On avait vu les antifas se mobiliser après la mort de Clément Méric en hurlant à l’assassinat politique. Depuis, ils s’attachent à instrumentaliser ce drame pour désigner un coupable, le FN. Récemment, on a pu encore s’apercevoir que le seul argument d’Olivier Besancenot contre les idées de Marion Maréchal-Le Pen dans l’émission Mots Croisés était de lui rappeler la mort du militant redskin, sous-entendant par là que le Front National devait s’en sentir responsable. Comme l’extrême gauche ne peut combattre leurs idées politiques, elle fait dans l’invective pour discréditer le parti qui monte de plus en plus. Par conséquent, lors de l’université d’été du FN, un millier de personnes sont descendues dans la rue sous les bannières à l’effigie de leur martyr. Aux cris de « Pas de facho dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos », ils ont voulu proclamer encore une fois leur vérité. Selon eux, le Front National est un fascisme masqué qui se dévoilera s’il arrive au pouvoir. En toute occasion, ils agitent ce drapeau noir sous les yeux des Français en invoquant les heures les plus sombres de leur Histoire. Comme ils ne sont pas à une contradiction près, ces redresseurs de tort autoproclamés cultivent une nostalgie du combat contre des hordes imaginaires de néo-nazis. Ils sont à l’affût du moindre prétexte pour en découdre et ainsi démontrer leur valeur. C’est qu’il s’agit de défendre la cause de leur idéologie.

Pour ne pas voir la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’on leur a dit qu’elle devait être, ces champions de l’esprit critique et de la liberté sont paradoxalement incapables de se remettre en cause. En fait, ils préfèrent à tort se focaliser seulement sur les malfaisants qui arborent un look néo-nazi. Aussi, rares soient-ils, ceux-ci ont une importance essentielle, ils prouvent aux antifas leur raison d’être. Alors qu’ils reprochent aux électeurs du FN d’être des passéistes retranchés derrière leur idée de la « France éternelle », ce sont eux qui posent sur la réalité des grilles de lecture caricaturales issues d’un passé qui n’est plus. Derrière leur aveuglement, ils protègent malgré eux un fascisme plus insidieux et plus virulent qui ne dit pas son nom et qui se joue des divisions françaises.

Paradoxalement, alors qu’ils voient du fascisme partout, ils ne s’alarment pas de ce nouveau fascisme. Celui-là est religieux et politique. C’est celui qui est prêché par certains imams que l’État trop faible n’ose interdire de territoire. Sans vergogne, ces valeureux citoyens distillent un esprit de revanche contre le mode de vie occidental et plus particulièrement contre la France, l’ancienne puissance coloniale. Ils seraient entre 10 000 et 15 000, selon Samir Amghar, répartis dans une trentaine de mosquées. Cette minorité au sein des musulmans se rend particulièrement visible et attire de plus en plus de jeunes, notamment des convertis. Paru en 2011, son ouvrage Le Salafisme aujourd’hui dresse un état des lieux sur ce mouvement sectaire qui s’épanouit grâce au silence des autres musulmans dits plus modérés. Ceux-ci font preuve d’une étonnante complaisance à leur endroit et ne réagissent pas à leurs propos sur la place de l’islam en France et sur le statut de la femme. Dans ces conditions, comment s’étonner que les recrutements pour mener le djihad en Syrie contre « les infidèles » augmentent ? La terminologie médiévale que l’on entend désormais en France devrait scandaliser les antifas. Au contraire, ils octroient à ces extrémistes un statut d’intouchable victime. Sereinement,  le salafisme prospère et fait de nouveaux prosélytes. Pourquoi ces sentinelles, promptes aux condamnations, restent-elles silencieuses sur l’expansion de l’intolérance et sur sa rigoureuse pratique dans les « quartiers difficiles » de France ?

Il n’est pas anodin que l’extrémisme religieux de certains musulmans soit la préoccupation première d’une majorité de Français. Ils contemplent et frémissent. Les mêmes qui se réclament du camp du Bien ont galvaudé  le terme de « fascisme ». À force de désigner exclusivement ceux qui veulent défendre le mode de vie à la française des agressions croissantes de certains immigrés, il a fini par perdre son sens. Si l’on revient aux définitions traditionnelles, on lit dans le Trésor de la langue française qu’il désigne les régimes totalitaires et policiers instaurés par Hitler et Mussolini. Les antifas en sont restés là. En réalité, la dernière entrée relèverait d’un emploi plus juste aujourd’hui : « Toute attitude totalitaire ». Cette définition intéressante est à comprendre en corrélation avec celle du totalitarisme : « Système politico-économique cherchant à imposer son mode de pensée considéré comme le seul possible ». Or, les antifas, s’ils étaient sérieux, pourraient s’apercevoir que l’Islam politique se double d’une revendication de principes archaïques et ancestraux qui régissent tous les aspects de la vie quotidienne, et plus particulièrement de celle des femmes. Face à cette Réaction inédite de nouvelles populations qui s’arqueboutent sur l’islam comme un principe unitaire, dans une France qu’elles ont l’ambition de modifier pour la remodeler à leur image, comment les antifas peuvent-ils garder le silence et ne s’attaquer qu’aux cibles conventionnelles ?

Au-delà des faits divers marseillais retentissants, les familles des classes moyennes des petites villes de province constatent toutes par quels individus est perpétrée l’intolérance ordinaire. Le nez dans leur assiette, les citoyens lambda écoutent, muets, les récits de leurs proches. Ceux-ci vont de la vieille dame qui a subi gratuitement insultes et crachats au seul motif qu’elle est française, aux jeunes femmes confrontées aux remarques acerbes sur la longueur de leur jupe. Agissant comme des prédateurs qui se déplacent en groupe, ces « jeunes » attaquent les composantes les plus vulnérables de la société ou celles qui font l’objet de leur haine viscérale : les femmes, les juifs, les homosexuels et le traître musulman qui s’est intégré. Cette oppression de plus en plus palpable n’est-elle pas déjà une victoire de cette forme de totalitarisme sauvage qui se mêle d’influer sur la manière selon laquelle les gens doivent vivre ?

C’est que pour les antifas, traquer chez le « beauf français » l’extrémisme est très confortable. Mais qu’ils ne s’y trompent pas, le « beauf » sait depuis longtemps qu’il n’est plus écouté par les élites bien-pensantes. Toutes les « mésaventures » qu’il entend ou qu’il vit, il sait qu’elles ne sont pas de l’ordre du fantasme ou du mythe, même si les charlatans qui se mêlent de le soulager veulent l’en convaincre à tout prix. Alors, le nez dans son assiette, il n’ose plus s’indigner. Gare à l’amalgame, ne cesse-t-on de lui répéter ! Alors, tous fuient et se protègent du mieux qu’ils le peuvent. En effet, ils s’aperçoivent que les partis traditionnels laissent le Front National prospérer grâce à sa défense  vigoureuse de la République Française et de ses valeurs laïques.

Les antifas, par ailleurs chantres du changement, font ainsi preuve d’une étrange sclérose intellectuelle quand il s’agit d’analyser clairement la situation. Qu’ils s’adaptent donc à la nouvelle donne ! Eux qui se revendiquent comme le bras armé du Bien, qu’ils combattent la misogynie, l’antisémitisme, l’homophobie, le racisme et l’intolérance là où ces fléaux se trouvent réellement ! Pour certains citoyens, le vote FN est à présent une réaction de défense contre la Réaction islamiste. Cette dernière se compose de rétrogrades fascistes qui se gaussent d’être protégés par ceux-là mêmes qui sont censés les combattre. Paradoxalement, le FN semble devenir un ultime recours au repli communautaire, à la haine du non-musulman, à l’application de codes archaïques qui ne sont pas ceux de la France. Dès lors, certains se surprennent à penser : « Et si le Front National était le véritable antifascisme ? »

*Photo : Mots Croisés.

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