Apple : les boursiers veulent croquer la pomme | Causeur

Apple : les boursiers veulent croquer la pomme

Quand les investisseurs parient contre l’investissement

Auteur

Marc Cohen

Marc Cohen
Rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 08 février 2013 / Économie

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apple steve jobs

Il y a beaucoup de choses à dire sur Apple, beaucoup de bonnes choses, s’entend. Je ne le ferai pas ici exhaustivement, car je risquerais de froisser les utilisateurs de Windows ou Android, qui, paraît-il, sont légion et, pour certains, heureux de leur sort. De plus, une telle démarche pourrait me faire apparaître comme unilatéral et moqueur, deux traits de caractère que je devrais atténuer, selon ma maman.

Je ne dirai donc rien sur les systèmes d’exploitation tout pourris de quelques centaines de millions de PC ou de smartphones, si ce n’est pour remarquer, avec feu le grand Steve Jobs, que la plupart de leur qualités – faut bien qu’ils en aient quelques-unes – viennent d’une copie rusée mais servile des OS ou du design du Mac ou de l’iPhone. Un comble dans un monde où les industriels ne cessent de se lamenter sur les ravages induits par la contrefaçon et où on nous explique chaque matin que porter un faux sac Vuitton est un quasi-crime contre l’humanité, alors qu’en vrai ce n’est qu’une banale faute de goût –moins répréhensible toutefois que d’en porter un vrai.

Pas de polémique, donc. Rien qu’une remarque amusée. Le cours de l’action Apple, très chahuté depuis septembre dernier, passant en quelques mois de 700$ à 450$ environ, a brusquement remonté hier de 2% et des brouettes. Pourquoi ? À cause de David Einhorn actionnaire très minoritaire, mais significatif (plus d’un million de titres tout de même).  Einhorn est ce qu’on appelle plaisamment ici un investisseur, alors qu’il s’agit en réalité d’un spéculateur, une appellation que, contrairement aux gros balourds de la presse économique française, Einhorn ne récuserait pas lui-même : son fonds « activiste », Greenlight Capital, a assis sa réputation sur d’audacieuses et fructueuses opérations de vente à découvert. Rien d’illégal, ni même peut-être de structurellement amoral, mais on est loin de l’image d’Épinal de l’« investisseur » courageux qui confie toutes ses économies à Thomas Edison parce qu’il croit en l’avenir de l’ampoule électrique.

Or voilà-t-il pas que Greenlight a décidé de poursuivre Apple en justice, jugeant insuffisants ses efforts pour « rendre de la valeur à ses actionnaires ». En clair, l’actionnaire activiste voudrait que les Cupertino boys lui refilent une partie de leur trésor de guerre de 137 milliards de dollars. Car on l’ignore trop souvent, mais la plus belle entreprise du 21ème siècle a la particularité made in Steve Jobs de ne jamais distribuer de dividendes, ce qui normalement la met relativement à l’abri des pressions court-termistes de certains de ses « investisseurs ». La rumeur de Wall Street incline à penser que pour éviter la bagarre, Apple pourrait accepter de lâcher un peu de lest.

Une info qu’il faut rapprocher d’une autre, relayée cette semaine par toute la presse spécialisée : les conseils insistants de plusieurs cabinets d’experts new-yorkais – eux aussi un rien paniqués par la chute des cours – enjoignant Apple de changer de politique industrielle et de multiplier notamment les produits très grand public et bon marché.

À l’arrivée, que réclament les uns et les autres ? Décliner à l’infini des produits à la technologie déjà éprouvée, plus économes en R&D, donc plus immédiatement rentables, et des dividendes tout de suite pour les actionnaires. Bref ce que suggèrent ces gens-là pour Apple, c’est la méthode qui depuis trente ans a si bien réussi chez Peugeot.

Pas besoins de bolcheviks : les capitalistes sont parfois les pires ennemis du capitalisme.

*Photo : Rosso d’uovo.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 10 Février 2013 à 19h35

      Yuna Bonbeurre dit

      Ne perdez pas votre temps ici : allez lire le fabuleux papier de François-Xavier Ajavon “chroniqueur et professionnel de la presse”…

    • 9 Février 2013 à 21h04

      ylx dit

      “cyrano dit : Désolé, mais apple utilise un OS unix, il n’a pas inventé non plus le fenetrage, ni windows d’ailleurs.”
      Tout à fait exact ce sont des “noyaux” Unix (un OS inventé dés 1975 par Thomson et Dennis Ritchie dcd fin 2011- chapeau Dennis ! ) qui est désormais utilisé sur tous les appareils d Apple (Mac et Is).Les processeurs utilisés par Apple pour ses Mac sont des Intel comme tout le monde. Android le concurrent des Is utilise également une variante de ce même noyau Unix (qui est un logiciel libre de droit ).
      Résultat : à peine un an après le premier Ipad, les chinois en sortaient déjà un clone…et le concurrent Google avec son système Android a réussi en peu de temps a déjà dépassé les Is de Apple. L’inovation “technologique” est inexistante chez Apple. Les brevets de Apple couvrent essentiellement les aspects “design” de ses produits (y compris la forme arrondie des coins de ses tablettes), ce qui est loin d’être négligeable.
      Steve Jobs est surtout un “designer”, un créatif, un as du marketing ce qui a fait indéniablement le succès “récent” de Apple.
      Et donc pour reprendre la conclusion de Marc Cohen :
      ” Décliner à l’infini des produits à la technologie déjà éprouvée, plus économes en R&D, donc plus immédiatement rentables”, c’est exactement ce que fait Apple !!!

    • 8 Février 2013 à 19h23

      néonéo dit

      Cohen: je pourrais te parler du fond (Apple has peaked?/Il y-t-il une vie après Steve Jobs?/le nouveau smartphone Galaxy de chez Samsung/ quid des tablettes…etc…).
      Mais tu me fais rire et Causeur n’est pas le Financial Times ou The Economist, après tout… 
      Je te dirai donc seulement ceci: nothing Steve Jobs ever created could fully replace you in my life…      :) 

    • 8 Février 2013 à 15h57

      cyrano dit

      Désolé, mais apple utilise un OS unix, il n’a pas inventé non plus le fenetrage, ni windows d’ailleurs. Comme l’indique a2ldb, il s’agit de xerox lab. Apple est un merveilleux designer et un très grand merchandiser qui nous rend indispensable ses produits même quand nous n’en avons pas besoin.
      En tout cas, merci pour vos papiers.

    • 8 Février 2013 à 15h15

      Georges_Kaplan dit

      Mon très cher Marc,
      Voici ma réponse.
      Bises ! 

      • 8 Février 2013 à 15h51

        panpan2017 dit

        Sauf que vous ne savez rien de la stratégie d’Apple. Qui, après l’iPhone et l’iPad peut décider qu’elle a fait le tour des “petits” objets et peut donc se préparer à une ou plusieurs mega-acquisitions. Comme Boeing, General Motors, ou l’Education Nationale. Bon les exemples sont mal choisis. Mais avoir un peu de cash de cote ne fait pas de mal – et permet de ne pas être soi même exposé a un rachat inopiné.  
        Et n’oublions pas que, quand les actionnaires ont investi dans Apple les règles étaient claires. Si ils voulaient des dividendes il y avait plein de sociétés qui en servent. Ce n’est pas pareil que de changer les règles.
         

      • 9 Février 2013 à 14h11

        eclair dit

        @kaplan Manque pas de piquant ! Qui conseillait d’investir dans les obligations d’état.

      • 9 Février 2013 à 18h05

        Jibé dit

        C’était en réalité une politique géniale de la part de Steve Jobs : continuer à faire comme si son entreprise (qu’il avait perdue puis récupérée) était une start-up qui n’avait pas besoin de verser de dividendes. Ce positionnement a persuadé tout le monde qu’Apple était l’entreprise technologique par excellence et que son cours allait augmenter sans fin, ce qui s’est réellement passé (700 dollars est absolument stratosphérique). Il fallait bien que cette stratégie atteigne son but, puis que le soufflé retombe. Mais n’importe quel entrepreneur rêve d’accomplir le même exploit !!

    • 8 Février 2013 à 14h33

      Aël dit

      “Je ne dirai donc rien” donc ne dites vraiment rien! …par pitié pour votre crédibilité sur d’autre sujets qui sont à votre porté et sur lesquels, nous pourrions être intéressés de connaitre votre avis.
      Et au sujet de Steve Jobs & Apple, je vous rappelle que l’ontologisme est une erreur philosophique et théologique! :p

      • 8 Février 2013 à 14h39

        a2lbd dit

        Merci le centre de recherche de Xerox à Palo Alto !

        • 8 Février 2013 à 19h02

          Aël dit

          oui …entre autres causes.

    • 8 Février 2013 à 13h51

      panpan2017 dit

      Merci Marc Cohen, voila qui nous change du MPT. Quoique certains réussiront bien a re-orienter les commentaires pour créer un fil de plus sur LE sujet du début d’année.

      La réussite d’Apple est plus une réussite marketing que technique. Par chance pour eux, Microsoft c’était pareil mais pire. Logiquement a un moment Apple va rentrer dans le rang – avant peut-être d’en ressortir un peu plus tard. La stratégie ”Grand Public” serait le pire des choix pour eux. Leur force a justement été de se positionner la ou le produit marge*volume était optimal. 
      Leur problème est de trouver maintenant LE prochain créneau qui leur donnera 3 ans de répit en conservant des marges élevées pendant que la concurrence courra derrière.   Ce sera peut-être la iCar, ou autre chose d’inattendu.
      Quant a la plainte de Greenlight a la place du juge je l’enverrais se faire voir au motif que les règles du jeu étaient claires quand ils ont investi. Mais bon les juges us…
      Apple, plutôt un hold qu’un buy ces jours-ci.