Assayas : Carlos sans fard

Filmer n’est pas louer

Publié le 25 juillet 2010 à 14:31 dans Culture

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Edgar Ramirez

Edgar Ramirez incarne Carlos à l'écran.

MK2 Odéon, fin de dimanche après-midi dans un Paris qui se vide. Quelques amis contributeurs et lecteurs de Causeur se dirigent à reculons vers la dernière superproduction des studios Canal : Carlos. A priori il y a tout à craindre d’un film consacré au terroriste le plus fantasque de ces trente dernières années.

Un biopic qui évite les pièges du genre

Et pourtant, le biopic d’Olivier Assayas évite magistralement tous les pièges du genre. À l’inverse du tandem Richet-Cassel qui accoucha de la souris Mesrine, Carlos nous montre un criminel humain, trop humain, sans céder un quart de plan à la tentation de l’héroïsation ni tomber dans l’excès inverse de la moraline compassionnelle. Ici, le suspense haletant dispute la primauté à la profondeur psychologique des personnages. Du terroriste paumé des Cellules Révolutionnaires Allemandes au chevronné Wadie Haddad, la distribution frise la perfection.

Au prix de quelques approximations vite pardonnées – la confusion entre Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) resté fidèle à Georges Habache et l’organisation dissidente FPLP -Opérations spéciales montée par Haddad – la petite histoire rejoint la grande. Y compris lorsque la minutie d’Assayas pêche dans les détails, comme dans ce magnifique plan aérien sur Damas endormie où l’on aperçoit au loin l’hôtel Four Seasons inauguré en… 2005, le spectateur marche. On pardonnera aisément ce petit écart; Truffaut ne disait-il pas que les films respirent par leurs défauts ?

Découverte d’un grand acteur, Edgar Ramirez

D’autant que l’essentiel est ailleurs : il réside dans la prestation époustouflante du jeune acteur vénézuélien Édgar Ramírez, réel homonyme d’Ilich Ramirez Sanchez, qui a poussé le mimétisme jusqu’à adopter le trilinguisme de son aîné. Maîtrisant parfaitement français, espagnol et anglais, voire quelques rudiments d’arabe, le premier rôle crève l’écran. Là encore, le pari n’était pas gagné d’avance. Non content de dépeindre un Carlos fat, cupide et manipulateur, le duo Assayas-Ramirez montre plan après plan comment le héraut de la lutte anti impérialiste finit en sycophante bedonnant. Dès ses premiers stages d’entraînement à Aden, dans la préparation de la prise d’otages de l’OPEP à Vienne, se profile un Carlos gras du bide, séducteur et buveur insatiable pour qui la cause de peuple se confond avec la sienne. Casanova invétéré, coqueluche des médias : le cocktail magique du vedettariat finit par agacer les parrains et employeurs de Carlos. À tel point qu’à force de désobéir aux ordres et d’exécuter ses complices indociles, Ramirez finit seul, à la merci de ses derniers soutiens étatiques. Libye, Iraq, Syrie, Soudan et Iran : les commanditaires se succèdent mais ne se ressemblent pas. À l’euphorie des premiers moments, qui lui fait commettre de graves imprudences – à commencer par le meurtre de deux agents de la DST rue Toullier à Paris – se substitue l’aigreur d’une vie de mercenaire. Existence clandestine au fil des engagements de la lutte armée, tour à tour gauchiste, pro-palestinienne et islamiste pour se solder en simple culte de soi, où la violence devient sa propre fin.

La déchéance d’un homme qui n’aura cessé de fuir

Il y a du pathétique dans les dernières images d’un Carlos vieillissant, succombant au culte de l’égo en se faisant liposucer quelques bourrelés mal placés. Un sentiment étrange s’empare du spectateur au cours des dernières séquences du film. L’intrigue géopolitique ne compte plus, ou si peu. Nous assistons à la déchéance d’un homme qui n’aura cessé de se fuir. Comme si la violence était une échappatoire à la vacuité de l’existence. Comme des millions de jeunes militants gauchistes, Carlos aura usé ses guêtres dans des discussions de salon en s’inventant une Révolution qui ne viendra pas. À la différence près qu’il aura poussé la folie meurtrière jusqu’à son terme en tuant de sang-froid d’innocentes victimes devenues martyres de la cause. La seule qui vaille, encore une fois la sienne.

Au terme de ces deux heures quarante-cinq de film virevoltant, la mise en scène enlevée sur fond de musique rock nous livre un dernier montage mêlant habilement images d’époque et scènes reconstituées in vivo par les acteurs. Le générique déroule un à un les visages des ex-compagnons de route de Carlos, décimés par la maladie, écroués dans leur pays d’origine ou repentis et amnistiés.

La valse des portraits-robots rend son alors dernier verdict. Celui emprunté au Livre de l’Ecclésiaste, qui contient cette vérité éternelle : “Vanité des vanités, tout est vanité (…) tout a été fait de la poussière, et tout retourne à la poussière”.

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  • 29 July 2010 à 21h36

    AL de Lyon dit

    « Il y a presque cinq siècles, des conquistadors espagnols découvrent une mine exploitée par les Amérindiens, où ils fonderont la ville de Lobatera, la plus ancienne de l’État du Táchira, au Venezuela. Un conquistador du nom de Ramírez est notre ancêtre commun, ses descendants ayant colonisé d’autres territoires, dont La Grita – ta branche – et Michelena, fondée par mon grand-père et ses amis, déjà à l’étroit à Lobatera. Les familles de Michelena se sont illustrées dans la société et l’histoire contemporaine du Venezuela comme préfet, professeurs, pharmaciens, avocats, militaires, ingénieurs… Idéologiquement allant de la droite conservatrice à la gauche communiste. Aucun n’a trahi notre pays en devenant serviteur des puissances étrangères. Aucun n’a déshonoré notre famille. Pourquoi, Edgar, acceptes-tu de travestir la vérité historique ? Pourquoi te prêtes-tu à une oeuvre de propagande contre-révolutionnaire diffamant le plus connu des Ramírez ? Je me tiens droit, intransigeant sur les principes transmis par mon père, refusant de me vendre à l’empire décadent. Edgar, ne laisse pas la gloire éphémère, à la solde de Hollywood, te faire tourner la tête. La renommée médiatisée est passagère. Elle ne peut pas se substituer au respect, à l’honneur, à la réalité. Vive notre Venezuela bolivarien ! Vive notre Terre sainte de Palestine ! Dieu est le plus grand. Carlos, Poissy, 14 mai 2010. » http://tinyurl.com/2axebxd

  • 26 July 2010 à 19h41

    Rotil dit

    Mais, Joãozim, ces infos, on les trouve un peu partout…

  • 26 July 2010 à 16h19

    clemence66 dit

    Bande à Bader (le film 2009), il divo (2009), carlos (2010) : les années de plomb à la mode…

  • 26 July 2010 à 5h29

    gerard dit

    “d’innocentes victimes” au sens que donnait M.Raymond Barre à une expression presque semblable pour dénoncer de réels coupables?

  • 26 July 2010 à 2h37

    pirate dit

    Je n’ai vu que la seconde partie diffusé sur Canal et qui entame la déchéance de ce type qui croyait à sa propre légende. J’ai particuulièrement apprécié le désamorçage de tout romantisme tant du personnage, qui se voit en guerrieros-super héros d’une révolution qui n’a jamais existé que dans les théories manipulatoire du petit père Lénine; On croit toujours Carlos tueurs quasi solitaire et chef de bande et on découvre un commanditaire sauvage et capricieux qui fait assassiner ceux qui lui déplaisent ou lui résistent (avec une violence sèche, sans fard, et sans complaisance). Un mari minable gras, violent, collectionneur, alcoolique et imbu de lui-même. mais aussi un Verges rusé et complice, et surtout un système qui va finir par se débarasser de ce géneur comme on congédie la bonne en le piégeant comme un enfant. Voir ce petit bonhomme souffrir des couilles lui qui se voyait en macho man de la révolution, traqué, paumé et tellement ahuris dans l’avion que ce ne ça soit pas la CIA mais “seulement” le patron de la DST qui le ramène… J’avoue que ce portrait sans gloire fait plaisir. Eh non petit gars t’étais même pas assez important pour qu’on t’élimine comme tu le rêvais dans tes délires romantiques… la prison à vie à Poissy (aujourd’hui) avec les droits communs comme le vulgaire tocard que tu n’as jamais cessé d’être.

  • 25 July 2010 à 22h27

    Joãozim dit

    Sans mauvaise foi aucune, je me demande si Rotil, en plus d’être hors sujet, est le seul à prendre pour argent comptant les infos qu’il vient becqueter sur des blogs ultra sionistes…

  • 25 July 2010 à 22h12

    Rotil dit

    Sinon, juste pour la route… Que je prends demain, je viens d’apprendre que 70% des marchandises du Mavi Marmara était avariée… Ce n’était donc bien qu’une opération de com.

    http://www.aschkel.info/article-ma-54455458.html

    Bonne soirée !

  • 25 July 2010 à 20h39

    jerome dit

    J’ai vu la version tele, trop longue. Mais qui pourtant n’evoquait pas la question du pourquoi Carlos s’est lance dans la lutte armee et le terrorisme a l’origine, la serie demarrant alors qu’il travaille pour le FPLP.

    Ce qui est assez fascinant c’est de voir les annees 70 et le changement par rapport a aujourd’hui – aucune securite nul part, des terroristes qui transportent des caisses d’armes en plein Paris et en plein jour, et le pire – les gouvernements europeens qui cedaient a toutes les exigences des terroristes (et ces derniers ne s’attendaient a rien d’autre). En meme temps, un terrorisme politique qui ne cherchait pas a massacrer le plus de monde possible (sauf s’il s’agissait de “sionistes”) contrairement a nos amis islamistes actuels.

    Dire que c’est a cause de tous ces abrutis qu’on ne peut plus prendre un avion tranquillement.

  • 25 July 2010 à 20h12

    Expat dit

    @ Jean Gabriel : ‘Ce dont il souffre plus n’est peut-être pas la prison mais de ne plus être le centre du motif, celui qui faisait régner la peur chez des gens qui n’avaient aucune responsabilité. Quand comme lui on a eu un quart d’heure warholien qui a duré des années, dur dur de n’exister désormais que pour soi, ses proches et ses gardiens. »
    Et tant mieux. Qu’il pourrit là où il est.

  • 25 July 2010 à 19h56

    Jean Gabriel dit

    Je rapatrie d’un autre site (qui fait ses choux gras de la défense paradoxale de tout un tas d’affreux) ce commentaire que je trouve hyper-pertinent :

    “Carlos, outre d’avoir semé réellement l’épouvante et la désolation chez ses victimes innocentes, a été un superbe épouvantail au service de la répression des appareils d’état. Un précurseur de Ben Laden, au fond.

    « Le terrorisme, cela va vous surprendre, est une sorte d’hymne à l’humain parce qu’il replace l’homme de chair et de sang au centre de la bataille. »

    « Hymne à l’humain » : Orwell, grand auteur d’expressions qui signifient l’inverse de ce qu’elles disent, aurait pu placer ça dans la bouche d’un des puissants de « 1984 ».

    Quant à la “dimension politique de son engagement”, il n’est pas nécessaire d’en faire un film pour la démonter, en prouver le caractère pré-totalitaire : des gens comme lui arrivant au pouvoir deviennent inéluctablement des Pol Pot.

    Ce dont il souffre plus n’est peut-être pas la prison mais de ne plus être le centre du motif, celui qui faisait régner la peur chez des gens qui n’avaient aucune responsabilité. Quand comme lui on a eu un quart d’heure warholien qui a duré des années, dur dur de n’exister désormais que pour soi, ses proches et ses gardiens.”

  • 25 July 2010 à 18h59

    Laborie dit

    Mais que fait donc “Miss Ciseaux”?

  • 25 July 2010 à 18h09

    JeanX dit

    Deuze ! Bande d’enculés.

  • 25 July 2010 à 16h09

    Alicia dit

    3ème paragraphe, deuxième ligne : on dit un “bourrelet”.

  • 25 July 2010 à 15h53

    livia dit

    Je vous conseille plutot le film italien chez MK2, ” Le premier qui l’a dit” (quel vilain titre en français, mais bon.)
    Léger et grave, comme les italiens savent le faire, quand ils en ont envie !

  • 25 July 2010 à 15h08

    jerome dit

    Assez d’accord avec l’article. J’ai vu la version tele, plus longue, peut etre trop longue. Ce n’est pas un chef d’oeuvre mais effectivement l’acteur principal est epoustouflant, et Assayas n’a aucune complaisance envers son sujet, ce qu’on pouvait craindre. C’est un pauvre type, tres charismatique, une ordure, obsede par lui-meme et les medias, ce qui cause sa perte assez rapidement vu que faire la une des journaux avec son visage n’est pas une qualite tres recherchee chez les terroristes.

    Il y a quelques regrets : on ne sait pas ce qui mene Carlos au terrorisme. On ne voit rien de son enfance, sa jeunesse, son choix de l’action armee. Des le debut, il est un soldat du FPLP qui combat depuis des annees.

    Il y a aussi le manque flagrant de moyens et les difficultes a reconstituer le monde des annees 70 – toujours les memes 3 voitures qui tournent, des tas d’anachronismes dans les rues, etc… mais on n’y peut rien.

    Par contre, ce qui est fascinant c’est la difference avec aujourd’hui – aucun controle de securite nul part, des armes transportees par caisses entieres en plein Paris et en plein jour, des gouvernements qui cedent systematiquement aux revendications terroristes, mais aussi des terroristes qui ne cherchent pas a exterminer tout le monde ce qui est un peu different de nos amis islamistes.