Baudouin de Bodinat, l’alter-réactionnaire | Causeur

Baudouin de Bodinat, l’alter-réactionnaire

L’auteur mystère de «La Vie sur Terre»

Auteur

Jérôme Leroy

Jérôme Leroy
est écrivain.

Publié le 27 mars 2016 / Culture

Mots-clés : , , ,

Poète et moraliste, issu de la mouvance Situ, Baudouin de Bodinat pense la fin du monde avec humour, mélancolie et élégance.

Paysage de tempête avec les vieillards phrygiens Philémon et Baucis, par Pieter Paul Rubens, 1620 (Wikimedia commons - cc)

On ne sait rien, ou presque, de Baudouin de Bodinat. La chose est suffisamment rare pour être signalée en ces temps où tout un chacun laisse plus ou moins volontairement, souvent plus que moins d’ailleurs, des traces de son existence vacillante sur le Net et les réseaux sociaux, réalisant ainsi le rêve le plus fou de tout policier politique depuis la nuit des temps : une population qui se fiche elle-même. Certains disent que Baudouin de Bodinat n’existe pas, qu’il s’agirait d’un collectif d’auteurs, un peu comme le Comité invisible à l’origine de L’Insurrection qui vient, cet opuscule encore dans toutes les mémoires qui provoqua vers 2008 un grand émoi dans la toute nouvelle DCRI qui vit là la preuve de l’existence d’un nouvel ennemi intérieur, comme on dit. D’autres prétendent que Baudouin de Bodinat est photographe ou encore reclus dans une forêt, à la manière d’un Thoreau refusant de participer à la vie des hommes et à la catastrophe en cours.

Baudouin de Bodinat s’était fait un peu connaître dans les milieux de la pensée radicale, postsituationniste, en publiant deux volumes en 1996 et 1999 intitulés La Vie sur Terre, réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes. Le volume de 1999 indiquait tome second sur la couverture. Ce qui en bon français, et Baudouin de Bodinat en écrit un magnifique, indiquait qu’il n’y en aurait pas de troisième. Et de fait, à part une réédition en 2008 en un seul volume augmenté de deux notes additionnelles et d’un essai paru il y a deux ans sur Eugène Atget, poète matérialiste, un photographe du Paris au tournant des deux siècles derniers, notre mystérieux auteur s’était tu. On ne s’étonnera pas du choix d’Atget pour Baudouin de Bodinat dont l’œuvre est tout entière une recension mélancolique, hautaine, désespérée des ravages de la modernité, particulièrement sensible dans les villes qui changent hélas, comme on le sait depuis Baudelaire, plus vite que le cœur d’un mortel.

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  • causeur 33

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    publié dans le Magazine Causeur n° 92 - Mars 2016

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    causeur 33
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    • 27 Mars 2016 à 14h20

      Warboi dit

      Il y a des réacs de gauche, comme il y a des réacs de droite et à l’inverse, des progressistes dans les deux “camps”, qui ont des approches pas si éloignées finalement.
      Peut-on même encore parler de camps, de droite et de gauche ? Le concept a explosé et la nouvelle dichotomie me semble être plutôt entre ceux qui aimeraient vivre il y a quarante ans et ceux pour qui cela relèverait du cauchemar, pour reprendre la très pertinente dernière image de l’article.

      Autre chose, le virtuel. Peut-on encore s’emporter contre le virtuel ? D’où lisons-nous et d’où écrivons-nous ? Le débat me semble dépassé. Le virtuel est biface, comme toutes les créations humaines, il porte en lui le meilleur et le pire, personne n’est obligé de traîner sur les réseaux sociaux où l”On entend la conversation d’la volaille qui fait l’opinion”, comme disait Souchon il y a… pas loin de quarante ans, sans écran.

    • 27 Mars 2016 à 12h47

      kriktus dit

      c’est rare que j’aime les articles faisant la promotion d’un auteur et d’un livre, ce n’est souvent que de la publicité déguisée, du copinage. Mais là je suis sous le charme du style emprunté par Jérôme Leroy. j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire.
      Je dis emprunté car j’ai l’impression qu’il a voulu, sans le dire, nous faire goûter au style de Baudoin de Bodinat,et si je ne me trompe pas c’est réussi.

    • 27 Mars 2016 à 10h57

      laborie dit

      Quand un clampin à bretelles situationniste, lettriste ou lambertiste disparaît je reprends deux fois des moules…

      • 27 Mars 2016 à 11h49

        Villaterne dit

        Bah ! Les lambertistes ont fait 0,38% aux présidentielles de 1988 et 0,47% en 2002 !
        Est-ce que ça vaut le coup de s’empiffrer de moules ?

    • 27 Mars 2016 à 10h44

      cioranpat dit

      La pensée juste exprime son fond sans aménité, avec la rigueur du poète et l’expressivité littéraire décrivant les situations et les faits sans se sentir tenu au documentaire ou à l’affichage de valeurs statistiques d’une plume statisticienne.

      Baudoin de Bodinat expose l’indéfinissable bêtise de l’espèce en déclinant la partie vaine de son avenir clôturée sur un futur en mode final. Il n’est pas seul.

      Atteint de pléonexie aigüe aggravée par une néoténie congénitale, nous savons que celui qui se veut être Dieu sans le divin, ne pourra que se vautrer dans ses décombres et atteindre l’obsolescence de son être.