Au mariage de la petite Lévy

Des volontaires pour décrocher le caténaire de la mariée ?

Publié le 16 juin 2009 à 11:36 dans Médias

J’étais assise à la table de la cuisine en train de ferrailler avec des carottes et des navets, lorsque mon regard tomba en même temps qu’une épluchure sur un article du Monde1 étalé devant moi : “Julien Coupat va épouser Elisabeth Lévy”. Et ma consœur Raphaëlle Bacqué explique que, le juge interdisant au plus grand terroriste de tous les temps de rencontrer sa douce et tendre, les deux tourtereaux ont décidé de convoler, sacrifiant ainsi “à l’une des plus anciennes institutions bourgeoises, tout en faisant un pied de nez à la justice française”.

Ma première réaction fut de pousser un grand cri. Il me fallait quelqu’un à insulter. Willy rappliqua.

– Non, je ne m’énerve pas, triple buse. Je suis même très calme, sauf qu’Elisabeth Lévy se marie ! Et tu sais quoi ? J’apprends ça dans le journal. Même pas un faire-part. Elle aurait pu me prévenir ! Pas certain que j’aurais fait un cadeau, mais je me serais déplacée pour boire un coup à la santé des jeunes mariés. Et j’aurais pu danser toute la nuit, ivre morte, avec Gil Mihaely, picoler du rhum direct au goulot de la bouteille de Marc Cohen, négocier avec François Miclo le retour de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne. Tout cela se serait fini très tôt le matin, à regarder partir dans Paris endormi les jeunes mariés, montés sur leur Vélib de noces, auquel nous aurions pris soin d’accrocher auparavant des casseroles, des parcmètres ou d’autres Vélib. Et nous aurions vomi en chœur dans le caniveau. Un bien beau mariage.

J’aurais dû me douter de ce qui se tramait à Causeur. Jérôme Leroy et Bruno Maillé avaient préparé leur coup en douce : ils avaient commis quelques articles pour vendre la marchandise à la petite Lévy. Au début, elle s’était montrée récalcitrante. Puis, le temps passant, elle avait fini par s’en convaincre : Julien Coupat est bien mignon. Il est un peu branquignole côté bricolage – il faut le voir la nuit sur les voies ferrées ne pas distinguer une pince monseigneur et une clé de douze –, mais c’est un bien gentil garçon. Et serviable avec ça. Et la petite Lévy a craqué : elle n’a même pas attendu l’été pour aller flirter avec lui à Paris Plage. La corde au cou, sans les sommations d’usage.

Elle allait voir ce qu’elle allait voir. J’étais en train de lui expédier un mail, dans lequel, après avoir dressé le catalogue exhaustif des injures que je connais en français et dans d’autres langues, je lui disais mes quatre vérités. Willy stoppa d’un geste brusque ma main au moment où je m’apprêtais à cliquer sur le bouton “envoi”.

Quoique ne parlant pas un mot de français, il avait déchiffré l’article du Monde et il me le mettait à présent sous les yeux.

– En français Elisabeth, ça s’écrit “Yldune” ?

Voilà, voilà, voilà. Donc, Julien Coupat se marie. On peut s’attendre au pire : le type est résolu. Il aurait pu, à la manière romantique, aller voir sa fiancée à l’abri des regards des policiers et des juges, se faufiler, dès la nuit tombée, dans des venelles obscures, gravir les marches d’un hôtel borgne, pousser une vieille porte en bois et la découvrir, dans cette petite chambre au papier défraichi, nue, belle et offerte comme le prolétariat à la Révolution, et il lui aurait fait l’amour. Vingt, dix, trente fois de suite. Sans trêve ni repos. Chaque soir, le Grand Soir.

Pensez-vous. La clandestinité est d’un conformisme petit-bourgeois. Julien Coupat préfère passer devant Monsieur le Maire. Il y aura les parents, les amis, des témoins. Deux par époux. L’officier d’état-civil récitera les articles de la Loi. On s’échangera les consentements. À la sortie, des amis maos jetteront du riz, criant “Vive la mariée !” et prenant garde à ne pas viser les yeux. Un accident est si vite arrivé. Mais pas un jour comme ça ! Et l’on se retrouvera dans une arrière-salle de bistrot. À la fin du banquet, les jeunes mariés n’attendront pas que soit découpée la pièce montée. Ils s’éclipseront, pressés d’emmieler la lune.

– J’ai une de ces migraines. Je crois que j’ai trop pris de mousseux.
– Moi aussi. On dort ?
– Oui, on dort.

Et le lendemain, ils se lèveront. Ils auront des enfants. Ils vieilliront. Le dimanche, le vieux Julien racontera au cercle de famille sa Bataille du Rail. Comme il l’aura déjà racontée plus de cent fois, on n’y prêtera plus guère attention. Un jour, il ira rejoindre Yldune, au cimetière, là-haut. Ses enfants viendront fleurir sa tombe vingt ans durant. Puis, les visites s’espaceront et on l’oubliera.

Tout cela donne le vertige. Je serais Alain Bauer que je m’inquièterais. Julien Coupat vient d’entrer en possession de l’arme de destruction massive la plus ravageuse : la vie conjugale.

  1. Contrairement à ce qu’affirment les mauvaises langues, la presse ne sert pas qu’à emballer le poisson.

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  • 20 June 2009 à 20h03

    Zyx dit

    La gauche radicale se marie, les homos en rêvent.
    Le conformisme petit bourgeois serait-il devenu du dernier chic contestataire ?

  • 18 June 2009 à 1h15

    xly dit

    On peut déjà prévoir qu’avec toute leur petite progéniture ils prendront le TGV pour partir en vacance, bénéficiant des tarifs avantageux pour famille nombreuse…et de leur compétence ferroviaire.

  • 17 June 2009 à 1h20

    nadia comaneci dit

    Antoninus, les paparazzi et leurs “victimes” sont bien souvent alliés et complices…

  • 16 June 2009 à 23h56

    Pascal Adam dit

    Le mariage aussi est une prison, non ? Il a dû y prendre goût. A sa place, d’ailleurs, j’irais me marier à Saint-Jean-de-Luz.

  • 16 June 2009 à 22h24

    Antoninus Lucretius dit

    Les media nous annoncent que le mariage entre le camarade Julien et la camarade Ydulne, qui devait être célébré aujourd’hui, n’a pas eu lieu au motif “qu’il y avait trop de photographes”.
    “Dans quelques semaines peut être”, nous précisent les media, citant le chef du service de presse de Julien Coupat. (je plaisante..)
    Aïe.
    “Trop de photographes”, c’était le truc à ne pas dire. La phrase qui vient de faire monter d’environ 2.000 pour cent le prix de la photo du mariage. La déclaration qui tue. Celle qui va assurer que des paparazzi, au mariage des Coupat, il y en aura à la pelle.
    Surnommés “les rats”, dans les milieux journalistiques en raison de leur avidité, de leur ruse, de leur totale absence de scrupules et de leur instinct de meute, les paparazzi n’aiment rien plus que de ne pas être les bienvenus quelque part..
    Outre que ce genre d’attitude fait monter les tarifs parfois de façon astronomique, il y a aussi l’attrait du défi, l’amour de la gloire, la tentation de l’interdit.
    Qu’il le veuille ou non, Julien Coupat est désormais versé d’office dans la rubrique pipole. Un mec incapable de saboter proprement des caténaires sans se faire gauler par les gendarmes n’a absolument aucune chance d’échapper aux paparazzi.
    Mais alors là, aucune. C’est sans espoir.
    D’ici peu, parti comme c’est, il pourrait très bien faire la page de couverture de Choc.. “Julien et Ydulne, en amoureux seuls au monde à Saint Barth’. Nos photos exclusives des terroristes les plus glamour du moment..”
    Et ainsi de suite..
    Je vous fais un pari: dans dix ans, l’épicier de campagne révolutionnaire est directeur des ventes chez Hédiard..
    C’est tout ce que je lui souhaite..

  • 16 June 2009 à 21h48

    Ludovic Lefebvre dit

    Je n’aurais jamais dû faire poser un caténaire sur le bras gauche de ma grand tante après son délirium très mince(volontaire), maintenant elle n’arrive plus à atteindre son porte-monnaie pour me donner la pièce.

  • 16 June 2009 à 21h19

    Ludovic Lefebvre dit

    Rackam,

    Où avez-vous vu des “bombes” comme Trudi et Elisabeth sur Meetic ?

    Nous sommes esthètes, élitistes et suffisamment astronomes pour nous être rendus compte que l’univers comptait deux soleils de plus (peut-être que j’en fais trop, là ?).

    Cela me gêne plus encore que vous, mais comment faire autrement ?

  • 16 June 2009 à 21h00

    rackam dit

    Entre ceux qui pleurent parce que l’une des “petites Lévy” se serait mariée, et ceux qui font des déclarations enflammées, on a l’impression de gêner.
    Ce cite est Meetic.

  • 16 June 2009 à 20h40

    Jérôme Leroy dit

    Moi aussi. Vous verrez, c’est bien la stéréo.

  • 16 June 2009 à 20h37

    Trudi Kohl dit

    Aucun problème, Jérôme ! Je vous épouse quand vous voulez. Le seul problème est que Willy ronfle. Il faudra vous y faire.

  • 16 June 2009 à 20h32

    Rotil dit

    @ Jérôme Leroy,

    J’aime bien le “en général”…
    Combien d’étoiles sur l’épaulette ?

    (C’est juste pour de rire…)

  • 16 June 2009 à 20h21

    Jérôme Leroy dit

    Trudi, si je suis mis sous contrôle judicaire, puis-je vous épouser, avec l’accord de Willy, bien entendu. Je suis propre sur moi en général.

  • 16 June 2009 à 17h36

    JC dit

    “Mon dieu JC, quel QI ! et même vos initiales ont “tout du pied de nez” :)”

    Ok, je vois que côté QI, on a le même :-)

  • 16 June 2009 à 16h37

    Rotil dit

    Je joins mes louanges, Trudi, vous méritez une couronne de lauriers.

    Mais quand même, pourquoi “petite” Lévy ?

  • 16 June 2009 à 15h25

    Jérôme Leroy dit

    J’ai connu de plus mauvaises raisons d’utiliser le mariage bourgeois que celle de contourner un contrôle judicaire.
    Sinon, chère Trudi, la simple visualisation de la scène me fait hurler de rire depuis ce matin.

  • 16 June 2009 à 15h20

    expat dit

    @ l’Ours : Micheline : excellent, excellent. Et merci Trudi pour le fou rire.

  • 16 June 2009 à 13h58

    dom dit

    “Julien Coupat vient d’entrer en possession de l’arme de destruction massive la plus ravageuse : la vie conjugale”
    Fulgurant !

  • 16 June 2009 à 13h46

    la borie dit

    ” clé de douze” dans le style de la “clé du champ de tir”…mais cette subtilité a dû échapper à Trudy…

  • 16 June 2009 à 13h37

    eureka dit

    Tru’di’culent comme d’habitude. Chère Madame, continuez s’il vous plait, l’humour fait beaucoup de bien en ce moment.