Sous les pavés, le «Prince» | Causeur

Sous les pavés, le «Prince»

Le Grand Paris vu par Aurélien Bellanger

Auteur

Matthieu Baumier

Matthieu Baumier
est essayiste et romancier.

Publié le 12 février 2017 / Culture

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Aurélien Bellanger "Le Grand Paris" Nicolas Sarkozy Roman

Nicolas Sarkozy, Paris, 2012 (Sipa : AP21979277_000017)

Après La Théorie de l’information (2012) et L’Aménagement du territoire (2014), Aurélien Bellanger publie Le Grand Paris. Ce jeune écrivain est entré en littérature en 2010 avec un essai consacré à Houellebecq, écrivain romantique, chez Léo Scheer. Lors de la parution de son premier roman, la presse a d’ailleurs débattu de l’influence de Houellebecq dont le style ainsi que l’érudition foisonnante ont pu être assimilés à une écriture de type wikipédia. Tout cela est vrai et se retrouve dans Le Grand Paris, comme une marque de fabrique ou une musique propres à l’écrivain. Le narrateur s’appelle Alexandre Belgrand. Né dans l’Ouest parisien, étudiant dans une école de commerce renommée où l’essentiel de l’apprentissage consiste en beuveries, orgies, et découverte d’une espèce froide du sentiment amoureux, il est néanmoins intéressé, happé même, par la personnalité de l’un de ses professeurs, Machelin, anthropologue de renom et « néo-réac » ayant quitté la gauche pour rejoindre un homme politique destiné à un destin national : « Le Prince », autrement dit Nicolas Sarkozy.

Sarko prend le métro

Machelin initie littéralement Belgrand à l’importance de l’architecture et de l’urbanisme en politique, le pousse à faire une thèse, et le conduit dans le premier cercle du futur président de la République. Il est de la dream team qui permet à Sarkozy de gagner les élections, et l’on croise nombre de visages évocateurs, rappelant plus ou moins des personnalités connues. Membre du cabinet du Prince, le narrateur est chargé de développer ce qui restera le projet et la marque politique la plus importante du quinquennat : Le Grand Paris Express, « un métro automatique de presque 150 kilomètres qui formerait une sorte de 8, le symbole de l’infini, autour de Paris ». Les divers présidents cherchent à laisser une trace dans l’urbanisme. Ici, il s’agit de réunir l’Est et l’Ouest parisien, d’unifier les nombreuses communes et les différents départements en une métropole unique. En un mot, de redonner à Paris sa grandeur perdue dans les méandres de la Modernité. Mais Aurélien Bellanger n’est pas un écrivain antimoderne, simplement l’écrivain/narrateur de l’époque qu’il traverse en la regardant.


Aurélien Bellanger : “Le 93 est l’une des plus… par Europe1fr

Alexandre Belgrand est ainsi plongé au cœur du pouvoir politique, il en est même l’un des acteurs principaux, jusqu’à sa disgrâce aussi rapide que le fut son ascension, menant une vie bling bling dans l’intimité des proches du président. Et l’on éclate de rire quand Bellanger décrit froidement la sémantique de la parole du Prince, transcrivant certaines de ses interventions sur les plateaux de télévision. Lisant les mots du Prince, c’est le son de la voix de l’ancien président de la République qui s’impose à nous. Et ce son est comique. Le Grand Paris est une chronique de cette époque, autant politique qu’urbanistique.

Situationnisme et Biopolitique à la table du Fouquet’s

Les 400 pages sont centrées principalement sur Paris, son urbanisme, les événements de la période, entre émeutes de 2005, Fouquet’s, exercice du pouvoir et imprégnation de notre quotidien politique par la question de l’islam. Au fil du récit, on croise le situationnisme, sa dérive et sa psycho-géographie, la figure de Foucault, entre deux mots sur Kant, Sartre, Le Corbusier ou Debord. On boit beaucoup dans ce roman, trop, et l’humour n’est pas absent. Que l’on se rassure, même s’il appartient à une génération ayant grandi avec internet, par ailleurs univers de son premier roman, Le Grand Paris d’Aurélien Bellanger enchantera sans aucun doute nombre de lecteurs parisiens, et d’autres qui reconnaîtront des tranches de leurs propres vies.

Aurélien Bellanger, Le Grand Paris, Gallimard.

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    • 13 Février 2017 à 11h18

      keg dit

      Mais il ne fut pas de Moldavie. Tout au plus de nazy boxa, plus centralisé…..
      Quand un prince devient titi faubourien il devient “casse toi, pov con”? Alors qu’en langage diplomatique cela eut du être “ayez l’obligeance de vous taire. je vous demande de vous taire…. Mais n’est pas le vent hein, qui veut. On ne le devient pas on le né!

      http://wp.me/p4Im0Q-1xz

    • 12 Février 2017 à 17h22

      Quatre chemins dit

      Je pense que pour qu’Aurélien Bellanger arrête d’affirmer benoitement que le “quatrevingtreize” n’est ni un “fantasme” ni une “pure mythologie”, ainsi qu’il l’affirme dans l’entretien avec Taddéi, il faudrait qu’il aille y habiter (et pas uniquement signer ses livres ou répondre à des invitations des services culturels des Mairies). A moins qu’il préfère vivre (et écrire) DANS son propre fantasme (qui n’est pas dénué de talent): celui de 1793, autrement la convergence de la terreur (et du terrorisme) et du mythe révolutionnaire. Qu’il projette inconsciemment mais très significativement sur cette banlieue. Intéressant n’est il pas.

      • 12 Février 2017 à 17h26

        Quatre chemins dit

        Je pense que pour qu’Aurélien Bellanger arrête d’affirmer benoitement que le “quatrevingtreize” EST un “fantasme” OU une “pure mythologie” (désolée)