Un milliardaire sous Louis XIV | Causeur

Un milliardaire sous Louis XIV

Une biographie d’Antoine Crozat signée Pierre Ménard

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 05 mars 2017 / Histoire

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George Blagden en Louis XIV dans la série "Versailles".

En retraçant la vie d’Antoine Crozat, l’une des personnes les plus riches et puissantes du règne de Louis XIV et de La Régence, Pierre Ménard lève le voile sur un personnage méconnu qui mériterait une plus grand notoriété. Mais le jeune auteur dévoile aussi et surtout une dimension souvent ignorée de l’Ancien régime : l’économie en général et la finance en particulier. De la fiscalité au commerce en passant par le financement des guerres, Pierre Ménard nous invite avec un rare talent dans les coulisses de l’Etat français au moment où celui-ci devient la première puissance mondiale.

Gil Mihaely. Commençons par une question des plus banales : qui est Antoine Crozat, l’homme auquel vous consacrez une riche biographie ?

Pierre Ménard. C’est un grand oublié de l’Histoire dont pratiquement personne n’a parlé depuis sa mort il y a trois siècles. On trouve de temps en temps une ligne dans les livres d’Histoire, souvent pour indiquer qu’il a possédé la Louisiane, mais c’est à peu près tout.

Pourquoi vous intéresser à lui ?

Né en 1655 à Toulouse, il est mort en 1738 à Paris, et vivait donc à cheval sur le règne de Louis XIV, la Régence et celui de Louis XV. C’est une très grande longévité, d’autant plus intéressante qu’il a commencé à travailler très jeune, à 17 ans. Il a donc été au cœur des affaires pendant une période longue et cruciale de notre histoire. Mais surtout, ce petit-fils d’un modeste bonnetier est devenu l’un des hommes les plus riches de tous les temps, tellement riche qu’il s’était retrouvé en possession de la Louisiane, c’est-à-dire un territoire équivalent à la France de l’époque !

Quel était le montant la fortune de Crozat ?

On peut l’estimer à 20 millions de livres. Pour remettre dans le contexte, les revenus nets de l’Etat à la mort de Louis XIV sont d’environ 70 millions. Crozat possédait donc près du tiers !

C’est donc l’équivalent de 20 milliards d’euros actuels ?

Ce serait même beaucoup plus. Crozat avait entre 1,2 et 2,4% du PIB français d’alors. Bill Gates possède 0,5% du PIB américain, donc si l’on rapporte cela à l’échelle de Crozat, ce dernier aurait aujourd’hui 300 milliards ! C’est colossal. Sachant que son frère, Pierre, a également accumulé une immense fortune (l’équivalent de 120 milliards de d’euros d’aujourd’hui). A eux deux, ils posséderaient 420 milliards d’euros actuels…

… gagnés en une trentaine d’années ?

Un montant colossal atteint sous à la Régence, en 1715, alors qu’ils ont dû commencer à s’enrichir en 1680. Leur enrichissement se déroule donc sur trente ou trente-cinq ans.

Comment Crozat a-t-il pu mener une telle carrière ?

Il a eu un peu de chance au départ. Son père, Marc-Antoine Crozat, a réussi à amasser une fortune importante sans être considérable : c’est l’un des hommes les plus riches de Toulouse, ce qui a mis le pied à l’étrier de son fils.

Quelles stratégies emploie la famille Crozat pour soutenir son ascension ?

Le père avait des relations bien placées puisque de commerçant il était devenu banquier et Capitoul de Toulouse. Il a fait apprendre le droit à son fils, ce qui le sortait tout de même du milieu commerçant dont sa famille était issue. Grâce à son réseau, il a ensuite pu le placer à l’âge d’à peu près vingt ans en apprentissage chez Pierre Louis Reich de Pennautier. Or ce dernier gère à la fois les finances du Languedoc – une des régions les plus riches de l’époque -, et la fortune du clergé qui était alors immensément riche. Pennautier était donc l’un des personnages les plus importants du royaume.

Et ensuite ?

Titulaire d’un tout petit poste au départ mais vraisemblablement très intelligent, Crozat a gravi les échelons. Et il a eu de la chance : le bras droit de Pennautier, Matri, a fait une mauvaise affaire qui l’a mis en mauvaise posture. Crozat  en a alors profité pour l’évincer et prendre sa place. Ainsi, à trente ans, il est le second de Pennautier. Personne ne le connaît, mais il est bien placé et dispose de tous les réseaux de son père qui lui permettent de fournir d’importantes sommes à l’Eglise et au Languedoc.

Pour comprendre la carrière de Crozat, on ne peut faire l’économie d’un détour sur le système fiscal et de crédit au moment où l’Etat français prend son essor sous le règne de Louis XIV…

C’est un système assez particulier où la perception des impôts est complètement abandonnée par l’État en franchise à des personnes privées. Un peu ce qui a été envisagé pour l’Ecotaxe : une société privée paie une redevance à l’Etat et se tourne vers les contribuables pour se faire rembourser et dégager une marge.

Mais ce qui est aujourd’hui une exception était alors la règle. L’État n’avait ni la force de coercition suffisante, ni une administration suffisamment développée pour récupérer lui-même les impôts. Crozat – comme les autres grands argentiers de l’époque – bénéficie de ce système. En parallèle, l’État, qui est une machine assez mal rodée, emprunte en permanence à des taux usuraires pour faire face à ses dépenses les plus pressantes. On se tourne donc vers les grands argentiers, qui prêtent à l’État…  l’argent qui devait lui revenir quelques mois plus tard ! Et à l’époque le taux d’intérêt était très élevé.  Autrement dit, les Crozat (Antoine et son frère Pierre, qui lui succède chez Pennautier) gagnent deux fois : une commission sur la collecte de l’impôt et des intérêts pour des avances faites à l’Etat…

C’est une économie où l’argent est très cher et très rare puisque concentré entre quelques mains. L’État, toujours à cours d’argent, n’a d’autre choix que de se tourner vers les grands argentiers, qui empruntent eux-mêmes une bonne partie de leurs fonds à la grande noblesse. Ce système profite donc très fortement aux gens les plus fortunés du royaume, et en particulier à la haute aristocratie.

Quelle est justement la relation de Crozat avec la noblesse ?

Né roturier, Crozat est devenu noble à dix-neuf ans, lorsque son père est devenu Capitoul. Mais il ne faut pas se leurrer. Aux yeux de ses contemporains, il sera jusqu’à son dernier souffle un parvenu de la pire espèce. Saint-Simon le traite sans cesse d’ancien valet et nombreux sont ceux qui l’accusent d’être fils de cocher (ce qui est faux !).

Crozat et les quelques hommes de sa trempe sont de véritables OVNI dans le paysage de l’époque où les positions s’héritent plutôt qu’elles ne se conquièrent (du moins en théorie). Richissime mais venu de nulle part, il est maintenu à l’écart du système d’honneurs. Il n’a donc de cesse de vouloir s’agréger à l’élite du royaume en achetant des châteaux, des titres, des terres, des charges et des décorations, en frayant avec les maréchaux ou les membres de la famille royale comme le duc de Vendôme ou le duc d’Orléans…

La noblesse a elle-même une attitude ambivalente envers lui. Si l’on se fait un devoir de moquer son inculture, sa vulgarité, sa prétention, l’on s’empresse chez lui pour lui emprunter de l’argent… que l’on oubliera de lui rembourser ; l’on épouse ses enfants. Les enfants de Crozat seront donc très bien mariés. Au lieu de les pousser dans la finance, Crozat leur achète des charges dans l’armée, dans les parlements, et leur donne des noms de terre. On les connaîtra sous les noms de marquis de Thugny, marquis du Châtel et baron de Thiers. Ce mouvement révèle l’un des paradoxes de la monarchie d’Ancien Régime.

Lequel ?

C’est un système d’honneurs qui est assez contre-productif économiquement, puisqu’il décourage le travail. L’achèvement d’une vie, ce n’est pas de réussir professionnellement, mais de mépriser le commerce, de posséder une charge. A la recherche perpétuelle de numéraire, le pouvoir place dans les charges la seule source de considération…et les assortit en même temps de gages (en quelques sortes des taux d’intérêts) extrêmement élevés, seul moyen d’attirer les capitaux. Les revenus des charges étant presque toujours supérieurs à ceux des activités économiques, l’Etat détourne à son profit des capitaux qui auraient pu financer avec succès le développement du tissu industriel et commercial. Le système est d’autant plus inquiétant que pour remplir ses caisses la couronne inonde le royaume de charges aussi pompeuses qu’inutiles dont les noms raviraient le capitaine haddock. L’on se retrouve ainsi avec de très sérieux contrôleurs des perruques, des jurés-crieurs d’enterrement, des contrôleurs des porcs et pourceaux, des langueyeurs de cochons, des gourmeurs de bière sans oublier les compteurs de poissons d’eau douce et autres rouleurs de tonneaux…

Vous avez dit que Crozat était intelligent, qu’il avait de la chance et que son père lui a mis le pied à l’étrier. Mais cela ne suffit pas pour expliquer une telle réussite… à la lecture de votre livre on découvre aussi que c’était un homme très sérieux qui travaillait énormément, alors que sa fortune et ses connexions lui auraient permis de profiter des plaisirs de la vie…

Oui, et c’est caractéristique de son milieu. Son grand rival Samuel Bernard était un acharné du travail : il se levait à 4 heures du matin et à minuit, s’il ne travaillait plus, il voyait les gens qui comptent pour entretenir son réseau. Crozat n’arrêtera de travailler que la veille de sa mort, son agonie l’empêchant alors de signer le moindre document. Il n’a de cesse de chercher des opportunités, d’investir, de trouver de nouvelles affaires, d’armer et d’envoyer des bateaux dans le monde entier (en passant par les pays étrangers quand il ne peut pas le faire par la France)…

Il a créée et développé tout un réseau de correspondance et de renseignement…

Absolument. Il avait des réseaux d’informateurs partout en Europe et dans le monde entier ! C’est assez fascinant, Crozat est vraiment au courant de tout ce qui se passe en Europe, et ses réseaux sont tellement efficaces que – c’est un peu comme les Rothschild avec Waterloo -, il reçoit le courrier des ministres parce qu’on dit que ses réseaux sont les plus sûrs d’Europe. Ses hommes à Londres, en Hollande, en Italie, en Espagne, au Caire l’informent en permanence des taux de change, des bonnes affaires, de l’actualité. Avoir la bonne information avant tout le monde, c’est un avantage énorme !

Peut-on lier cette éthique de travail à ses origines protestantes ? Est-ce, pour reprendre l’expression d’Emmanuel Todd, un protestant zombie ? 

C’est une question que je me pose. J’ai beaucoup de mal à cerner la religion de Crozat… Dans certaines lettres, il semble presque janséniste et dit qu’il va être damné pour l’éternité, s’inquiète de son âme « qu’il a rachetée de son sang ». On a parfois l’impression d’avoir affaire à un mystique. Et d’un autre côté, il commet plein de choses absolument horribles… Il y a d’abord la traite, mais qui, à l’époque, est à peu près tolérée. Bossuet, qui habite d’ailleurs dans l’hôtel du financier, la légitime par exemple.

En revanche, l’affaire de la famine de 1713 est terrible : on demande à Crozat dont des bateaux chargés de vivres viennent d’arriver à bon port,  d’aider les pauvres qui sont en train de mourir de faim. Il accepte, mais selon des lettres envoyées par un espion à Louis XIV, la nourriture qu’il fournit est tellement avariée que même des chiens n’en voudraient pas !

Son vrai moteur est la soif de l’argent conjuguée à un désir de parvenir. Grâce à sa réussite, tous les grands seigneurs et commis de l’Etat sont venus lui manger dans la main, et même s’ils se moquent de lui par derrière, par-devant, ils le séduisent et lui disent qu’il est fantastique, parce qu’ils lui sont tous redevables. Revers de la médaille, la vanité était sa plus grande faiblesse.

Et c’est sa vanité qui l’avait précipité dans l’aventure de la Louisiane, seul épisode auquel son nom reste associé…

C’est une histoire extraordinaire. Au début du XVIII siècle la France possède un territoire immense en Amérique, qui va de l’actuelle Louisiane au Canada. Or, autant, au Canada, la France a des colons sur un espace un peu développé, autant la Louisiane ne compte que 200 habitants européens, et quelques indiens, sur un territoire de la taille de la France. Il n’y a pas tellement de richesses naturelles, le commerce est inexistant et ces vastes possessions sont compliquées à défendre puisque les Anglais voisinent, et que les Espagnols, certes alliés, s’intéressent de près à cette zone qui borde leurs colonies de Floride et du Nouveau Mexique… La situation est telle que Louis XIV se demande s’il ne doit abandonner ces terres, en 1707, tant elles coûtent cher par rapport à ce qu’elles rapportent. On essaie donc en dernier recours de monter des compagnies commerciales, mais les échecs se multiplient. C’est alors que l’on tente en dernier recours d’intéresser à l’affaire Antoine Crozat, aussi riche que vaniteux. Cadillac, le gouverneur de la Louisiane de l’époque, se trouve alors à Versailles, furieux de son poste qui ne représente rien pour lui. On lui demande de rédiger de faux rapports décrivant la Louisiane comme  un pays de cocagne rempli d’or et d’argent et de les transmettre à Crozat en lui proposant d’y développer en plus le commerce illicite avec la bénédiction de la couronne.

Un commerce illicite ?

Il s’agit du commerce interlope, le marché noir avec les colonies espagnoles. C’est grâce à ce trafic que Crozat a bâti une large partie de sa fortune. Alors que la France manque cruellement de métaux précieux, les espagnols croulent sous l’argent grâce à leurs mines péruviennes de Potosi. Crozat a monté avec Louis XIV une société écran, la compagnie de la mer du Sud pour capter frauduleusement une partie de ces richesses. Les espagnols réservant à leurs ressortissants le commerce avec leurs colonies, les navires de Crozat faisaient semblant de se balader le long des côtes sud-américaines pour des motifs scientifiques. Sitôt arrivés près des grands ports commerçants, les bateaux de Crozat font mine de sombrer pour pouvoir entrer afin de se faire réparer. Grâce à quelques pots de vins, une partie des riches cargaisons des navires est vendue au marché noir et l’opération est répétée ainsi de suite jusqu’à ce que les cales soient pleines de métaux précieux. Avec la Louisiane, Crozat espère dont faire le même commerce, cette fois par voie terrestre. On comprend donc que les rapports mensongers de Cadillac l’enchantent.

Mais Crozat est l’homme le mieux renseigné de France, sinon du monde !

C’est vrai mais il y a eu une sorte de jeu de dupes. On ne sait pas qui a trompé qui. Crozat a semblé convaincu par ces rapports optimistes et accepte la proposition qui lui est faite. S’il est tout excité au départ, dès qu’il envoie ses premiers navires sur place, il comprend qu’il s’est fait rouler dans la farine, que le commerce avec les Espagnols est impossible, qu’il n’y a aucune richesse naturelle mais uniquement des loqueteux qui n’ont pas les moyens d’acheter quoi que ce soit ! Il pense faire du trafic de fourrures, mais n’a pas plus de succès. Comme il est impossible de cultiver quoi que ce soit, il faut en outre faire venir du blé de la France, ce qui lui coûte une fortune…

Comment Crozat n’a-t-il pas dilapidé sa fortune ?

Il a réussi à retourner la situation ! A un moment, le pouvoir lui demande d’avancer sur ses propres deniers l’ensemble des dépenses liées à la Louisiane.  Le rusé Crozat émet des fausses factures en prétendant avoir acheté beaucoup plus cher ce qu’il doit fournir, et il parvient ainsi à se refaire dans une certaine mesure… La Louisiane ne fait donc qu’ébrécher son immense fortune. La preuve, c’est qu’à la mort de Louis XIV, Crozat achète une partie de l’armée pour s’assurer que son ami et client le duc d’Orléans arrivera à devenir Régent…

Avec ce destin exceptionnel,  pourquoi est-il tombé dans l’oubli ?

C’est un homme de l’ombre. Contrairement à ses célèbres contemporains comme Fouquet, Law ou Colbert, il n’a jamais était ministre. Il passait par plein d’intermédiaires : son frère, ses enfants, sa femme, ses beaux-frères, des membres de la cour et même des théologiens pour faire toutes ses affaires, qui sont souvent des montages très compliqués. Certes, il finance le coup d’État qui doit renverser le roi d’Angleterre, mais ce n’est pas lui qui va aller soulever l’Écosse avec son sabre pour arriver à ses fins…  Il tire les ficelles, mais fait figure de marionnettiste caché. Et sa vanité lui a joué un dernier tour : ses descendants, incorporés aux plus grandes familles d’Europe, ne cherchaient pas forcément à raviver le souvenir d’un personnage de cette trempe.

Pierre Ménard, Le Français qui possédait l’Amérique, la vie extraordinaire d’un milliardaire sous Louis-XIV, Le Cherche-midi, 2017.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 5 Mars 2017 à 23h56

      Pierre Jolibert dit

      Merci pour ce compte rendu et cet entretien absolument passionnants, où les thèmes et ouvertures abondent.
      Compléments et pinaillage :
      Pennautier était donc l’un des personnages les plus importants du royaume. En effet, d’après ce qu’on trouve. Ses fonctions même importantes dans une province même riche n’auraient peut-être quand même pas tout à fait suffi à elles seules : il y a sans doute mis beaucoup du sien pour se rendre important, c’est-à-dire très lancé, branché, connaissant tout le monde à Paris, assez aimé pour sortir intact d’une grave implication dans l’affaire des poisons !
      Très juste réponse à la question de l’oubli du personnage : l’homme de l’ombre, etc. les héritiers arrivés, etc. à quoi on peut ajouter peut-être l’association à des plans finalement +/- foireux (Louisiane, financement des jacobites, c’est bien ça ?) puis le manque de goût pour ce genre de personnages, j’imagine, dans l’historiographie républicaine (haine particulière depuis la Révolution pour les fermiers généraux et autres financiers), surtout si protestante (préférence pour les victimes & exilés plutôt que les convertis au catholicisme, si j’ai bien fait de comprendre que c’était là son cas, qui pis est s’ils s’adonnent à la traite négrière). Enfin (merci wiki), à part les hôtels sur la place Vendôme, s’il reste seulement un portail de sa résidence à Clichy, ça laisse encore moins de traces, sans compter sa collection et celle de son frère (tous deux étaient du parti de la couleur : les Vénitiens, Charles de la Fosse, Watteau) parties tout droit vers la Russie sur les conseils de Diderot à sa copine.
      Hé, on trouve rien sur la location de Bossuet : où était-ce et quand ?

      • 6 Mars 2017 à 0h19

        Pierre Jolibert dit

        Le pinaillage c’est à propos de Saint-Simon :
        le traite sans cesse d’ancien valet ; je ne nie pas que Saint-Simon n’était pas très sympa mais je voudrais dire à sa décharge que son antipathie n’est pas systématique. Enfin dans les textes en tout cas, dans la conversation je n’en sais rien.
        D’abord j’ai simplement trouvé, comme seul récit sommaire de la trajectoire de Crozat aîné (pour sept. 1715) : Crozat était de Languedoc, où il s’était fourré chez Pennautier en fort bas étage ; on dit même qu’il avait été son laquais ; il fut petit commis et parvint par degrés à devenir son caissier. Si je comprends bien, caissier, c’est juste en dessous. Et commis, je suppose que ce n’est pas le garçon qui va faire des courses. Et le coup du laquais est explicitement attribué à un on-dit. Certes, rien n’est dit des origines exactes du jeune homme. Mais ni cette mention ni aucune des autres que j’ai consultées ne sont spécialement déplaisantes. Et pourtant, il y aurait de quoi en un certain sens.
        Il me semble que chez Saint-Simon c’est la passion politique qui est la plus forte et qui prime sur une morgue sociale venant seulement en appoint. Quand la passion haineuse est déchaînée, tout vient avec. Or, cela pourrait être le cas contre Crozat, car celui-ci est d’abord lié à tout ce que Saint-Simon déteste : Vendôme, le clan du Grand Dauphin et pire encore les La Tour d’Auvergne. Même à l’occasion du récit d’un très intéressant épisode de la campagne de 1708 où Crozat seconde une opération com’ de Vendôme faite aux dépens du duc de Bourgogne, Saint-Simon, meneur de la cabale de ce dernier, en rajoute bien plus, sans compter les têtes, sur d’autres créatures du clan d’en face que sur Crozat.

      • 6 Mars 2017 à 18h20

        PME dit

        Bonjour,

        Crozat a loué ou prêté une partie de son hôtel particulier place des Victoires à Bossuet entre 1698 et 1702. Il s’agit de l’hôtel de Soyecourt, que Crozat habitait avant de rejoindre la place Vendôme. Voici la référence exacte :
        « Maison à porte cochère appartenant à M. Crozat, occupée par M. l’évêque de Meaux, à main droite en entrant par la rue des Petits-Champs, faisant le coin de la petite rue », AN/Q1/1099/f°51.

        • 6 Mars 2017 à 22h17

          Pierre Jolibert dit

          Bonsoir,
          merci infiniment pour la précision ;
          ah, ces pied-à-terre parisiens, c’est si utile, surtout quand on est en pleine querelle théologique.
          Votre préfacier (vous êtes bien l’auteur ?) nous apprend votre âge. C’est impressionnant ! on ne peut que vous souhaiter un vent aussi bon pour vos découvertes et vos affaires à venir que celui qui souffle déjà.

        • 7 Mars 2017 à 16h29

          PME dit

          Merci! (C’est bien moi)

        • 7 Mars 2017 à 22h57

          Pierre Jolibert dit

          Je vous en prie, même à l’échelle d’un simple lecteur on ressent le même bonheur que celui dont fait part M. de Waresquiel devant un jeune talent.
          Sur le fond, je vois dans votre avant-propos et dans tout le récit des débuts (antécédent paternel pittoresque) que la place que vous accordez à l’aspect proprement social de l’ascension est aussi importante que celui, présenté ici dans l’entretien, de l’enrichissement. Cela nous a amenés, dans les commentaires, à nous focaliser sur l’opposition travail/rente. Mais vous vous intéressez à toutes les dimensions, et votre ouvrage pourrait facilement devenir la ou au moins une des matrices d’une vaste prospection avec typologies, rythmes comparés, etc. des ascensions sociales en France à toutes les époques, où les OVNI les plus fulgurants côtoieraient fusées à étages et vaisseaux de croisière.

    • 5 Mars 2017 à 17h51

      Habemousse dit

      “C’est un système d’honneurs qui est assez contre-productif économiquement, puisqu’il décourage le travail. »

       Rien n’a changé, pas même l’hypocrisie ; sauf qu’à l’époque, le roi travaillait et une partie de la noblesse, en contrepartie de ses titres et de ses propriétés allait se faire tuer sur les champs de bataille : allez chercher un député UMPS qui offre sa vie pour la survie de son pays.

       Le reste, tels les courtisans d’aujourd’hui, vivait sur le travail du peuple.

      Non rien n’a changé.  

      • 5 Mars 2017 à 23h35

        Pierre Jolibert dit

        L’autre avantage de l’époque, avec son même entremêlement qu’aujourd’hui de public et de privé, est qu’une hypocrisie actuelle manquait : celle qui consiste à déguiser ses intérêts ou ses valeurs derrière des principes (universels), pire encore en appelant ceux-ci “valeurs” et en y croyant sincèrement. Colbert, qui goûtait tant que son nom s’allonge de Seignelay, serait peut-être dépité qu’on en ait retenu un simple nom commun prolongé d’un -isme.

    • 5 Mars 2017 à 13h43

      Ananias dit

      Le milliardaire influant a toujours existé. Mais l’évoquer aujourd’hui c’est du complotisme.

    • 5 Mars 2017 à 11h51

      keg dit

      la millardairisme est aussi vieux que la cupidité…. Peut-on supprimer la cupidité?
      A cette réponse vous avez la solution ç la misère généralisée;;:;

      http://wp.me/p4Im0Q-1zO