«Au-delà de l’humanité, la passion égalitaire est pathologique» | Causeur

«Au-delà de l’humanité, la passion égalitaire est pathologique»

Entretien avec Francis Wolff

Publié le 03 octobre 2016 / Société

Mots-clés : , , , ,

L'actuelle sensibilité à la souffrance animale est louable. Mais en déduire que l'animal est une personne, voire un exploité qu'il faudrait libérer, est dangereux. Pour les hommes comme pour les bêtes.

Francis Wolff, par Hannah Assouline

Causeur. Ferme des mille vaches, scandales des abattoirs à répétition, campagnes contre la consommation de la viande : le statut des animaux et leurs rapports avec l’homme semblent intéresser de plus en plus l’opinion publique.

Francis Wolff. Oui, et l’intérêt médiatique qui se développe pour ces questions était prévisible. Ce phénomène existait déjà sur les campus américains il y a une dizaine d’années, et la vague a atteint nos rivages universitaires il y a cinq ou six ans avec des disciplines émergentes comme l’Éthique animale, le Droit animalier, des chaires, des thèses, des revues spécialisées. Les milieux para-académiques, les grandes revues de débat critique s’y sont ensuite intéressés. Il est normal que cela touche maintenant le grand public.

Comment qualifier ce nouveau mode de pensée ?

Je l’appelle « animalisme », à ne pas confondre avec le mouvement de protection des animaux qui existe en France depuis la loi Grammont de 1850 punissant les mauvais traitements. L’animalisme conçoit l’animal comme le nouveau« prolétaire », la victime par excellence de l’homme bourreau. Autrement dit, le postulat nouveau selon lequel il existe une catégorie générale qu’on nomme « animal » (on pense alors plutôt au chien, au chat et au cheval qu’au scorpion, à l’éponge ou au krill) se traduit par une exigence morale. Or toute notre tradition morale et juridique est fondée sur la distinction entre les animaux et les humains d’une part, et entre les animaux en fonction des relations qu’on a avec eux d’autre part. Le droit français reconnaît une différence entre les animaux qui vivent sous notre protection d’un côté, et les animaux sauvages de l’autre. Dans ce même droit, il y a une différence entre le Code rural, le Code de l’environnement, le Code civil et le Code pénal. Faute de statut juridique unique, parler de l’« animal » en général n’a aucun sens : cela revient à classer le chien et ses puces dans la même catégorie.

Cela n’a peut-être aucun sens en droit, mais l’entendement humain a inventé une grande catégorie qui englobe le chien et ses puces depuis fort longtemps…

Oui et non. La notion d’« animal » est très difficile à définir. Selon les idées reçues, c’est un « être vivant mobile et sensible » : mais le premier critère exclurait de nombreux animaux (les huîtres) et inclurait pas mal de plantes ; quant au second, il est à la fois vague et équivoque : « sensible » à quoi et dans quelle mesure ? Et qu’en est-il des protozoaires ? Des virus ? Des prions ? Et des hommes ? Pendant pratiquement toute l’Antiquité, l’humanité a été définie par deux relations négatives : les hommes n’étaient ni des bêtes ni des dieux. Ils avaient en commun avec les bêtes d’être mortels, et avec les dieux d’être doués de raison.

[...]

  • Causeur_038_couv

    Article réservé aux abonnés

    publié dans le Magazine Causeur n° 97 - Septembre 2016

  • X

    Article réservé aux abonnés

    Déjà abonné, connectez-vous


    mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
     

    PAS ENCORE ABONNÉ ?

    Causeur_038_couv
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 6 Octobre 2016 à 16h36

      persee dit

      -”Il est impossible à l’homme de se comporter en animal” c’est pour moi une douce illusion, car on voit bien que l’animalité est inhérente au genre humain et qu’il lui est difficile de s’en défaire , notamment dans les rapports familiaux où l’humanité lui cède souvent le pas ( et je ne parle pas de la guerre) Mais c’est là une question de conscience donc de surmoi religieux .

    • 5 Octobre 2016 à 15h53

      Hannibal-lecteur dit

      Il n’y a pas de différence de nature entre l’intelligence animale et celle de l’homme. La différence la plus manifeste réside dans sa capacité : la mémoire animale pâtit de l’absence de futur. Elle réside presque uniquement dans l’immédiat.
      Le futur le plus lointain accessible à l’animal est celui procuré par la vue, la portée du regard étant la plus grande des portées des sens. Vient ensuite le futur auditif, quel est ce bruit, dans quel délai prévient-il d’une rėaction ēventuelle, puis l’odorat, ça sent la charogne, allons manger, puis le goût et le toucher, au futur vraiment immédiat, simultané avec la sensation, terminé en même temps que la sensation. Il faut corriger l’énoncé précédent en fonction des races, le futur d’un papillon dans son univers de phéromones étant immensément prépondérant sur tout autre, par exemple. Mais il vaut disons à peu près pour tous les mammifères .
      La raison simple est que le futur a besoin de mots pour exister, dont sont dépourvus les animaux.
      Ceci étant, la diffėrence entre l’homme et l’animal se réduit à …bien peu de chose en nature, mais représente un univers immense en consistance : l’univers des concepts .
      Ce qui fait, in fine, que l’animal n’a aucun droit sur l’homme  -  il n’a même pas le concept de droit dans son monde  -  mais que l’homme a des devoirs envers l’animal, ceux que ses concepts de justice, de compassion, de solidarité, etc. etc. lui suggèrent. 
      À lui de se comporter en homme digne ou en brute infecte.
      À noter qu’il est impossible à l’homme de se comporter en …animal car aucun de ses actes ne peut s’exempter des concepts qui le sous-tendent, dont l’animal est absolument dépourvu. 

    • 4 Octobre 2016 à 19h59

      beornottobe dit

      et les “bien-pensants mettront en balance “et qu’est ce qu’on fait des chômeurs”?…..
      CQFD

    • 4 Octobre 2016 à 19h54

      beornottobe dit

      il est vrai que !……………………..
      mais les “bien-pensants” (et les autres) iront-ils jusque là ????????

    • 4 Octobre 2016 à 19h18

      Alex Z dit

      Ce qui est sûr, c’est que l’animal a un instinct maternel indiscutable, il peut risquer sa vie pour protéger ses petits, il peut ressentir de la joie, il peut aimer, il peut se sacrifier pour celui qu’il aime, il peut détester également, il peut souffrir, il peut avoir mauvaise conscience également, bref, il ressemble, au moins en ce qui concerne les animaux évolués, (mammifères, etc…) tellement aux humains.
      Peut-être leur manque-t-il la raison bien sûr, et aussi le langage, encore que pour ce dernier, ils peuvent comprendre le notre, et s’exprimer à leur façon.

    • 4 Octobre 2016 à 13h05

      cab driver dit

      voyez plutot ce qu’en dit Jacques Derrida, autrement plus juste :
      https://www.youtube.com/watch?v=Ry49Jr0TFjk

    • 4 Octobre 2016 à 11h48

      François dit

      Pour l’église, les animaux ont une âme…différente. Ce débat les occupe depuis des siècles et des siècles…. Amen !

    • 4 Octobre 2016 à 10h02

      Borgo dit

      Wolff pas wolof. Mais celui de Tintin est autrement plus sympathique…

    • 4 Octobre 2016 à 8h49

      Allons bon dit

      Homo homini Wolff ! 

      • 4 Octobre 2016 à 10h01

        Borgo dit

        Une vraie tête de boursouflure ce wolof.

    • 4 Octobre 2016 à 3h24

      Livio del Quenale dit

      Depuis cet “humanisticisme” pueril, on confond tout : Sensibilité et sensiblerie , jusqu’au ridicule.
      -
       Cette maladie confond aussi : égalité et uniformité qui frise l’injustice, comme quand elle confond la tolérance avec laisser-aller pour ne pas dire laxisme.
      -
      A force de nier les réalités, de planer dans les rêves et des idéaux humanistes déformés, dégénérés, abâtardis, pour faire du “plus”, de soi-disant “avancées, de progrès” pour ce distinguer et faire croire que l’on est meilleur, ces grandes idées généreuses des lumières sont devenues ridicules et surtout dangereuses car prêtant le flanc aux agressions conquérantes de cultures totalement différentes et de mauvaise foi comme son suppôt T.Ramedent.

       –  

    • 3 Octobre 2016 à 23h08

      Lector dit

      “sensibles”, c’est-à-dire capables d’émotion négative ou positive, ou tout au moins d’éprouver des sensations, de ressentir la douleur ou le calme, bref qui peuvent souffrir ou pas. Rien à voir avec les virus. Les bactéries non plus ne sont pas des animaux. Personne ne se poserait la question de savoir si les parasites, les amibes etc. ont une âme, sont des êtres animés. Faut arrêter de tout mélanger. Personne ne se scandalisera que vous écrasiez une puce ou dix, mais un chien, oui.
      Le souci de ne pas faire souffrir les mammifères avec lesquels nous vivons ou qui sont sous notre protection, cet “animalisme” découle de l’altruisme de notre humanisme i.e. de son éthique, et c’est un humanisme car il se soucie finalement non seulement de morale, voire de question d’ordre philosophique mais aussi de questions sanitaires qui touchent l’homme dans sa fréquentation de l’animal domestiqué, d’élevage, et de sa consommation.

      • 3 Octobre 2016 à 23h11

        Lector dit

        ah eh bien si j’en crois la citation ci-dessous apparemment l’auteur finit par faire la distinction (suite article réservé aux abonnés).

        • 3 Octobre 2016 à 23h13

          Lector dit

          ah ben non ! ça ne vient pas de la suite de l’article met d’un commentaire…

    • 3 Octobre 2016 à 20h38

      kelenborn dit

      Il y a donc trois sortes d’êtres vivants :

      “ceux qui n’éprouvent aucune sensation douloureuses, soit les végétaux et une partie des animaux .

      ceux qui souffrent mais qui n’ont pas d’états de conscience, soit le reste des animaux, sauf nous

      ceux qui souffrent et ont des états de conscience, nous, les êtres humains”

      Tiens…. voila du boudin!!!
      D’où notre grand spécialiste tient il ce savant distinguo? C’est de l’Imhopotame ?
      On ne va pas faire un cours de philosophie à quelqu’un d’aussi imhonisé contre tout début de jugeote mais cette analyse vient-elle de Caron qui le tiendrait lui même des confidences que lui a fait une belette sur l’oreiller!
      Simplement et pour ceux qui ne sont pas dans un tel état pathologique, rappelons que c’est le type même de vision anthropomorphique, vision à laquelle, d’ailleurs les hommes sont bien incapables d’échapper ( voir leur pauvre imagination quand ils essaient de se représenter ce que pourrait être une créature extra-terrestre) Donc , la classification des créatures du Bon Dieu faite par Mr IMHO n’a de valeur que ce que lui accorde la cervelle de Mr IMHO ? Qu’est ce que la douleur ? IMHO connait la douleur d’IMHO quand il a mal au cul, mais il ne sait strictement rien de la douleur de la carotte quand on la coupe , simplement parce qu’il ne sait pas parler à la carotte comme d’ailleurs personne ne sait ni ne peut le faire bien que nous partagions 40% de nos gènes avec cette chair à pot au feu!!
      Donc , les réflexions de vide-greniers, il faut les garder pour les vide-greniers!
      Oui!! il a raison d’en remettre une couche comme il le dit lui même !!! On ne prête qu’aux riches!!!

      • 3 Octobre 2016 à 22h28

        IMHO dit

        Il faudrait en effet une catégorie en plus rien que pour vous, les êtres vivants qui ont des états d’inconscience .

        • 3 Octobre 2016 à 22h51

          kelenborn dit

          C’est vrai qu’au regard de la manière dont vous écrivez, les singes voire les biques conservent toutes leurs chances!!

      • 3 Octobre 2016 à 23h42

        Zinho dit

        Et bien moi j’emmerde le virus du sida et les scorpions, na.

      • 4 Octobre 2016 à 3h36

        Livio del Quenale dit

        3 Octobre 2016 à 20h38 kelenborn dit
        “imhonisé, Imhopotame”

        au secours! que veulent dire ces mots ?
        si vous les inventez pour faire un genre de métaphore, d’accord, mais alors, mettez les entre guillemets.
        Il faudrait aussi que l’explication soit évidente.
        -
         Excusez mon ignorance . 

    • 3 Octobre 2016 à 20h28

      Borgo dit

      Wolff, c’est le charlot qui se vante d’avoir assisté à plus de 3000 corridas.
      Je n’aimerais pas l’avoir comme voisin. Doit sentir la charogne…

    • 3 Octobre 2016 à 20h10

      IMHO dit

      J’en remets une couche, ça finira par en

      Tous les êtres vivants qui peuvent souffrir ont le même droit personnel, à proportion de la souffrance qu’ils peuvent éprouver, à bénéficier du devoir des êtres conscients de ne pas infliger de souffrances et de les soulager s’ils le peuvent .

      Il y a donc trois sortes d’êtres vivants :

      ceux qui n’éprouvent aucune sensation douloureuses, soit les végétaux et une partie des animaux .

      ceux qui souffrent mais qui n’ont pas d’états de conscience, soit le reste des animaux, sauf nous

      ceux qui souffrent et ont des états de conscience, nous, les êtres humains

      Les êtres vivants ont tous le même droit réel, à savoir le droit de conserver l’existence que la nature leur a donnée, existence que les autres êtres vivants n’ont le droit de leur confisquer que pour conserver leur propre existence ou la qualité de vie que cette existence contient, a proportion de la quantité de vie qu’ils détruisent en confisquant des existences .

      Les lions ont le droit de tuer des gazelles pour les manger et nous avons le droit de tuer des mouches pour ne pas en être importunés .

      Les êtres conscients ont le devoir d’être équitables dans les confiscations d’existence qu’ils font .

      Ce devoir découle du devoir d’être équitable en général, qui ne peut qu’être général car il serait absurdement inéquitable qu’on n’ait le devoir d’être équitable que dans certains cas et pas dans d’autres .

      Donc, nous avons le droit de confisquer l’existence des porcs pour les manger à condition que nous compensions cette perte de durée d’existence par une certaine qualité de vie dans l’existence que nous leurs laissons .

      Il est donc très inéquitable de tuer des porcs après les avoir privés durant toute leur existence des plaisir sensuels ou psychiques que ces animaux peuvent éprouver et dont la privation peut être une souffrance .

      Il n’est donc pas inéquitable de tuer un porc qui a vécu une vie de porc selon les lois de la nature sans les risques de cette vie

      • 3 Octobre 2016 à 20h13

        IMHO dit

        Il faut donc créer une arithmétique du droit de la confiscation d’existence , dont les paramètres soient fixés par un estimation collective .
        Une précision : la nature a-t-elle le droit de donner aux êtres vivants un droit de propriété sur leur existence ?
        C’est une fiction juridique qui ne tient qu’a remplacer “nullius” par “naturae” dans l’expression “res nullius” , qui désigne les choses qui n’ont pas de propriétaires, dont les animaux sauvages.
        Il est plus logique et plus prudent de présumer que toute chose à un propriétaire .
        Faire de la nature, c’est-à-dire “ce qui naît”, étymologiquement, une personne fictive ne peut avoir à première vue que de bons effets, et s’il y en a de mauvais on les corrigera .

    • 3 Octobre 2016 à 19h31

      Renaud42 dit

      Exaltant la mascarade des différences artificielles la société post moderne efface les différences essentielles problématiques. On s’aperçut mais un peu tard que les antagonismes faisaient le sel de la vie. Ainsi naissent les femmes djihadistes, de l’homosexualisme ambiant.

      • 3 Octobre 2016 à 22h55

        kelenborn dit

        a mon avis, même Renaud, quand il boit un coup de trop n’écrit pas comme cela!
        MK

    • 3 Octobre 2016 à 16h28

      alain delon dit

      Même Staline se met à défendre la cause animale!

      • 3 Octobre 2016 à 22h53

        kelenborn dit

        ah beehhhh! si aux idiots utiles on peut ajouter les brebis qui bèlent, Martinez pourra annoncer un million de manifestants!!!

    • 3 Octobre 2016 à 16h21

      bu2bu dit

      Zinho: Pourriez vous développer ?

      • 3 Octobre 2016 à 23h52

        Zinho dit

        La race n’est pas un taxon il est donc évident que la systématique animale ne la mentionne pas. Ce n’est parceque vous n’êtes pas une chèvre que les chèvres n’existent pas !

    • 3 Octobre 2016 à 14h59

      Zinho dit

      La prétention qui veut que la race n’existe en ajoutant aussitôt que l’espèce, elle, existe, cette prétention est stupide. Elle mélange taxons biologiques et groupes humains. Un groupe humain peut parfaitement exister sans être repris par la systématique biologique.