Finkielkraut: “Macron élu, le soulagement et l’abattement” | Causeur

Finkielkraut: “Macron élu, le soulagement et l’abattement”

Entretien avec l’académicien

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 16 mai 2017 / Politique

Mots-clés : , , ,

Emmanuel Macron ne veut pas reconquérir les territoires perdus de la nation, il veut les séduire. Avec son élection, le désastre nous a sauvés de la catastrophe. L'analyse d'Alain Finkielkraut.
macron le pen memorial shoah

Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Image : Eric Feferberg.

Causeur. Le 1er avril, vous déclariez dans Le Figaro que « jamais une atmosphère aussi lourdement prescriptive n’avait pesé sur une élection présidentielle ». Comme prévu, nous avons validé le scénario qui, selon vous, était écrit pour nous : « Éliminer au premier tour le candidat de la droite et du centre discrédité par les affaires, puis élire au second le candidat d’En Marche ! pour faire barrage au Front national. » Et si, comme vous le lanciez en conclusion, « il ne s’agit plus, en votant, de choisir, mais d’obéir », eh bien vous avez obéi, puisque vous avez voté pour Emmanuel Macron. Comment avez-vous vécu l’issue de ce scrutin ?

Alain Finkielkraut. Lorsque j’ai vu s’afficher les résultats, j’ai éprouvé un double sentiment de soulagement et d’abattement. Soulagement parce que l’élection, certes très improbable de Marine Le Pen, aurait été une véritable catastrophe. Elle nous aurait plongés dans le chaos et dans la guerre civile. Le débat de l’entre-deux tours a levé tous les doutes : par son mélange de hargne et d’incompétence, Marine Le Pen a montré qu’elle n’était pas taillée pour la fonction.

Vous seriez-vous trompé en pariant sur une certaine banalisation du Front national et sur une rupture entre le père et la fille ?

Non, car ce n’était pas la bête immonde, mais la faiblesse insigne de la bête. En « cassant tous les codes », elle n’a pas démasqué son pétainisme, elle a voulu donner une forme trumpiste à un discours mélenchonien. C’était grotesque et insupportable. Il fallait la sanctionner. Je l’ai fait, sans la moindre hésitation. Mais l’abattement domine en moi car avec la double crise de la transmission et de l’intégration, le problème de la France est d’ordre civilisationnel. Tout, dans le comportement et dans les propositions d’Emmanuel Macron, tend à me faire penser qu’il n’est pas l’homme de la situation.

En êtes-vous certain ? N’exagérez-vous pas le danger qu’il représente ?

Vous me direz sans doute que je suis trop attaché aux symboles. Mais Emmanuel Macron chante La Marseillaise les yeux fermés, la main sur le cœur, comme s’il voulait valider le diagnostic de Régis Debray et, au moment même de présider aux destinées de la France, manifester urbi et orbi, que nous sommes devenus américains.

C’est un peu léger comme preuve ! Vous surinterprétez ce qui n’est peut-être qu’une faute de goût.

Je surinterprète, dites-vous, mais j’ai encore à l’oreille le discours qu’a tenu Emmanuel Macron dans

[...]

  • couv.46

    Article réservé aux abonnés

    publié dans le Magazine Causeur n° 105 - Mai 2017

  • X

    Article réservé aux abonnés

    Déjà abonné, connectez-vous


    mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
     

    PAS ENCORE ABONNÉ ?

    couv.46
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 18 Mai 2017 à 8h58

      Amaury-Grandgil dit

      Pourquoi avoir voté pour lui donc ?

    • 18 Mai 2017 à 8h14

      Livio del Quenale dit

      Finkielkraut ne donne pas du prédigéré à consommer tel-quel mais un support de réflexion, en éclairant à sa façon les événements considérés.
      Libre à vous d’en faire ce que vous voulez.

    • 18 Mai 2017 à 8h10

      Livio del Quenale dit

      ”La guerre de qui contre qui ?”
      -
      La guerre civile est un affrontement armé entre des habitants d’un même pays.
      -
       Depuis 1981 la politique des gouvernements successifs ont dressé une partie de la population contre l’autre.
      De son coté le FN profite de la situation en exploitant cette lutte hégémonique, mais n’est pas l’instigateur de l’affrontement naissant entre musulmans et le reste de la population lequel en fait pour être clair est entre juifs et musulmans .
      Cette querelle étrangère importée en France se développe et nous avons tort de l’épouser.
       Et ce nouveau gouvernement de par son corps constitué va repartir sur les traces des précédents, sans comprendre que probablement ce sera sa perte n’ayant pas perçu que c’était la raison de l’explosion des partis politiques majeurs et aussi l’enjeu de ces élections.
       Enjeu qui fut révélé le long de cette campagne présidentielle, mais sans le dire très ouvertement sur les podiums et les plateaux TV.
      Ce “non dit” par ces “politiques” timorés ou trouillards, prépare une nouvelle déception qui a terme pourrait se transformer en affrontement civil dans les rues, tellement coûteuse que le peuple dans sa sagesse attend de voir encore une fois si de cet homme vanté comme intelligent et surtout promu comme un produit car il semble qu’il ait l’intelligence de laisser faire ses stratèges marketing qui l’on assis sur le trône mais pour quel règne ?   
      La guerre civile c’est l’étape suivante .
      –  

      • 20 Mai 2017 à 16h06

        Pierre Jolibert dit

        Le Répliques de samedi prochain portera sur le thème de la guerre civile !
        j’espère que la prestation sera à hauteur de la difficulté du sujet.

    • 17 Mai 2017 à 16h16

      Betty dit

       Je n’ai aucune confiance dans cet énergumène bouffon, illusionniste, j’attends de voir mais je n’ai aucunes illusions. Nous allons tout droit à la catastrophe car 66 % d’imbéciles ont voté pour l’homme qui va nous apporter encore plus d’immigration plus d’islam, plus de mosquées et on devine comment tout cela va se terminer : dans le sang.

    • 17 Mai 2017 à 13h48

      accenteur dit

      Sancho Pensum 19H29
      “Macron est intelligent”dites-vous et j’ajoute que lorsque l’on voit tous ces énarques autour de lui, on se dit que le malade France est entre de bonnes mains.
      Souhaitons-nous bon rétablissement.
      Toutefois faire remarquer que leur intelligence peut ne servir à rien, s’ils ne savent pas communiquer, s’ils n’inspirent pas confiance, s’ils se mettent à être présomptueux (quelle idée ?), à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, s’ils ne prennent pas la bonne décision au bon moment, celle qu’attend précisément la majorité de Français, s’ils se mettent à mentir, à cacher (quelle idée ? ) à nous mépriser, et tentent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes et leurs demi-succès pour des victoires.
      Bref Macron a commis malgré toute son intelligence des bévues choquantes. Mauvais signe.

      • 17 Mai 2017 à 14h05

        C. Canse dit

        Accenteur 

        Je ne sais si Macron est (un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout) intelligent mais 66% d’abrutis l’ont cru. 

        • 17 Mai 2017 à 15h47

          accenteur dit

          C.Canse
          -)
          Ce serait le comble de l’intelligence d’être élu par des aigus et des persans.

        • 17 Mai 2017 à 15h51

          C. Canse dit

          Accenteur

          Je ne comprends pas : “aigus, persans” ? 

        • 17 Mai 2017 à 17h11

          accenteur dit

          C.Canse

          c’est tellement stupide que j’en ai honte.
          Bon alors, les abrutis n’ont pas une intelligence aigüe ni perçante. J’ai alors fais une anti-phrase – non, je n’ai rien bu ce midi – qui évoquait les aigus et au moment d’écrire son synonymes, perçant, je me suis rappelée les reproches adressés à Macron concernant ses mamours aux muftis, d’où… les persans.
          Première journée chaude, je dois éviter le soleil.

        • 17 Mai 2017 à 17h14

          C. Canse dit

          Accenteur 

          :-))

          “Je vous ai compris.”

      • 18 Mai 2017 à 10h14

        Hannibal-lecteur dit

        Accenteur, CCC, vous êtes merveilleuses de rancoeur! Une rancoeur que je partage mais qui ne doit pas perturber votre jugement : il est de fait que Macron est très intelligent : le choix de son premier ministre pour torpiller la droite aux législatives en est la plus spectaculaire manifestation, mais en outre il a manipulé tous les symboles à son profit et sans erreur à l’occasion de son sacre.
        Cependant si vous mettez ma grand-mère au volant d’une Ferrari, ses performances seront limitées et le danger est le même avec Macron : de sa belle intelligence, que va-t-il faire?
        C’est pourquoi il faut absolument n’envisager que les côtés positifs de la situation, et …simplement mettre à l’assemblée une majorité LR – quoiqu’on en aie – pour piloter Macron : c’est quand-même encore le gouvernement qui gouverne …sous surveillance de l’assemblée.