Alain Delon va bien, Claude Miller est mort | Causeur

Alain Delon va bien, Claude Miller est mort

Auteur

Patrick Mandon

Patrick Mandon
éditeur et traducteur.

Publié le 06 avril 2012 / Brèves

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« Je vais bien, très bien, rassurez-vous. Et cessez de dire n’importe quoi!». Voilà ce qu’a voulu signifier Alain Delon, 76 ans , jeudi matin, à peine sorti de l’Hôpital américain, à Neuilly, après avoir subi une légère intervention destinée à corriger son arythmie cardiaque.
Mais rien ne va plus pour Claude Miller, dont on a annoncé la mort, le même jour. Miller, excellent cinéaste, inscrit dans la tradition du cinéma français « de qualité », autrefois honni par François Truffaut, plaçait dans ses films, souvent, un trait de pessimisme, voire de cruauté, qui leur donnait un vrai relief. Claude Miller aurait sans doute pu offrir à Delon un rôle aussi fort que celui de Michel Serrault, dans Garde à vue. Cela ne se fera pas.

Delon, contrairement à ce que vont répétant les imbéciles, est un homme qui n’aime rien tant qu’admirer ses pairs. il aurait volontiers tourné un petit rôle auprès de Marlon Brando, pour le bonheur de l’accompagner. il a toujours proclamé sa fierté d’avoir joué sous la direction de Jean-Pierre Melville, Joseph Losey, Alain Cavalier, Louis Malle, Luchino Visconti, Jean-Luc Godard, René Clément, Bertrand Blier, et d’avoir donné la réplique à Jean Gabin, Lino Ventura, Burt Lancaster, Maurice Ronet… Il est vrai que, par la suite, son affaire se compliqua quelque peu ; si l’on regrette l’insuccès de l’excellent Retour de Casanova (Edouard Niermans), ou oublie volontiers L’Ours en peluche ainsi que Le jour et la nuit.

Il est sans emploi digne de lui, depuis plusieurs années. Quel scénariste, quel metteur en scène, quel producteur s’uniront pour lui donner le dernier grand rôle de son crépuscule ? Delon, c’était hier. Et aujourd’hui, qui donc est « bancable » ? En France, Michaël Youn, Jean Reno, Franck Dubosc ! En Amérique, Justin Timberlake : l’allure et l’arrogance d’un type qui vient de placer un crédit subprime à une famille surendettée : rien de mystérieux, le corps plat, habillé et conseillé par un gourou hollywoodien de la psychologie et de la diététique réunies. Timberlake, des petits yeux, une bouche étroite, des lèvres courtes, qui le font vaguement ressembler à Dechavanne jeune. Voilà nos « stars » ! Hier, le samouraï, aujourd’hui, un trader. Et demain ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 29 Janvier 2013 à 11h42

      pic dit

      Patrick Mandon : un artiste de la pensée concise et juste, il fait court pour notre plaisir et n’emberlificote pas sa pensée de citations pédantes ni de développements superflus, en bref, un vrai journaliste !

    • 6 Avril 2012 à 20h32

      Patrick Mandon dit

      Vous avez raison, Alain Briens, je les ai associés par la faute d’un film récent, et sans doute navrant, qui les réunit. Jean Reno vaut mieux que cela.
      Il reste que le cinéma, me semble-t-il, veut oublier le pouvoir de fascination, voire de répulsion, que devraient posséder quelques rares, mais nécessaires, « monstres sacrés ». Les temps changent, bien sûr, le public veut sans doute des têtes nouvelles, mais est-on sûr qu’il ne cherche pas des « monstres sacrés » qui incarneraient ses fantasmes comme sa fantaisie. Vous allez me répondre Jean Dujardin, et vous n’aurez pas tort. Mais ce dernier est encore trop solaire pour figurer la part d’ombre qu’assumait Delon. En Amérique, il y a un type intéressant :  Russel Crowe, qui d’ailleurs n’est pas américain, et quelques autres, dont Joaquin Phoenix (ils jouent tous deux dans Gladiator, superproduction très habilement faite, qui m’a rappelé un peu la « manière » de Cecil B DeMille, réalisateur sous-évalué, qui mérite d’être mieux considéré par la postérité (il paie son attitude de dénonciateur odieux pendant le maccarthysme).

    • 6 Avril 2012 à 11h22

      Alain Briens dit

      Merci, Patrick Mandon, d’écrire un article aimable sur Alain Delon, et plus encore de fustiger les imbéciles grégaires propagateurs de calomnies.

      Notre époque si snob et prétentieuse ne pardonne pas à Delon d’avoir montré toutes les facettes de son talent dans des films ambitieux qui n’en trouvaient pas moins leur public, contrairement à ceux défendus par un autre rédacteur de Causeur dont la simple évocation fait déjà tomber les paupières. Vous avez cité “Le Samouraï”, j’évoquerai “Rocco et ses frères”, “M. Klein” et “Le Guépard”.
      Notre époque si lisse et si correcte ne peut non plus aimer un homme dont la trajectoire ne fut pas toujours rectiligne, ce qui est souvent le propre des grandes personnalités.

      Mais, de grâce, si Jean Reno ne peut prétendre jouer dans la même catégorie que Delon, il est excessif de le reléguer dans celle de Michael Youn !