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Autopsie d’un psy

Mais le cadavre bouge encore

Publié le 05 mai 2010 à 8:48 dans Culture

Michel Onfray entend déboulonner la statue de Freud.

Ancien enseignant, fondateur de l’Université populaire de Caen (2002), Michel Onfray était connu jusqu’à présent pour avoir non pas annoncé mais célébré la mort de Dieu. Il mettait dans cet exercice un entrain de gourmet qui se prépare à passer à table. Il attendait, assis sur la rive extrême gauche du fleuve, de voir passer le cadavre de l’Eglise catholique, précédant de peu, au fil de l’eau, les dépouilles de l’islam et du judaïsme. On ne saurait lui reprocher un quelconque choix dans sa détestation des monothéismes : il les déteste tous. Leurs fariboles remontent, selon lui, à un âge révolu de l’évolution humaine, et doivent être entreposées au milieu des vestiges de la pensée magique, parmi les fourberies de grand-prêtre fouillant dans les entrailles fumantes d’un bœuf encore agité des spasmes de l’agonie et les manipulations mentales de gourou assez habile pour soumettre les masses en les menaçant de la géhenne, des flammes éternelles ou du remords d’être né. 

La jouissance heureuse et saine
Gourmet, disions-nous : M. Onfray a chanté les plaisirs de la table avec des accents de patricien de la Rome classique. On l’a vu en compagnie d’un ami restaurateur s’émerveiller d’un plat sorti du four, s’attendrir aux louanges de tel vignoble par un caviste aimable ; on l’a suivi au jardin, où il s’émerveillait des reflets de la lumière sur une rose, et jusqu’au potager, où les tomates paraissaient rougir de la savante et lyrique admiration qu’il leur portait. Des délices de la table aux voluptés de la chair, il n’y a pas toujours la distance qui sépare la salle à manger de la chambre à coucher ; M. Onfray ne se prive pas d’associer les unes et les autres dans un joyeux appétit de commensal débarrassé du sentiment de la faute. Il émane de ses réflexions le goût de la jouissance heureuse et saine.

S’il se montre volontiers pédagogue, avec son air sérieux et modeste, il n’est jamais pédant. Sa très vaste culture l’autorise à oser des combinaisons audacieuses et maîtrisées. Tant et si bien qu’il a réussi à percer dans un rôle convoité, que la seule pertinence d’Alain Finkielkraut et l’extravagance de Bernard-Henri Lévy ne suffisaient plus à remplir : celui du philosophe médiatique. Le premier s’est spécialisé dans le combat frontal contre les conformismes ; le second a échoué dans sa tentative hégémonique de prophète engagé. Si l’on veut comparer les méthodes et leur efficacité, on verra combien Onfray, relativement à ce qu’on nomme le « plan média », surclasse BHL. Onfray se garde bien d’annoncer l’avenir, il ne donne pas l’impression de penser à la place de tous, il ne distribue pas à la volée sa bonne parole, mais la partage et la fait circuler. Il stimule et, bien que percutant voire redoutable, n’use point des formules ronflantes qui signalent en tout lieu la présence de notre vigie post-malrussienne.

Prétentieux et péremptoire ?
Il prospérait, jusqu’à aujourd’hui, sur une judicieuse économie de son image. Quelque chose a changé. Assis sur une réputation flatteuse et une audience considérable, enivré de ses prodiges et de ses succès, Onfray ne serait-il pas devenu prétentieux et définitivement péremptoire ?

Après s’en être violemment pris à Dieu (Traité d’athéologie, physique de la métaphysique, Grasset, 2005), il tire à boulets rouges sur la plus grande idole du XXe siècle, Sigmund Freud (1856-1939), et sur ce qu’il estime être sa religion, la psychanalyse. Certes, il lui reconnaît, ainsi qu’aux précédents cultes, une certaine utilité, démontrée par celles et ceux qui affirment avoir été “guéris” par sa pratique. Mais les prétendus “miracles” de la grotte de Lourdes, ajoute-t-il, ne démontrent pas l’existence de Dieu !

Il convient de reconnaître la formidable efficacité de sa méthode de travail, inspirée de Nietzsche, lequel, dans sa préface au Gai savoir, affirme qu’une pensée est plus ou moins une autobiographie « confectionnée » par le penseur lui-même. De Freud, il a lu l’intégrale de l’œuvre et de la correspondance, il a suivi pas à pas les déplacements et le cours de la vie (a-t-il, à ce sujet, commis des erreurs ? Nous le saurons prochainement, dès que se lèveront des opposants véritables). Puis il a soumis ce vaste corpus à un “remuement” vigoureux, censé provoquer un dépôt de vérité dans un liquide trouble où se suspendent les particules du mensonge, de la renommée, de la contradiction, de la dissimulation.  

Freud, débiteur indélicat ?
C’est une bourrasque contre la légende freudienne que ce livre ! D’abord contre Sigmund, peint en névrosé, affabulateur, maniaco-dépressif, soucieux de laisser une trace indélébile de son passage sur Terre. Le Viennois serait un pilleur d’œuvres, un voleur d’idées, un débiteur indélicat : il prétendrait au statut de savant, « découvrant » des choses déjà pressenties ou largement mises au jour par Empédocle (492-432 av. JC, les principes de vie et de mort), Karl Robert Eduard von Hartmann (1842-1906, l’inconscient) ou Friedrich Nietzsche (1844-1900). Le voici également en tyran sexuel, contraignant sa belle-sœur à une pénible (ou excitante ?) compromission dans le foyer conjugal ! Avec cela, une prétention à donner une valeur universelle à ce qu’il a observé chez lui ! Le désir sexuel qu’il éprouva, enfant, pour sa mère, peut-il fonder le complexe d’Œdipe ? Et encore âpre au gain, politiquement aveugle (ou suspect), au point d’honorer Mussolini d’une dédicace et de travailler à l’Institut Goering, dirigé par le neveu du fameux maréchal !

On attend avec impatience la contre-offensive des bébés brutalement interrompus au stade anal ; celle des pervers polymorphes légitimement outrés. On redoute de voir surgir en direct sur le plateau du JT, les yeux révulsés, dans un chahut de micros heurtés et de chaises renversées, les frères Miller, gardiens du square Sigmund, entraînant après eux quelques autres chaisières de la périphérie freudienne, rouges d’une colère sacrée, qui n’hésiteront sans doute pas à retourner à l’auteur sacrilège le procès en sorcellerie, voire en antisémitisme qu’il intente au fondateur de la psychanalyse.

On m’autorisera plutôt un avis de béotien. Freud demeure l’un des grands rénovateurs de l’imagination. Ses travaux, sa langue admirable, ses intuitions, sa sensibilité constituent l’aliment de la création artistique. En élargissant l’audience de la psyché, il a laissé une immense réserve de fiction, dans laquelle ont puisé la littérature, le cinématographe, la peinture, la poésie, le théâtre modernes. Enfin, nul ne nous convaincra de la nocivité d’un homme qui éprouvait pour son chien “ce sentiment de parenté intime, d’affinité incontestée”, et affirmait, dans une lettre à Marie Bonaparte, le 6 décembre 1936 : “Souvent, en caressant Jofi, je me suis surpris à fredonner une mélodie que je connais bien, quoique je ne sois pas du tout musicien : l’Aria de Don Juan.” Finalement, la statue du Commandeur n’est pas si loin.

Ce mois-ci, Causeur consacre son mensuel à la psychanalyse et à la polémique lancée par Michel Onfray.


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  • 10 May 2010 à 23h36

    Antoninus Lucretius dit

    @Mandon: Bon. Je cède, mais c’est bien pour vous faire plaisir.
    N’empêche que si vous admirez Freud…
    … Non. Rien. J’ai dit que je cédais..
    En outre, à part l’admirable prose –en effet– de Pontalis, il y avait aussi Jugnon.. Plus hermétique, peut être?
    Je plaisante.. je plaisante..

  • 10 May 2010 à 11h22

    Patrick Mandon dit

    Ce Lacan n’est pas my cup of tea. Je laisse à ses ayants-droit et autres thuriféraires le soin de propager auprès des derniers dévots, bigots et gogos les paroles du maître, mais je me refuse à voir ce fil, où l’on put lire l’admirable prose de Jean-Bertrand Pontalis, s’interrompre sur la trompette de sa renommée.

  • 10 May 2010 à 1h05

    Antoninus Lucretius dit

    …Sur la sexualité (deuxième essai..)
    http://www.youtube.com/watch?v=naoUdh8iLmc&feature=related

  • 10 May 2010 à 0h29

    Antoninus Lucretius dit

    Sur la mort: (mon favori)
    http://www.youtube.com/watch?v=lcoXYuJToQQ
    …Comment pourrait-on supporter cette histoire?
    Tout le reste, ou à peu près de la célèbre conférence de Louvain est sur Youtube. Si vous voulez comprendre qu’il n’y a rien à comprendre je ne peux que vous le recommander.

  • 10 May 2010 à 0h29

    Antoninus Lucretius dit

    Sur la sexualité:
    http://www.youtube.com/watch?v…..re=related
    “Dans la sexualité, l’être parlant bafouille..”

  • 10 May 2010 à 0h28

    Antoninus Lucretius dit

    Et pourquoi ne pas conclure avec “l’autre”, le génie , l’imposteur, le poète, l’histrion, le découvreur, l’imprécateur, le cabotin, l’empêcheur de penser en rond? (rayer la ou les mentions inutiles..)
    Sur la guérison:
    http://www.youtube.com/watch?v…..re=related

  • 9 May 2010 à 14h34

    livia dit

    bVb09 Puisque vous semblez vous intéresser aux argentins et à leur usage de la psycanalyse; faites moi plaisir allez voir le film “Dans ses yeux”, qui parle de nos interrogations universelles sur l’amour, la mort, l’oubli, le pardon, l’amitié ect…ect…
    Dans la salle où je l’ai vu, les spactateurs émus applaudissaient et quand on connait
    la froideur du public parisien, sauf quand on le fait rire.

  • 9 May 2010 à 12h53

    BvB09 dit

    Chris
    Magnifique
    un Causeur ignorant

  • 9 May 2010 à 11h21

    Chris dit

    ‘ Nous savons bien que nous avons un peu d’intelligence , mais comment l’avons nous ,c’est le secret de la nature , elle ne l’a dit à nul mortel . ‘
    Le philosophe ignorant . Voltaire 1766 .

  • 8 May 2010 à 23h51

    BvB09 dit

    @ Aristote
    votre conclusion est très interessante. Elle sous-entend des scientistes extrêmistes. J´avoue que je ne pense pas au-delà du conscient, au-delà du domaine des sens: cela me dépasse.
    Je préfère^toutefois le coté aveugle des scientistes 2010 parce qu´ils se soumettent
    au controle et ne prétendrons détenir une vérité que jusqu´à ce qu´elle soit réfutée.

  • 8 May 2010 à 21h28

    Aristote dit

    @ BvB09

    Freud a fait scandale parce qu’à une époque où le bourgeois moyen et le scientifique lambda se targuaient encore d’agir en bons kantiens rationnels, il a prétendu que nous étions “agis” par des forces que nous ne contrôlions pas. Les scientistes 2010 (l’imagerie médicale) nous disent aussi que nous sommes “agis”, mais par des réactions électro-chimiques. Vu de ma fenêtre, je ne fais guère de différence entre être “agi” par les forces obscures de mon inconscient ou être “agi” par des réactions électro-chimiques. Dans les deux cas de figure, ce que je pense, ce que je dis, ne peut en aucun sens avoir valeur de vérité, ce n’est que le résultat d’un processus aveugle. Et entre le processus électro-chimique qui me fait dire “Le Christ est ressuscité” et celui qui fait dire à Onfray “Dieu n’existe pas”, quel processus électro-chimique peut-il trancher ?

    N’en déplaise à feu Laborit et à Mandon, dire qu’il est vrai que la liberté est une illusion est une contradiction dans les termes.

  • 8 May 2010 à 19h35

    alain jugnon dit

    oui Parsifal il y a beaucoup cela sur Causeur, une volonté de se raccrocher au moins à la figure idolâtrique, au moins au pape, au moins au président, au moins à la république, mais ce geste s’avère du plus parfait nihilisme réactualisé
    les catholiques et les extrêmistes de droite invités à penser, les essayistes journalistes invités à dire et faire savoir, les psychanalystes invités à faire sentir et à faire se souvenir sont dans le milieu des commentiares en ligne une sorte de refoulement du réfoulé lui-même (on s efait un film qui éloigne le réel pour jouer à avoir peur en regardant le film) : ici est nommé “réel” ce qui est fantasme, ici est attaqué, de manière très correcte politiquement (car dans le vent), comme “politiquement correct” (même usage du terme que chez Sarkozy) ce est critique ou pensée modernes
    tout ceci permettant d’apprécier le bon gnre du freudisme chic et par là-même de ne pas voir la philosophie féroce à l’oeuvre chez Onfray : ce qu’Onfray reproche avec une sacrée santé à Freud, c’est ce qu’il reproche au pape, avoir menti quand il a dit qu’il soignerait l’homme pour le guérir de lui-même
    Freud et le pape sont ensemble des magiciens qui à la fin du spectacle comptent la caisse et prépare le décor pour la séance du lendemain, basta

  • 8 May 2010 à 18h57

    Patrick Mandon dit

    (suite 5)
    Et la variation «pontalissienne» déploie alors toute sa puissante séduction. Il convoque les ombres d’Énée, de Dante, le clair-obscure des peintres, l’assommante régularité des ciels d’été heureusement contrariée par un coup de vent, la fraîcheur (et l’ombre) du verger, près de la maison…
    Et voici qu’arrive une première surprise, en forme de halte :
    «Je demandais : de quoi l’ombre portée pourrait-elle bien être la métaphore ? Réponse : de l’Inconscient, cette grande force qui nous anime comme une source de vie ou nous accable comme étant la mort en nous. Quant à l’analyse, si elle est engagée sans trop de précautions, qu’est-elle d’autre qu’une traversée des ombres ?»
    Voilà bien ce que je n’aurais su dire, admirablement énoncé et, plutôt que démontré, élégamment avancé, merveilleusement servi par cet homme, qui abolit par le seul talent de sa langue et la subtilité de sa «dérive» contrôlée, toutes les attaques brutales, grossières contre la «nécessité» poétique et révélatrice de l’analyse, mais aussi tous les discours superfétatoires et inutilement prétentieux des dévots de la prétendu science des psychanalystes.
    Si j’ai été bavard, j’ai au moins l’excuse de m’être effacé derrière le grand talent d’un «freudien» admirable.
    (Toutes les citations sont extraites de «Traversées des Ombres», de J. B. Pontalis, folio-Gallimard)

  • 8 May 2010 à 18h47

    PARSIFAL dit

    Michel Onfray a l’habitude de la subversion. C’est un iconoclaste nécessaire à notre époque avide d’idoles – creuses ou non . On peut discuter ses opinions mais non sa démarche qui invite à une remise en cause des idées reçues et qui délivre une bouffée d’air frais à chacun de ses ouvrages . Sa cible me semble être le totalitarisme , surtout religieux . Ce en quoi je lui donne raison . Il faudra bien que l’on s’interroge sur la pertinence de la survivance des Eglises , quelles qu’elles soient , en tant qu’institutions sociales plus ou mois pesantes , intolérantes et dont le rôle est éminemment discutable – voire nuisible : y a t-il un coin de notre terre où ne sévissent pas le fanatisme , l’intégrisme , l’intolérance , la souffrance ou la mort infligées au nom de Dieu ou de qualconque autre autorité soit disant superieure ?
    Je n’ai pas encore lu son Freud . Mais Freud est un pontife comme les autres; et il eut été étonnant que MO pourfendeur des “arriére-mondes ” ne s’y attaque pas.
    La psychanalyse a fait beaucoup de vagues , le débat continue . C’est tout.

  • 8 May 2010 à 18h37

    Patrick Mandon dit

    (suite 4)
    Puis J.B. Pontalis dresse le portrait du mélancolique, que l’on ne confondra pas avec l’endeuillé :
    «Le mélancolique n’est pas cette ombre de soi-même qui témoigne malgré tout qu’on est encore quelqu’un. Il est envahi tout entier, il est possédé par l’ombre portée.»
    Et voilà que revient la fameuse ombre portée du Dr Freud , et que revient Freud lui-même, mais, cette fois, pour être soumis à une pertinente contradiction. Selon Freud «[…] le deuil serait une réaction à une perte identifiable, […] nous pourrions nommer ce que nous avons perdu : tel être cher, notre pays natal, l’une de nos croyances […]. Le mélancolique, lui, ignorerait ce qu’il a perdu : tout sans doute, à commencer par lui.
    «Fragile distinction. Car savons-nous jamais ce que nous avons perdu ? Toutes nos pertes [proches, amis, maison d'enfance], toutes nos insatisfactions, toutes ces attentes déçues, toutes les séparations dont nous avons souffert viennent s’engouffrer dans le vide provoqué apparemment par la perte d’un seul. Ce seul est une foule. Nous mettons un nom sur l’anonyme»
    J.B. Pontalis, parti de Freud et de l’ombre revient à l’un, pour le contester plaisamment, et à l’autre pour «l’étendre», si l’on ose dire.
    (à suivre)

  • 8 May 2010 à 18h13

    Patrick Mandon dit

    (suite 3)
    L’art de J. B. Pontalis, au contraire des manipulations grossières, consiste à nous faire le complice de ses intuitions,et, ainsi, d’une manière toute freudienne, mais réactivée, débarrassée des scories et des interprétations ronflantes et obscures des petits marquis de la modernité, il nous entraîne après lui dans une rêverie partagée. Prenons son livre Traversée des Ombres (quel beau titre !), dont voici le départ (j’allais écrire le prétexte) :
    « ”L’ombre de l’objet est tombée sur moi.” Cette formule si forte et si connue, sans qu’on puisse jamais en épuiser le sens, pourrait être d’un poète. Elle est de Freud. En une image saisissante se trouve condensée le secret de la mélancolie.
    «Quelle est cette ombre ? et pourquoi tombe-t-elle sur notre moi, comme un prédateur sur sa proie, jusqu’à l’écraser, jusqu’à le dévorer ? Elle est l’ombre de l’objet perdu. Elle est l’ombre portée de la mort. Elle est la mort au travail, elle est la mort active dans le creux d’une âme soudain devenue inanimée.»
    Suit une brillante variation sur l’«exil définitif» auquel nous condamne la mort d’un être cher ou la fin d’un grand idéal, et sur les phases douloureuses qui accompagnent la disparition de ce qui nous constituait, jusqu’à ce moment «où la perte se convertit en absence. Un creux est en nous, à jamais, mais le creux n’est pas l’abîme.» (à suivre)

  • 8 May 2010 à 17h45

    Patrick Mandon dit

    (suite)
    Ce qu’il y a de passionnant avec la verbalisation (très antérieure, évidemment, à la pratique freudienne), c’est son développement. Or, la longue pratique du docteur de Vienne, les confidences (les analyses diraient les puristes) de ses patientes et patients confrontées à sa propre sagacité, l’amenèrent à s’exercer lui-même à la «dérive» du sens des choses et des faits. Je crois que, par un exemple, on comprendra mieux ce que j’essaie maladroitement d’exprimer.
    Jean-Bertrand Pontalis n’appartient en rien à la petite cohorte des amuseurs médiatiques dont je parlais au début. Psychanalyste, membre de l’Association psychanalytique de France, écrivain, éditeur (il dirige deux collections chez Gallimard, L’un et l’autre, Connaissance de l’inconscient), il est également et surtout écrivain. Je l’ai entendu ironiser cruellement sur le vocabulaire abscons de réputés Diafoirus de la psychanalyse, et les renvoyer ainsi à leur fausse science et à leur vraie escroquerie. Il est vrai que sa formation classique, sa très vaste culture, son désir d’être entendu (compris), son audace l’autorisent à oser des divagations dans une langue simplement somptueuse, délicieuse à lire et à entendre. Nul doute que cet homme raffiné considère l’écriture comme un acte de sorcellerie, presque d’envoûtement baudelairien, à laquelle nous aimons assister, grâce au plaisir des mots qu’elle nous fait partager. (à suivre)

  • 8 May 2010 à 17h03

    Patrick Mandon dit

    Cette conversation s’achève à voix basse. Elle fut, grâce à vous, d’un excellent niveau, et je vous remercie de l’avoir animée. Je vous avoue cependant que j’ai quelque regret de n’avoir su la faire aller plus loin dans le sens que j’espérais ; je pense sincèrement que la querelle de la psychanalyse comme science est devenue vaine, et depuis longtemps. Certes, on trouve encore, ici et là, des dinosaures et d’aimables charlatans médiatiques, cyniques parfois, abscons aussi, énervés souvent, «émetteurs» de propos qui n’impressionnent que les sots. Ils sont les clowns de la psychanalyse, les derniers feux cocasses d’un astre mort. Alors, il ne me semblait pas utile de nous encombrer de cette bataille sans armée.
    Ce que Freud, sans l’avoir découvert ni révélé, a vraiment accéléré, c’est le mouvement vers l’intime, le centre caché, le cheminement sur la route serpentine où l’on avance vers l’horizon qui, toujours, recule.
    Il me semble que Freud nous confirme que les rebonds de la psyché sont de l’ordre de l’aléatoire. Nous voyons des ondes se former et, par le verbe, nous tentons d’en reconstituer les origines. C’est cette quête des origines «intimes», frissonnantes, que Freud a enrichi de sa réflexion. il s’agit, au vrai, d’un menu barbare consommé au milieu du chaos. Et le sentiment religieux n’en est pas si éloigné qu’on le dit. (à suivre)