L’amour au microscope | Causeur

L’amour au microscope

Mi-roman, mi-essai, un hybride réussi d’Alain de Botton

Auteur

Marie Céhère

Marie Céhère
Sophistique, littérature.

Publié le 08 octobre 2016 / Culture

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Alain de Botton. SIPA 10001051_000001

Alain de Botton, zurichois exilé depuis des lustres en Angleterre, connaît la recette du best-seller. Et pour cause, l’auteur, entre autres, de Comment Proust peut changer votre vie (Denoël, 1997) et de L’Architecture du bonheur (Mercure de France, 2007) n’en est pas à son coup d’essai. Tous les deux ans environ, depuis les années 1990, avec une régularité que l’on n’oserait qualifier d’helvétique, Alain de Botton produit un succès. Ce qui lui vaut l’honneur d’être méprisé par ceux qui sacralisent la littérature avec une majuscule et ne supportent pas que l’on puisse, avec des mots, faire autre chose que des discours définitifs.  Aussi longtemps que dure l’amour , celui du public pour les objets littéraires hybrides, mi-fictions, mi-essais, d’Alain de Botton… Aussi longtemps que dure l’amour, tel est le titre du dernier opus, la suite, pour être exact, de Petite philosophie de l’amour.

L’amour en question est celui que Kirsten et Rabih se découvrent, se portent, se font et se défont à l’échelle d’une vie. Ce couple libano-écossais volontairement « standard » évolue sous la lunette du microscope. L’auteur fait habilement varier l’éclairage, la météo, l’alcoolémie, le taux de chômage, les affaires de famille, de géopolitique et de psychanalyse, bouge les curseurs et nous observons avec lui. La rencontre, la déclaration, le sexe, la complicité, le mariage, les enfants, l’adultère, la vieillesse, l’amour perdu et retrouvé, sont disséqués, alternativement narrés et analysés.

Il nous montre avec pudeur et exactitude l’homme resté enfant dans les bras de sa femme, la femme forcée d’avoir mûri.

« De toutes les preuves d’amour, écrit-il, dans le chapitre intitulé À tout jamais, la plus superficiellement irrationnelle, immature, lamentable et néanmoins commune est de croire que la personne avec laquelle nous nous sommes engagés est non seulement le pivot de notre vie émotive, mais aussi, de ce fait, quoique d’une manière fort singulière, objectivement insensée et profondément injuste, la responsable de tout ce qui nous arrive, en bien ou en mal. C’est à cela que tient le privilège particulier et pathologique de l’amour. »

Sans mièvrerie ni longueurs, cette autopsie du désir et du mariage foisonne de traits d’esprit, de mots aiguisés, on y croise rarement la banalité. Bien sûr, comme tous les propos à visée générale, Aussi longtemps que dure l’amour épouse plus ou moins fidèlement les contours de nos propres histoires mais il a le mérite de tomber toujours juste, et de ne sacrifier ses personnages sur l’autel d’aucune complaisance.

L’aventure finit bien. Le lecteur s’y attend et serait déçu d’avoir, aux côtés de Kirsten et Rabih, parcouru tout ce chemin pour rien – preuve que le romantisme ne se démode pas vraiment. Après deux décennies, « Rabih se sent prêt pour le mariage parce qu’il a désespéré d’être tout à fait compris. »

Alain de Botton, Aussi longtemps que dure l’amour, Flammarion, 2016.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 8 Octobre 2016 à 12h11

      Habemousse dit

      Que l’auteur de cet article me pardonne, je ne pouvait pas ne pas parler de ce monsieur, Andreï Makine, et de son livre ” L’archipel d’une autre vie”.

      On parcourt cet ouvrage sans ausculter le style, le vocabulaire, le scénario, tant la gravité et la beauté des propos nous emportent jusqu’au bout dans la réflexion et le saisissement.

      Rien n’est dit, tout est suggéré à travers la survie des êtres qui traversent la nature sauvage et nourricière, pour gagner le droit simple de vivre, d’aimer, de mourir.

      Les mots de liberté, égalité et fraternité retrouvent leur sens originel, dénaturés pour des raisons de basses manœuvres depuis plus de deux cents ans, par l’homme cet éternel prédateur dont l’idéologie n’est qu’une de ses multiples inventions meurtrières.

       La place de la femme, au cœur du récit, est la première, celle qui guide le héros vers son destin, vers la liberté et l’amour salvateurs.

      Ce livre est un petit chef d’œuvre d’à peine trois cent pages, qui renoue avec la grande littérature, celle qui n’impose rien, qui décrit la nature humaine dans sa splendeur et son désespoir.

       A l ‘époque des prix littéraires, il mérite l’excellence ; mais bon, le mieux est de le lire toutes affaires cessantes.

       Je suis même étonné du silence qui l’entoure…

      • 8 Octobre 2016 à 12h12

        Habemousse dit

        … je ne pouvais pas …

      • 8 Octobre 2016 à 12h55

        Villaterne dit

        Bonjour Habemousse et merci pour le conseil !
        Rien n’est dit, tout est suggéré à travers la survie des êtres…..
        C’était la grande force de Simenon. Jamais d’avis ni de critique, la part de non-dit est laissé à l’interprétation du lecteur.
        Un bon conteur laisse l’auditeur ou le lecteur s’endormir assailli de questions ! L’auteur qui y répond dans son livre ou discours n’est qu’un prétentieux !
        A part ça, comment va Habemousse ? Je constate que vous êtes toujours présent dans le combat ! Pas trop lassé par les salmigondis de certains intervenants ? ;)

        • 8 Octobre 2016 à 13h09

          Habemousse dit

          Bonjour Villaterne, heureux de vous lire de temps à autre et de constater que votre lucidité ne faiblit pas.
          Pour Simenon vous avez raison : encore un auteur que ses choix d’intrigues n’ont pas encore mis à sa vraie place, celle des grands écrivains.