Alors, ça vient ces émeutes ?

On a failli attendre.

Publié le 28 novembre 2007 à 5:11 dans Médias

Mots-clés : ,

On a failli attendre. Après l’annonce de la mort, dimanche, de deux gamins de Villiers-le-Bel dont la moto était entrée en collision avec une voiture de police, les citoyens-téléspectateurs ont pu craindre, quelques heures durant, d’être privés du spectacle annoncé : un reality-show intitulé “jeunes contre flics” à moins qu’on ne préfère “l’émeute”, légèrement plus sobre.

Certes, à peine la nouvelle était-elle connue que des jeunes prêts à jouer leur rôle de jeunes se rassemblaient sur les lieux tandis que circulaient les théories les plus délirantes possibles sur les circonstances du drame. On peut gager que la plupart ne croyaient nullement que les deux gamins avaient été victimes de violences policières. Aucune importance dès lors qu’il s’agissait d’un excellent prétexte pour une soirée de défoulement. Il faut ajouter que le hasard avait bien fait les choses : à quelques jours près, Villiers-le-Bel tombait à point nommé pour marquer le deuxième anniversaire de Clichy-sous-Bois et rappeler à quel point rien n’avait été fait. Une aubaine pour les amateurs de sociologie à deux balles qui adorent pointer un doigt accusateur sur la société tout entière coupable de maltraitance à l’encontre des populations que l’on désigne désormais comme issues de la diversité. (Le fait que l’on puisse employer sans rigoler une expression aussi grotesque prouve à quel point l’esprit de sérieux s’est abattu sur ce malheureux pays, n’épargnant pas les citoyens issus de l’uniformité, également appelés Gaulois.)

Pour qu’il y ait spectacle, il faut un public. On voit mal le jeune-en-colère brûler des abribus (et plus si affinités) et se faire arroser de gaz lacrymogènes à la seule intention de ses voisins de palier. Pas de journaliste, pas d’émeute. Aucun problème : en moins d’une heure, dimanche, une nuée de micros et de caméras s’abattaient sur Villiers-le-Bel. On imagine sans peine le frisson d’excitation qui a dû traverser des rédactions où l’on s’ennuyait ferme en cette fin d’après-midi dominicale. “Génial !”, ont dû se dire certains, à l’image de David Pujadas, surpris en flagrant délit d’euphorie le 11 septembre 2001. Les affaires reprennent…

Il ne restait plus qu’à attendre l’explosion de violence que l’on disait redouter. Les “jeunes” ne déçurent pas leur public. Avec une touchante bonne volonté, ils se conformèrent au scénario écrit d’avance, ânonnant avec docilité les “dialogues” que nous voulions entendre (encore que le terme de dialogue soit assez peu adapté). Ayant compris que l’on attendait d’eux un remake de novembre 2005, ils décidèrent de faire mieux, incendiant directement une bibliothèque – “sans doute des lecteurs en colère”, fit drôlement remarquer le maire du Raincy, Eric Raoult.

La seule fausse note vint du Procureur1 qui expliqua que, selon les premières constatations, la mort des deux adolescents était accidentelle et ne pouvait être imputée aux policiers. De quoi se mêlait-elle celle-là, encore un peu et elle allait carrément gâcher la fête.

Heureusement, l’inénarrable Mouloud Aounit du MRAP rattrapa ce couac malencontreux, jouant sa partition sans grande imagination mais avec un sérieux qui mérite d’être salué : mardi matin, après une nuit d’affrontements, il s’indignait que l’on ait pu choquer les âmes sensibles de ces grands enfants en disculpant les policiers. On ne la lui fait pas à Mouloud Aounit. Si des policiers circulent dans une cité un dimanche, c’est bien qu’ils ont l’intention de commettre un mauvais coup.

Interrogé sur France Inter, un habitant du quartier livré à la barbarie (malgré les appels au calme des proches des deux garçons) osa dire ce que personne, dans les médias, n’ose même plus penser. “Les deux jeunes ont été vite oubliés et maintenant, ils cassent pour s’amuser”, observait-il. On ne s’appesantit guère sur ce témoignage. Il était bien plus amusant d’interroger des émeutiers toujours prêts à expliquer à qui voulait bien les entendre que la police ne les respectait pas et les traitait comme des “sous-hommes”, terme sûrement appelé à servir abondamment. (Il est vrai que l’incendie d’une bibliothèque force hautement le respect.) Victimes pour les uns, barbares pour les autres : peu importe, l’essentiel est de faire de l’audience et, on le sait, la guerre des cités, c’est de la bonne came. Inutile de demander aux journalistes d’arrêter de la dealer au citoyen accro. “Ce serait de la censure !” Peut-être. Reste qu’il suffirait d’imposer un couvre-feu médiatique pour arrêter l’engrenage. Mais justement, ce n’est pas l’objectif. “Il n’y a pas de contagion, les autres banlieues ne s’embrasent pas”, pouvait-on entendre mardi sur toutes les ondes. Jusqu’ici, tout va bien.

Bon sang, qu’est-ce qu’ils foutent ces jeunes ? On va encore attendre longtemps ?

  1. Qu’il est agréable de savoir qu’aucun correcteur ne viendra sournoisement écrire Procureure derrière mon dos !

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

115

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous :

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?

Pas encore abonné ? Pour commenter cet article :

  • 13 December 2007 à 21h59

    robespierre dit

    Bien écrit, bien pensé, bien (in)pertinent.
    En plus vous êtes jolie. Je reviendrais.

  • 13 December 2007 à 2h40

    Ludo Lefebvre dit

    C’est un escadron de CRS exaspéré d’être toujours insulté auquel le gouvernement donne des consignes :
    -Si les étudiants vous crient CRS, SS, rétorquez leur ETUDIANTS, DIANTS,DIANTS.
    La manif contre le CPE et pour la reconnaissance des nouveaux présidents de mouvements étudiants qui veulent faire de la politique plus tard se déroule sous ces hospices et ça marche. Les policiers trop policés retrouvent le moral. Survint alors les émeutes de 2005 et ça ne fonctionne pas.
    -Je ne comprends, s’exclame l’adjudant-chef, nous avons pourtant crié EMEUTIERS, DIANTS, DIANTS !

  • 11 December 2007 à 16h48

    Ludo Lefebvre dit

    Je pense sur ce point que s’il a bien analysé cela, il n’a pas eu tort. Le but étant que l’Allemagne et ses satellites ne puissent plus jamais organiser une industrialisation du massacre, ce qui fut le fait le fait plus choquant des deux conflits mondiaux. Où ils se mettent le doigt dans l’oeil, c’est que ce n’est pas la nation qui est responsable (cf les pogroms staliniens, la persécution des juifs et des chrétiens dans le monde arabe au delà des états-nation) et que cette désagrégation des identités risque de fâcher. Par contre, le but s’est éloigné en cours de réalisation et il est devenu tout autre.

  • 11 December 2007 à 15h51

    johnny white dit

    Il faut pourtant reconnaïtre que lorsque Finkielkraut parle des juifs, il “pête les plombs” régulièrement. Il est même persuadé que la Shoah est à l’origine de la construction européenne, alors que ce sont évidemment les deux guerres mondiales qui l’ont causée.

  • 11 December 2007 à 15h46

    johnny white dit

    Finkielkraut est un des penseurs médiatiques les plus intéressants malgré ses excès et ses radotages, parce qu’il analyse le monde comme le résultat d’un processus en quelque sorte “transcendant” et non pas systématiquement comme le résultat de l’action néfaste des riches et des puissants sur le pauvre peuple innocent (n’est-ce pas, Elisabeth Levy qui n’est pourtant pas la pire dans ce domaine).

  • 10 December 2007 à 16h03

    George-s dit

    Je commence par m’excuser : je n’ai pas lu les commentaires des commentateurs qui commentent. Ou si peu. En effet, je me suis arrêté au deuxième (ou troisième ?), et je ne m’en blâme pas. Cela m’a au moins laissé le temps de tomber sur ceci :
    “Comment peut-on écrire de telles énormités au XXIe siècle : tout le monde sait bien que nous sommes dans un Etat policier et il ne faudrait pas perdre de vue ce qui se passait dans l’Eurpe des années 30 ! Les jeunes des cités sont les victimes du système répressif et l’on voudrait qu’ils se taisent ! Ce n’est pas vous, Mme Lévy, qui allez bloquer la révolution sociale qui se prépare !”

    Bien sûr, dans un premier, aucun hésitation, il s’agit d’ironie pure, et très bien vue.

    Et puis, et puis, le temps passant… Il est devenu possible, aujourd’hui, de dire et de penser les plus énormes énormités, qui ne soulèvent plus rien qu’un quart de soupir désabusé. Ainsi, tiens, je vous le dis comme je le pense, je vous écris ce petit message depuis une planète qui se nomme XcVy-117-111-QgQgQ. Oui, je vis dans un ghetto, moi, mais comme j’y suis seul, je suis très heureux. Et je vous écoute causer avec ravissement…

  • 8 December 2007 à 17h22

    Irina dit

    Excellent article. Cela fait plaisir d’entendre un(e) journaliste qui ose parler franchement et dire ce que nous sommes nombreux à penser et que nous ne pouvons exprimerfaute de pouvoir se faire entendre, et avoir un espace pour cela, cela fait plaisir.
    Ras le bol du bien pensant démagogique et psychologiquement assisté.
    Quant des jeunes font des conneries sur une moto et sur la voie publique, ils courrent un risque qu’ils doivent assumer, malheureusement se sont les parents qui trinquent, mais où étaient-ils ?

  • 7 December 2007 à 20h20

    Ludo Lefebvre dit

    Oui, j’avais énoncé cette même déception sur le blog de P Bilger, il y a plusieurs mois. Il est invité à “culture et dépendances” pour parler du racisme “antiblanc” et il fait un hors- sujet sur l’antisémitisme pendant que ces contradicteurs faisaient des hors sujets sur l’islamophobie, le racisme antinoir, le racisme anticorse. Bref, tous les sujets furent abordés sauf celui-ci.
    Idem pour la chanson Lili de P Perret… ça frise parfois le ridicule !
    C’est dommage que l’un de nos meilleurs pamphlétaires aient des” bugs” ainsi, soit ethno-borné. Il m’avait semblé pourtant qu’il avait compris où se situer l’essentiel !
    Ses contradicteurs ont beau jeu ensuite de le décrédibiliser, ce n’est plus bien difficile. Alors que ces idées sont les bonnes, les plus lucides (après les miennes)… Oui, dommage !

  • 7 December 2007 à 11h58

    Three piglets dit

    Bien vu Christian : Finkielkraut conteste le communautarisme des autres, mais justifie le sien.
    Cela n’enlève rien à son propos sur l’utopie de la société multi-culturelle libérale, mais il est moins crédible du coup et beaucoup moins cohérent.

  • 7 December 2007 à 11h27

    Besse Saige dit

    Elisabeth, avez vous entendu l’intervieuw de Finkielkraut sur la Radio de la communauté juive concernant les incidents dans les banlieues? Je pense que oui, ne serais ce que par le fait qu’on le trouve sur de nombreux sites.

    Je résume pour ceux qui n’ont n’ont pas entendu: A.F. y parle d’une France des banlieues en pleine révolution citant même un rapport de l’Education Nationale soulignant une contestation ethnique du contenu des livres scolaires en particuler d’ histoire. Il cite des paloles de rap injurieuses pour la France, et finit par dénoncer un vérible pogrome républicain. Et cela, il le fait sur la Radio de la communauté Juive. Quelle maladresse de tenir des propos anti ethnisiste sur une radio communaurariste!

    Les analyses de Finkielkraut sont souvent passionnantes et justes, mais là il se discalifie, il ne se bat pas en républicain mais en partisan; j’ajouterai maladroit. Enfin il perd la mesure, il n’y a pas de révolution dans les banlieues, il y a des problèmes, et la première chose à faire et de maîtrisser les zones où la République n’existe plus.

    ChristianBS

  • 7 December 2007 à 10h57

    HomoCatholicus dit

    Dans nos sociétés médiocratiques avancées où l’égalitarisme à tous crins signifie ni plus ni moins la haine de toute “grandeur d’établissement” pour parler comme le sieur Pascal, c’est-à-dire de toute excellence dépassant quelque norme établie, la langue ne pouvait pas ne pas subir également les foudres de tous nos terroristes égalitaristes qui, comme le diable, sont légion. “La haine inconsciente du style”, dont parlait en connaissance de cause l’incomparable Flaubert, concerne à présent hélas ! non plus seulement la littérature, mais la langue, sans laquelle la première n’est rien.

    Je pense que la langue française est née comme d’ailleurs sa civilisation en terre profondément aristocratique (Français, souvenez-vous de plus d’un millénaire de monarchie chrétienne catholique !) et ils sont nombreux nos vils égalitaristes à en vouloir à sa langue comme à sa littérature naturellement. Ecrire ou parler comme tout le monde doit devenir l’horizon indépassable de notre modernité insipide et insignifiante, qu’on se le dise ! Rien ne doit en effet résister à la grande niveleuse égalitariste et surtout pas la langue qui tout naturellement exprime quelques subtilités expressives profondément personnelles qui échappent forcément à cette satanée volonté nihiliste de réduire celui qui parle ou qui écrit à une norme rassurante et définitivement neutralisée, castrée pour ainsi dire, qui ne peut que rassurer nos sociétés du “dernier homme”, de “l’homo festivus”, comme dirait l’autre.

    Plus qu’une volonté douteuse de féminiser coûte que coûte quelques adjectifs ou substantifs qui révéleraient par trop le machisme éhonté de notre affreuse civilisation judéo-chrétienne, c’est à la syntaxe de la noble langue française que l’on s’attaque aujourd’hui de préférence, le nerf sinon le coeur même de toute langue; c’est évidemment sous le fallacieux prétexte qu’il n’y a jamais eu de syntaxe définie en soi, pas plus qu’il n’y a une nature humaine définie une bonne fois pour toutes que d’aucuns se permettent de faire de la langue française cette mélasse “qui n’a de nom dans aucune langue” pour paraphraser l’un de nos très grands écrivains.

  • 6 December 2007 à 4h16

    Ludo Lefebvre dit

    Une écrivaine n’a pas voulu écrire procureure, alors une censeure viendra corriger l’auteure.

    Pouah, que cette nouvelle écriture est affreuse et vide de sens !

    Cet après- midi, je suis monté dans une voiture, je n’en suis pas moins homme pour autant, féminiser à tout prix les professions sous prétexte d’égalitarisme est l’une des pires actions “culturelles” du 20 ème s, pourtant “riche” dans ce domaine. Je vais créer un “collectif” pour masculiniser les objets : j’exige au nom de l’égalité sanctifiée de monter dans un voitur.

    “Hélas Malherbes vint.” Non : “hélas malherbes est parti.”

    A quand le sache-homme, la marine, la pompière, la soldate si le massacre linguistique n’est pas déjà allé jusque là ?

  • 5 December 2007 à 23h44

    David K. dit

    Elisabeth, je vous aime ! Frappez-moi !! Soyez ma sauvageonne !

  • 5 December 2007 à 23h25

    Homo dit

    Là franchement Ludo tu exagères !!! Te moquer d’une marque de lessive sur un sujet aussi important ! Prout, je te hais ! na !

  • 5 December 2007 à 17h21

    Ludo Lefebvre dit

    Nous n’avons pas eu les images de Bernard-Henri Lévy traversant le Sahara clandestinement habillé en moujahidine tel Lawrence d’Arabie, une gourde à la main (je ne parlais pas d’Ariel Dombasle) pour porter secours au péril de sa vie aux tchadiens et c’est dommage !

    S’est-il déguisé en rappeur pour vivre de l’intérieur ces émeutes qu’il a en partie fabriquées en stigmatisant des français par d’autres français ?

    Nous sommes privés d’images et même nos plus grands comiques nous font défaut en ce moment. Ce fut une occasion de rire de plus qui fut manquée !