En voiture Simone, la bagnole redevient snob! | Causeur

En voiture Simone, la bagnole redevient snob!

Quand on l’attaque, l’auto contre-attaque

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
Né en 1974, Thomas Morales est journaliste indépendant et écrivain.

Publié le 01 mai 2017 / Culture

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Andrew Bush Woman waiting to proceed south at Sunset and Highland boulevards, Los Angeles, at approximately 11:59 a.m. one day in February 1997 Series Vector Portraits, 1997 (Fondation Cartier)

Une année (impaire) donc sans salon de l’automobile à Paris, c’est comme une campagne électorale de printemps sans « affaires » ! On se sentirait presque désœuvré. Le badaud de la Porte de Versailles a ses habitudes d’automne. Il y pense durant tout l’été. Sandwichs spongieux vendus au prix du foie gras, hôtesses cernées de toutes parts, attroupements du côté de Ferrari et brouhaha général dans les allées. On dirait un meeting de la présidentielle où les candidats maquillés auraient été remplacés par des voitures lustrées. 2017 s’annonçait comme un millésime bien morne pour les autophiles.

J’aime conduire et je t’emm…

Des restrictions de circulation un peu partout dans les villes, le spectre de l’OMS à chaque changement de vitesse et des fumées anxiogènes dans le rétro, l’automobiliste n’en menait pas large. Voter pour les extrêmes est aujourd’hui moins honteux que conduire décapoté sur une route de campagne. Aimer rouler, jouer de l’embrayage, mater les carrosseries dans la rue, seront des actes bientôt punis sévèrement par la loi. Alors, le nostalgique de la Nationale 7 et de la Route 66 se terre chez lui, il compulse en cachette de son épouse de vieux numéros de Sport Auto et il regarde, à la nuit tombée, le court métrage de Claude Lelouch « C’était un rendez-vous » en mettant le volume de son téléviseur au minimum, de peur de déclencher une révolution dans sa zone pavillonnaire.

C’était un rendez-vous – 1976 from LeCatalog on Vimeo.

Il se fait passer pour un piéton auprès de ses enfants dont l’écoresponsabilité tyrannique le glace malgré l’indéniable réchauffement climatique. A Noël dernier, il s’est acheté un vélo électrique pour donner le change aux réunions de famille. Enfin, depuis le mois d’avril, l’espoir renaît.

Au cinéma, Fast & Furious 8 engrange des records d’entrées. A la machine à café, il a perçu des regards moins hostiles que d’habitude chez ses collègues de bureau lorsqu’il s’est lancé dans un panégyrique des « Muscle cars », ces américaines des sixties gonflées de chevaux et gavées de pétrole. Il a suffi qu’il raconte la première scène du film tournée à la Havane pour que sa ringardise mécanique passe pour une ouverture d’esprit, voire un cosmopolitisme de bon aloi. Vin Diesel et Michelle Rodriguez, au volant respectivement d’une Dodge Charger et d’une Chevrolet Corvette, deviendraient presque des permis de respectabilité.

Quand il a parlé, non sans une émotion feinte, des jambes de Charlize Theron et de son Toyota BJ, les stagiaires lui ont trouvé un charme certain. Un je-ne-sais-quoi de désuet et désirable. L’auto ne sort pas uniquement du garage pour se réfugier dans les salles, elle se fait aussi intello dans les expos. Elle ose s’afficher sur les murs des musées.

Phautomaton

Jusqu’au 24 septembre, la Fondation Cartier pour l’art contemporain accueille « Autophoto de 1900 à nos jours », soit 450 œuvres d’une centaine de photographes de renom. L’auto s’élève désormais au rang des beaux-arts. On l’ausculte sous tous les angles, on réfléchit à son esthétique, à sa place dans la société, à son empreinte sociologique, on cogite sévère autant sur sa trace dans notre psyché que sur le macadam. Rassurez-vous, ça ne fait pas mal ! Tout n’est pas compréhensible pour le quidam juste venu se rincer l’œil et l’enchaînement des salles laisse parfois un peu perplexe. Toutes les expressions artistiques cohabitent dans cette galerie. Certains travaillent sur l’objet même, d’autres sur les infrastructures routières, chacun livre un regard personnel. Quelques démarches peuvent sembler obscures mais l’essentiel est remarquable, notamment les collections des géants de la photo (Brassaï, Doisneau, Man Ray, Germaine Krull, etc…).

Une mention spéciale au travail de Jacques Henri Lartigue (1894-1986), si l’on connait par cœur ses clichés quasi-oniriques, sa vision transfigurée de la vitesse continue d’éblouir et de perturber. Il faut voir au moins une fois dans sa vie, la Delage du Grand Prix de l’Automobile Club de France de 1912 capturée sur le circuit de Dieppe, en pleine action, la machine se tord jusqu’à aplanir les roues et contraindre le paysage. Du grand art ! Les photos de Seydou Keïta et de William Eggleston touchent en plein cœur comme les archives de la croisière jaune et noire de l’aventure Michelin. Un monde s’ouvre à nous. Les mythologies automobiles carburent à plein régime. Enfin, la réflexion de Fernando Gutiérrez sur la place de la Ford Falcon dans la dictature argentine mérite de s’y arrêter quelques instants. L’auto finirait presque par devenir snob cette année…

Exposition Autophoto à la Fondation Cartier pour l’art contemporain jusqu’au 24 septembre – 261, boulevard Raspail 75 014 PARIS -

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 2 Mai 2017 à 13h45

      ReCH77 dit

      Des lignes, des courbes… Les belles américaines ! http://lost-show-cars.blogspot.ch/

    • 2 Mai 2017 à 13h02

      Sancho Pensum dit

      L’auto contre-attaque ? Mouais. On se console comme on peut. La contre-offensive ne viendra hélas pas d’un objet inanimé (à l’arrêt), mais plus certainement de ceux qui en ont l’usage.
      Et le moins qu’on puisse dire, c’est que pour l’instant le compte n’y est pas. A part quelques associations qui donnent de la voix, il faut bien se rendre à l’évidence : Mme Hidalgo pour la partie “pollution” et Mme Perrichon pour la partie “sécurité routière”, ont pour l’instant plus l’oreille des medias.
      Ces deux-là sont hélas pour l’automobiliste plus fast and furious que Dolce Vita…

      • 3 Mai 2017 à 22h19

        Dans les petites longueurs dit

        C’est clair !

        L’une fait du gras quand l’autre fume….
        .

    • 1 Mai 2017 à 19h45

      Martini Henry dit

      Mouais… Le Salon de l’auto ça ressemble surtout aujourd’hui à une cité de banlieue, plein de racailles qui n’ont, dans la vie, d’autre but que de rouler en GT comme des beaufs. Rêves d’esclaves de la société de consommation, en pleine insécurité identitaire, qui se rattachent aux signes extérieurs de richesse comme naguère à leurs totems, pour croire qu’il existent encore.

    • 1 Mai 2017 à 17h40

      Habemousse dit

      Tirer le portrait de madame Trogneux au volant d’un coupé rose, est ce le bon moyen de redonner envie de conduire ?
      La concentration y gagnerait sans doute, la main droite n’aurait plus envie de quitter un levier de vitesse aussi onctueux qu’un chamallow et le regard, fixé sur la route sinueuse embrasserait le paysage en lacet dans un élan sauvage.

      Avec Brigitte Bardot rajeunie comme passagère, l’amour de la voiture se transformerait vite en amour éternel, et la visite du décor au pas de charge.

      Finalement « En voiture Simone » est un bon compromis entre jouissance, santé et réflexions insouciantes sur la vitesse des choses de la vie .