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Nouvelles d’Allemagne : on se calme et on boit frais au bord de la Spree

La tempête parisienne n’a pas franchi le Rhin

Publié le 30 avril 2013 à 9:00 dans Monde

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Le tumulte déclenché en France par le « Merkel bashing » déclenché dans une partie du PS n’a pas provoqué outre-Rhin les réactions exaltées auxquelles on aurait pu s’attendre. Lundi matin 29 avril, les principaux journaux allemands n’en faisaient qu’une mention succincte, préférant commenter la fin de la crise gouvernementale en Italie, et le programme électoral des « Grünen » proposant des augmentations d’impôts pour les riches et les classes moyennes. Quelques éditorialistes, cependant, s’inquiètent, plus sur la forme que sur le fond d’ailleurs, de l’image de père fouettard (ou plutôt de mère Tapedur) que la chancelière donne de son pays dans l’Europe qui souffre des plans d’austérité, imposés ou non par la troïka BCE, FMI, UE. Mais pour l’essentiel, cette agitation hexagonale « en touche une sans faire bouger l’autre » à  ceux de nos amis allemands qui n’ont pas oublié le temps où Jacques Chirac, le père de cette élégante formule, partageaient la tête de veau avec Helmut Kohl « Chez Yvonne » à Strasbourg.
Chez Merkel, on prend plutôt du bon côté cette posture agressive de la gauche socialiste envers la chancelière : celle-ci embarrasse plus le SPD que la droite dans le débat électoral pour les élections au Bundestag du 22 septembre prochain. Cela contraint les sociaux-démocrates à des contorsions rhétoriques pour donner l’impression de ne pas désavouer leurs camarades français sans se couper d’un électorat allemand qui ne veut plus financer les dettes des pays du « club med ». Ainsi, le président du groupe SPD au Bundestag critique, certes, la chancelière, mais c’est pour lui reprocher de profiter des réformes de Gerhard Schröder, alors que la droite n’avait pas osé les engager lorsqu’elle était au pouvoir dans les années 90. Pour le reste, il invite François Hollande à s’en inspirer et, comme cela, tout ira bien dans le meilleur des mondes franco-allemands possibles. En clair, il renvoie dans les cordes les Bartolone, Cambadélis et autres paléo-socialistes, qui espéraient engager dans leur croisade anti-Merkel les camarades allemands.
Steinmaier, qui fut ministre des affaires étrangères dans le premier cabinet Merkel, espère bien faire son retour au gouvernement à l’issue des élections de septembre. Il sait bien que, sauf retournement improbable de l’opinion, cela ne peut survenir que dans le cadre d’une grande coalition entre la CDU et le SPD, crédités, aux derniers sondages , de 40% des voix pour la première, et 27% pour le second. Le SPD serait alors le junior partner de la future coalition, avec une influence limitée sur la politique gouvernementale. La seule autre coalition possible, dans cette configuration, serait une alliance de la CDU et des Verts (14%), que ces derniers ont explicitement rejetée lors de leur congrès le week-end dernier. Il ne s’est pas trouvé une seule voix, dans le camp social-démocrate, pour soutenir sans conditions les partisans français d’une « confrontation démocratique » avec Angela Merkel. Ils préfèrent attaquer la chancelière sur son flirt poussé avec David Cameron, ostensiblement invité en famille au château de Meseberg, la résidence d’hôtes brandebourgeoise du gouvernement fédéral, un séjour auquel le couple présidentiel français n’a pas encore été convié…
François Hollande aurait tort, de surcroît, de penser que la rhétorique martiale de quelques hiérarques du PS pourrait lui servir dans le cadre de son « amicale tension » avec Berlin dans le style : « Écoute, Angela, si tu ne fais pas un effort, je ne pourrai plus les tenir… ». Il va donc être contraint à choisir une ligne contre une autre, ce qui lui est profondément désagréable, car il ne doit pas compter sur la moindre déviation de la chancelière de sa trajectoire. Quand une protestante est sûre de son bon droit, elle ne craint ni le pape, ni le diable.

*Photo : Kancelaria Premiera.

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13

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  • 30 Avril 2013 à 14h18

    Pampam dit

    Vassili, sans être aussi formel que vous, je vous rejoins sur ce “suivisme” de la France envers l’Allemagne. Ou plutôt des “pseudo-élites” que, de chaque côté du Rhin nous suivons comme des petits canetons… 
    Quand est-ce que suffisamment de gens accepterons de faire un zoom arrière pour regarder la photo avec un peu de recul ? 

    • 30 Avril 2013 à 13h58

      Vassili Tchouïkov dit

      À quand l’expression des intellos, chercheurs, économistes, qui à quelques exceptions soulignent l’aveuglement allemand? Mais non, du côté français, la haine de soi est plus forte. Enfin, dans les élites. C’est étonnant, cet esprit permanent de capitulard collabo. Surtout chez les socialistes.

  • 30 Avril 2013 à 10h35

    Vassili Tchouïkov dit

    Bien vu. Les français peuvent chanter, les allemands s’en foutent. Les grecs, les espagnols, les portugais, les italiens, pareil. Ils les méprisent. “Ach douchours l’amour, chamais dravail”. Rien de nouveau. Étonnante et récurrente aptitude allemande à adopter une arrogance aveugle et irrationnelle. 40% de leurs exportations sont faites dans la zone Euro, qui n’aura bientôt plus les moyens de leur acheter quoi que ce soit. Mais ça ne fait rien. On va vers le mur. À fond. Ils ont l’habitude.

    • 30 Avril 2013 à 10h39

      Vassili Tchouïkov dit

      60% des exportations dans la zone Euro, pardon. Pour le pays le plus vieux du monde avec le Japon. 

      • 30 Avril 2013 à 10h53

        Marie dit

        Il faut voir la réalité Vassili , l’arrogance, d’ailleurs qu’est ce que vous voulez dire par là, n’est pas qu’allemande elle est aussi dans les pays scandinaves , certains suggèrent m^me que la France fasse une Europe du sud en se posant en leader de l’Italie la Grèce et l’Espagne. Et oui il n’y a pas qu’en Allemagne que la culture du travail existe. Il ne faut pas oublier non plus que ce pays a réussi le challenge de récupérer aux prix d’efforts des allemands de l’Ouest, l’Est en piteux état économique.
        Le mépris je le sens chez les français qui ont toujours pensés qu’ils étaient l’alpha et l’oméga des peuples . Hollande oublie un peu beaucoup que la France survit grace aux aides des pays du Nord et qu’ils commencent à trouver légèrement lassant d’être en plus accuser d’égoïsme.

      • 30 Avril 2013 à 13h53

        Vassili Tchouïkov dit

        Les français (donc la France) n’ont pas été nazis, et provoqué une guerre qui a fait 60 millions de morts. Où toutes les barrières de la civilisation ont été pulvérisées. Un peuple, c’est le temps long (Braudel, Le Bras, Todd). Il faut se méfier de l’Allemagne dans cette capacité au basculement irrationnel. Les français ne méprisent  les Allemands. Pour l’essentiel ils en ont peur, et leurs élites ont tendance à se coucher devant. Comme aujourd’hui.

      • 30 Avril 2013 à 17h19

        Marie dit

        Les allemands ne sont pas des ennemis et ce depuis un bail , des morts il y en a eu partout voyez en URSS , et on ne peut rester sur des postures vieilles de 75 ans. Peur des allemands ? ha bon je ne l’ai remarqué que chez des personnes qui ont vécus la dernière guerre. Moi ce que je vois c’est l’incapacité des français à avancer sans regarder dans le rétroviseur!

  • 30 Avril 2013 à 9h56

    senik dit

    Il est grand temps que Hollande prenne pour premier ministre le socialiste Gerhard Schröder, puisque Giorgio Napolitano n’est pas disponible et que Tony Blair a mieux à faire ailleurs.

  • 30 Avril 2013 à 9h49

    Naif dit

    Les allemands se marrent quand ils écoutent les Français parce que c’est leur pognon que la clique socialiste exige. Mais il peuvent toujours vociférer les allemand ne donneront pas un kopek au français s’ils ne font pas ce que les allemand demandent et tous le reste c’est de la littérature de socialiste bobo de comptoir façon 6ème avec un nuage de coco façon fabien.

    • 30 Avril 2013 à 10h46

      Marie dit

      et pour faire bon poids ni les finlandais ni les suédois non plus.

  • 30 Avril 2013 à 9h45

    NCC dit

    “Le tumulte déclenché en France par le « Merkel bashing » déclenché dans une partie du PS n’a pas provoqué outre-Rhin…” écrivez-vous.

    Puis-je suggérer de remplacer “provoqué” par…”déclenché”, par exemple ???

    Mais je vous pardonne : votre final est très percutant, car si l’on se souvient que M. Hollande avait déclaré de pas proposer de candidat à la succession de Benoît XVI, il ne nous reste plus que le second choix, même si je ne pense pas Hollande assez roublard et intelligent pour être capable d’endosser le costume du Prince des Ténèbres…
    Angela peut donc dormir tranquille.  

  • 30 Avril 2013 à 9h39

    thdo dit

    “Ainsi, le président du groupe SPD au Bundestag critique, certes, la chancelière, mais c’est pour lui reprocher de profiter des réformes de Gerhard Schröder, alors que la droite n’avait pas osé les engager lorsqu’elle était au pouvoir dans les années 90.
    Pour le reste, il invite François Hollande à s’en inspirer et, comme cela, tout ira bien dans le meilleur des mondes franco-allemands possibles. ”

    Même pas vrai.

    http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=69699

    “Nous pensons que
    trois questions sont importantes quand on analyse le
    modèle allemand :
    1.
    Est-il coopératif,
    c’est-à-dire pourrait-il être étendu à l’ensemble des pays de
    la zone euro ?
    (…)
    On va le voir plus loin,
    beaucoup de composantes du modèle allemand
    pourraient utilement être copiées par les autres pays de la zone euro
    (niveau
    de gamme, réactivité des entreprises, flex
    ibilité des salaires, système éducatif…).
    Mais le point central ici est l’évolution des coûts salariaux,
    beaucoup plus
    lente en Allemagne que dans les autres pays de la zone euro durant les années
    2000
    (…)
    Si tous les pays de la zone euro avaient utilisé la même stratégie de
    réduction des coûts de production, aucun pays n’aurait connu de gains de
    parts de marché,
    et tous les pays auraient connu la même faiblesse de la
    demande intérieure que l’Allemagne jusqu’en 2005
    (graphique 5). Cette
    composante (baisse des coûts salariaux) du modèle allemand est donc
    largement non-coopérative. ”

    Il y a des points forts de l’Allemagne qui pourraient bénéficier à la France, par exemple en terme de formation technique, mais ils ne datent pas de l’ère Schroeder.

    Le principal point fort de l’ère Schroeder, la modération des salaires, revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul.
    Que Paul, une fois emmitouflé, regarde avec condescendance Pierre et ne veuille pas même lui rendre une écharpe est dans l’ordre des choses. Que le SPD en reste à la défense des intérêts de son pays aussi.

    Par contre, l’UMP pourrait se souvenir que le but et la justification de l’ouverture des frontières en Europe, c’est la coopération des pays, pas la concurrence de l’un aux dépens de l’autre.
    Donc, lorsqu’une politique est non-coopérative aux dépens de la France, cela ne devrait pas être encensé par l’UMP.

    Et la France n’est certes pas la seule à vouloir que l’Allemagne change de ligne :

    http://www.tribuforex.fr/forum/viewtopic.php?pid=83412