Angelina, le courage de se mutiler | Causeur

Angelina, le courage de se mutiler

Pour Jolie, la vie n’a pas de prix

Auteur

Guillaume Nicoulaud

Guillaume Nicoulaud
est un blogueur et économiste français

Publié le 22 mai 2013 / Société

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angelina jolie boutin

Lorsqu’il apprend la nouvelle, ce 20 janvier 1666, le jeune Louis XIV s’évanouit de douleur. Sa mère adorée, Anne d’Autriche, infante d’Espagne et reine de France, vient de passer de vie à trépas à soixante-quatre ans. Il est vrai qu’Anne n’était, pour les standards de l’époque, plus toute jeune. Aînée de sa fratrie, elle a vu disparaître un à un ses sept frères et sœurs en finissant par Philippe IV, mort quatre mois plus tôt. Mais la reine n’est pas, à proprement parler, morte de vieillesse : elle avait un cancer du sein.
Je n’ai jamais été un proche d’Anne d’Autriche1 et je ne saurais vous dire quel jugement elle portait sur sa propre vie. Louis XIII fût sans doute un époux déplorable mais il semble que la souveraine ait compensé ce manque d’amour par une relation fusionnelle avec ses fils Louis et Philippe. Quoi qu’il en soit, il est une chose que je tiens pour certaine : en ce début de l’an de grâce 1666, Anne s’est accrochée à la vie. De toutes ces forces et de toute son âme, elle a voulu vivre et a sans doute même prié pour cela.
Eugénie Bastié a tout à fait raison d’écrire que la décision d’Angelina Jolie – celle qui consiste à subir une ablation de la poitrine pour éviter de développer le cancer qui a emporté sa mère - dit « quelque chose de notre époque »; je vais même vous préciser quoi exactement : en 1666, Anne d’Autriche n’avait d’autre choix que de mourir tandis qu’aujourd’hui, Angelina Jolie a la possibilité de se prémunir contre cette éventualité. Voilà ce que cette histoire nous dit sur notre époque.
Précision à tout hasard qu’un cancer du sein, ce n’est pas bénin et que 87% de chances d’en développer un, ce n’est pas exactement négligeable. Juste pour donner un ordre de grandeur : c’est encore pire que de jouer à la roulette russe avec six balles sur sept dans le barillet2. Je veux bien que chacun dispose de sa vie comme il (ou elle) l’entend mais écrire que la décision de Madame Jolie relève du « principe de précaution poussé à son paroxysme » me semble pour le moins osé. Emporté dans mon élan, je pourrais dire que j’aimerais vous y voir ; mais non, je n’aimerais pas ; je ne souhaiterais ça à personne ; pas même à Madame Boutin.
Accessoirement, on notera aussi que des raisons de rester en vie, au-delà de son « égo déboussolé », Madame Joly en a six. Je vous épargne les prénoms. Car Angelina Jolie n’est pas seulement une « Lara Croft pulpeuse et intrépide », c’est aussi une mère. Là où vous vous plaisez à voir un « malaise occidental vis-à-vis de la vie » ou la volonté de se débarrasser de « ce fardeau naturel » qu’est supposé être notre corps, je vois une femme qui veut vivre pour elle-même, bien sûr, mais aussi pour son mari et pour ses enfants. Qui gagne au petit jeu du nombrilisme : celle qui préfère préserver sa poitrine au risque de laisser derrière elle des orphelins ou celle qui a le courage – oui, le courage – de se mutiler pour éviter cette éventualité ?
Alors non, il n’y a pas un zeste de vérité dans le gazouillement cynique de Christine Boutin. Il n’y a pas non plus une once d’humanité, encore moins de compassion ni même la plus élémentaire trace d’intelligence. J’en rappelle les termes aussi élégants que subtils : « Pour ressembler aux hommes ? Rire ! Si ce n’était triste à pleurer ! » – fin de la citation. Il n’y a là que le hoquet ridicule d’une politicienne en mal de publicité qui s’est imaginée briller en crachant son venin sur une étoile.
Pour ma part, je rejoins avant l’heure le « réseau mondialisé des quadras névrosés » pour souhaiter à Angelina Jolie et à ses proches tout le courage dont ils auront besoin et tout ce que la vie peut encore leur réserver de meilleur. C’est sans doute la boîte en plastique que j’ai à la place du cœur qui parle…

  1. Pour des raisons techniques évidentes.
  2. Le Nagant M1895, fabriqué pour l’armée russe, contenait sept cartouches.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 18 Février 2014 à 21h49

      patricethomas dit

      M. Nicoulaud, merci pour cet article. J’avais réagi à celui d’Eugénie Bastié, qui faisait, d’une décision personnelle, un phénomène de société. Et qu’on lui foute la paix, à cette dame, qui n’emmerde personne, et ne fait pas de prosélytisme.

    • 26 Mai 2013 à 0h35

      ALMFBTYPP dit

      Cette pauvre tache de BOUTIN , qu’on lui ampute la langue

      • 26 Mai 2013 à 0h38

        Eugène Lampiste dit

        pourquoi ?

        elle dit tout haut ce que les “je ne suis pas homophobe” pensent ?

        qu’elle parle !!!!
         

        • 26 Mai 2013 à 7h26

          cage dit

          la Boutin euHHH… la “beauté sauvera le monde!!”

    • 25 Mai 2013 à 11h43

      cage dit

      Elle est vraiment superbe cette photo.
      Le sujet est fort. Son gosse enlevé.
      On lui refourgue un gosse qu’est pas le sien; elle veut bien, obligée de faire, mais elle veut surtout son gosse.
      Un géant, traité de facho, trainé ds la boue, par la critique française, ce Clint Eastwood. Avant qu’elle ne lui cire les pompes. 

    • 24 Mai 2013 à 4h04

      Vert Gallois dit

      Bravo! Je n’aurais pas mieux dit.

    • 23 Mai 2013 à 22h38

      PiacereM dit

      Bravo à Angelina pour son courage. 
      Bravo à Guillaume pour son artticle plein de bon sens.
      Qui peut parler de cette maladie sans en avoir connu les affres, les souffrances, les traitements inhumains, les pertes de cheveux, les brûlures, les vomissements, la déchéance du corps meurtri. Ma sœur est morte à 43 ans de cette maladie horrible. Ma famille est porteur du BRCA1. Les médecins préconisent l ablation à titre préventif des seins, voir des ovaires. Le choix ou le non choix est horrible, monstrueux. Mais c est un choix de vie. Christine Boutin ferait mieux de réfléchir avant de parler. Idem pour la pseudo journaliste qui ne sait pas de quoi elle parle en parlant, en autre,  d ego déboussolé. Angelina a choisit la vie. Bravo à elle