Bayrou la Taloche
Les 50 ans de l’attentat de l’Observatoire dignement célébrés sur France 2
Publié le 05 juin 2009 à 22:21 dans Politique
Mots-clés : Europe, François Bayrou
François Bayrou est un garçon poli. Il ne met pas les coudes sur la table, s’encombre de mille préventions pour ne froisser personne et dispose d’une conversation dont la tenue est largement au-dessus de la moyenne. En politique, il pousse la politesse jusqu’à ne jamais briguer la première place. Etre le troisième homme, ça lui suffit. Même Poulidor, l’éternel second, ne savait pas cultiver autant de retenue.
Seulement, il ne faut pas lui en raconter à François Bayrou. Quand on lui dit qu’un olibrius se ramène pour lui piquer son job, il ne raisonne plus. Il dynamite, il ventile, il disperse façon puzzle. C’est ce qui est arrivé jeudi, sur le plateau de France 2, quand le Béarnais s’est retrouvé face à Daniel Cohn-Bendit : le leader écologiste n’a pas eu le temps de dire ouf que François Bayrou lui tapait dessus avec ses petits poings. Pas sur la tête, mais en dessous de la ceinture. Emoi dans Landerneau.
Le lendemain, la presse attendait un acte de contrition de cet homme qui fut un jour démocrate-chrétien. Rien. Pire, le patron du Modem récidive et annonce en substance que les pédophiles ne passeront pas. Et que même s’ils sont les vassaux de l’Elysée, il ira, lui, leur casser la gueule à la récré. Il est comme ça, François Bayrou. Chez un homme en colère, l’émotion, ça ne se contrôle pas.
Ça ne se contrôle peut-être pas, l’émotion. Mais ça se prépare. Déjà, on a devant soi le verbatim de l’altercation entre Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn-Bendit devant le Parlement européen – c’est vrai que c’est un document qu’on garde toujours par-devers soi quand on est un Européen convaincu. Ensuite, on vient de finir de lire avant l’émission le bouquin de son adversaire – bouquin paru trente-quatre ans auparavant. Vous me direz : et alors ? on lit bien Montaigne plus de quatre cents ans après… Oui, sauf qu’aux dernières nouvelles Le Grand Bazar, ce n’est pas les Essais et José Bové n’est pas Etienne de La Boétie. Ce n’est pas qu’une question de physique. Le livre de Dany le Vert étant épuisé depuis belle lurette, il faut se lever matin pour le trouver et le ressortir de toute cette littérature vouée dès les premiers mois de sa parution à la disgrâce du pilon. Le chercher en bibliothèque, se le faire prêter par un ami qui ne se souvient décidément plus comment ce livre a pu se retrouver chez lui (“regarde, François, j’ai aussi du Raymond Barre…”) ou arpenter les quais de Seine pour le dénicher entre un fascicule du Programme commun et un exemplaire dédicacé de Ce que je crois, d’Edouard Balladur. Bref, faut vouloir, comme on dit chez Arlette Chabot.
Tout laisse donc accroire – à moins d’avoir vu la Vierge – que François Bayrou avait préparé son coup et qu’en arrivant à l’émission, il escomptait bien se farcir Cohn-Bendit, mais un Cohn-Bendit, ça a beau avoir les idées larges, ça ne se laisse pas farcir par le premier venu. Qu’importe. Bayrou était en forme, prêt à distribuer du rab de taloches et de mandales à qui en demanderait. Il faut dire que le matin, sur France Inter, Nicolas Demorand l’avait chauffé à bloc en lui apprenant le sondage du jour : les écologistes dépasseraient le 7 juin le Modem… Et il s’était déjà énervé, notre quatrième homme, du genre : “Ah non ! pas quatrième ! troisième, je vous ai dit. Et France Inter, c’est rien que radio Sarko.” Ça doit mal capter dans le Béarn, à moins qu’il ne confonde Daniel Mermet et Jean-Pierre Elkabbach.
Seulement, rien n’explique pourquoi François Bayrou a tenu à ce point à se farcir quelqu’un. Ses penchants ne sont pas là – c’est à Henri IV qu’il a consacré une (très belle) biographie, pas à Henri III. Rien, sinon la simple idée de provoquer le scandale quelques jours avant l’élection. Il est coutumier du fait. À Strasbourg déjà, en 2002, il avait taloché un gamin qui tentait de lui faire les poches. Les mauvais esprits constateront – et après ils iront à confesse pour avoir éprouvé d’aussi sordides pensées – que, contrairement à Cohn-Bendit, François Bayrou, lui, ne touche pas les gosses, il les baffe.
Ce qu’il a fait, jeudi soir, chez Arlette Chabot, est du même ordre. Sauf que cette fois-ci personne ne lui faisait subrepticement les poches et que le coup était prémédité. Chacun a les attentats de l’Observatoire qu’il peut.
Et l’attentat de l’Observatoire est bien le fond de la question. Il n’y a, en réalité, en France que deux derniers mitterrandiens stricto sensu. Le premier, c’est Nicolas Sarkozy, qui rejoue depuis son élection le Mitterrand de la fin des années 1980, celui qui pratique la politique d’ouverture, s’entend comme larron en foire avec Jack Lang tout en tenant Le Prince de Machiavel comme un mode d’emploi assez rigoureux de la chose publique. Et puis il y a François Bayrou, qui joue à Mitterrand. Mais à celui de 1959, qui fait feu de tout bois pour braquer sur lui les feux de la rampe et regagner sa place dans l’opinion.
Daniel Cohn-Bendit a eu raison de railler “l’omni-opposant” et “l’omni-président”. Il touche du doigt ce que René Girard – qu’il me pardonne s’il me lit – qualifierait de rivalité mimétique : entre Bayrou et Sarkozy, il n’y a aucune différence idéologique. Le problème est d’un autre ordre : ils ont le même modèle en politique. Et cela suffit à expliquer qu’ils ne sont pas adversaires, mais, au sens propre, ennemis.
En attendant, ce débat télévisé, mal parti dès lors que Bayrou le ramenait au niveau du caniveau, aura épargné aux téléspectateurs de parler des questions européennes. À commencer par la question institutionnelle : quand Olivier Besancenot regrette que la règle de l’unanimité prévale, on se dit que ce type aurait mieux fait de lire le Traité constitutionnel au lieu de voter contre… On se dit que Martine Aubry est bonne fille de rappeler à notre mémoire la directive temps de travail, sans toutefois aller jusqu’à se souvenir que ce sont ses amis travaillistes britanniques qui l’ont fait capoter. On se dit que la vie serait si simple et l’Europe si facile à construire s’il n’y avait pas, sur le reste du continent, ces foutus étrangers.
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L'auteur
François Miclo est rédacteur en chef de Causeur magazine. Twitter : @fmiclo
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Rotil dit
zoé,
Mais voyons, toutes les époques sont critiquables, évidemment…
Et toutes le sont, par les suivantes, qui ne sont pas forcément meilleures et qui, à leur tour, le seront par la ou les suivantes.
Rotil dit
@ zoé,
Admirable, ce procès d’intention…
Je fais sûrement parti de…
Mais qu’en savez-vous ?
Pour autant, je vais vous répondre 2 petites choses:
1. Mai 68, il y a eu du bon et du mauvais. Les effets de mode et de meute font qu’aujourd’hui nul n’a plus le droit d’évoquer quelques changements majeurs dont tout le monde (ou presque) se réjouit, dûs à 68. Qu’en tous les cas, dont tout le monde vit aujourd’hui… Par un effet diggressif, je vous rappelle que le printemps de Prague et les convulsions diverses et variées qui ont abouti à la chute du mur de Berlin, à la chute du rideau de fer, sont aussi des héritiers de mai 68…
2. Quand j’essaie de remettre les choses dans une perspective que dépasse complêtement Cohn-Bendit, dont j’ai peu à faire, en fait, vous ne cmprenez pas que je défends des gamins dont la vie est totalement aseptisée, et vous ne savez pas du tout ce contre quoi je m’élève en réalité.
Une mode politico-médiatique a fait qu’aujourd’hui, il y a une véritable folie autour de la question.
Quant au débat Bayrou-Cohn-Bendit, je viens de le regarder sur youtube.
Vous savez ce que j’en pense ? Nul politiquement, mais très bidonnant sur le plan du spectacle…
Bien à vous !
zoé dit
@Rotil
Vous faites certainement parti de ses ex soixante-huitard qui n’accepte en aucun cas la critique de votre époque dont les leaders étaient aussi répugnants qu’ immoraux.
Vous écrivez ” Halte à la chasse au sorcières”
Tiens donc ! C’est pourtant votre génération qui nous a transmis ce procédé.
On chasse bien les nazis et les collabos même quand ils sont séniles, agonisants dans leurs lit de mort.
Je ne vois pas en quoi les thèses monstrueuses défendues par certains intellectuels de gauche durant les années 70 sont moins condamnables que les thèses racistes de certains scientifiques au courant du XX ième siècle.
nadia comaneci dit
C’est exactement ça Rotil. Vous avez parfaitement remis en proportion un comportement et une époque libertaire avec les dérives de la grande repentance en mode royal. Il n’y a plus que Bayrou pour s’en servir quand ça l’arrange.
Rotil dit
Attention à la chasse aux sorcières…
DCB me déplait par un certain nombre de côtés, principalement de nature politiques.
De là à l’accuser d’actes pédophiles …
Ne nous trompons pas d’époque.
Voici un extrait trouvé sur Wikipédia:
“Vu la gravité des affaires judiciaires de ces dernières années (entre autres les cas Dutroux, Fourniret…), le mot « pédophile » a aujourd’hui pris le sens sémantique courant de « violeur d’enfants », voire d’assassin. Il est largement usité par les médias, dont les titres font parfois des amalgames, certains « crimes pédophiles » contemporains ne concernant pas des mineurs. Quant à la « pédophilie », la compréhension courante du mot aujourd’hui associe le champ des relations adultes-enfants, et celui de la contrainte sexuelle sur autrui, qu’il s’agisse de sollicitation, de viol ou de meurtre.”
C’est vrai, aujourd’hui, et grâce à notre chère Ségo nationale et aux grands médias, la pédophilie va de prendre (ou regarder) la photo d’un enfant qui dort – quel parent ne le fait pas – jusqu’au viol avec tortures et meurtre final…
Lesquelles choses ne sont pas de même nature, ce me semble.
Par ailleurs, en 1975, qui savait la gravité d’un attouchement tel que DCB le raconte, à part les psychanalystes et les psychiâtres ?
D’accord pour dire qu’il a été c.. de le faire s’il l’a fait, et/ou d’utiliser cela comme provocation vis-à-vis des bourgeois. Tout-à-fait imbécile, supidissime, d’accord.
Mais… Pédophile ?
Franklin D. dit
Vous avez raison Pascal, autorisons tout, au fait vous avez des gosses ? Cela ne vous dérange pas s’ils se laissent tripoter par un vieux saligot donc.
Franklin D. dit
On a l’impression que CB était et reste une sorte de gourou intouchable dont on excuse tout.
Pour répondre à un commentaire plus bas, un ado, ce que n’était pas CB en 75, peut être pédophile du point de vue de la pathologie psychologique.
La pseudo-permissivité des années 70 (toute relative) n’excuse pas tout, et de toutes façons elle continuait à garantir l’étanchéité des classes sociales entre elles. Sur cette décennie, j’aime bien ce qu’en dit Bretécher qui parle d’une des décennies les plus connes du siècle.
Pascal dit
Autres temps,autres moeurs Nastasie….
Regardez où en est aujourd’hui l’infortuné Gabriel Matzneff,en ces temps où le soupçon de pédophilie est devenu le crime absolu:il est tricard partout.
Alors que le même,il y a encore vingt-cinq ans, n’était pas un objet de scandale.
L’Ours dit
Si on écoute bien le débat, c’est tout de même DCB qui se permet en premier de traiter l’autre de minable! Bien avant l’accusation de pédophilie! Moi je l’aurais baffé!
D’autre part je le répète, la réaction de Bayrou n’offusque que les médias et satellites! Le vulgum pecus s’en bats l’oeil voire approuve!
La défaîte de Bayrou ne doit rien à cela, il n’a qu’à ravaler son ego!
Intervention intéressante de Louisianne!