Alain Juppé, icône schnock | Causeur

Alain Juppé, icône schnock

En ne changeant pas, on est sûr de revenir à la mode!

Auteur

Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig
Journaliste.

Publié le 03 novembre 2016 / Culture Politique Société

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Alain Juppé a trouvé la recette du succès: rester lui-même. Ne rien changer, devenir comme d'autres une icône "schnock" et susciter la même nostalgie. L'assurance de ne pas brusquer ses électeurs...

Alain Juppé sur la rade de Toulon, octobre 2016. Sipa. 00778776_000007

L’un des succès éditoriaux les plus surprenant – et réjouissant – de ces dernières années est celui de la revue Schnock, un « mook » trimestriel fondé en 2011. Conçu par ses fondateurs comme un canular éphémère, Schnock, à leur grande surprise, provoqua un buzz d’une ampleur telle que la revue en est aujourd’hui à son vingtième numéro, contraignant les dilettantes de son équipe éditoriale à se décarcasser pour satisfaire quatre fois par an plus de 10 000 fans de la pop culture française des années 70 et 80 du siècle dernier. De Jean-Pierre Marielle à Catherine Deneuve, en passant par les chers disparus Gainsbourg, Yanne et Desproges, Schnock édifie, pierre par pierre, son monument à une France d’hier, parée aujourd’hui de toutes les vertus conférées à cette époque par la nostalgie de contemporains qui étaient nombreux à la maudire quand ils la vivaient en « direct-live ».

La schnock attitude, clé du succès

Ce n’est, certes, pas nouveau : la République n’a jamais été aussi belle que sous l’Empire et la popularité posthume, voire anthume, de Mitterrand ou Chirac est la preuve que la nature humaine est rusée, faisant passer l’inconstance et la légèreté pour de l’indulgence et de la magnanimité. L’habileté des animateurs de Schnock a été d’éviter le piège du radotage passéiste et ronchonneur, en adoptant à l’égard des icônes qu’elle promeut une attitude distanciée, les incitant gentiment, lorsqu’ils s’épanchent dans son giron, à pratiquer le sain exercice de l’autodérision rétrospective.

Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que la « schnock attitude » peut se révéler une redoutable arme politique. Dès lors qu’elle entre en résonance avec les angoisses du temps présent… La popularité d’Alain Juppé ne peut ainsi s’expliquer que par la présence massive du signifiant « schnock » dans le message qu’il diffuse consciemment et inconsciemment dans une société dont il aspire à devenir le guide suprême. Cela a commencé avec le sobriquet de Nestor dont il est affublé, non pas par référence au vieux sage de la geste homérique, mais au majordome à gilet rayé du château de Moulinsart, en raison d’une (vague) ressemblance physique avec ce brave homme. Cette association avec l’une des figures récurrente de l’univers de Tintin, après l’avoir irrité, n’est plus pour déplaire à Alain Juppé : on lui a fait comprendre qu’il y avait là une puissante machine à fabriquer du consensus, au delà des clivages politiques et générationnels. Prenant acte qu’à son âge (71 ans), il était impossible de changer de comportement ou d’image (rigidité, haute idée de lui-même, incapacité à utiliser les vieilles ficelles de l’empathie surjouée avec l’électeur de base), il enjoint les Français à le prendre tel qu’il est, et demeurera ainsi tant que Dieu lui prêtera vie.

Ses adversaires fulminent comme McEnroe

Succès garanti: l’électeur a l’assurance qu’il n’aura pas de surprise désagréable s’il l’envoie à l’Elysée. Ce n’est pas lui qui risque d’introduire une actrice, journaliste ou chanteuse à la mode dans le Saint des saints du Faubourg Saint-Honoré : ça, ce n’est pas schnock du tout ! Si la conquête du pouvoir titille chez lui les neurones de la fornication, on suppose qu’il assouvira ses passions à l’ancienne : en loucedé, et avec une dose convenable de mauvaise conscience. Vous le retrouverez donc demain à l’Elysée comme il y a vingt ans à Matignon, avec ses qualités et ses défauts. Le passé est, à tout prendre, moins angoissant que l’avenir, et moins déprimant que le présent. On cherchera en vain, dans son programme, une seule idée nouvelle ou briseuse de tabou, un coup de torchon modèle Thatcher, du genre de celles que ses concurrents de la primaire de la droite et du centre s’efforcent, sans grand succès, d’imposer. Alain Juppé a d’ailleurs une martingale, efficace pour se positionner face à leurs propositions : à un ou deux bémols près, ce sont les mêmes que les siennes. Sur la retraite, l’immigration, la réforme scolaire, les 35 heures, l’identité, il répond aux smashes rageurs des Sarkozy, Fillon ou Le Maire par des amortis assassins, laissant ses adversaires les bras ballants sur le court ou fulminant comme une autre icône schnock, l’immortel John McEnroe.

Si l’on considère que l’électorat des primaires, tel qu’il est apparu dans celle de la gauche en 2011, est à 75% âgé de plus de quarante ans, avec une surreprésentation de gens bien diplômés, capables de comprendre et d’assumer l’appartenance à une famille politique, on ne peut s’étonner que ce scrutin soit pain bénit pour le maire de Bordeaux, comme il le fut naguère pour Hollande… Ces gens là préfèrent la droite molle et les Flambys aux spadassins de la politique ! Pour la colère et le chamboule-tout, on a déjà tout ce qu’il faut en magasin avec Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon !

Et à ceux qui lui rappellent son statut de repris de justice, Alain Juppé rétorque qu’«en matière judiciaire, il vaut mieux avoir un passé qu’un avenir». C’est du Audiard pur jus, une réplique que l’on verrait bien dans la bouche d’un Jean Gabin, truand rangé des voitures, renvoyant dans les cordes un jeune malfrat présomptueux. Schnockissime !

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    • 5 Novembre 2016 à 21h16

      Wil dit

      Quelle belle image de la France de plus ça va faire à l’étranger un président de 72 piges condamné par la justice!
      Après DSK le malade du cul président du FMI français,ex-futur président français,agresseur de femme de chambre d’hôtel noire.Ou Hollande le président de la république française sous son casque,sur son scooter rue du cirque pour aller voir sa maitresse en loucedé.Ou Lagarde la présidente du FMI et ses magouilles avec Tapie.
      Vive la France…

    • 5 Novembre 2016 à 21h05

      da85 dit

      Pouvez vous m’expliquer comment il se fait que Alain Juppé condamné pour escroquerie n’ait pas été radié de l’ordre du Mérite National qu’il avait reçu es qualité de premier ministre de Jacques Chirac. Et plus incroyable que les insignes de Grand Officier de la Légion d’Honneur lui aient été remis par Sarkosy. Dans les deux cas le statut de nos ordres nationaux précisent que tout titulaire qui est condamné se voit immédiatement radié. Que fait le grand Chancelier : il roupille ?

    • 5 Novembre 2016 à 12h02

      ewi dit

      il me semble que Mr. Juppé mange a nouveau des cerises en hiver !

    • 4 Novembre 2016 à 20h24

      Orwell dit

      « Si l’on considère que l’électorat des primaires, tel qu’il est apparu dans celle de la gauche en 2011, est à 75% âgé de plus de quarante ans, avec une surreprésentation de gens bien diplômés » (et où sont les jeunes ? Et où est l’ouvrier ? La France serait-elle devenu un pays de gérontocrates uniquement soucieux de leurs « avantages acquis » – sachant qu’ils en ont toujours l’acquisition, mais ce sont de moins en moins d’avantages.
      « Alain Juppé rétorque qu’«en matière judiciaire, il vaut mieux avoir un passé qu’un avenir». » (Et qu’est ce qui nous garantira qu’un malfrat dans le passé ne le sera plus dans le futur ?)

    • 4 Novembre 2016 à 20h23

      Orwell dit

      « L’assurance de ne pas brusquer ses électeurs… »
      Eh oui, la majorité des Français se cherchait en 2012 un « président comme les autres » En 5 ans, ils prouvent qu’ils n’ont pas changé. Et cela est assez inquiétant.
      « Cela a commencé avec le sobriquet de Nestor » (Si nous sommes dans « Tintin », moi, je lui préfère le personnage de Rastapopoulos)
      « il était impossible de changer de comportement ou d’image (rigidité, haute idée de lui-même, incapacité à utiliser les vieilles ficelles de l’empathie surjouée avec l’électeur de base » (mais enfin quand les Français réaliseront-t-ils qu’il faut un chef d’Etat pour les sortir de la mouise, et non un hurluberlu qui n’a pour lui que sa capacité à inspirer la sympathie ?)
      « Succès garanti: l’électeur a l’assurance qu’il n’aura pas de surprise désagréable s’il l’envoie à l’Elysée » (comme quoi la maladie endémique de l’électorat franchouillard est le conservatisme ?)
      « Le passé est, à tout prendre, moins angoissant que l’avenir, et moins déprimant que le présent. » -en clair on fera du neuf avec du vieux. Là aussi la peur de l’avenir peut se comprendre, mais pas en élisant un politicard qui a participé au déclin de la France)
      « On cherchera en vain, dans son programme, une seule idée nouvelle ou briseuse de tabou » (mais les Français n’aiment être dérangés dans leurs petites habitudes ? Leur aspiration naturelle est que rien ne change – comme si le demi-siècle depuis le départ de De Gaulle n’avait pas transformé la société de bout en bout. Je serais partisan que l’on supprime leurs avantages sociaux. Alors peut-être émergerons-t-il de leur apathie conformiste ?)

    • 4 Novembre 2016 à 17h37

      Tonio dit

      La prétendue retenue de Juppé dans le débat LR n’est ni un calcul, ni un don cultivé de sa rhétorique: c’est signe implacable d’une très grande fatigue, “taedium vitae”.
      Il veut être président pour voir comment ça fait, car Juppé s’ennuie à Bordeaux, comme à Paris, comme partout où il se trouve: figurez-vous donc, se retrouver matin et soir que Dieu faits face à cette même bobine délavée, sous une apparence de bronzage feint; bronze-t-on si bien dans les caves et châteaux du Bordelais?

    • 4 Novembre 2016 à 15h54

      Flo dit

      Juppé a 50 ans de vie politique derrière lui.
      Il a été plusieurs fois ministre, à la tête de ministères importants, il a même été premier ministre. Et qu’a-t-il apporté de bon à la France durant toutes ces années ? Perso, je ne vois rien.
      Je ne vois qu’un type, imbu de lui-même, prétentieux, cassant.

    • 4 Novembre 2016 à 15h46

      Fuentes 13 dit

      Brock ou Schnock, moi Juppé, quand je le vois et que je l’écoute dans ces 2 débats où il est confronté aux autres, il me fait une impression de désuétude. Si je reste sur le ressenti de la personne, sans entrer dans le débat des idées, tout dans son attitude, ce léger souffle dans sa voix qu’on retrouve dans les personnes déjà fort agées et qui ont perdu l’énergie ou la flamme, cet air emprunté, rigide, même son retrait des débats vifs entre les autres candidats, par calcul ou pas, bref la comparaison directe de l’homme sur un plateau avec les autres me frappent. Il est trop vieux pour insuffler quoi que ce soit de modernité ou de réforme dans ce pays, qui en a grand besoin, pour moi, c’est l’homme du passé. On va repartir dans 5 ans d’immobilisme. Si c’est lui j’irai à la pêche en mai 2017.

    • 4 Novembre 2016 à 10h32

      àboutdepatience dit

      Il y eut un beau moment d’unanimité, lorsque ils furent tous d’avis que parler avec le FN revenait à pactiser avec la Bête
      du Gevaudan
      Sauf JF Poisson qui eut un haut-le-coeur silencieux

      • 5 Novembre 2016 à 20h43

        kelenborn dit

        Oui !!cela m’a fait penser au bouquin de Lancelin où elle explique qu’à l’Obsolete, au lendemain des attentats on tient des propos que n’oserait pas proférer MLP, ce qui n’empêche pas ce beau monde de hurler au diable devant les caméras!!! Ah ils doivent avoir mal aux adducteurs mais c’est à cela que l’on mesure le courage politique! Coppé aurait du nous dire qu’il avait inventé cette histoire de pain au chocolat ce qui était prouvé par le fait qu’il n’en connaissait pas le prix!!! Des Fiottes aurait dit Aurier!!!

    • 4 Novembre 2016 à 10h10

      L'Ours dit

      Quand on entend ceux qui ont rejoint le camp Juppé, on ne les entend quasiment jamais dire à quel point il est formidable. Ce qui revient toujours, c’est que c’est lui qui a le plus de chance de battre Hollande et MLP.
      Ils viennent donc tous au secours de la victoire, quelle noblesse!

    • 4 Novembre 2016 à 10h00

      Jacques des Ecrins dit

      -1/ Juppé. L’homme est détestable : en ce qu’il incarne, à lui tout seul, caricaturalement, 40 ans d’abaissement du politique et le refus des Hauts Commis de l’État et des grands élus de la Nation de continuer l’Histoire de France, en lui permettant de demeurer l’enquiquineuse du Monde, par l’intelligence, la diplomatie, les Lettres, la souveraineté de la Femme et de l’esprit, contre Monsanto, McDonald, le Pentagone et Wall Street..

      -2/ Ses électeurs de la Primaire ne le sont pas moins : toujours aussi indécrottablement pétainistes, petits-moyens-grands bourgeois ou aspirant à ce statut, toujours prompts à rallier un homme sûr du Système, un ami des puissants, fût-il politiquement avéré être nullissime et de surcroit repris de Justice. Ces compatriotes malins ont parfaitement compris que, dans le choc à venir avec l’Oummat conquérante, ayant d’avance choisi Pétain, ils n’auront pas à risquer leur peau, dans la défense d’une République “passablement rétrograde, mon cher” et “si peu apte à s’adapter au Monde”.

      Et d’ailleurs, petits et/ou grands bourgeois survivent très bien à l’indignité.

    • 4 Novembre 2016 à 9h55

      Hannibal-lecteur dit

      Bien trouvée, l’image, Luc, qui résume l’homme : l’amorti au lieu du smasheur.
      Et encore plus si vous n’oubliez pas l’amorti face à l’Islam, l’amorti soumis… 

    • 4 Novembre 2016 à 9h45

      RED (From Tex) dit

      “Le passé est, à tout prendre, moins angoissant que l’avenir, et moins déprimant que le présent”…

      Tout est là, en effet…

      Bravo !

    • 4 Novembre 2016 à 1h39

      àboutdepatience dit

      Juppé semblait en avoir marre de tout et de toute cette histoire
      Il ne tiendra jamais cinq ans

      • 4 Novembre 2016 à 9h46

        RED (From Tex) dit

        “Encore un instant, Monsieur le bourreau” !…

        Un instant encore, c’est tout ce que veulent les Français.

      • 5 Novembre 2016 à 18h14

        orchidée31 dit

        Mais oui on le shoote tous les matins et avant chaque sortie par intraveineuse pour qu’il tienne debout -