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L’esprit de cagibi

Quand Alain Finkielkraut annonce qu’il vote Macron, on le soupçonne de faire le jeu du FN

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 02 mai 2017 / Politique

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finkielkraut macron chemin

Sipa. Numéro de reportage :AP22046750_000014 et AP21850694_000008.

« Donnez-moi deux mots de la main d’un homme et j’y trouverai de quoi suffire à sa condamnation », disait le Cardinal Richelieu. Aujourd’hui, grâce à ce formidable espace de démocratie que sont les réseaux sociaux, tous ceux qui adorent dénoncer, surveiller et punir ont un champ de manœuvres infini dans lequel des citations manipulatoires, intentionnellement ou pas, deviennent des vérités à force d’être répétées. Quelques tweets rédigés par des commentateurs malveillants ou désinvoltes, qui n’entendent que ce qu’ils veulent entendre et ne voient que ce qu’ils croient, suffisent à ripoliner n’importe qui en lepéniste ou, au moins, comme l’un de ceux « qui font le jeu de » – ennemis déclarés de ceux « qui font barrage à ». Du reste, même en l’absence de toute malveillance ou incompétence (absence rare mais possible), l’impératif absurde consistant à exprimer une opinion, à commenter ou à relayer un propos en 140 signes interdit par définition, toute nuance, toute précision, toute évocation du contexte. Le résultat, c’est que ce que vous dites importe beaucoup moins que ce que les plus tordus ou nigauds de vos auditeurs entendent.

Les piranhas chassent le dérapage

On pourrait cependant imaginer qu’un esprit aussi rigoureux que celui d’un journaliste de la grande presse,  alerté par un tweet sur un propos prêté à l’un ou l’autre, commence par se reporter à la source pour s’assurer qu’il s’indigne à bon escient. Le vacarme suscité par le dernier « Esprit de l’Escalier » montre que cette exigence minimale n’est pas toujours respectée. Peut-être exaltées par leur traque des ni-nistes et macronistes mous, certaines éminences de la procession se sont ruées sur quelques phrases prononcées par Alain Finkielkraut pour instruire son procès.

Précisons que nous-mêmes en avons tweeté quatre sur le compte de Causeur, et l’une d’elles, j’y reviendrai, accompagné d’un hashtag malencontreux. Notre but, évidemment, était d’attirer des auditeurs et des lecteurs, pas de donner de la barbaque aux piranhas (de papier) qui chassent le dérapage. Sauf que les piranhas, sans cesse sur le qui vive, ne cherchent pas la vérité et encore moins à comprendre les pensées qu’ils ne partagent pas : ils guettent la phrase qui discréditera son auteur et fera du retweet. D’où l’obligation déprimante dans laquelle se trouvent leurs cibles de fournir de longues explications de textes que l’on commente sans les lire.

Ainsi ont-ils ignoré notre premier tweet, reprenant la phrase dans laquelle Alain Finkielkraut déclarait qu’il voterait pour Emmanuel Macron.

C’est en ces termes et très tôt dans l’émission qu’il a fait cette déclaration: «  Je voterai Emmanuel Macron au deuxième tour car l’élection de la présidente du FN plongerait la France dans le chaos et la guerre civile. Mais je n’ai aucune nostalgie pour le No Pasaran. Je ne suis pas un barragiste forcené. » Pour démontrer qu’Alain Finkielkraut soutient Marine Le Pen ­– ce qui est par ailleurs un droit, peut-être faudrait-il le rappeler –, le plus simple était de faire  comme si cette déclaration n’avait pas existé. C’est pour cette raison que nous avons, après-coup, changé le titre sous lequel l’émission est présentée sur le site.

Alain Finkielkraut commente le duel opposant… par causeur

Finkielkraut votera Macron

L’ennui, c’est que, si on ignore ce point de détail (son vote), la suite de l’intervention peut prendre un tout autre sens que celui qu’elle a. En effet, si Finkielkraut n’avait pas annoncé quel bulletin il déposerait dans l’urne, (et si par ailleurs on ne savait rien de lui et de ses engagements), on aurait peut-être pu prendre sa critique d’Emmanuel Macron pour un choix en faveur de Le Pen. Manque de chance pour ceux qui aimeraient bien ajouter ce chef d’accusation à la liste de ses crimes (le premier étant de ne pas faire partie du parti de demain…) il a décidé de voter Macron tout en critiquant en termes solennels sa visite au Mémorial de la Shoah : « Pour achever de convaincre les indécis, Emmanuel Macron a choisi de dramatiser les enjeux. Après une visite à Oradour sur Glane, il était dimanche au mémorial de la déportation. Cette initiative n’a pas eu sur moi l’effet escompté, elle m’a mis dans une colère qui a surpris et choqué mes proches. Je m’en excuse auprès d’eux mais c’est le fils de déporté en moi qui hurlait. On ne peut pas faire de l’extermination des juifs un argument de campagne. Les morts, et ces morts tout particulièrement, ne sont pas à disposition. Le devoir de mémoire dont on parle tant consiste à veiller sur l’indisponibilité des morts. » Il a également fait valoir que ce ne sont pas des militants frontistes ou identitaires qui menacent des Juifs aujourd’hui et en incitent beaucoup au départ. Malheureusement, Jean Birnbaum devait avoir un bœuf mironton sur le feu, car il a zappé les minutes suivantes, au cours desquelles notre académicien est longuement revenu sur les dérives négationnistes ou soraliennes de certains cadres FN. D’où le tweet courroucé du patron du Monde des Livres.

Quant à Gilbert Collard, qui semble avoir écouté l’émission puisqu’il en retranscrit un long extrait, il s’est contenté d’une coupe franche : c’est précisément le passage où il est question de l’affaire Jean-François Jalkh et du passé du FN. Comme quoi on peut être manipulé par tous les camps.

On peut, bien sûr, ne pas partager le point de vue d’Alain Finkielkraut sur la campagne mémorielle d’Emmanuel Macron. Mais quand le fils d’un déporté s’insurge contre une célébration de la Shoah le rôle d’un honnête homme et d’un intellectuel est de douter, pas de pointer du doigt l’un des rares penseurs qui ose transgresser ce consensus à bon compte. Car enfin, être antinazi aujourd’hui ne demande pas un grand courage. En conclusion de l’émission, Finkielkraut a prononcé cette phrase : « Nous avons plus à craindre dans les temps qui viennent de la fanatisation de la bienpensance que de la résurgence du fascisme. » Ariane Chemin, également journaliste au Monde, l’a relayée, accompagnée de ce commentaire désabusé : « Quel week-end »

Certes, nous avons-nous-mêmes commis une erreur en tweetant cette phrase sous les hashtags #Macron #LePen, et nous présentons nos excuses à Alain Finkielkraut et à tous ceux qui ont été induits en erreur. Appliquée au duel du deuxième tour, cette phrase pouvait signifier qu’Emmanuel Macron était, pour Finkielkraut, plus dangereux que Marine Le Pen. Encore une fois et quoi qu’en pensent mes confrères, on a le droit de croire cela puisqu’on a le droit de voter Le Pen. Sauf qu’Alain Finkielkraut, lui, pense le contraire. Avant de tirer des conclusions désobligeantes d’une phrase, le minimum est de vérifier à quel sujet elle a été prononcée. Il se trouve qu’à ce moment-là, Alain Finkielkraut ne parlait plus de la campagne électorale mais des poètes inscrits au programme de l’agrégation de Lettres modernes – non, je ne vous résumerai pas ce passage, vous n’avez qu’à écouter l’émission, elle dure vingt-cinq minutes. Si Ariane Chemin s’était donné la peine de le faire, elle aurait passé un meilleur week-end.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 3 Mai 2017 à 20h02

      Emmanuel dit

      Ce matin même Jean-Jacques Bourdin qui recevait Dominique de Villepin a eu le culot de dire qu’Alain Finkielkraut avec d’autres, était prêt à se tourner vers Marine Le Pen!!!!! Ce Monsieur qui se prend pour un champion de l’information objective prend-il la peine de vérifier l’exactitude de ce qu’il dit? On a la preuve que nom. Par ailleurs il me fait rire ce chevalier blanc qui part bille en tête contre l’extrême droite, car dans l’article le concernant sur Wikipédia (sous réserve que ce qui y est écrit soit exact) on peut lire :” A 16 ans il participe à la campagne pour l’élection présidentielle de 1965 en collant des affiches pour le candidat d’extrême droite Jean-Louis Tixier Vignacour, aux côtés de son père partisan de l’Algérie française” (sic). Erreur de jeunesse nous répondra certainement Jean-Jacques Bourdin; certes, mais cela devrait l’amener à un peu plus de modestie et de retenue dans ses propos, lui qui, lorsque cela l’arrange ressort à ces interlocuteurs des faits lointains et lorsque cela le dérange dit qu’il s’agit du passé et qu’il ne faut s’intéresser qu’à l’avenir.Il me semble qu’il pourrait présenter ses excuses à Alain Finkielkraut pour avoir énoncé sciemment une contre-verité avérée. Mais là je rêve sans doute.

    • 3 Mai 2017 à 19h23

      emmanuel dit

      Des policiers qui brûlent, des Français assassinés, l’islam qui tuent des Juifs et d’autres innocents, mais Finkielkraut votera pour Macron car “avec Le Pen ce sera le feu et le sang”…et le syndrome de Stockholm et l’esprit de Munich toujours dans un seul homme: Finkielkraut.

      • 3 Mai 2017 à 19h25

        steed59 dit

        sors de ce corps raymond barre

        • 4 Mai 2017 à 14h07

          emmanuel dit

          J’ai écrit “d’AUTRES innocents”, margoulin. 

    • 3 Mai 2017 à 18h00

      drloicvud dit

      Si j’ai bien compris Alain Finkielkraut choisit le vote Macron « car la très improbable victoire de Marine Le Pen mettrait le pays à feu et à sang » donc pour éviter un risque de guerre civile. Affirmation sage à première vue et que j’ai partagée aussi. On pourrait ajouter aussi et c’est le thème, pour éviter de faire le jeu de Daech, qui consiste à fracturer la société française.
      Mais le reste de l’émission revient à dire que la lucidité du diagnostic sur la société française est plutôt du côté de Marine le Pen et en tout cas pas du côté Macron. Cependant, le FN ne reste guère fréquentable au présent juge Alain Finkielkraut, à tort ou à raison. A.Finkielkraut maintient son choix d’E. Macron pour cette raison sans doute aussi.
      Pourtant si l’opinion générale marque la lucidité « du sceau de l’infamie pétainiste » comme le dénonce à juste titre Alain Finkielkraut, l’aveuglement sur la situation réelle de la France caractérise Macron plutôt que le Pen. Dans ces conditions, la situation redoutée de guerre civile résulterait de la perception fausse qu’a l’opinion dominante de la situation de la France et du discours de Marine Le Pen. N’est-ce pas tout céder à la foule et au chantage médiatique ? Et quel courage aurions-nous à nous ranger derrière ceux qui d’une part ne voient pas la situation en vérité mais qui d’autre part pourraient quand même déclencher une guerre civile ? Car qui la déclencherait? Comment pourrions-nous, comme électeurs, sortir honorablement de cette situation ? Ne faut-il pas préférer alors, dans ce cas, avoir raison avec MLP que tort avec Macron ? Choisir le silence plutôt que dire la vérité en espérant favoriser (illusoirement peut-être d’ailleurs) la paix et le vivre-ensemble est-il vraiment à la hauteur des enjeux ?

      Finalement, après avoir écouté l’émission, le choix d’A. Finkielkraut, personne que je respecte profondément, me laisse donc perplexe.

    • 3 Mai 2017 à 15h33

      benny13 dit

      M.Finkielkraut annonce qu’il vote Macron, donc il vote pour quelqu’un qui pense que l’art français n’existe pas, no comment…
      Et ce besoin de le dire prouve qu’il aime bien ce petit bruit narcissique du système.
      Comme je le plains de s’être à ce point rabaisser. Mais le goût de fiel est relatif, tout comme la culture qu’il défend.
      C’est une attitude de perdant, tout comme ceux qui déposent des bougies post-attentats…un petit dessin pour Macron peut-être, allez Monsieur, svp dessinez moi un mouton…

    • 3 Mai 2017 à 11h22

      emmanuel dit

      230 morts en France, des enfants écrasés, d’autres avec une balle dans la tête, des victimes énucléées, etc… des centaine de milliers de faux réfugiés payés avec les impôts des Français, et l’industrie française détruite…mais attention Finkielkraut votera Macron, car si Le Pen passe, ce sera le chaos…  

      • 4 Mai 2017 à 22h34

        jst dit

        J’entends ce que vous dîtes et je ressens votre angoisse.
        Mais on ne peut pas construire une politique sur de l’émotion.
        La rationalité commande aujourd’hui de voter Macron, peu importe l’extrême.
        le 3eme tour législatif viendra, il permettra de gouverner avec une présidence qui y consentira plus aisément avec Macron.
        signé: un électeur de droite.

        • 5 Mai 2017 à 14h30

          emmanuel dit

          Ce n’est pas de l’émotion, c’est une prédiction froide et rationnelle que le Front National a relayée, depuis trente ans. C’est la raison qui nous dit que les naturalisations, le regroupement familial, que l’immigration tuent.

    • 3 Mai 2017 à 9h48

      accenteur dit

      La présence de Sancho Pensum et d’autres ici, sur Causeur, me rassure. C’est quand les contradicteurs sont éjectés soit par la censure d’un journal, soit par les commentaires des abonnés au journal que j’ai peur.

    • 3 Mai 2017 à 9h12

      Hannibal-lecteur dit

      Je blaire pas l’Europe telle qu’elle est …mais je veux pas en sortir : c’est du dedans qu’on peut modifier, pas de l’extérieur. Donc je voterai pas MLP. 
      Je blaire pas François Macron, j’en veux trop aux socialistes imbéciles du marasme où ils ont mis le pays. Donc je voterai pas Macron.
      Le vote blanc qui vaut le vote nul me fait remettre mon sort dans les mains de mes compatriotes, et parmi eux les débiles majoritaires qui ont élu NulHollande : pas question. 
      Trois impossibilités, trois pires. Le plus pire ? Nier ma responsabilité, remettre mon sort à autrui, voter blanc : non. Le pire suivant ? Sortir de l’euro et de l’Europe. Non. Reste Macron, comme Finkie, merde alors! Il est verni, ce mec!

      • 3 Mai 2017 à 9h34

        accenteur dit

        Hannibal
        La disparition prévue de longue date du PS, remplacé par Macron en laisse beaucoup sonnés.
        Macron passera ; les écervelés qui croient à la résolution uchronique des problèmes de l’histoire, ne nous laissent pas une minute de répit, ils appellent à lutter contre le fascisme. Encore que le danger viennent plutôt de la “soumission” à l’islam.
        Le problème de beaucoup, dont moi, c’est d’affaiblir macron.
        Seul un vote FN permettra de rogner sur les 60% dont le gratifient les sondages.
        Sans état d’âme.
        Il lui en restera assez pour être vainqueur du 2° tour, mais pas assez pour nous faire le V de la victoire car sa victoire doit être étriquée pour ne pas dire riquiqui.
        La France qu’il propose c’est pas la mienne.

        • 3 Mai 2017 à 9h36

          accenteur dit

          correction : le danger vienne

        • 4 Mai 2017 à 8h51

          Hannibal-lecteur dit

          Affaiblir Macron, très d’accord, petit zoizo, mais …si c’était trop ? Ce risque, je prends pas.

      • 3 Mai 2017 à 19h04

        Flo dit

        Eh bien veautez Macron, Hannibal !

        • 4 Mai 2017 à 8h53

          Hannibal-lecteur dit

          Flo, c’est pas gentil d’appuyer là où ça me fait déjà tant souffrir!

        • 4 Mai 2017 à 9h15

          Flo dit

          Radagast a dit hier soir après avoir vu un peu du débat que le seul vote honnête était le vote blanc.  Je pense qu’il a raison. 

    • 3 Mai 2017 à 2h02

      Sadim dit

      Cet article qui sonnerait presque comme une manière de repentance contient tous les ingrédients qui explique mon vote pour MLP.

      1. Le climat qui oblige tout le monde a indiquer son vote futur, ce qui est en soi hautement non républicain, surtout s’il est critique des choses;
      2. Cette dénaturation de notre institution démocratique qui exige que quiconque qui formule une quelconque critique indique dans le même temps qu’il votera néanmoins pour celui que le système désigne comme le seul candidat “licite”;
      3. Cette obscénité avec laquelle Madame Levy (pardonnez moi Madame, mais c’est la vérité !) doit répéter encore et encore que Mr Finkielkraut vote Macron en espérant que le maître aura l’insigne mansuétude de rappeler la meute de chiens de garde qu’il a déployé.

      Mais putain, cette feue grande nation française mérite t-elle encore d’exister quand de telles infamies prospèrent en toute impunité ? 

    • 3 Mai 2017 à 0h52

      Philvar dit

      La guerre civile possible, mais sous Micron seulement,est très bien décrite dans “Guerilla” de Laurent Obertone. Sous Marine la police devrait être plus efficace et mieux armée; enfin il faut l’espérer… sous Micron c’est sur que non !

    • 3 Mai 2017 à 0h39

      Philvar dit

      « En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » [George Orwell.]