Amours, gloires et Cinecittà | Causeur

Amours, gloires et Cinecittà

Une histoire passionnée du cinéma italien

Auteur

Marie Céhère

Marie Céhère
Sophistique, littérature.

Publié le 13 novembre 2016 / Culture

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Ayache Cinéma italien

Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans "La dolce vita" (Wikipédia)

Le livre se lit comme un roman. Il a ses personnages, ses têtes d’affiche, Sophia Loren, Anna Magnani, Silvana Mangano, Vittorio De Sica, mais aussi Mussolini, les gamins des rues, les « voleurs de bicyclettes », les mauvais garçons, et puis Rome, et puis Cinecittà.

Fournir un résumé de l’ouvrage de Georges Ayache, Le Cinéma italien, appassionato, reviendrait à le paraphraser intégralement, ce qui gâcherait, nous en conviendront, tout plaisir. On ne peut faire autrement, avec ces Italiens devenus figures de l’Olympe, qu’ondoyer, que ressasser, que revenir sur un caractère, la forme d’un nez, le galbe des lèvres, pour en affiner le détail, parce que même à travers la lentille de Fellini ou de son rival Visconti, même dans la poussière soulevée par Sergio Leone, tout demeure à l’image du baroque de Bernini, mouvant, insaisissable, incomparablement vivant.

Il faut donc en retenir, arbitrairement, des anecdotes. L’exercice est cruel et mondain. Il faudra tâcher de s’en souvenir, de les restituer dans un dîner, de les jeter aux visages des invités d’un cocktail, cela s’appelle de la poudre aux yeux. Cela s’appelait aussi, en Italie, le cinéma ; alors va pour la poudre aux yeux !

De Mussolini, puisque tout commença par des ambitions fascistes, on racontait qu’il goûtait peu le cinéma, à l’exception des documentaires sur le patinage artistique. Il était en réalité un passionné du grand écran, à l’exception des films de gangsters, un habitué de la Mostra de Venise, bon public des comédies, et donna même un coup de pouce à la carrière de sa soeur, devenue Mariam Day, dans le milieu.

Pour tourner Rome, ville ouverte, Roberto Rossellini dut s’accommoder du grand chaos qui régnait alors sur l’Italie. La pellicule coûtait une vraie fortune, plus de soixante livres le mètre au marché noir. Le réalisateur donna donc un coup de pouce à la production en vendant son lit, sa commode et une armoire. On raconte que l’Italien est débrouillard… Et à propos d’astuces, nous devons un chef-d’oeuvre du genre à Federico Fellini. En pleine guerre, le jeune homme « jouait à cache-cache avec la conscription » raconte Georges Ayache. Mais il finit par être pris dans une rafle et, dans le camion de l’armée allemande qui roulait déjà vers sa perte, il imagina un véritable gag de cinéma. Un simple soldat était posté en sentinelle sur un trottoir, Fellini le voyant se mit à faire de grands gestes en criant « Fritz ! Fritz ! » et sauta du camion en marche pour se précipiter dans les bras du soldat. Le camion poursuivit sa route, Fellini aussi. Il ignorait alors qu’un bombardement sur Bologne venait de détruire les dossiers des jeunes appelés, dont le sien, et qu’il ne serait jamais inquiété pour désertion.

Vittorio De Sica non plus ne fut pas vraiment inquiété pour avoir mené, des années durant, une double vie, l’une avec son épouse légitime, l’autre avec l’actrice espagnole Maria Mercader, lointaine cousine de l’assassin de Trotsky, dont il avait déjà deux fils. À l’aube, il changeait de lit et feignait de se réveiller aux côtés de sa deuxième famille. Ainsi parlait Dino Risi du cinéma: « Une femme nue et un homme avec un pistolet, quelque chose qui tient le milieu entre l’horlogerie de précision et la traite des blanches. »

Et c’est à peu près la manière dont Fellini organisait parfois ses castings. Il passait une annonce dans les journaux: « Federico Fellini est prêt à rencontrer tous ceux qui veulent le voir. » et recevait dans les jours qui suivaient la totalité des fous de la ville. Même après la guerre, même après le fascisme, subsistait une fracture irréversible entre la ville et la campagne, entre les Vitteloni et les habitués de la Via Veneto, les inoubliables personnages de La Dolce Vita.

En témoignent deux dernières petites histoires. La première est due à l’amitié profonde et notamment culinaire qui unissait Fellini à son double acteur Mastroianni. Invité par ce dernier à déjeuner chez sa mère, alors qu’il était déjà couvert de prix et de reconnaissances, Ida Mastroianni, marmite de haricots dans les mains, apostrophe Fellini en ces termes: « Dites-moi, dottore, vous croyez vraiment qu’il arrivera à quelque chose mon petit garçon ? »La deuxième est celle de la réception de Huit et demi, étendard prétendu du snobisme intellectuel, si bien que dans les petites salles de province, il fallut coloriser les séquences de flash-back en sépia pour les distinguer de la trame principale et rendre le tout compréhensible.

Mais au regard de la conclusion, au regard de la seule phrase qui mériterait d’être tirée du cinéma italien, le titre d’Ettore Scola, Nous nous sommes tant aimés, tout cela n’est rien que contrariétés et poussières qui ne terniront jamais le rêve de Cinecittà, même tous projecteurs éteints.

Georges Ayache, Le cinéma italien, appassionato – Le Rocher, 2016.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

      • 14 Novembre 2016 à 15h06

        Martini Henry dit

        Et qu’est-ce que ça peut vous foutre à vous, les goûts de cette fille et son amour pour Pierre, Paul ou Jacques? De quoi vous mêlez-vous? Quelle est la morale dont vous vous revendiquez pour juger de l’amour des uns ou des autres? Ne collez donc pas vos yeux aux serrures si ça vous déplaît et foutez la paix à ceux qui vivent leur vie comme ils l’entendent!
        Heureusement que c’est moi, l’électeur FN, qui suis censé être le salaud de réac, le défenseur fossilisé de l’ordre moral! Vous êtes dégoûtante de vulgarité et d’obscénité derrière votre moraline de cureton.

        • 14 Novembre 2016 à 21h34

          Jérôme Leroy dit

          Vous savez que vous êtes très sympathique, monsieur Martini, là…

        • 16 Novembre 2016 à 7h42

          isa dit

          Ah? Causeur se veut ” moral”: pas trop de métissages, pas de droit à l’ivg, pas droit au mariage gay, mais en revanche:
          - droit à sa pute
          - droit à sa gamine a plus de 70 ans.

          Euh, comment dire…. Vomi 

        • 16 Novembre 2016 à 10h06

          Warboi dit

          Que madame Céhère soit la “passionaria” du cercle culturel du FN (oxymore) m’importe plus à vrai dire plus que sa vie privée même si elle a quelques relents de promocanap. Causeur, facho un jour, facho toujours.

          https://nos-medias.fr/video/promotion-canape

        • 16 Novembre 2016 à 10h15

          Warboi dit

          Isa, ce sont deux blancs humiliés, il leur faut bien quelques compensations !!

          Martini, voyons, vous savez bien que si les réacs hurlent au métissage, au mariage gay et à l’IVG, trousser la petite bonne ou se payer une gamine leur en a toujours touché une sans faire bouger l’autre. L’ordre moral c’est quand ça les arrange.

        • 16 Novembre 2016 à 22h33

          Martini Henry dit

          J’ai dit ce que j’avais à dire sur ce sujet. Y revenir plus avant, argumenter, disputer sur une opinion que je méprise ferait de moi l’égal des répugnants cloportes qui s’en délectent. Point final, donc.

    • 14 Novembre 2016 à 14h24

      isa dit

      Jerome Letoy a le nom et l’adresse de chaque participant à Causeur:

    • 14 Novembre 2016 à 11h28

      Borgo dit

      Villaterne, je vous reçois cinq sur cinq.

    • 13 Novembre 2016 à 23h09

      Arthropode sexopède dit

      Double acteur ? Est-ce à dire qu’il était gros ? C’est ça j’ai bon ?

    • 13 Novembre 2016 à 22h51

      Martini Henry dit

      Et c’est ainsi que je viens de trouver le cadeau de Noël de mon père. Merci!

    • 13 Novembre 2016 à 19h04

      isa dit

      Allez traîner avec des gens de votre génération, petite demoiselle.
      Et laissez les films italiens de ces années à la cinémathèque. 

      • 13 Novembre 2016 à 22h50

        Martini Henry dit

        ???

        • 13 Novembre 2016 à 23h08

          Arthropode sexopède dit

          Madame Céhère est gérontophile Martini mais après tout, hein, c’est son droit.

        • 13 Novembre 2016 à 23h18

          Martini Henry dit

          ????

        • 13 Novembre 2016 à 23h23

          Arthropode sexopède dit

          Martini a sans doute fait un AVC ? Marie C. est l’amante, je crois, de Roland Jaccard, c’est le sujet de son premier livre auquel on peut préférer “Corps de jeune fille” d’Elisabeth Barillé qui raconte son histoire avec Jean Edern Hallier. Elle est plus mordante, moins jeune dirons nous galamment.

        • 13 Novembre 2016 à 23h30

          Martini Henry dit

          Ah? Il s’agit donc d’attaques sur sa vie privée? Moi qui croyais que vous lui reprochiez son goût pour d’anciens cinéastes… On peut être naïf, parfois, n’est-ce pas?
          Alors, si c’est ça, je trouve ça simplement puant.
          Je ne sais rien de la vie de cette journaliste et rien de sa vie ne m’intéresse. J’essaie en général de me tenir à distance respectable des caniveaux.

        • 13 Novembre 2016 à 23h34

          Jérôme Leroy dit

          Vous avez vu, Martini, où ça se niche la “liberté d’expression”, ces temps-ci chez les commentateurs? L’impunité, tout ça… Après ça pleure quand on sévit et ça oubliera l’immondice du dessus…

        • 13 Novembre 2016 à 23h36

          Jérôme Leroy dit

          Ca s’arrange pas la frustration sexuelle ajoutée aux échecs éditoriaux répétés, hein, singe arthrobleupède?

        • 13 Novembre 2016 à 23h36

          Arthropode sexopède dit

          C’est de notoriété publique grâce à eux, elle en a fait un livre, pas mal il est vrai, “une liaison dangereuse”, avec Jaccard. Moi ce n’est pas une attaque, je n’ai rien contre la gérontophilie des jeunes femmes, surtout quand elle est dirigé en ma direction.

        • 13 Novembre 2016 à 23h48

          Martini Henry dit

          Jérôme, c’est ça la liberté. Et rien n’empêche de dire ce qu’on en pense. D’une manière générale, ce genre d’attaque discrédite bien plus sûrement celui qui les émet que celui qu’elles visent. Les ciseaux, on ne sait jamais où ça s’arrête. Et, de ce point de vue, je vous propose d’adopter la position d’un Vladimir Volkoff ou d’un Bernard Lugan (je sais qu’il n’est pas de vos amis non plus et que le sang vous sépare certainement également, mais bon…), par exemple, et de leur demande de réhabilitation du “duel de presse”. Un vrai duel, comme du temps du Marquis de Cuévas et de Serge Lifar ou de Gaston Deferre, avec choix des armes à l’offensé. Bien plus digne. Plus hussard, si vous préférez…
          “Je ne sais pas de spectacle plus sain, d’un comique plus réconfortant, que celui d’un monsieur recevant de main de maître une beigne qu’il avait cherchée.” Courteline.
          On tolèrera le whisky pour les affronts mineurs…

        • 13 Novembre 2016 à 23h55

          Jérôme Leroy dit

          Ah, je comprends, Martini, c’est comme le régime politique rêvé par Stendhal: “La monarchie absolue tempérée par l’assassinat”. Quoique communiste, je ne suis pas d’un naturel sangunaire, une bonne mornifle sur la tronche du cancrelat médisant me suffirait. Mais le problème, c’est son anonymat. Comment le souffleter, ce visqueux…

        • 14 Novembre 2016 à 0h04

          Martini Henry dit

          Oui, Stendhal! Tout est dit. Et un peu de Dumas aussi, pour son d’Artagnan, amoureux bien sûr…
          L’anonymat oui… Il oblige à un peu de tenue si on veut se respecter, un corset moral qui aide à se tenir. Reconnaissons que cela n’est pas chose facile et que nous avons tous nos moments de faiblesse. Et la chance que nos saloperies ne se terminent pas, aujourd’hui, par des trains plombés ou des poteaux d’exécutions…

        • 14 Novembre 2016 à 9h55

          Villaterne dit

          Je ne sais pas pourquoi mais plus je vieillis moins je trouve la gérontophilie dégoûtante !

      • 14 Novembre 2016 à 11h25

        Borgo dit

        Et pourquoi donc Isa ?

        • 14 Novembre 2016 à 11h51

          isa dit

          Cinquante ans d’écart entre un vieux degueulasse et une jeune fille, ca vous parait normal?
          Je préfère encore nettement le mariage homo à ce genre de truc qui me fait Gerber.
          Allez sur le site de ces deux vomissures, on les voit carrément baiser, cette cruche et de pedo.
          Sérieux, l’aviez privée des gens ne nous regarde pas, mais cette petite idiote qui écrit des trucs que Jaccard lui souffle, sur Cayseur, parce qu’il en est actionnaire, c’est vraiment le fond de la poubelle.
          Quant à ces haïkus d’obsédé à l’autre barge, j’aime mieux pas y penser.
          Cette pauvre Marie décérébrée…