Nice, le 14-Juillet et l’outrage au drapeau | Causeur

Nice, le 14-Juillet et l’outrage au drapeau

Souvenez-vous, c’était en 2010…

Auteur

Jérôme Serri
Collaborateur parlementaire, journaliste au magazine "Lire", ancien directeur du Fonds régional d’art contemporain d’Ile-de-France.

Publié le 20 juillet 2016 / Politique Société

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La Promenade des Anglais le 17 juillet (Photo : SIPA.AP21923331_000002)

Chaque fois que les islamistes frappent, leur cible n’est pas anodine : des militaires à Montauban, une école juive à Toulouse, la rédaction d’un journal satirique, un Hyper Cacher, le Stade de France, des terrasses de bistrots, une salle de concert, un représentant de l’ordre public et sa compagne et, pour finir, une célèbre station balnéaire contribuant depuis toujours au rayonnement de notre mode de vie dans le monde. Ce qui était visé cette fois-ci, était une ville emblématique de vacances, une ville de grand tourisme, la deuxième après Paris, mais également une date, celle du 14-Juillet, de la fête nationale, du jour où les Français commémorent à la fois la prise de la Bastille qui allait mettre fin à la monarchie absolue et la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 qui se voulut la fête de la réconciliation et de l’union nationale de tous les citoyens.

Le 14 juillet 2016 restera dans nos mémoires le jour noir de la fête nationale. La ville de Nice et le pays tout entier en porteront longtemps la cicatrice. Nice, la « victorieuse » ! Terrible ironie de l’étymologie « Nikaia » ! Mais sa première défaite ne date pas de ce 14-Juillet d’épouvante. Souvenez-vous, c’était en mars 2010 ! Le journal gratuit Metro publiait le texte suivant : « Les lauréats du Marathon de la photo Fnac de Nice ont été désignés hier. Le jury de professionnels a décerné son “coup de cœur” à l’image de Frédéric Laurent, dans la catégorie “Politiquement incorrect”.  » Et le journal, qui tirait à l’époque à 700 000 exemplaires, publiait la photo d’un jeune homme de dos, pantalon baissé, qui se torchait avec le drapeau français.

Le photographe et son complice oseraient-ils aujourd’hui se présenter devant les Français ? Les membres du jury auraient-ils le courage d’affronter le regard des blessés et des familles meurtries ? Devant l’afflux des protestations d’adhérents qui renvoyaient leurs cartes, le directeur de la Fnac dut faire retirer la photo primée. Ce manager était sans doute ce que l’on appelle un progressiste, un homme de son temps dont la conscience républicaine avait depuis des années —mondialisation oblige  — capitulé devant l’urgence économique, un homme qui ne connaissait dans son magasin que des consommateurs et n’avait jamais imaginé que pussent se présenter à ses caisses également des citoyens. Car ce n’est pas sa conscience qui lui dictait sa décision, mais la crainte d’un bilan annuel en baisse. La conscience était du côté des protestataires. Lui se contentait de gérer… à l’ombre de la liberté d’expression.

Il fallut aussi attendre la protestation du président de l’Union des Français de l’Etranger pour qu’un sénateur interpelle le gouvernement. Six semaines se sont écoulées entre la publication de la photo et l’interpellation du ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire. Six semaines durant lesquelles la représentation politique de nos territoires n’a pas bronché. Relire le compte rendu de la séance dans le Journal officiel est édifiant. Le chahut qui règne dans l’hémicycle, les piques que se lancent les parlementaires, les sous-entendus par lesquels on lève le voile sur le petit calcul électoraliste du concurrent, tout cela est rétrospectivement détestable et mériterait d’être pétri par les mains vengeresses d’un Daumier sculpteur.

« Cette photo est considérée par la jurisprudence comme une “œuvre de l’esprit”. »

Finalement le gouvernement publia le 21 juillet 2010 un décret condamnant l’outrage au drapeau. Mais un an plus tard, à la suite d’un recours en annulation de la Ligue des droits de l’homme, le Conseil d’État neutralisa ce décret en précisant que ce texte n’avait pas pour objet de réprimer les outrages « qui reposeraient sur la volonté de communiquer, par [ces actes], des idées politiques ou philosophiques ou feraient œuvre de création artistique ». Le Conseil d’État en recadrant ainsi le décret donnait raison au ministre qui, un an plus tôt, avait apporté au sénateur qui l’interpellait la réponse suivante : « En l’état actuel du droit, il est improbable que nous puissions sanctionner ce type d’outrage. Cette photo est considérée par la jurisprudence comme une “œuvre de l’esprit”. » Finalement absout, le photographe pouvait poursuivre son petit bonhomme de chemin et concourir désormais dans une catégorie qu’il aurait été plus juste d’appeler « Politiquement correct ».

Pendant que d’irresponsables jurés ont des coups de cœur devant d’indigentes photos, que des élus désolants se chamaillent comme des enfants dans les jupes de Marianne, que la Ligue des droits de l’homme se trompe de fascisme et crie une fois de plus au loup, les théoriciens de l’islamisme radical, qui ont repéré le talon d’Achille des démocraties, lancent leurs sanglantes opérations.

Aussi tous ces gens, élus en tête, devraient-ils méditer cette déclaration de Thomas Mann de 19351 : « Tout humanisme comporte un élément de faiblesse, qui tient à son mépris du fanatisme, à sa tolérance et à son penchant pour le doute, bref, à sa bonté naturelle et peut, dans certains cas, lui être fatal. Ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est un humanisme militant, un humanisme qui découvrirait sa virilité et se convaincrait que le principe de liberté, de tolérance et de doute ne doit pas se laisser exploiter et renverser par un fanatisme dépourvu de vergogne et de scepticisme. »

Attentats de Nice et Saint-Etienne-du-Rouvray, par magazinecauseur

  1. Tomas Mann, Europe, prends garde ! in Les exigences du jour, Grasset, 1976, p. 256. Cité par Alain Finkielkraut, in Les battements du monde, dialogue avec Peter Sloterdijk, Pauvert, 2003, p. 185.

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    • 25 Juillet 2016 à 16h11

      beornottobe dit

      C’est même la preuve que Sarkosy (du temps de sa gloire) n’a fait QU’AJOUTER aux élucubrations de la Gauche qui est venue ensuite!!!!!!
      CQFD

    • 25 Juillet 2016 à 16h08

      beornottobe dit

      “Souvenez-vous, c’était en 2010″……
      et RIEN n’a changé ! ça s’est même aggravé!…..

    • 23 Juillet 2016 à 10h48

      plouc dit

      le ” jeune homme ” qui se torchait le derrière avec un drapeau français , n’ était ce pas l’ oeuvre d’ un maghrébin ???? ne doit on pas considérer ce geste comme xénophobe , guerrier et raciste ???????
      imaginons le scénario inverse ou un vrai français se torcherait le derrière avec un drapeau marocain par exemple !!!!!!!!!
      je n’ ose pas imaginer alors les réactions !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

      • 25 Juillet 2016 à 16h13

        beornottobe dit

        Demandez aux “juges”……. ils vous répondront tous : NON! ce n’est pas la même chose!…..
        AUTREMENT DIT : ayez confiance totale en les juges……..

    • 23 Juillet 2016 à 10h45

      jojo31120 dit

      Nous sommes gouvernés par des incapables qui ne cherchent qu’a détruire notre identité, notre culture et faire de la France un pays cosmopolyte du tiers monde…

      • 25 Juillet 2016 à 17h40

        beornottobe dit

        et tous les ressortissants (es) des “tiers-mode’ veulent venir en europe !……
        ne trouvez-vous pas “ça” bizarre?………..

    • 22 Juillet 2016 à 15h40

      Euphrosine dit

      Merci, Monsieur, pour cet article. J’ai, sur mon bureau, dans une chemise, la photo du “dit se torchant avec le drapeau français”, en 2010.
      avec quelques amies nous avons protesté, écrit au Directeur de la FNAC de Nice, lequel nous a d’ailleurs répondu. Mais je ne connaissais pas le déroulement des polémiques qui ont eu lieu en France à propos de cet “incident”. En vous lisant on mesure mieux jusqu’où notre démocratie est descendu, ce qu’elle est réellement, c’est à dire, je le crains, hors d’état de se défendre dans la guerre que nous devons mener désormais. Bien à vous.

    • 22 Juillet 2016 à 9h11

      Livio del Quenale dit

      Il faut bien trouver un semblant de cohérence naïve, rudimentaire d’attardé à ces actes de barbarie sans nom.
      -
      Il parait qu’il ne faut pas faire d’amalgame… cependant force est de constater qu’il n’y a pas d’occidentaux dans toutes ces œuvres perverses et “hautement stratégiques”, mais seulement des arabes (musulmans ou pas) y compris dans les complices. Difficile, au moins, de ne pas en faire un théorème, malgré les exceptions qui confirment en souterrain.

    • 21 Juillet 2016 à 15h54

      chouette13 dit

      C’est comme cela que certains se croient tout permis et multiplient les provocations. Si d’aventure quelqu’un condamne, il se fait traiter d’islamophobe ! A quand le réveil de tous pour” combattre”par les mots les maux que nous venons de vivre sans haine mais avec courage pour le bien de tous.