Alberto Garlini, l’Italie en noir et rouge | Causeur

Alberto Garlini, l’Italie en noir et rouge

Entretien avec l’auteur des “Noirs et des Rouges”

Publié le 18 septembre 2016 / Culture

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Qu'il aborde la mort de Pasolini ou les années de plomb du terrorisme, l'écrivain italien Alberto Garlini privilégie la littérature sur le jugement moral. Cela lui a valu beaucoup d'ennemis chez les sectaires des deux bords. Rencontre avec l'auteur du génial "Les Noirs et les Rouges".
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Alberto Garlini, par Daoud Boughezala.

Daoud Boughezala et Elisabeth Lévy. Deux de vos romans, Un sacrifice italien (Christian Bourgois, 2008) et Les Noirs et les Rouges (Gallimard, 2014), tournent autour de l’affrontement entre fascistes, communistes et démocrates-chrétiens dans l’Italie des années 1940 et 1970. Pourquoi cette longue guerre civile vous obsède-t-elle ?

Alberto Garlini. Du Moyen Âge aux années de plomb, l’un des drames séculaires de l’Italie est que l’esprit de parti supplante toute notion de bien commun. Voilà ce qui m’obsède. Au xiiie siècle, par exemple, les communes italiennes étaient souvent divisées en plusieurs factions. Mais le parti vaincu n’acceptant pas sa défaite, il quittait les lieux pour s’allier avec la ville voisine et reprenait ainsi le pouvoir. Autrement dit, chaque camp préférait se soumettre à une puissance étrangère plutôt qu’à ses rivaux. Et ce problème s’est aggravé depuis la guerre civile qui a marqué la fin de la Seconde Guerre mondiale (1943-1945) entre fascistes et antifascistes d’une part, et à l’intérieur de la résistance antifasciste d’autre part. C’est un épisode que je raconte dans Un sacrifice italien : la guerre entre résistants a commencé dans les montagnes du Frioul, à Porzus, où les partisans communistes ont tué 17 partisans démocrates-chrétiens, dont Guido, le frère aîné de Pasolini.

Une mort qui a traumatisé le jeune Pier Paolo. Pourquoi n’a-t-il jamais pu faire le deuil de ce frère perdu ?

Il a toujours été le fils préféré de sa mère, qui le gâtait davantage que son frère Guido. Lorsqu’ils ont décidé de combattre le régime de Mussolini, Guido a été le plus prompt à l’action et a pris les armes. Quand Guido luttait dans la résistance, Pier Paolo n’est jamais allé le voir. Guido a écrit des lettres très émouvantes dans lesquelles il dit attendre un signe d’approbation de son frère, geste qui n’est jamais venu. C’est à cette période que Pasolini a écrit une pièce de théâtre en frioulan qui se déroule durant l’invasion ottomane de la région à la fin du xve siècle. Il y met en scène deux frères, l’un qui décide de combattre les Turcs et périt au front pendant que l’autre reste à la maison. Il a écrit cette pièce avant la mort de Guido. Pier Paolo a en quelque sorte prophétisé la mort de son frère, le faisant mourir dans la fiction avant que cela se produise dans la vie réelle.

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    publié dans le Magazine Causeur n° 97 - Septembre 2016

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    • 22 Septembre 2016 à 13h41

      Angel dit

      Pasolini tout comme Dostoievski au XIX eme sicecle etait un genie premonitoire