Mail Facebook Twitter RSS

Inscrivez-vous à la Newsletter

Recevez chaque lundi la synthèse de l'actualité de toute la semaine



X

Annie Le Brun ou le rire des ténèbres

Misère de l’homme connexionniste

Publié le 15 août 2011 à 9:52 dans Culture

Mots-clés : ,

Beau temps, n’est-ce pas ? Puisque c’est ici et ainsi qu’Annie Le Brun publie Ailleurs et autrement. Le délectable recueil de ses chroniques parues depuis 2001 dans La Quinzaine littéraire est un festin d’intelligence, d’humour et de férocité altière. Celle qui écrivit Soudain un bloc d’abîme, Sade possède un génie du titre qui frappe ici encore à tous les coups : que ses textes s’appellent La splendide nécessité du sabotage, De la noblesse d’amour, Eclipse de liberté ou De l’insignifiance en milieu vaginal.

Ce dernier article, qui constitue la première salve réjouissante du livre, est une plongée au cœur de La vie sexuelle de Catherine M., c’est-à-dire dans les rebutantes entrailles de celui qu’Annie Le Brun baptise lumineusement « l’homme connexionniste ». Mettant à nu les convergences systématiques des fantasmes conformistes de Catherine Millet avec l’idéologie du management, elle y décèle l’idéal en caoutchouc du connexionnisme, qui ne connaît d’autres valeurs que la performance, la flexibilité, l’adaptabilité et la tolérance. « La liberté que tout le chic parisien prétend aujourd’hui nous y vendre est celle d’un monde réduit à un club échangiste, et défense d’en sortir ».

Jarry, Sade ou Roussel au poing, pulvérisant toutes les platitudes contemporaines, Annie Le Brun s’arme contre les « subversions subventionnées » et la fausse conscience. Sa liberté et son immense culture crèvent à chaque page l’œil de « l’increvable soleil de la médiocrité ». Cette très fine analyste du langage contemporain – qui a toujours éveillé l’estime et la sympathie de Philippe Muray – mène comme lui avec un art virtuose et sanglant de l’injure une guerre joyeuse et sans relâche contre toutes les soumissions réputées « culturelles » ou « événementielles ».

La vigueur de ses attaques n’a d’égale que la force et la fidélité de ses engouements – que ses amours se nomment surréalisme ou psychanalyse, Eric Jourdan ou François-Paul Alibert, René Riesel ou Chantal Thomass. A chaque ligne, son écriture somptueuse et souveraine s’inscrit en faux contre le « formatage des êtres » et résiste implacablement à la « simplification caricaturale de la personne humaine ». Aux criminels exordes à la transparence qui nous sont lancés de toutes parts, Annie Le Brun oppose la mémoire obstinée du « promontoire de ténèbres sur lequel vient se heurter toute pensée ».


Acheter chez Amazon.fr

Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !
Participez au développement de Causeur, faites un don !

voir les commentaires / réagir         envoyer
 

A lire sur Causeur.fr

La rédaction de commentaires nécessite d'être inscrit

2

Déjà inscrit, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 
  • 15 Août 2011 à 16h06

    vingtras dit

    Merci Monsieur Maillé de me rappeler son existence. J’achète.

  • 15 Août 2011 à 15h29

    sylce dit

    Dans l’émission Du jour au lendemain sur France-Culture, Alain Veinstein s’est plusieurs fois entretenu avec Annie Lebrun. Ces rencontres sont très intéressantes dont celle du 30/06/2011 que vous pouvez retrouver dans les archives Du jour au lendemain.