M. Chatel, arrêtez le massacre ! | Causeur

M. Chatel, arrêtez le massacre !

Après les délires sur le genre, la censure en Histoire…

Publié le 07 septembre 2011 / Société

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Entre les murs

François Hollande va « arriver » pour s’occuper des riches, qu’il n’aime pas. Nul besoin de l’attendre au Ministère de l’éducation nationale où la gauche la plus caricaturale est déjà bien installée, comme en témoignent les programmes d’histoire du collège et la directive récente sur l’enseignement des sciences de la vie et de la terre (SVT) en première. Bizarre. On croyait que Nicolas Sarkozy avait été élu pour que l’on enseigne à nouveau les bases de l’histoire de France, pour en finir avec la repentance, et, en matière de mœurs, avec le politiquement correct. Or les programmes d’histoire et la directive sur les SVT, concoctés par une Inspection générale et des directions où officient les mêmes personnages depuis trente ans, droite et gauche confondues, imposent une vision archéo-gauchiste, passablement ridicule, qui fait à juste titre tiquer nombre d’électeurs de droite, voire même les quelques enseignants républicains encore attachés à leur métier et à leurs disciplines, qui ne sont pas les moins indignés, comme le montre le site « L’école déboussolée ».

L’histoire d’abord. Les programmes d’histoire datent de 2008 mais vont s’appliquer en quatrième à la rentrée prochaine. Ils sont présentés dans le sabir inimitable de pédagos à la Meirieu, décervelés par des années d’IUFM : « démarches », « capacités », « objectifs », « repères ». Un bref extrait de l’arrêté ministériel pour en apprécier le style :
« à côté de la rubrique définissant les connaissances, la rubrique démarches précise des entrées dans le thème ou des études de cas qui permettent d’éviter l’exhaustivité en se fixant sur des objets précis, afin de faire acquérir aux élèves les connaissances et les capacités qui constituent les objectifs à atteindre. Une rubrique spécifique précise ces capacités. La connaissance et l’utilisation de repères y tiennent une place importante : il ne s’agit pas seulement de connaître des repères mais de leur donner un sens et de savoir les inscrire dans un contexte essentiel à leur compréhension. C’est ainsi que l’on en fera le support d’un véritable apprentissage et non un simple exercice de restitution. Par ailleurs les capacités «raconter » et « décrire » sont de nature à valoriser la qualité de l’expression écrite et orale des élèves.1 ».

La maîtrise de ce charabia constitue désormais l’essentiel des « capacités » exigées des nouveaux enseignants.

Ce que l’on comprend très bien en revanche à la lecture de ces programmes est qu’il n’y aura plus de chronologie, mais des thèmes au choix à étudier, dans le plus grand désordre. Quasiment plus de Moyen-âge, plus de Clovis, plus de Saint Louis. Plus de Louis XIV, mais un thème très général sur « l’absolutisme ». Louis XV a totalement disparu. Plus de possibilité d’étudier l’affreux Napoléon bien sûr ; mais pas même l’Empire qui devient facultatif et ne peut être traité qu’autour des notions de « guerre » ou de « religions ». Et le Code Napoléon ? Plus d’étude chronologique et approfondie de l’histoire de la Révolution française, comme cela est très clairement précisé, sous le titre « démarches » : « On renonce à un récit continu des événements de la Révolution et de l’Empire ; l’étude se concentre sur un petit nombre d’événements et de grandes figures à l’aide d’images au choix pour mettre en mettre en évidence les ruptures avec l’ordre ancien ». Mais en revanche un « thème » entier et obligatoire portera sur les traites négrières, chapitre dont on peut imaginer avec quelle subtilité il sera traité, quand on sait comment a été accueilli par nos pédagogues le grand livre de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau sur le sujet.

En revanche nos élèves de collège seront des grands spécialistes de sujets plutôt pointus, qui n’étaient pour l’instant guère étudiés qu’à l’Université, et encore. Il sera obligatoire d’étudier, sur dix pour cent du temps, en sixième « la Chine des Hans à son apogée », c’est-à-dire sous le règne de l’empereur Wu (140-87 avant J.-C.), ou « l’Inde classique aux IVe et Ve siècles », et, en classe de cinquième « Une civilisation de l’Afrique subsaharienne » parmi les suivantes : « l’empire du Ghana (VIIIe – XIIe siècle), l’empire du Mali (XIIIe- XIVe siècle), l’empire Songhaï (XIIe-XVIe siècle) » et surtout le « Monomotapa (XVe-XVIe siècle) », cher à Voltaire. Vite, rouvrir le Malet-Isaac ou acheter des livres comme celui de Dimitri Casali, qui va faire fortune à la rentrée en proposant un Altermanuel d’histoire de France.

Pour ce qui est des SVT et de la question du « genre », on peut apprécier la modernisation de l’Education nationale : les vieux gagas pédagos ont obtenu le renfort des partisans branchés du gender, sans doute à l’initiative de Richard Descoings, qui a fait de Sciences Po la base avancée des études sur le genre en France. Judith Butler et Luc Chatel même combat. Le thème 3A « Féminin, masculin » de la directive sur les sciences de la vie et de la terre l’explicite clairement sous le titre « Devenir femme ou homme » : « on saisira l’occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée ». L’identité sexuelle serait entièrement construite et le sexe biologique serait une pure contingence sans aucune conséquence sur le devenir « genré » de l’individu. D’où quelques perles dans les manuels scolaires chargés d’expliciter ces thèses : une jolie illustration est celle du manuel Hatier où l’on voit un adolescent perplexe devant des portes de toilettes homme ou femme. Il faudrait au reste ajouter qu’une telle séparation entre toilettes homme et femme est en elle-même discriminante2.

Malheureux professeurs de sciences de la vie et de la terre à qui est échu d’enseigner cette théorie qui n’a rien de scientifique, sauf à établir, comme les théoriciens du gender, que la biologie est toute entière « socialement construite ». Il aurait mieux valu sans doute, à tout prendre, repasser le/la bébé/e aux professeurs de philosophie, qui en ont vu d’autres. La protestation des enseignants est tout aussi véhémente que celle des catholiques, comme en témoigne le blog « L’école déboussolée », qui fait référence à la belle « Lettre aux instituteurs » de Jules Ferry, et dont la pétition a déjà recueilli 38.000 signatures.

Pour faire passer cette indigeste potion Luc Chatel n’a rien trouvé de mieux à la rentrée que de proposer de « faire revenir la morale » à l’école, et pour cela initier des « débats philosophiques » sur « le vrai et le faux ». On craint le pire.

  1. Il faut dire que le Directeur général de l’enseignement scolaire qui a signé cette circulaire, Jean-Louis Nembrini, avait déjà commis en 2006 le très pataphysique et européen « socle commun de connaissances », également jargonnant : « Penser le socle en termes de compétences. Pour le Haut Conseil, il faut mettre l’accent sur la capacité des élèves à mobiliser leurs acquis dans des tâches et des situations complexes, à l’Ecole et dans la vie : le socle doit donc être pensé en termes de compétences. La notion de compétences figure déjà dans nos instructions officielles, en particulier pour l’enseignement des langues vivantes étrangères et le Brevet informatique et internet. Cette approche, qui se généralise parmi les pays développés, a été adoptée dans le projet de « cadre de référence européen » des huit « compétences-clés pour l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie », qui doit être prochainement soumis au Parlement européen et au Conseil de l’Union européenne »
  2. Autre détail, en général peu noté, dans cette directive, qui marque bien la convergence des constructivistes sociaux du gender et des psychologues comportementalistes qui gravitent dans les sphères ministérielles actuelles, une très jolie définition du plaisir, qu’il conviendra d’enseigner en première S : « Le plaisir repose notamment sur des phénomènes biologiques, en particulier l’activation dans le cerveau des « systèmes de récompense » ( ?)

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    • 14 Septembre 2011 à 12h33

      Thalcave dit

      La biologie n’est pas la seule science dure à être socialement construite. C’est aussi le cas de la physique quantique et relativiste.
      Voir l’article de Alan Soral “Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformatrice de la gravitation quantique” (1996) dans la revue “Social Text”.
      http://physics.nyu.edu/sokal/transgress_v2/transgress_v2_singlefile.html

    • 13 Septembre 2011 à 18h45

      Pierre Jolibert dit

      Fernand Braudel, “Grammaire des civilisations / En guise de préface”
      «Il a suffi d’un mot de François Mitterrand, lors de son allocution du 16 septembre dernier, pour ranimer la querelle de l’enseignement de l’histoire. Elle ne demandait sans doute qu’à rebondir.
      C’est une vieille querelle qui fait toujours recette et qui ne laisse personne dans l’indifférence, ni le public, plus que jamais épris d’histoire, ni les hommes politiques obligés d’être aux aguets, ni les journalistes, encore moins les professeurs d’histoire. C’est une vieille querelle qui ne nous apprend rien de nouveau et dont le cercle, cependant, ne cesse de s’agrandir. Toutes les controverses s’y logent à l’aise. Elles y arrivent au bruit du canon, comme les bonnes troupes.
      En principe, il s’agit seulement des programmes de l’enseignement primaire dont, curieusement, on parle à peine ; des programmes de l’enseignement secondaire qu’on évoque plus encore qu’on ne les étudie. Il s’agit aussi du désastre ou soi-disant désastre de cet enseignement jugé d’après les résultats qu’on dit scandaleux de nos enfants. Mais pourraient-ils, ont-ils jamais été parfaits, ces résultats ? Vers 1930, une revue d’histoire se complaisait déjà, dans les colonnes d’un sottisier copieux, à énumérer les bourdes des potaches. Et pourtant, à cette époque-là, le bon enseignement se faisait au travers du sacro-saint manuel de Malet-Isaac — dont tant de discuteurs font aujourd’hui l’éloge.
      Enfin, est mise en cause l’évolution de l’histoire elle-même, dans ses formes diverses. Pour les uns, l’histoire traditionnelle, fidèle au récit, esclave du récit, accable les mémoires, en prodiguant sans le moindre souci de les épargner les dates, les noms des héros, les faits et gestes des grands personnages ; pour les autres, l’histoire “nouvelle” qui se veut “scientifique”, qui cultive entre autres la longue durée et néglige l’événement, serait responsable de ces échecs didactiques qui sont de véritables catastrophes, entraînant pour le moins l’oubli impardonnable de la chronologie. Cette querelle des Anciens et des Modernes n’a-t-elle pas bon dos ? Dans un débat qui est de pédagogie et non de théorie scientifique, elle cache les problèmes et les “culpabilités” au lieu de les éclairer.»
      Suite à découvrir soi-même (passage très intéressant pour tous les râleurs à propos des derniers aménagements au lycée) mais mon édition de poche est paresseuse et pas du tout annotée ; le manuel date de 1965. De quand date la préface ? Et de quelle année ce 16 septembre où Mitterrand fait une déclaration ?

    • 13 Septembre 2011 à 18h30

      Pierre Jolibert dit

    • 12 Septembre 2011 à 13h48

      Pierre Jolibert dit

      Je sors de l’écoute de l’émission quotidienne de France-Gauche-Culture. J’ai dû avoir un moment d’égarement, car en l’entendant annoncée, je me suis dit que ça allait être intéressant. La publicité prétendait qu’il allait y être question d’une «querelle des genres» ou du genre. Évidemment, il y a avait en fait deux fonctionnaires experts scientifiques fonctionnaires officiels et une romancière, venus pour tenir un huis-clos confortable avec la journaliste, et se rassurer et rassurer l’auditeur idéal de gauche : oui, nous sommes là, oui nous avons raison d’être ce que nous sommes, oui le progrès existe, oui l’existence de la droite est une absurdité.
      Donc il n’y a pas de querelle. Il n’y a pas de débat. Dans ces conditions, la pétition ou je ne sais quoi des quelques députés de droite contre je ne sais quels manuels de sciences naturelles n’est même pas un défi. Ce qui m’ennuie est que les adversaires, qui n’en sont donc pas, ne me paraissent pas plus capables, en fait, d’ouvrir et d’entretenir eux-mêmes une querelle, ou un débat. La majorité de ce qui s’écrit, lit, commente, ici même, est également, bien souvent, tout sauf la matière d’une véritable querelle. Et il n’est que de voir le début de ce fil notamment. Que faire ?

    • 9 Septembre 2011 à 16h50

      Sophie dit

      “Bref, je suis assez ouvert à toute discussion, même celles qui n’ont aucun sens ou aucun intérêt pratique (ce sont souvent les meilleures).”

      Bien d’accord!

    • 9 Septembre 2011 à 16h17

      Raf104 dit

      J’ai fait des études de philo et j’ai appris à discuter de tout, même de l’évidence. C’est ce que les profs de facs appellent l’apprentissage de la liberté intellectuelle.
      Bref, je suis assez ouvert à toute discussion, même celles qui n’ont aucun sens ou aucun intérêt pratique (ce sont souvent les meilleures).
      Toutefois, je ne m’explique pas comment on peut soutenir un théorie telle que celle du “genre”.
      Evidemment, les théoriciens du verbe vont me traiter de facho ou d’ignorants mais nier l’évidence à ce point est tout de même une performance.

      J’ai une idée : à partir de demain, nous allons interdire à toutes les mamans qui accouchent de demander à leur mari, qui souvent est géographiquement mieux placé autour de la table d’accouchement, si le bébé qui sort est une fille ou un garçon. Il faudra dire “Chéri, sans vouloir influencer notre enfant(e??), as-tu l’impression que dans sa construction personnelle il choisira plutôt le sexe féminin ou masculin ?”

      Je suis d’accord, ce n’est pas une réfutation mais devant de telles stupidités, que faire d’autre que de l’humour ?

      Qu’une théorie pareille se trouve enseignée ou même tolérée dans l’école de nos enfants ne peut à mon sens, n’être que la conséquence d’un lobbying puissant et organisé. Par qui ? Je passe. Cela me rappelle la phrase d’Antoine dans les Tontons flingueurs : « La thèse est osée mais comme toutes les thèses parfaitement défendables ! »

    • 9 Septembre 2011 à 6h32

      Fiorino dit

      Pirate abolir la carte scolaire va de soit avec une abolition des critères d’acceptation des candidatures qui sont discriminatoires. Moi je dit tout simplement que tout ça a marché en Italie, la seule chose c’est que certains collèges des banlieues par exemple sont très peu fréquentés et on été groupés avec d’autres mais alors? C’est toujours mieux qu’être assignés à résidence, après je peux me tromper et puis n’exagerons pas il y a aussi une bourgeoisie africaine ou maghrébine qui envoie ses enfants dans des lycées houpées (voir privés). Pour le film je l’ai vu, le problème c’est que bégaudeau est allé à la télé à insulter le Finkielkraut avec une geule de procureur et à critiquer le gouvernement pour la diminution du nombre d’enseignants. Quant à Cantet il est proche de RESF (celle qui parle de nazisme à chaque expulsion) si ces mecs hypocrites qui font du blés et se permettent de faire la morale à tout le monde vous plaisent c’est très bien pour vous. Moi j’en ai assez, et je pense les français aussi car finalement ce film n’a rien laissé d’intéressant.