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Questions sur Nice

Essaye-t-on d’étouffer la vérité ?

Auteur

Jacques Sapir
est économiste, spécialiste de la Russie.

Publié le 25 juillet 2016 / Politique Société

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Bernard Cazeneuve et François Hollande lors de la minute de silence observée dans la cour du ministère de l'Intérieur à Paris (Photo : SIPA.00764822_000005)

La polémique autour de l’attentat de Nice vient de rebondir après les déclarations au Journal du Dimanche de la responsable de la police municipale1, et la réaction, extrêmement (et anormalement) violente du ministre de l’Intérieur qui menace cette personne d’un procès en diffamation2. Cela déplace les questions que l’on pouvait raisonnablement se poser sur le terrain politique. Y-a-t-il une tentative du ministre de l’Intérieur d’étouffer les interrogations légitimes que l’on peut avoir au sujet des conditions de sécurité ayant entouré le feu d’artifice du 14 juillet ? Il convient de bien préciser ce dont il est question.

I) Les faits

Rappelons ici que c’est le journal Libération qui a lancé le débat dans un article du 21 juillet3. Or, il apparaît que seuls 2 policiers municipaux assuraient le contrôle du périmètre au point où le camion du meurtrier est entré dans la partie piétonne de la Promenade des Anglais et ceci contrairement au communiqué du 16 juillet du ministre de l’Intérieur qui dit : « La mission périmétrique était confiée pour les points les plus sensibles à des équipages de la police nationale, renforcés d’équipages de la police municipale. C’était le cas notamment du point d’entrée du camion, avec une interdiction d’accès matérialisée par le positionnement de véhicules bloquant l’accès à la chaussée. Le camion a forcé le passage en montant sur le trottoir4. »

De plus, aucune chicane en béton susceptible d’arrêter, ou du moins de ralentir, le camion du terroriste n’était déployée, ni à cet endroit ni 370 mètres plus loin, là où se trouvait la patrouille de 4 hommes de la police nationale. Or ces chicanes sont des instruments standards tant de la police municipale que de la police nationale.

Dès lors se pose la question de savoir pourquoi une telle chicane n’avait pas été déployée. Si la mairie de Nice ne l’a pas décidée (ce qui est une faute grave) pourquoi le préfet des Alpes-Maritimes, qui est l’autorité de dernière instance en matière de sécurité d’événements publics, n’a-t-il pas exigé que cela soit fait ? Le préfet avait autorité pour interdire cet événement s’il considérait que les conditions de sécurité n’étaient pas remplies. S’il ne l’a pas fait, cela signifie qu’il considérait les conditions de sécurité comme « suffisante ». Il porte donc une responsabilité directe dans le drame qui s’est déroulé. Sa démission s’impose.

II) Les témoins

Que dit maintenant la responsable de la vidéosurveillance de Nice5 : « Je me rappellerai toute ma vie de cette heure-là : 22h33. J’étais devant les écrans du CSU avec les équipes. Nous recevons alors des policiers municipaux positionnés sur la promenade le signalement d’un camion fou. Nous récupérons tout de suite son image à l’écran et nous demandons son interception. Le camion était lancé à 90 km/h, sans phares, sans qu’on l’entende à cause du bruit. Il contourne le barrage de la police municipale. Les équipes n’ont pas pu l’arrêter. On ne crève pas les pneus d’un 19 tonnes avec un revolver! À ce moment-là, d’autres policiers municipaux sont en civil dans la foule, qui se retrouvent face à lui. S’ils avaient été armés comme nos collègues de la police nationale, une de nos revendications, ils auraient pu le stopper. Le poids lourd se retrouve finalement face aux policiers nationaux, qui tirent et le neutralisent. Il est 22 h 34. »

Notons que si des tirs d’armes de poing sont effectivement inefficace sur les pneus du camion, ils peuvent toucher le moteur, le mettre hors d’usage, et surtout tuer le conducteur. Nous avons ici un indice que la police municipale n’était pas préparée psychologiquement ni matériellement à ce type d’intrusion. Cela confirme que ce scénario n’avait pas été envisagé, en dépit de précédents. Mais il n’était pas envisagé non plus par la police nationale, et le préfet ! Quand on lui pose la question « Étiez-vous préparée à une telle attaque ? », elle répond : « J’avais dispensé à mes équipes des formations pour détecter les comportements suspects et savoir réagir en cas d’attaque terroriste. Heureusement ! Le camion est repéré vingt secondes après son entrée sur la promenade par la police municipale. Il n’y a pas un moment où, à l’écran, mes agents vont le lâcher. Je suis sidérée par les accusations sur notre travail, sur le fait que nous ne l’ayons pas détecté en amont lors de ses repérages sur la Promenade les jours précédents. Ce soir-là, le terroriste est neutralisé en une minute, contre deux heures au Bataclan – je suis désolée pour la comparaison malheureuse. Nos équipes ont été incroyablement réactives, pleines de sang-froid alors qu’elles ont vu et subi l’horreur. Il faudrait leur dire merci. » Si les équipes de la police municipale ont effectivement été réactives, ce type d’attentat n’avait cependant pas été anticipé. Très clairement on s’attendait à une bombe, ou qu’un terroriste actionne une ceinture explosive mais pas à l’attaque à l’aide d’un véhicule alors que l’on sait que c’est une tactique possible, et qu’elle a été déjà utilisée en France. Et c’est là le problème mettant en cause tant les autorités municipales que le préfet.

III) Une tentative d’étouffer la vérité ?

Venons-en maintenant à la partie « politique » qui met en cause directement le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve. Il est clair qu’il y a de sérieuses différences entre ce que dit le ministère de l’Intérieur et la réalité. La responsabilité du préfet n’est pas reconnue. De plus, la demande de la justice et de la Sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (SDAT), qui réclament donc l’effacement complet des enregistrements pris entre le 14 juillet 22h30 et le 15 juillet 18 heures pour toutes les caméras ayant une vue sur la scène de l’attentat dans le souci (respectable) « d’éviter la diffusion non contrôlée de ces images » et en particulier le risque que ces images ne soient utilisées sur des sites djihadistes6 apparaît comme surprenante. Ces images sont sous séquestre et ne peuvent être utilisée que par la justice. Est-on en présence, comme le dit l’avocat de la Ville de Nice Philippe Blanchetier, dans une déclaration à l’agence Reuters7, d’une « réquisition aux fins d’effacement de preuves (…). L’argument avancé de risque de fuite ne tient pas » ?

Dans ce contexte, si ce que dit la responsable de la vidéosurveillance, Sandra Bertin, policière municipale et secrétaire générale du Syndicat autonome de la fonction publique territoriale (SAFPT) de Nice, est vrai. Soit : « Le lendemain des attentats, le cabinet du ministre de l’Intérieur a envoyé un commissaire au CSU qui m’a mise en ligne avec la Place Beauvau. J’ai alors eu affaire à une personne pressée qui m’a demandé un compte rendu signalant les points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité. Je lui ai répondu que je n’écrirais que ce que j’avais vu. Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m’est pas apparue sur les vidéos. Cette personne m’a alors demandé d’envoyer par e-mail une version modifiable du rapport, pour “ne pas tout retaper”. J’ai été harcelée pendant une heure, on m’a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n’ai pas vues à l’écran. À tel point que j’ai dû physiquement renvoyer du CSU l’émissaire du ministère ! J’ai finalement envoyé par e-mail une version PDF non modifiable et une autre modifiable. Puis, quelques jours plus tard, la sous-direction antiterroriste m’a demandé d’effacer les bandes des six caméras que j’ai mentionnées dans mon rapport, celles qui ont filmé la tuerie8 », l’affaire devient très grave. Le principe « le Prince couvre le sujet » s’applique. Il impose la démission du ministre de l’Intérieur M. Bernard Cazeneuve.

Au-delà, les réactions du gouvernement apparaissent pour le moins curieuse, et la déclaration de Jean-Marie Le Guen9 (« Si un certain nombre de journalistes, de commentateurs, de responsables politiques mettent en cause le fonctionnement de la justice et des services administratifs de l’État, alors c’est une thèse qui est extrêmement dangereuse pour la démocratie. ») pose un véritable problème de morale et de politique. Une commission d’enquête parlementaire s’impose. Ses conclusions, si elles confirmaient que l’on est en présence d’une tentative organisée d’étouffer la vérité, devraient entraîner la démission de l’ensemble du gouvernement.

Retrouvez cet article sur le blog de Jacques Sapir.

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

  1. http://www.lejdd.fr/Societe/La-policiere-responsable-de-la-videosurveillance-a-Nice-accuse-le-ministere-de-l-Interieur-798751
  2. http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/07/24/nice-cazeneuve-porte-plainte-pour-diffamation-apres-les-accusations-d-une-policiere-municipale_4974023_1653578.html
  3. http://www.liberation.fr/france/2016/07/20/securite-a-nice-370-metres-de-questions_1467531
  4. Cité d’après Libérationhttp://www.liberation.fr/france/2016/07/20/securite-a-nice-370-metres-de-questions_1467531
  5. http://www.lejdd.fr/Societe/La-policiere-responsable-de-la-videosurveillance-a-Nice-On-m-a-mise-en-ligne-avec-le-ministere-de-l-Interieur-798793
  6. http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/07/22/la-justice-ordonne-a-la-ville-de-nice-de-supprimer-les-images-de-l-attentat-la-mairie-refuse_4973376_3224.html
  7. http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN1020UJ
  8. http://www.lejdd.fr/Societe/La-policiere-responsable-de-la-videosurveillance-a-Nice-On-m-a-mise-en-ligne-avec-le-ministere-de-l-Interieur-798793
  9. http://www.bfmtv.com/politique/attentat-de-nice-pour-jean-marie-le-guen-critiquer-l-etat-est-dangereux-pour-la-democratie-1009413.html

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    • 27 Juillet 2016 à 17h32

      thd o dit

      Pour l’IGPN, la réponse est non :

      http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/07/27/97001-20160727FILWWW00240-attentat-de-nice-le-dispositif-de-securite-n-etait-pas-sous-dimensionne-selon-l-igpn.php
      “les polémiques sur le dispositif mis en place sont le fruit d’une mauvaise compréhension, a déclaré mercredi la directrice de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN)
      (…)
      Les interlocuteurs de l’IGPN, qui ont livré des informations “en toute transparence, (…) vivent très mal les polémiques, comme des mises en cause injustifiées”"

      Mais bon, j’imagine que les complotistes penseront qu’elle est en service commandé.

      • 27 Juillet 2016 à 18h36

        durru dit

        Mieux encore: “Pour un événement qui n’était pas exceptionnel (…) sans connaissance de menaces particulières, le service d’ordre n’était pas sous-dimensionné”.
        Ben oui, 30 000 personnes c’était largement moins que l’affluence habituelle de la fan zone, par exemple. Et le Président venait d’annoncer la fin de l’état d’urgence. Circulez, y’a rien à voir. Même les victimes tiennent de la théorie du complot.

    • 27 Juillet 2016 à 15h07

      la pie qui déchante dit

      arrêtez d’épiloguer :

      l’explication est là :

      Interrogé par un journaliste italien, Luca Steinmann (Il Giornale), suite à l’attentat islamiste du 14 juillet, Abdelkader Sadouni, prêcheur sunnite du centre-ville de Nice, déclare : « S’il y a des attentats, c’est la faute de la laïcité des Français. ».

      Et de nous expliquer que les lois laïcistes provoquent des réactions, certes inadmissibles, mais compréhensibles chez certains musulmans sans doute mal formés.

      • 27 Juillet 2016 à 15h19

        thd o dit

        Avez-vous enfin trouvé la Voie ?

        (la Voie qui mène à la science des balises de fin dans les passages en italique, bien sûr).

    • 27 Juillet 2016 à 12h35

      Bleuet4106 dit

      Sur la place Massena il n’y avait que 4 soldats en “prévention ”
      Sur la Promenade je n’y ai vu que des municipaux!
      Je n’incrimine pas les policiers nationaux (ils obéissent aux ordres !) puisqu’ils sont intervenus tard trop tard , ils ne sont coupables de rien eux! 
      Ne mettons pas contre les uns les autres municipaux et nationaux ils font leur job comme ils peuvent avec les moyens qu’ils ont .
      Lundi jour du recueillement des CRS des soldats des nationaux il y en avait mais c’était le 14 qu’ils auraient dû être là mais il est vrai que ni Valls ni Cazeneuve n’étaient la Eux!!!!!
       

    • 26 Juillet 2016 à 19h05

      clorouk dit

      Voilà un ensemble de faits qui laisse peu de place au doute. Le préfet, sur place; l’administration, à Paris; le ministre de l’Intérieur, partout où il va; sont collectivement coupables d’une tentative de minimiser leur responsabilité dans le drame du 14 juillet. Si la justice, d’une façon ou d’une autre, n’apporte pas une complète et parfaite explication de ces faits troublants, le gouvernement dans son ensemble n’a plus aucune légitimité et doit prendre de longues vacances. Au moins jusqu’à la fin du mandat du président qui l’a nommé.

    • 26 Juillet 2016 à 17h42

      persee dit

      En Corse territoire odieusement “facho”(il y a deux jours) six prédicateurs musulmans ont été priés de quitter l’île rapido; Vous voyez que l’on peut agir s’il le faut .

      • 26 Juillet 2016 à 18h59

        clorouk dit

        Priés par qui? Et avec quelle sanction (menace?) à la clé?
        Précision: je ne désapprouve pas par principe la mise à l’écart de prédicateurs musulmans hostiles à La Corse, à la France et aux Français. La mesure me parait même naturelle et salutaire.

      • 26 Juillet 2016 à 20h21

        Sancho Pensum dit

        Ils ont débarqué où ? A Marseille ?

      • 27 Juillet 2016 à 15h13

        la pie qui déchante dit

        en Corse aussi , pour répliquer à l’agression de pompiers attirés dans un guet apens dans une cité , 300 ou quatre cent corses ont investi ladite cité ….

        Ca n’a pas bronchés …

        pardon : les Corse ont eut un rappel à l’ordre

    • 26 Juillet 2016 à 16h06

      Patrice Lucchini dit

      M. Cazeneuve doit démissionner ainsi que le Préfet en attendant le résultat de la commssion d’enquête qui ne doit pas manquer d’être convoquée. Quant à M. Vals , la décence voudrait aussi qu’il cesse de soutenir Cazeneuve et présente la démission de son gouvernement. Depuis 2015 c’est plus de 230 morts et des centaines de blessés que la France doit déplorer. Ce matin encore un prêtre est égorgé dans son église. Il faut désigner l’ennemi : l’islam, et le combattre avec tous les moyens dont dispose l’Etat, fermer les mosquées salafistes, expulser les imams qui prêchent des “valeurs” contraires à celles de la République lorsqu’ils sont étrangers (l’imam de Brest par exemple dont la mosquée, “l’école” et l’association fonctionnent toujours sous sa direction. Détention immédiate de tous les fichés S pour sympathie islamiste, autorisation du tir à vue en cas d’action terroriste ou de suspicion d’action en cas de refus d’obtempérer, interdiction d’entrée sur le territoire de tous les prédicateurs musulmans etc.

      • 26 Juillet 2016 à 22h18

        himavat dit

        le verbe démissionner a semble-t’il disparu du vocabulaire
        chez les socialistes français c’est, il est vrai, une glorieuse tradition
        rappelons-nous le sang contaminé

        quant aux imams étrangers, il existe probablement suffisament de lois poour les renvoyer à l’ éxpéditeur

        et:
        nationalisation des biens qataris en France (pour voir, comme au poker)

        • 26 Juillet 2016 à 22h45

          durru dit

          Pour les qataris, les liens avec les entreprises terroristes devraient suffire comme argument. Comme Renault après la guerre: collaboration = nationalisation. C’est simple, il suffit de le vouloir.
          Les sous reçus par la famille du tunisien de Nice quelques jours avant l’attentat devraient être suivis à la trace. Et dans les autres cas, pareil. C’est pas les preuves qui manquent, dans l’absolu.

        • 26 Juillet 2016 à 22h49

          himavat dit

          si mes souvenirs sont bons la banque à une obligation de signalement
          j’ en était à 3000 €

          le tracking de SWIFT c’ est juste pour les ricains?