Les malheurs d’Angela

La chancelière allemande n’aime pas les enfants

Publié le 19 novembre 2008 à 16:00 dans Monde

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C’est le drame des parents qui ont des enfants turbulents. Ça se castagne à la récré, ça arrache les pattes des sauterelles, ça hache menu menu la queue des lézards jusqu’à ce qu’elle repousse, ça colorie les murs, repeint le chat en jaune et revient à la maison avec son content de griffures et de gnons. Angela Merkel n’en peut plus.

Pour une femme, avoir un enfant la quarantaine passée est une aventure périlleuse. En recevoir un la cinquantaine venue présente des dangers autrement plus graves. Pour le corps mais surtout pour la tête.

C’était un dimanche du mois de mai 2007, Angie était restée travailler très tard au Kohlosseum, le siège mastoc de la chancellerie fédérale. Assise à son bureau, face au portrait grandeur nature d’Helmut Kohl, elle relisait une note technique sur la manière de rendre l’Alsace à la France sans que personne ne s’en aperçoive, quand elle éprouva un premier spasme. En moins de quinze secondes, tout était accompli. Un petit être chétif et dodelinant faisait face à la chancelière. N’était sa petite taille, rien ne laissait présumer qu’il venait de naître. Il regarda fixement Angie, jeta un coup d’œil à sa Rolex et tourna les talons en lâchant un : “Bon, ben c’est pas tout ça, mais faut que j’y aille…”

La vie d’Angie devint, dès lors, un calvaire. Elle tenta d’amadouer le gamin, le laissant lui faire la bise en public et l’appeler maman, puis elle consulta tout ce que l’Allemagne compte en pédiatres et en pédopsychiatres, relut tout Jacobi et Perelman, fit – chose admirable pour une luthérienne – le pèlerinage des Vierzehnheiligen en priant trois fois les quatorze saints auxiliaires, s’arrêtant même de longues heures dans la chapelle consacrée à Margareta von Antiochia, dont la réputation n’est plus à faire quand on a des problèmes de dragons et d’enfants.

Rien pourtant n’y fit. Tout s’aggrava même : plus les semaines passaient, plus le terrible rejeton redoublait son ardeur et son agitation. Comme Angie ne pouvait décemment garder le trublion auprès d’elle à Berlin, elle l’envoya en pension à Paris, où, présumait-elle, il pourrait gagner en sagesse et en prudence. Las, l’assiduité du petiot en classe n’était pas des meilleures : s’il excellait en sport, il était en revanche nul en allemand, pas très bon en français, médiocre en maths et en histoire. Quant à la géographie, autant ne pas en parler : l’idée lui vint, par exemple, un jour que la Méditerranée ne baignait pas les côtes de l’Allemagne ! Faut-il être à ce point arriéré pour ignorer cette réalité topologique qui fait que, six mois par an, le pourtour méditerranéen est le dix-septième Land allemand ? De mars à septembre, des Baléares à la Crète, de la Sicile à la Tunisie, on parle allemand, on mange allemand, on pisse allemand dans la Mare nostrum.

Angie lui fit la leçon et lui apprit les choses de la vie. Mais ce ne fut pas suffisant pour distraire l’enfant de ses terribles jeux. Pour se venger de sa mère qui le tenait à l’écart, il s’entoura à Paris d’une bande d’amis, à laquelle il donna le nom saugrenu de “cabinet” – manifestation de ce que Karl Abraham appelait le stade sadique-anal. L’enfant prit grand soin à ce qu’aucun de ses compagnons de jeu ne parlât un mot d’allemand, ce qui, réflexion faite, était grandement préférable : combien de guerres, dans l’histoire, l’incompréhension mutuelle et la barrière des langues auront-elles empêchées !

Cependant, l’enfant trépignait, s’agitait, réclamait sa mère et quémandait son attention. Dans le dernier SMS qu’il lui envoyait il y a quelques jours – l’enfant pourri gâté a un téléphone portable –, il écrivait : “Maman, viens à Verdun qu’on joue à Kohl et Mitterrand. Tout petit à côté de toi, je te prendrai par la main. Je te ferai des bisous et mille gros poutous partout. Tu verras, je serai sage.”

Maman ne vint pas à Verdun. Elle y envoya le Knecht Ruprecht (père Fouettard), un homme terrible doté des plus gros sourcils de la politique allemande et qui, accessoirement, préside le Bundesrat sous le nom de Peter Müller. Essayez donc un jour de vous amuser avec un Bernard Accoyer qui aurait la pilosité d’un Claude Allègre.

Aujourd’hui, Angie n’en peut plus. Elle est au bout du rouleau. Elle songe à envoyer le garçonnet en croisière sur le Rhin, du côté de Sankt Goarshausen. Là, au creux de la vague et des remous, il entendra, pour la dernière fois, une voix qu’il ne pourra comprendre :

Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn ;
Und das hat mit ihrem Singen
Die Bundeskanzlerin getan.

(A la fin bateaux et bateliers
Par les vagues, je crois, furent submergés
Et c’est pour Nicolas Sarkozy
Que notre chancelière le fit…)

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  • 24 November 2008 à 16h09

    vienne dit

    Chère Trudi,
    en Gaule plus qu’ailleurs il est interdit voir très mal vu, qu’un habitant du village A qui réside dans le village B commence à faire de l’humour sur le dos de ses voisins du village B …
    Même après 40 ans de résidence il entendra une phrase très aimable comme : ” De quoi il/elle se mêle, ce c…, cette c….”.
    C’est du vécu et durement appris :-))))

  • 24 November 2008 à 9h56

    bellini dit

    Un jour, petit Sarko deviendra grand? Et Mamie Merkel?

  • 21 November 2008 à 14h12

    Robert Marchenoir dit

    Les réactions à cet article de Trudi Kohl montrent que dans une société qui a fait de l’ironie un impératif catégorique (le second degré est roi, le sérieux est ringard), l’humour est devenu une notion inaccessible à beaucoup de monde.

    Encore un peu d’humanité qui se perd, sous les coups de boutoir des humanistes auto-proclamés.

  • 20 November 2008 à 20h10

    Raymond dit

    Je trouve très amusant que les seuls commentaires hostiles à cet article très drôle et bien écrit concernent la forme (et ce, dans un style qui fait parfois douter que leurs auteurs soient francophones), mais très inquiétant qu’ils suent et puent la xénophobie à ce point.
    P.S. Akad, vous êtes un farceur, non? Sinon, j’aurais envie de dire “pauvre Akad”…

  • 20 November 2008 à 18h22

    Manioc dit

    @R. Marchenoir:
    Rions jaune en effet, même sur ce site nous ne sommes pas à l’abri des fôtes d’ortaugraf!

  • 20 November 2008 à 17h04

    Chris du Fier dit

    Faut l’ excuser cette pauvre Trudi.. Née à Stuttgart en 47 !… Ca devait pas être la joie.. Ca se sent dans son sourire éclatant.

    L’ un de mes oncle qui était tankiste dans la 2ème DB m’ a raconté dans quel état était la ville en 45 :

    En montant sur la tourelle de son char, il pouvait voir l’ autre bout de la ville…….plus rien au milieu….

  • 20 November 2008 à 15h59

    Marcol dit

    Vous n’aimez pas radoter ? Soit.

    Donc ce papier sur Sarko est le premier que vous faites. Et le dernier. J’en doute.

    Vous vous interdisez à l’avenir de faire un papier sur Obama. Sur ses relations avec Merkel ou lorsque ces deux-là se rencontreront. J’en doute.

    En revanche, ce dont je ne doute pas est que votre papier sur Obama-Merkel ne mettra pas en scène “une Chancelière recevant un adolescent africain auquel la première doit apprendre, de différentes manières – avec votre humour ça va être décoiffant -, la rigueur tout germanique et l’excellence toute occidentale ou que sais-je encore, en gros civiliser”.

    Votre honnêteté comme votre humour ont quelques limites.

    Je le répète, on peut se moquer de Sarkozy. Il l’a bien cherché. Mais pas certains travers, pas sous certaines formes.

    Moquer la taille de Sarko, en faire l’axe principal d’un papier, est aussi imbécile que de moquer la sale gueule de Merkel et de faire un papier qui s’intitulerait “le boudin de Sarko”.

    Cela dit, si Merkel se fout de la gueule de Sarkozy selon les mêmes critères que vous, c’est à désespérer de l’Europe.

  • 20 November 2008 à 15h27

    Trudi Kohl dit

    Marcol : vous avez raison, l’auteur ne fera rien sur Obama… Vu que c’est déjà fait et qu’elle n’aime pas radoter, elle. http://www.causeur.fr/nous-sommes-tous-des-americains,1275

  • 20 November 2008 à 15h00

    Marcol dit

    L’humour a bon dos.

    Angela a donc la lourde tâche de se coltiner un nabot ayant tous les défauts d’un garçonnet pourri et gâté.

    Je doute que l’auteur use d’un humour semblable à l’endroit d’Obama quand bien même celui-ci serait bien plus désagréable avec Merkel.

    On peut se moquer de Sarkozy… mais franchement le coup de la taille, c’est vraiment gonflant à la longue.

    On (l’auteur compris) va faire la même chose avec Obama ? Non.

    Or que je sache, ni Sarkoy ni Obama ne sont responsables l’un de sa taille, l’autre de sa couleur de peau.

  • 20 November 2008 à 14h57

    Pirée dit

    Je pourrais proposer “La Méthode à Mimile”, mais l’argot est un idiome anarcho-populiste qui ne conviendrait pas dans le cas présent.

  • 20 November 2008 à 13h50

    Paul dit

    Personne n’aurait une méthode Assimil pour sarkozystes convaincus ?…

  • 20 November 2008 à 13h49

    Akad dit

    C’est vous qui êtes bourrés, Mr Marchenoir, et pas que de fautes d’orthographe ! Mais si c’est pour dire n’importe quoi sur le predisent de la République, tout le monde est là.