy, son adversaire de toujours, au service du nouveau président. Il n’était même plus question de négocier les sièges du Modem, ni de coalition. Il était devenu de facto le général du futur parti du président.

*

Jeudi 11 mai, 16h03, Le Carré, Nanterre

Marion Maréchal-Le Pen n’avait pas pu apprendre le maniement des armes, sa demande d’intégration à la réserve citoyenne ayant été refusée. Mais ce jour-là, elle était partie à la chasse. La chasse au Philippot. Pour elle, le temps était venu. Il fallait en finir avec son adversaire au sein du FN, responsable, selon elle, de la défaite du parti à la présidentielle, et de l’occasion manquée de faire exploser la droite entre les deux tours de l’élection présidentielle. Elle avait pris rendez-vous avec sa tante et lui balança alors toutes ses vérités. Si Sarkozy avait pu ainsi sauver l’armée LR pourtant en mauvaise posture avec le score catastrophique de son candidat à l’élection présidentielle, c’était à cause du projet trop à gauche, à cause du logiciel national-républicain du stratège frontiste. Marine Le Pen rétorqua à sa jeune nièce que sa candidature avait créé la surprise en obtenant huit points de plus que ne lui en accordait les sondages. Que la stratégie mise au point avec Florian Philippot lui avait permis de gagner le face-à-face, de l’avis de tous les observateurs. Mais Marion Le Pen ne désarma pas. Pour elle, une occasion avait été manquée. L’occasion de tuer la droite républicaine. L’occasion d’ouvrir les bras à tous les électeurs de droite face au candidat de la « gauche libertaire » chimiquement pure, incarnée par Macron. Il aurait fallu être conservateur, réactionnaire. Ne pas aller chercher bêtement les électeurs de Mélenchon, dont une bonne part, pourtant – Damien Philippot avait rédigé une note en ce sens- avait préféré le vote frontiste au second tour. Comprenant que sa nièce ne désarmerait pas, Marine Le Pen tenta de gagner du temps. « Nous avons des élections législatives à gagner maintenant. Nous pouvons obtenir une centaine de sièges. Tu me jugeras après. Si je me ramasse, tu pourras essayer de demander la tête de Florian. Et même la mienne. Mais pendant la bataille, toute déclaration perturbant le travail de nos candidats sur le terrain serait un crime contre le Front ». Marion tourna les talons, fit trois pas, et avant de passer la porte du bureau de sa tante, se retourna : « D’accord. A moins de cent sièges, je déclare la guerre. A toi. Pas aux frères Philippot ».

*

Dimanche 18 juin, 23h47, Rue de Miromesnil, Paris

Le décompte était terminé. Les trois dernières circonscriptions tangentes étaient passées dans l’escarcelle de « Pour l’alternance ». Dans les Ardennes, dans l’Eure et dans le Vaucluse, où le député-sortant Julien Aubert avait vaincu dans une triangulaire avec une avance de trois voix, trois nouveaux sièges portaient la future majorité parlementaire au nombre de 291, soit deux de plus qu’il n’en faut pour qu’elle soit absolue. Nicolas Sarkozy était vainqueur. Le téléphone ne tarda pas à sonner. Le président de la République lui annonçait la démission de François Bayrou, et lui fixait rendez-vous pour le lendemain à 11h00. Après avoir accepté d’être un acteur de la quatrième cohabitation de la Ve République, il pensa au maire de Pau, plus éphémère Premier ministre depuis 1958. Il pensa à ce fauteuil de Matignon qu’il n’avait jamais occupé. Il pensa aussi aux deux promesses d’ivrogne qu’il avait faites un soir de mai 2012 et un autre de novembre 2016. Ses passions publiques et privées étaient à jamais mêlées. Il pensa enfin à ce que lui avait confié Michel Gaudin quelques jours auparavant. A moins de 100 sièges obtenus, la guerre éclatait au sein du FN. Alors que minuit approchait, il était désormais certain que le chiffre n’irait pas au-delà de 99.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 8 Avril 2017 à 15h22

      ti suisse dit

      ..remplacé par Ségolène R (yes!) et Daniel Cohn-B à l’Intérieur (yes!) ou aux Armées, ma pomme à la Santé (?) Et le Sport !
      L’uchronie c’est balèze ! sans fin ni fond, qu’on s’en serve ou pas elle ne s’use jamais !

    • 8 Avril 2017 à 14h07

      Pol&Mic dit

      mais il le savait !…….. il fallait juste faire parler de lui !

    • 8 Avril 2017 à 14h06

      Pol&Mic dit

      il a rechuté dans une maladie INCURABLE!

    • 6 Avril 2017 à 2h16

      Christophe Foulon dit

      Excellent, j’adore le concept, si vous me le permettez voici un “vieux livre” de 2014 dans le même esprit et vraiment surprenant à lire.
      La France sort de l’euro : Thriller politique
      Auteur : Le Président (qui ?)

    • 5 Avril 2017 à 18h38

      marindodouss dit

      A supposer que Macron soit élu Président, ce qui n’est pas du tout acquis bien qu’il soit aujourd’hui le favori, je serais très surpris qu’il soit assez bête pour désigner Bayrou comme Premier Ministre. Je pense plutôt qu’il se pencherait vers une personnalité moins encombrante et moins controversée.

    • 5 Avril 2017 à 14h54

      Terminator dit

      Entre politique-fiction et politique-friction, la frontière est mince… :-D

    • 5 Avril 2017 à 12h07

      enfer dit

      Pour qu’une “If story” soit intéressante il faut un peu de recul…Ici c’est parfaitement chiant…

    • 5 Avril 2017 à 12h02

      Jourbon dit

      Ce qui rassurant pour la droite , c’est que jusqu’à maintenant il a échoué dans tout ce qu’il a entrepris : il y a cinq ans , il fait élire Hollande en espérant avoir un poste de ministre.
      L’an passé, il soutient Juppé pour le premier tour espérant ainsi obtenir un petit je ne sais quoi, mais une fois de plus , pas de chance, c’est Fillon qui est élu à la primaire de la droite.
      Maintenant il soutient Macron, sans doute également avec une petite idée derrière la tête , si j’étais à la place de Macron, je me ferai des soucis quand à la suite pour le deuxième tour .

    • 5 Avril 2017 à 11h46

      clark gable dit

      Il est gonflé quand méme le Bayrou , il n`est d`aucune utilité et ses compétences sont bien limité et malgré cela il vise toujours les plus hautes fonction , ainsi en ce moment il doit se voir déjà premier ministre !

    • 5 Avril 2017 à 9h34

      keg dit

      Qu’est un premier ministre éphémère, si ce n’est un premier ministre fictif.
      Normal en période de pleine fictivité des moyens et surtout des grands.
      Ce sera donc l’appel du 18 Juin où sarko annoncera son retour. de premier consul à empereur, il n’y a qu’un pas de Calais à passer…en hauts de la France

      http://wp.me/p4Im0Q-1CK

    • 5 Avril 2017 à 8h26

      lumièr dit

      Prévoir un scénario c’est le rendre invalide.
      Le scénario du retour de Sarkozy c’est la considération qu’il est la -seule figure politique majeure- en France en 2017. Or, il n’a comme président que cassé la fonction symbolique et sacrée de la présidence. Autrement, en contournant le résultat du référendum sur les traités européens en 2005, il n’a fait du pays qu’un wagon de plus à mettre sur la voie ferrée néolibérale de l’U.E qui fait du marché une nouvelle totalité.
      Sarkozy n’a pas marché sur les traces du président De Gaulle. Autrement, il ne serait pas là ou il est présentement. Tout le problème est là.

      Si des gens ont tentés de faire venir en politique un Michel Onfray c’est que le désarroi politique est grand. Onfray a refusé de devenir un candidat pour la présidence. Plusieurs l’auraient souhaités, il est souverainiste, internationaliste par la pensée philosophique, tout comme un Trump, il aurait été une figure non professionnelle de la politique. Les médias qui l’ont invité souvent auraient été paralysés face à un homme qui a un sens politique et qu’on ne peut véritablement diaboliser si facilement.

      Voilà, il fallait quelqu’un en rupture plutôt que l’émergence d’un faux candidat à la rupture qu’est Macron. Dans les figures politiques actuelles, aucune n’aurait l’énergie d’un Sarkozy mais capable de considérer le bien commun réellement.

      Alors, le retour choc de Sarko selon ce scénario ne serait que d’ordre tactique, bouleverser le plan et pari socialiste sur Macron. Permettre à la partie de cartes de repartir sur d’autres bases en attendant une figure qui émerge et qui casse le système.

      Le peuple plus divisé qu’avant ne s’auto organise pas politiquement ni socialement. Parfois, il pratique la désobéissance civile, la grève générale comme en Guyanne. Il faut tout de même, un leader qui veut être leader, des leaders à défaut. Tout cela en autant qu’on dépasse le gauchisme.
      Onfray aurait pu être ce leader..

      Sinon le gouffre oblige au changement majeur.

      • 5 Avril 2017 à 9h44

        Theodule dit

        Onfray, on voit en effet bien la similitude avec Trump, surtout dans la propension à balancer ses fulgurances approximatives en 140 caractères à la cantonade.

    • 4 Avril 2017 à 19h04

      Alain M. dit

      Mouais, Sarko à Matignon, la chute manque un peu d’imprévu, c’est plus de la fiction, c’est de la prédiction :-)
      Bravo quand même pour l’exercice, ça change agréablement des commentaires convenus des médias qui se croient sérieux.

    • 4 Avril 2017 à 18h09

      Claudie dit

      Pas pu lire jusqu’au bout!! existe-t-il autre chose que la lecture de “blogueurs” sur Causeur???

    • 4 Avril 2017 à 17h43

      Warboi dit

      Moins bon que le second qui était moins bon que le premier.
      Après deux échecs consécutifs La Pen aura certainement des comptes à rendre et la nièce aux dents acérées, la “vraie” député ce que tata n’a jamais été fichue d’être, ne lui fera pas de cadeau. D’ailleurs la guerre a déjà commencé et Philippot peut commencer à faire ses cartons, sa ligne gauchiste interdit au FN le pouvoir suprême.
      Mais dans quelle galère allez-vous vous encalminer avec Bayrou qui n’est pas candidat à Matignon (a priori ce sera une femme) et Sarkozy complètement sur la touche, incapable de gérer la machine à perdre qu’est Fillon !