Gynophobie: et ta sœur! | Causeur

Gynophobie: et ta sœur!

L’édito d’Elisabeth Lévy

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 01 juin 2016 / Politique Société

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Denis Baupin lors de la campagne des législatives de 2012 (Photo : SIPA.00638495_000021)

Ils se demandent si les casseurs n’ont pas un petit peu raison et si les terroristes n’ont pas des raisons. Mais pour Denis Baupin, pas la plus petite circonstance atténuante. Condamné sans procès à la mort sociale, pour propos et messages lubriques, sans oublier une tentative d’extorsion de baiser à main armée, c’est-à-dire baladeuse. Des fautes qui méritent le mépris, une blague cinglante ou une bonne paire de claques, peut-être pas un tel unanimisme dans l’opprobre. Toutes les bonnes âmes de droite ou de gauche qui communient dans la dénonciation du pêcheur évoquent irrésistiblement les croquantes et les croquants de l’Auvergnat de Brassens, à qui leur bonne conscience donne le droit de haïr en chœur. Baupin est désormais un monstre, ce qui est un brin excessif, même pour le dragueur compulsif et lourdingue qu’on nous dit qu’il est. Auquel cas il est surtout coupable de tartufferie, car il était jusqu’à présent l’un des plus grands dévots de la lutte « antisexiste », version rouge à lèvres pour tous.

Ce qui devrait étonner, me souffle un ami que je ne dénoncerai pas, ce n’est pas ce que Baupin est supposé avoir fait, c’est qu’il n’y ait pas beaucoup plus de Baupin qui fassent bien pire. Nos désirs ne sont bestiaux, poursuit-il, mais des siècles de civilisation nous ont appris à sortir avec une muselière. La norme, c’est qu’un homme ça s’empêche. Dans nos contrées en tout cas.

Tout le monde devrait se féliciter que le consentement des femmes soit désormais une barrière infranchissable par le désir des hommes. Mais le pénible scandale Baupin a promptement été « majusculisé » pour devenir la preuve de la perpétuation d’un ordre patriarcal qui n’existe plus depuis belle lurette. Sauf dans certains territoires où il est précisément interdit de le voir car ce serait raciste. Or, à l’exception des endroits où il règne en maître, le machisme est partout, nous dit-on, et ces dames veulent faire savoir qu’elles ont été, sont ou seront un jour victimes de harcèlement. Après la tribune des 40 journalistes, on a eu droit à celle des 17 anciennes ministres. Toutes ont vécu le drame terrible d’être désirées, parfois explicitement, le plus souvent avec les yeux. On se demande comment elles ont tenu bon. Pire encore : après le scandale, on continuerait à faire des blagues salaces à l’Assemblée, révèle Slate, qui a envoyé un reporter traquer les propos graveleux. Enfin, on apprend dans le JDD que, lors de la réunion du groupe socialiste où ces dames ont évoqué l’affaire, eh bien, croyez-le ou pas, « pendant qu’elles parlaient, elles entendaient des rires ». Des rires, ça va chercher dans les combien ?

En public, pas question de rigoler !

Il faut donc craindre que cette affaire marque une nouvelle étape dans l’entreprise de normalisation des relations entre les hommes et les femmes, donc de la sexualité, menée sous la bannière mensongère du féminisme. Nos victimes enragées ne se contentent plus de la muselière librement consentie par les hommes, elles entendent punir toute expression du désir masculin, qu’elles s’efforcent de ligoter dans une véritable camisole anthropologique en imprimant dans les cerveaux l’idée que tout homme est coupable et toute femme victime. Il convient donc de recenser, de compter, de déplorer et, plus que tout, de punir sans relâche les innombrables avanies dont est faite la vie des femmes. Nul ne se plaindra que les violences réelles soient sévèrement sanctionnées. Mais nos justicières n’auront de cesse que tout propos un peu leste, toute allusion vaguement érotique, tout regard légèrement suggestif soit passible des tribunaux. La réalisatrice Lisa Azuelos s’est brusquement avisée que « les femmes n’avaient pas de mots pour désigner les violences qui leur sont faites ». Pour combler ce vide sémantique, elle a inventé le terme « gynophobie ». Et pas pour la blague : il s’agit bien, précise-t-elle, d’un outil judiciaire.

[...]

  • causeur.#36.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 95 - juin 2016

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    causeur.#36.couv
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    • 3 Juin 2016 à 5h28

      dov kravi דוב קרבי dit

      Le plus drôle dans cette pantalonnade (oui, c’est exprès) des  néoféministes égarées, c’est qu’elles reviennent à une vision inepte — et qu’on croyait révolue, en tout cas sous nos latitudes — selon laquelle les hommes ont du désir mais pas les femmes, qui ne seraient que victimes pantelantes.
      On retrouve le même credo chez les islamistes, et ce n’est sans doute pas un hasard si elles refusent de condamner les viols de maghrébins.

    • 2 Juin 2016 à 8h53

      Allons bon dit

      Quels comptes règlent-elles en se trompant d’adversaire ? Non pas que Monsieur Baupin, peu confiant dans son pouvoir de séduction, (n’est pas Gregory Peck qui veut),  se voyant donc contraint d’user de cette force physique qui nous différencie encore un peu, les hommes et les femmes, n’ait pas tort, fondamentalement tort, irrémédiablement tort, dans son attitude et aussi avec cette “autorisation” sociale dont on a du mal à sortir, d’autant que d’autres arrivent et font pire. Le problème, c’est que les Gregory Peck n’agissent pas comme ça, (cf la réplique de cette prostituée à une nouvelle venue dans Irma la Douce), il leur suffit de lever un sourcil faussement interrogateur et le tour est joué. 
      Vous avez raison, Elisabeth Levy, on en revient toujours à une question d’intelligence, et vous n’en manquez pas dans vos articles, pourriez-vous en distribuer un peu, avec votre sourire charmeur ? 

      • 2 Juin 2016 à 11h54

        lerock dit

        Intelligence, sourire charmeur !
        Agression machiste  !!

        • 2 Juin 2016 à 16h29

          Allons bon dit

          Si on veut ! Je suis une femme hétéro. C’est un hommage tout simple.

    • 2 Juin 2016 à 6h30

      thierryV dit

      C’est ce qui me m’inquiète le plus dans ce monde en complet basculement numérique et médiatique . La puissance d’une dictature absolue . Celle des images et des éditoriaux guillotine . Des rubriques définitives, de la curée en ligne . Cette nouvelle justice demande la participation de tous . Elle tire sa force de la demande. Elle n’informe pas . Elle forme . 
      Ça fait froid dans le dos cette puissance absolue . 

    • 1 Juin 2016 à 20h34

      Hannibal-lecteur dit

      Il y en a une dans cette histoire dont on ne cause guère …et pourtant: c’est la môme Cosse. Beaupin est un porc, OK , et de notoriété ( dit-on aujourd’hui ) et elle n’ėtait pas au courant? 
      Impossible. Donc voilà qui nous ramène à plus de mesure : sa future elle-même trouvait son attitude normale, enfin normale je ne sais pas mais pas anormale au point de la faire fuir.
      Conclusion : l’histoire racontée aujourd’hui par les culs-pincés à douleur tardive, et racontée par les médias n’a plus rien à voir avec celle qui a eu réellement lieu.

    • 1 Juin 2016 à 20h11

      i-diogene dit

      Si on comptait sur les gynéphobes et les androphobes pour fonder la société, le genre humain serait en voie d’ extinction..!^^

    • 1 Juin 2016 à 19h28

      Wil dit

      Gynophobie?Qu’est ce que c’est que cette connerie?…Ah ben la réponse est dans la question.
      Des types qui ont peur des femmes?
      Mais les seuls types qui ont peur des femmes ou qui ne les aime pas sont les gays!
      Azuelos à l’air d’une de ces bobos mondaines parisienne dont le vide intérieur et le besoin de reconnaissance la pousse a se faire des films dans tous les sens du terme et à emmerder le monde grâce ou à cause de ses connections dans la médiacratie trop contente de remplir son vide à elle.

    • 1 Juin 2016 à 18h44

      Mouah dit

      E.L., comme souvent sur ce sujet, vous êtes à côté de la plaque.

      • 1 Juin 2016 à 19h55

        Sancho Pensum dit

        L’ardent désir de ne pas penser comme n’importe qui amène parfois à penser n’importe quoi.

      • 2 Juin 2016 à 16h15

        2HARDEL dit

        Chère Mouah, si l’on en croit les commentaires des Causeurs et Causeuses sur ce fil, nous ne sommes que DEUX à penser cela. 

        Déjà que l’attitude beauffo-douchaprèsl’matchienne de mes congénères me navre et me révolte… Dans un mensuel qui se veut vaguement intelloformé. Pouf pouf.
        Hélas. J’ose à peine imaginer ce que ça donnerait dans France-Bistrot.  °-(

        Mais je vous avoue que vos soeurs en féminitude me désolent aussi. Elles semblent reprendre sans état d’âme les divagations copinesques et chaudasses de Son Altesse Sérénissime Madame la vicomtesse de Lévy. 

        Navrant.
        Et le GNU (Grand Néant Universel, qui heureusement nous engloutira bientôt tous pour l’Éternité), le GNU sait que  j’ai pourtant du mal avec l’agitation ridiculement spermatozoïforme des  féministériques. 

        Bof… Allez, Vive la REVUE DES DEUX MONDES ! 
        Mouah, je vous embrasse, car nous le valons bien ! (2H)  

        PS/ Et ce n’est PAS du harcèlement ! °-)

    • 1 Juin 2016 à 18h10

      Sancho Pensum dit

      C’est pas bien grave, même si Bellepine est condamné. Un petit exil à l’étranger – pendant ce temps-là, il oubliera de faire suer le burnous des automobilistes parisiens – et au retour, propre comme un sou neuf.
      Voyez Juppé, condamné comme un malpropre il y a un peu plus de 10 ans, et aujourd’hui, sur le seuil d’une carrière présidentielle.