Appel à la “radicalité” républicaine | Causeur

Appel à la “radicalité” républicaine

Après Paris, Magnanville, Nice, Saint-Etienne-du-Rouvray…

Auteur

Françoise Bonardel
est philosophe et essayiste, professeur émérite de philosophie des religions à la Sorbonne. Dernier ouvrage paru : Antonin Artaud, ou la fidélité à l’infini, Pierre-Guillaume de Roux, 2014.

Publié le 26 juillet 2016 / Religion Société

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(Photo : SIPA.00649140_000004)

L’horreur succédant à l’horreur, on aimerait savoir de toute urgence à quoi vont ressembler les fameux centres de « déradicalisation » promis par les pouvoirs publics, et attendus comme s’ils étaient la panacée face au mal protéiforme qui ronge notre société : à des cellules de dégrisement où les ivrognes ramassés sur la voie publique reprennent peu à peu leurs esprits sous surveillance médicale et policière ? L’islamisme radical n’ayant guère défrayé la chronique pour son apologie de l’ivresse extatique célébrée par les poètes soufis (Hafez de Chiraz, Omar Khayyam), c’est plutôt aux centres de désintoxication qu’on pense spontanément, ouverts aux drogués que leur dépendance aux stupéfiants rend inaptes à toute vie sociale. Aucun toxicomane n’ayant cependant à ce jour commis de carnage collectif, la comparaison se révèle tout aussi inadéquate même si le conditionnement idéologique qui les fait passer à l’acte peut être assimilé à une drogue.

C’est donc vers une « rééducation » complète des individus concernés que l’on s’achemine, sans trop savoir ce qu’on met sous ce mot mais avec la crainte de devoir user des bonnes vieilles méthodes de remise aux normes des asociaux pratiquées dans les régimes totalitaires. Non contents d’être agressés, nous voilà donc contraints par nos valeurs à inventer un système de rééducation dont l’efficacité ne bafouerait pas les principes faisant de nous des êtres humains civilisés. C’est aussi tenir la « radicalisation » pour une forme de maladie, proche de la folie mais susceptible d’être guérie, comme s’il ne s’agissait pas aussi d’un choix de vie. Or, tout en nous refuse d’admettre que se comporter comme des brutes décérébrées puisse être une option personnelle, désastreuse certes mais engageant la responsabilité de qui la fait sienne. Le moment est en tout cas venu pour la République de prouver qu’elle n’est ni une « religion » laïque ni une idéologie parmi d’autres ; et pas davantage un conglomérat d’individus sans plus aucun point commun. Et c’est bien là où le bât blesse.

Comment rééduquer ceux-là mêmes qu’on n’a pas réussi à éduquer…

Alors que l’Éducation nationale n’est plus capable d’endiguer l’illettrisme et les formes diverses de délinquance qu’il suscite, on se demande quelles forces encore vives et inventives vont pouvoir relever ce défi inédit. Comment prétendre rééduquer ceux-là mêmes qu’on n’a pas réussi à éduquer ? Non pas faute de moyens, comme on nous le ressasse pour se dédouaner, mais de convictions et de détermination dont la « radicalité » ne reproduirait pas de manière mimétique celle de nos ennemis déclarés. Tout reste donc à cet égard à inventer, tant quant à la méthode qu’au but ultime recherché. À moins bien sûr — qui ose se l’avouer ? — que l’on soit en fait confronté à une telle incompatibilité des modes de vie et de pensée qu’aucune reprise en main éducative ne parvienne à combler cette disparité. De quel droit le tenterions-nous d’ailleurs sinon pour assurer notre sécurité tout en préservant notre intégrité ?

Un changement de vocabulaire est d’ailleurs perceptible, voulant qu’on parle désormais moins de fondamentalisme que de radicalité, comme pour mieux mettre en exergue la brutalité aveugle et imprévisible des actes terroristes. Mais est-ce la seule raison ? C’est aussi une manière d’évacuer la question du « fondement » réel de l’islam, pourtant sous-jacent à sa radicalité qu’on aimerait bien voir surgir de nulle part, à l’image de ces individus qu’on nous dit s’être radicalisés tout seuls et en vase clos, et à une vitesse telle qu’on ne pouvait rien faire pour déjouer leurs projets meurtriers. La « radicalité » s’attraperait donc comme jadis la peste, et il serait déjà trop tard pour intervenir quand les premiers bubons apparaissent. À supposer qu’il s’agisse bien là d’une de ces « épidémies psychiques » dans lesquelles Carl Gustav Jung voyait le pire fléau des temps à venir, ce n’est pas en nous dessaisissant de notre propre « radicalité » que nous parviendrons à prendre le mal « à la racine » grâce à une clarté de pensée et une fermeté suffisamment inébranlables pour qu’il n’y ait plus lieu d’épiloguer ni de revenir sur ce qui aura été décidé.

Ce ne sont pas d’ailleurs les islamistes qui se disent « radicaux » mais nous qui les qualifions ainsi, au risque de rendre inutilisable un terme désormais associé à un ramassis d’insanités et d’inhumanités. La radicalité n’est pourtant en soi ni une monstruosité ni une obscénité dont tout bon républicain se devrait de dénoncer les dangers sans avoir à examiner la manière dont elle s’exerce et ce pourquoi elle refuse de transiger. S’il est clair que le radicalisme islamique ne nous laisse d’autre choix que de l’éradiquer, sur le sol européen tout au moins, nous n’en avons pas pour autant fini avec le sophisme selon lequel on ne serait « radical » que sous l’effet d’un conditionnement mental interdisant d’être compréhensif, relativiste et finalement laxiste. Comment les Français, aussi rompus à la pensée critique par leur histoire et leur culture philosophique, ont-ils pu laisser se refermer sur eux ce piège grossier, manié par les virtuoses de la propagande mondialiste ?

Autant donc notre vision de la déradicalisation est claire et nette quant au but immédiat recherché – mettre ces fous furieux hors d’état de nuire – autant restent pour l’heure flous les moyens pour y parvenir, à l’image sans doute de notre flottement quant à ce que pourrait, ce que devrait être notre propre « radicalité » républicaine : un sursaut, un ressaisissement, un recentrage sur quelques principes fondamentaux qui n’ont rien d’extrémistes, de passéistes, de fascistes et que sais-je encore. L’homme révolté, écrivait Albert Camus dans les années 1950, est celui qui sait au bon moment et à bon escient dire « non », et dont la volte-face est à soi seule un acte d’insoumission.

Une radicalité aux méthodes qui ne nous déshonorent pas

L’improvisation est, il est vrai, de mise dans une situation sans réel précédent historique, et face à des méthodes de tuerie hors normes au regard desquelles la guérilla semble elle-même relativement codifiée. Mais la question demeure : comment prétendre déradicaliser à coup d’entraînements sportifs, d’entretiens psychologiques et de cours d’instruction civique, sans devoir opposer à la « radicalité » islamique une force d’affirmation républicaine et culturelle avec laquelle on ne pourrait négocier ? Force qu’aucun État ne saurait pleinement incarner si les citoyens ne se l’approprient pas. Ne laissons donc pas à l’ennemi le monopole de la radicalité, mais donnons à celle-ci une tournure, une tonalité, des méthodes qui ne nous déshonorent pas.

Il ne faudrait pas non plus que la « radicalisation » islamique soit l’arbre qui cache la forêt, et nous empêche de voir ce qui derrière elle se profile : une certaine vision du monde délibérément adoptée par des millions d’êtres humains sur Terre, et cela depuis des siècles comme le donnent à penser les récits des voyageurs en terre d’islam bien avant l’islamisme radical. Nous aurons beau trouver cette vision du monde détestable, rien n’empêchera à l’avenir des groupes humains de l’adopter. Va-t-on tous les rééduquer ? Les jeunes hommes qui, convaincus par Allah de leur supériorité de mâles, accaparent les places assises dans les transports en commun, ou l’individu qui agresse des femmes d’après lui trop légèrement vêtues, doivent-ils être eux aussi déradicalisés ? On nous dit que les islamistes n’attendent que ça : une guerre civile qui leur permettrait de rétablir l’ordre, leur ordre. Mais n’est-ce pas faire aussi leur jeu que de se focaliser sur le terrorisme, pour des raisons aisément compréhensibles il va sans dire, tandis que se banalisent de telles pratiques ? Ils nous l’ont pourtant bien dit, que les attentats deviendraient inutiles quand l’Europe serait islamisée !

Car ces gens-là se moquent éperdument de susciter la haine de leurs victimes, qu’ils méprisent assez pour juger dérisoires leur douleur et leurs gestes mémoriels.  Seules compte à leurs yeux l’efficacité de l’action accomplie (nombre de morts), et la démoralisation des mécréants doublés de bouffons qu’à leurs yeux nous sommes. Les priver d’une haine vengeresse est un coup d’épée dans l’eau, salutaire seulement pour qui se guérit ainsi du ressentiment qui pourrirait sa vie. Tel était déjà l’objectif de la purification (catharsis) opérée par la tragédie chez les Grecs. Pourquoi d’ailleurs les haïrions-nous si ce sont des psychopathes que la déradicalisation devrait rendre à peu près normaux ? Un gros travail reste donc à l’évidence à faire pour convaincre les plus scrupuleux ou les plus timorés d’entre nous qu’il n’y a de meilleur antidote à la haine collective qu’une radicalité républicaine sûre de son droit et de son fait, assortie d’une bonne dose de courage. Et si c’était ça qui nous faisait le plus cruellement défaut.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 28 Juillet 2016 à 20h42

      beornottobe dit

      “République-Haine” selon les socialistes…… (c’est un prêté pour un rendu….)

    • 28 Juillet 2016 à 10h27

      cachalotm dit

      Article intéressant mais peu opérationnel. Mon commentaire s’attache surtout à un court passage:
      “Il ne faudrait pas non plus que la « radicalisation » islamique soit l’arbre qui cache la forêt, et nous empêche de voir ce qui derrière elle se profile : une certaine vision du monde délibérément adoptée par des millions d’êtres humains sur Terre, et cela depuis des siècles” (commentaire 1, Oui c’est le passage le plus fort de cet article. Et c’est sur cette donnée que nous devons réfléchir pour le long terme. C’est-à-dire après avoir traiter le court terme : la lutte contre DAESH et son recrutement des faibles d’esprit chez nous).
      “comme le donnent à penser les récits des voyageurs en terre d’islam bien avant l’islamisme radical”. (commentaire2, Non ce n’est pas le récit des voyageurs qui nous le prouve mais bien l’étude de l’Histoire : L’invasion de l’Occident, Poitier et Charles Martel, la reconquète espagnole, les croisades, Lépante, l’empire Ottoman, la prise d’Alger, le formidable apport de Mustapha Kémal Attaturk en voie de liquidation).

    • 28 Juillet 2016 à 9h05

      Hannibal-lecteur dit

      Françoise  Bonardel cause bien, cause beaucoup …pour dire …peu!
      Elle le démontre elle-même, voir le sous-titre : ” comment rééduquer ceux qu’on n’a pas pu éduquer ?” Question dont la réponse est claire et ėvidente, mais elle la fuit et la délaye dans des considérations intellectuelles sans efficacité : car cette rééducation est tout simplement impossible.
      Puisqu’elle s’intėresse à la radicalité, en effet c’est bien à la racine qu’il faut agir, c’est-à-dire au contenu du Coran. Pas question bien sûr de souhaiter corriger le texte lui-même, car ce serait susciter la révolte d’une infinité de croyants, ce qui n’est pas l’objectif. Non, simplement déclarer par la loi l’incompatibilité de certaines injonctions du Coran avec les lois de la République. Expliquer pour justifier une telle décision le passage nécessaire de la chose au symbole. Le retard de civilisation du musulman ordinaire est en effet dans l’égorgement rituel du mouton qui reste matériel au lieu d’étre sublimé. Retard de civilisation, simplement. Qui peut se corriger par la loi, dans notre République. Sublimation indispensable de l’appel au meurtre de l’incroyant. Utopique?

    • 28 Juillet 2016 à 4h46

      Livio del Quenale dit

      n’importe quoi!
      une radicalité contre une autre radicalité :o(
      ce sont deux extrêmes qui vont s’affronter dans le discours que je viens de lire (en travers) tant cet esprit hors sol nie la réalité des faits et prône un humanisme dénaturé et niaiseux. 

    • 27 Juillet 2016 à 21h46

      persee dit

      En effet l’analyse des experts et autres sociologues ou politiques est bidon. Par exemple si les psychiatres disent qu’il est difficile de diagnostiquer la schizophrénie des troubles bipolaires parce que très souvent les symptômes sont les mêmes , nous ce que l’on peut voir c’est que les gens ne vont pas bien, et qu’ils ne peuvent pas aller bien avec des croyances pareilles . la radicalité est déjà dans le texte du coran les musulmans vivent dans leur névrose,le minimum syndical ils s’habituent et le passage à la psychose (pratique assidue, la totale ) est légitimé aussi par le Coran . Le résultat est inévitable . Doit on les protéger d’eux-mêmes malgré eux ? Je fatigue ,

    • 27 Juillet 2016 à 19h24

      himavat dit

      Pour plus de précisions:
      vôtre fondateur
      vous l’ avez foutu dehors
      dédiabolisés?

    • 27 Juillet 2016 à 12h48

      Robert39 dit

      J’espère, encore une fois, que tous les commentateurs de Causeur ne voteront pas pour le parti qui a tout anticipé depuis 40 ans. Continuons de respecter les abominables festivités en cours. Tout sauf FN.

    • 27 Juillet 2016 à 11h27

      cchc dit

      Quel charabia cet article! Vous auriez pu faire plus court et plus clair et moins “vous faire plaisir”.

      • 27 Juillet 2016 à 13h30

        AZALAÏS dit

        L’islam dans son fondement même ( Coran, sa loi et la vie de son prophète … Parole d’Allah ) , est incompatible avec nos valeurs universalistes ! Si pas de soumission à ces valeurs , allez voir ailleurs ! !! Bon voyage dans votre temps ( 7° siecle ) et dans un autre espace ! …
         C’est clair ?  

      • 27 Juillet 2016 à 13h48

        plouc dit

        pourtant moi je l’ ai trouvé très clair et très juste !

      • 28 Juillet 2016 à 4h53

        Livio del Quenale dit

        oui le texte parait clair , “lumineux” comme j’ai pu lire et mais en disant des niaiseries. 
        On dit de ce genre que ce sont des sophismes :
        c’est à dire des raisonnements faux qui ont l’apparence d’une vérité. 

    • 27 Juillet 2016 à 10h32

      GLOCK dit

      Le choix de servir l islam doit être reconnu par nous comme une trahison à notre nation et en temps de guerre les traitres sont passés par les armes. L ennemi intérieur qui rejoint les cohortes étrangères et qui veut notre destruction ne mérite pas de pseudos centres de pseudos ré éducation , on peut aller plus vite que ça en exterminant la vermine physiquement.nous aurons après son éradication tout loisir de disserter sur les bienfaits de l éducation en milieu salafiste.

      • 28 Juillet 2016 à 5h19

        Livio del Quenale dit

        Oui, et ça remplacerait avantageusement les lois taubireuses, fallacieusement destinées à décharger les prisons, question de salubrité publique (et d’économies).
        -
        Droit de l’homme ? oui pour les hommes et femmes qui en sont dignes et qui le méritent. Mais pas pour des bêtes fauves bourrées de drogues chimiques et psychobiologiques .
        -
         Il faut arrêter de dire que ce sont des malades, ce sont des tordus qui se complaisent dans cet état. Sans quoi ils se reprendraient.
        D’ailleurs voyez comme ils se gaussent des centres de dé-radicalisation et de leurs méthodes surannées, ils s’y plient pour mieux tromper le cynique et naïf gros François la teinture et nos juges craintifs et nigauds.
         –  

    • 27 Juillet 2016 à 9h49

      Pom’ Pot dit

      Les vocables “modéré” et “radical” sont eux-mêmes étonnants. Il n’y a pas un Islam modéré et un Islam radical. Il n’y a qu’un seul Islam.

      Ah. Certes. L’Interprétation. Peine perdue: la clarté des versets du Coran est évidente et laisse peu de marge d’interprétation.

      Nous avons un problème majeur de conception religieuse en Occident. Notre socle judéo-chrétien implicite est doté de principes que nous avons transposé hâtivement à l’Islam.

      Mais le Coran raconte peu d’histoire comme la Bible; il établit des valeurs intransigeantes. Par sa vie et ses actes, le prophète n’a rien à voir avec Jésus Christ. Et la pratique fondamentale et traditionnelle de dériver une loi de société comme la Charia est unique.

      Il est de la plus haute importance d’avoir noté que la terminologie “modéré / radical” vient de l’Occident. Elle a pu être dénoncée dans le monde arabo-musulman comme une volonté occidentale de semer la discorde parmi les musulmans. Se tablant sur cette -sur notre!- dichotomie, ces critiques ont pu qualifier qu’être radical, c’est être véritablement musulman.

      Nous devrions nous aussi confronter les notions islamiques. En tête de liste “Oumma” car quel autre terme véhicule mieux la notion de suprématie islamique? Suivi par la dichotomie Dar al-Islam et Dar al-Harb, respectivement la Maison de l’Islam et la Maison de la Guerre.

      Les tristes sires de mon acabit sont vus comme islamophobes. Or la dichotomie n’est pas de mon fait. Mais la discussion devient alors périlleuse car on ne peut plus se contenter de pâmoison victimaire et des bons sentiments quand tout le monde, musulmans en tête, condamne les violences.

      Car ce n’est jamais que condamner les moyens. Quid de la fin: l’Oumma?

      La dichotomie modéré/radical rejette les musulmans du débat en éclipsant la dichotomie des Maisons. Elle rejette aussi que la réalité du halal et du haram est fluctuante suivant la Maison. Beaucoup de choses, ah, radicales, deviennent halal dans la Maison de la Guerre…