Antoine, l’Auguste des Césars
Comment être “décalé” depuis mille ans ?
Publié le 06 mars 2009 à 14:02 dans Médias
Il est fringant. C’est le Fregoli de Banal+. L’âge n’a pas de prise sur son aspect physique. Toujours ce charmant visage de rongeur gourmand, la silhouette souple, l’insolence confortable, émoussée d’un clin d’œil. Le petit garçon bien tourné, que maman regarde avec fierté. La télévision le consacra. Producteur puis animateur de “Chorus”, il gagna ensuite la plaisante image d’un “enfant du rock”, à laquelle l’émission “Rapido” devait ajouter un débit vocal ultra-rapide, comparable au passage d’une formule 1 dans la ligne droite des Hunaudières. Bref, jeune homme bien né, il se fit une réputation légitime d’animateur doué, original. À Canal+, la chaîne des beaufs postmodernes, servie avez zèle par des petits marquis au museau poudré, il forma un duo, que la seule présence vraiment ébouriffante de José Garcia, rendait irrésistible. Mais il s’en lassa. Il chercha la reconnaissance, la consécration du cinéma. Fellini, Godard, Murnau, Bergman, c’était sa vraie famille.
Il commença par “faire l’acteur”. On lui offrit des rôles de comique léger. Il y était parfaitement anodin. Il s’essaya au registre dramatique. Il eut un certain succès dans L’homme est une femme comme les autres. Mais on voyait toujours en lui l’amuseur. Bah ! Tragediente, comediente, basta cosi ! Il serait réalisateur, comme Federico, comme Robert (Aldrich), comme Jean-Luc, mais surtout pas à la manière de Marius Leseur, ni de Jean Girault ! En 2001, il signe Les morsures de l’aube, adapté d’un roman de Tonino Benacquista. Nous vous recommandons vivement la lecture de cet excellent livre. Son dernier opus, consacré à la période “électorale” de Coluche, malgré le beau travail du comédien François-Xavier Demaison, n’attira même pas la clientèle des Restos du cœur. Ingratitude ? Coût de la place trop élevé ? Sens critique ? Enfin, ils ne vinrent pas… Antoine dissimula la déconvenue qu’aurait pu lui apporter l’insuccès de cette œuvre, au final nettement moins attendue qu’une lancinante et longue campagne de presse ne nous l’annonçait. Déjà, une nouvelle mission l’appelait ailleurs : préparer la fameuse soirée des Césars, diffusée par La chaîne du cinéma.
On sait que cette dernière gouverne les destinées du cinéma français et du festival de Cannes. Et sur quel mode ! Celui de la fête à neu-neu version chic, un grand bazar, une ambiance que les journaux féminins se plaisent à qualifier de “foutraque” et “décalée”. Sur une estrade où la Méditerranée joue les utilités à l’arrière-plan, tourne en permanence un manège aux vanités. Acclamés par les spectateurs, qu’une illusion fait paraître proches, mais qui demeurent, au vrai, encadrés par le service d’ordre et tenus éloignés par de solides barrières, les bateleurs habituels consument dans un brasier de dérision foraine les oripeaux d’Hollywood et des studios français. Canal+ «parraine» le festival, y impose ses manières, ses goûts, son organisation. À Cannes et à Paris, les salariés du dérisoire, lancés dans les rues tels des chiens de sang, en ramènent souvent de simples exemplaires d’humanité, dont ils se gaussent, avec, à la commissure des lèvres, un éternel sourire de satisfaction faussement contrite. Il semble de règle sur cet écran, à la suite des Deschiens de Jérôme Deschamps et Macha Makeïef, de montrer les “autres”, les simples gens, comme des erreurs naturelles, des êtres moralement contournés, un cheptel toujours recommencé où l’on puise l’aliment d’une méchanceté facile.
Mais revenons à la soirée des Césars. Antoine de Caunes, silhouette fluide, impeccable dans son «black tie», y était maître de cérémonie. La France aurait-elle trouvé un remplaçant au regretté Jean-Claude Brialy ? Celui-ci, homme d’esprit, charmant compagnon mondain, mémorialiste brillant des acteurs disparus et des comédiennes défuntes, sans doute, parfois, affabulateur par admiration, incarnait cinquante ans d’élégance parisienne et de réussite cinématographique. Le jeune comédien sautillant servit avec un égal talent “la caméra de papa” et la Nouvelle vague. Mais Antoine de Caunes ? Brialy eut moins de succès lorsqu’il passa derrière la caméra. Comme Antoine de Caunes !
Cette année encore, la soirée fut interminable. Les heureux élus de la promotion 2009, qui, par ailleurs, manifestent volontiers le plus profond mépris pour tout ce qui est institutionnel et cérémonieux, et montrent une “rebellitude” de bon aloi, se comportèrent comme d’aimables et reconnaissants salariés d’une grande entreprise, auxquels on remet la médaille du travail. Deux films raflèrent les récompenses : un blockbuster français, Mesrine, et un film d’auteur, Séraphine. Entre les remerciements émus des unes et des autres, des comédiens interprétaient des saynètes indignes d’un patronage. Ce fut navrant de bout en bout. Emma Thompson y joua encore plus mal qu’à l’écran. De son côté, M. Auguste de Caunes soulevait à chacune de ses saillies, longuement répétées, préalablement écrites par une armée de scénaristes qu’on eut dit entraînée par Guy Carlier, les rires de la salle, conquise. Très critiquée l’année dernière, sa prestation fut unanimement saluée par la presse. Il reviendra donc.
Pour ce qui est de la mise en scène, Antoine de Caunes a confié un jour qu’il aimerait beaucoup porter à l’écran Le maître de Ballantrae, de RL Stevenson. De l’audace, toujours de l’audace !
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L'auteur
Patrick Mandon est éditeur et traducteur.
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Alice dit
Patrick, sur un autre fil, je viens de dire que vous êtes un loup gris intéressant. Causons encore un peu, et, si vous voulez, je transmettrai mes coordonnées aux autorités, qui vous les transmettront. Pas tout de suite, parce que, en ce moment, je m’occupe d’un jeune loup. De toutes façons, je n’ai pas l’impression que vous soyez pressé…
Répondez-moi, quand même !
Patrick Mandon dit
Alice,
Mademoiselle, je vous en prie, tout le monde nous regarde ! Un peu de tenue et de retenue ! Nous sommes dans un salon, pas dans une alcôve. Pour répondre à votre question, «c’est mon genre», mais comprenez mon embarras…
Cela dit, Alice, vous ne manquez ni d’esprit, ni de malice.
Une précision à propos du film Carrington : en faisant des recherches sur différents sites de vente, je me suis rendu compte que le DVD, lorsqu’il était en vente, ne couvrait souvent que la zone 1, qu’il était cher, rare et qu’il n’en existait pas avec version française, ni même sous-titrée en français.
Je suis toujours étonné des pratiques des commerçants culturels : ce film, qui eut un certain succès dans le monde, sans rivaliser avec les blockbusters, ne se trouve même pas proposé, à ma connaissance, dans le circuit «dématérialisé». Impossible de le télécharger !
Je vous embrasse, Alice.
Alice dit
Eh bien, Patrick, on ne répond pas aux dames ? Jérôme Leroy, lui, il est bien plus rapide que vous, il a déjà emballé, sur le dernier fil de Miclo (Pire en pire). Vous, vous en avez deux ou trois qui s’impatientent, et ça n’a pas l’air de vous émouvoir ? Peut-être que ce n’est pas «votre genre» ?
Dans ce cas, je me retire sur la pointe de mes talons aiguilles.
Patrick Mandon dit
Martin,
Avez-vous des exemples précis de ce que vous avancez ?
Je ne pense pas que Causeur se puisse comparer à Banal+ dans la culture du mépris ricanant à l’endroit des simples gens. Cette chaîne est la chambre d’écho d’une camarilla, qui n’est arrogante que derrière les barrières de protection. Sortis de leur palais, les personnages qui la composent ne sont pas de simples gens, ce sont des gens ordinaires.
Il en va tout autrement de ce site, qui n’a de cesse de casser les codes privés, par lesquels se reconnaissent et s’agrègent ces «gens ordinaires».
Martin dit
Un causinaute peut-il m’expliquer en quoi ce site serait moins snob-branchouillard que les personnes justement dénoncées dans cet article. J’ai déjà lu ici des articles très méprisants pour le bas-peuple et servis avec un rictus ricanant qui n’a rien à envier aux animateurs de Canal-Plus.
Il faut que cette Maison clarifie sa ligne (et surtout les lecteurs dont on ne sait pas ce qu’ils ont dans le ventre) avant que je ne me lasse et m’en détourne.
Alice dit
Patriiiiiiiiiiiiiick,
Peste, c’est bien vrai ! Vous savez, j’aime bien vos tempes blanches. Et puis, décati, je n’ai pas dit ça. Attendez, je regarde votre photo !
Non, non, rien d’un décati, je confirme. Je vous ai juste dit que vous n’aviez plus trop de temps pour faire attendre les filles. C’est tout !
Sinon, je vais, sur vos conseils, me procurer le dvd du film Carrington. Je vous embrasse, Patrick-les-tempes-blanches.
Patrick Mandon dit
Ave Amici !
Voilà, je réponds à tous ceux qui ont bien voulu lire mon articulet consacré à M. de Caunes et à la chaîne Canal+.
Pierre,
Grâce à vous, je fais entrer quétaine dans mon vocabulaire
JeanD
Votre tir groupé n’épargne personne. Suis-je dans le lot des mitraillés ? Je le crois, je le crains.
Robespierre
Tant que Canal+ gouvernera le cinéma français et les cérémonies y afférentes, toute notion de glamour en sera exclue. Je ne suis pas «resté sur ma faim», car il y a longtemps que les Césars m’ont coupé l’appétit.
Azamael et Odilon
Certes, Emma Thomson fut grande dans «Retour à Howards End», «Les vestiges du Jour», «Raison et sentiment» adapté par elle-même, je crois, du roman de jane Austen, mis en scène par Ang Lee. Elle incarna superbement le peintre Dora Carrington, dans un film méconnu, de Christopher Hampton, nommé précisément «Carrington». Je vous le recommande chaudement, parce qu’il nous permet d’entrer dans l’intimité de quelques anglais remarquables, c’est à dire de vrais excentriques. Dora, bien sûr, mais encore l’écrivain Lytton Strachey, et le groupe dit de Bloomsbury. Ces gens furent des rebelles vrais, certes luxueux, snobs comme on l’est Outre-Manche, mais, à leur manière, capables de provoquer des scandales nécessaires et d’entraîner une partie de la société avec eux comme de dresser l’autre partie contre. Dora se découvrit une sexualité si compliquée, qu’elle ne se risqua point à chosir entre ses goûts, jusqu’à cette révélation : elle n’aimerait jamais que Strachey, lequel était assurément homosexuel ! Lorsqu’il mourrut prématurément, elle constata que sa vie n’avait plus le même goût. Elle y mit donc fin d’un coup de fusil. Les Anglais sont parfois d’imperturbables passionnés.
Cela dit, je persiste et je signe : Emma Th. se ridiculisa dans ses interventions «césariennes».
Nastasie,
Si je ne partage pas le regard enjoué que vous portez sur Florence Foresti, j’ai déploré avec vous la navrante et très «canalienne» irruption des jeunes cabotins d’«Entre les murs».
Bernard,
Stewart Granger : quel admirable et puissant Maître de Ballantrae il eut fait ! Et je retiens Walsh. Mais alors, de Caunes-Dujardin ? Hélas !
Christine,
Disons que j’ai eu la charité d’oublier Monsieur N. Moi aussi, je suis favorable à la «loi de Lynch» (David). Attention ! David L. aime beaucoup la France, qui l’a toujours soutenu.
L’Ours
Impeccable développement, comme souvent. À propos, L’ours, vous semblez être au mieux avec cette peste d’Alice…
Alice,
Car enfin, vous êtes une peste, Alice, charmante, sans doute, mais capable de griffer sans qu’il y paraisse. Le bref portrait que vous faites de ma modeste personne en pré-décati, m’a donné froid dans le dos. Mes tempes blanches me valent, de temps à autre, des regards intéressés. Faut-il qu’à cause d’elles, je songe déjà à réserver une place dans une maison de retraite ? Réponse souhaitée.
Pascal, Ralph Milan
Delarue présentant les Césars ? D’accord, mais en duo avec Isabelle Alonso !
Angel (do you walk like an…)
Accord complet sur Melanie Laurent. Je mettrai aussi au crédit de Banal+ d’avoir révélé Louise Bourgoin, un grand tempérament.
Émilie,
Je suis bien certain que Carrington devrait tout particulièrement vous séduire. Il ne s’agit pas d’une grande œuvre en soi, mais ses personnages, son atmosphère, la grande lucidité mélancolique qui nourrit les actions de tous ces anglais post- victoriens et déjà modernes, leur recherche courageuse et improbable du bonheur, tout cela fonde une admirable fantaisie. On trouve encore le DVD en vente. D’ailleurs, je m’engage ici à vous en rembourser le prix s’il vous décevait.
Grazie mille a tutti
Note : puisque nous parlons de cinéma, avez vous lu le très perspicace article que Gil Mihaely a consacré au dernier film de Clint Eastwood. J’ai vu qu’il vous avait ému, délicieuse peste d’Alice. Moi aussi. Je vais dès ce soir au cinéma.
PointDeSuspension dit
(..)un petit monde qui ne s’assume point et qui hésite entre faire peuple, faire profond, faire élitiste ou faire chier(..)
[Robespierre le 6 mars 2009 à 17:12]
Fort joliment dit !
C’est un plaisir de vous lire.
Tous.
Emilie dit
Alice, affronter des groupies déchaînées n’est pas chose aisée pour un esprit aussi subtil… Mais il sait bien qu’ “à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire”, alors il viendra notre héros !