Tais-toi quand tu parles | Causeur

Tais-toi quand tu parles

Une histoire du silence depuis la Renaissance

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
Né en 1974, Thomas Morales est journaliste indépendant et écrivain.

Publié le 21 janvier 2017 / Culture

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Un manifestant en Pologne, avril 2013. SIPA. AP21385636_000001

Chut ! A l’approche de l’élection présidentielle, c’est le seul mot d’ordre audible et sincère que les citoyens ont envie d’entendre. Le plus respectueux serait donc de se taire. Militons pour cette utopie-là, une société enfin débarrassée de tout ce tintamarre médiatique. Notre classe politique qui a collectivement échoué dans ses missions cardinales depuis des années devrait apprendre la pondération et l’introspection. Le renoncement sans fracas, sans flonflons, sans gloriole n’est pas un acte honteux. Difficile pour ces personnalités publiques saturées d’ondes hertziennes de résister au brouhaha, ce vacarme des hémicycles et des plateaux télé, ce besoin d’exister par la force du verbe.

L’après-guerre avec sa mondialisation tentaculaire et la prolifération des réseaux sociaux au cœur même de l’intime ont bouleversé les rapports humains, perverti jusqu’à l’art délicat de la conversation. Un mode de vie décomplexé où le clinquant fait désormais office de paravent, où l’éclat remplace l’intelligence.

“Sur la terre un endroit écarté”

Une conséquence aussi de notre incapacité à nous arrêter, à observer la nature, les visages, les corps sans cet irrépressible pulsion de commenter, de gesticuler, de perdre en somme toute singularité. Faut-il absolument parler, s’agiter pour que notre voix porte loin ? Dans un monde qui refuse les temps morts, les longues plages d’abstinence, qui court après une célébrité criarde, une audience tapageuse, le silence fait peur. Il met à distance les égos. Il tétanise les fanfarons. Il a une vertu quasi-révolutionnaire, celle de reposer l’âme et de la nourrir en profondeur. Avant de s’engager dans la campagne, tous les candidats devraient lire Histoire du silence – De la Renaissance à nos jours d’Alain Corbin aux Editions Albin Michel.

Ils prendraient une magistrale leçon de maintien à travers les âges, une invitation à la componction et au calme intérieur. « Le silence n’est pas seulement absence de bruit » écrit-il, en prélude, de son ouvrage. L’historien travaille depuis longtemps sur les signaux faibles, les marqueurs sensoriels et autres liens invisibles qui agrègent la communauté nationale. On lui doit notamment des livres tels que Le Miasme et la Jonquille, Les Cloches de la terre (Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIXème siècle) ou Histoire du corps. En s’appuyant sur les textes de grands écrivains (Gracq, Claudel, Huysmans, Proust, Hugo, etc…), il tente d’inventorier les différentes formes de silences dans des lieux ouverts (la mer, la montagne, les bois, la ville) ou fermés (la chambre, les couloirs, le monastère, la bibliothèque, la prison). Une gamme chromatique passionnante de nuances, de frémissements presque imperceptibles et de recul sur soi. On ressort apaisé de cette lecture, les sens en alerte prêts à capter l’infiniment petit.

Comme une clarté intérieure

D’un style clair sans jargonnage universitaire, Alain Corbin dessine une fragile ligne de crête entre le bruit et l’être. Son étude subtile du recueil Un été dans le Sahara d’Eugène Fromentin paru en 1857 éclaire certaines zones d’ombre, notamment le sentiment d’infini qui saisit le voyageur dans le vide du désert. « Le silence communique à l’âme un équilibre que tu ne connais pas, toi qui as vécu dans le tumulte : loin de l’accabler il la dispose aux pensées légères » notait-il dans son récit. L’historien s’intéresse également aux quêtes méditatives du XVI et XVIIème siècle en se référant à Ignace de Loyola, Bossuet et l’abbé de Rancé. Cette recherche de l’oraison intérieure produisait sur les individus une réflexion existentielle. Le recueillement ne nuisait pas forcément à la rencontre avec l’autre, voire même au partage.


Alain Corbin “une histoire du silence” par la-grande-librairie

Il s’imposait plutôt comme une forme de rempart contre la vanité. En avançant dans les époques, le silence devient un instrument pour dompter les caractères que ce soit à l’école, à l’armée ou dans le labeur agricole, il sous-entend les hiérarchies et les différences de classes. Le silence corporel qui régente les repas ou les attitudes en société institue de nouvelles règles de politesse. Il est alors synonyme de distinction et d’élévation sociale. L’historien dresse enfin « les bienfaits et les méfaits » du silence dans une étude des caractères que La Bruyère aurait validée. Espérons que les postulants au titre suprême fassent preuve à minima de mesure dans leur propos. La République l’exige.

Histoire du silence – De la Renaissance à nos jours – de Alain Corbin – Albin Michel

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    • 23 Janvier 2017 à 10h46

      keg dit

      Message important à ceux qui postulent et siègent : ne parlez pas (et plus) , agissez…;
      Le peuple commence par une gifle et pourrait bien finir en atout pique avec vos têtes (vos amis djihadistes du “vivre ensemble”, eux et vous, affutent leurs cimeterres ….)
      C’est où la bastille?

      http://wp.me/p4Im0Q-1v7

    • 21 Janvier 2017 à 20h22

      Ibn Khaldun dit

      J’avais acheté l’ouvrage l’année dernière, pensant y trouver une matière féconde sur le sujet, bien mal m’en aura pris. De la part d’un historien comme Alain Corbin, le moins que l’on puisse dire est que cette Une histoire du silence est quelque peu singulière. On reste coi, si j’ose dire, devant si peu de référence à la genèse du silence.

      En outre, prétendre en faire l’histoire en 210 pages, est une pantalonnade. Un tel sujet aurait mérité d’être bien plus étoffé. À la place, nous avons une litanie de citations sur le “silence” et quelques mots clés pour agrémenter tout cela. Il n’y a aucune analyse, aucune perspective historique et/ou linguistique et, le comble, aucune analyse de cette “histoire” du silence dans la littérature. Ce dernier point est, pour moi, inconcevable.

      Un ouvrage qui, au final, est profondément décevant et inutile. L’auteur des estimables Le miasme et la jonquille et La douceur de l’ombre est méconnaissable dans cet ouvrage qui semble être plus un livre de commande qu’autre chose. Je ne recommande nullement ce livre. Une histoire du silence reste à écrire…

    • 21 Janvier 2017 à 12h34

      Schlemihl dit

      Dans plusieurs occasions , bien des bouches ont été ouvertes qui auraient beaucoup mieux fait de ne s’ ouvrir pas . Citons la guerre de Corée , la mort de Staline , la guerre du Viet Nam , la Chine de Mao , la révolution sexuelle des années 70 , le mur de l’ Apartheid , la dernière guerre de Gaza , les Printemps arabes , les armes de destruction massive en Irak , le climat et les réserves de pétrole . Sans oublier les véritables causes du ” terrorisme ” et le délire sécuritaire ( poil au dromadaire ) .
      Ce qui prouve qu’ une personne qui se tait diminue le risque de dire des sottises , ce qui est un grand avantage .
      Pour cesser de donner le mauvais exemple , je me tais .

      • 21 Janvier 2017 à 12h43

        Habemousse dit

        Et pourtant, bien des drames s’ourdissent dans le plus grand silence, celui qui précède la tempête.  

        • 21 Janvier 2017 à 13h16

          Schlemihl dit

          Habemousse

          Il est vrai . Je pensais aux experts spécialistes connaisseurs qui jacassaient et jacassent encore , caquetant dru et disant de bien belles choses

          En 1960 les ressources de pétrole seront épuisées . L’ humanité court vers la famine ( c’ est dommage mais il meurt moins de gens de faim ) . Staline restera dans l’ Histoire comme le plus grand Héros de l’ invincible Révolution communiste . Le gouvernement maoïste a mis fin à la famine et a engagé le Peuple Chinois vers une révolution morale et spirituelle que le monde n’a jamais connue . Les chutes de neige sont un fait du passé . Je me tais ( Schlemihl ) .

          Ils continuent à jaboter , le caquet irrabattable

    • 21 Janvier 2017 à 11h20

      Naif dit

      l’auteur oublie le silence assourdissant des musulmans qui laissent une minorité tuer en leur nom.  C’est ce même silence qui a permis la déportation et l’extermination de millions de juif et de centaine de milliers de tziganes. à trop aimer le silence  on en arrive à devenir amnésique, peut être que cet article mérite de finir dans l’oubli ?

    • 21 Janvier 2017 à 9h55

      Habemousse dit

      Ne pas ouvrir la bouche dan le désert peut sauver le voyageur d’une indigestion de sable ; c’est un bon entrainement que seuls, quelques rares politiques appliquent à nos dépens, tels monsieur Fabius et quelques autres qui, à force de ne rien dire, passent pour des sommités.

       Et pourtant, prêcher dans le désert n’est-il pas un gage d’audience depuis deux mille ans ?

      A cette époque, la voix portait mieux et les fidèles moins habitués au sermons qu’aujourd’hui où chacun vous répète du matin au soir, et lycée de Versailles, ce qu’il faut penser et dans quelle direction.

      Le silence est enrichissant, comme le bruit du vent qui le fait avancer sur l’océan ; le bruit est enrichissant quand le silence nous le rend absent.

      Lire est l’acte le plus silencieux qui soit, et pourtant, que de tempêtes , d’images et d’actions ne déchaine t-il pas dans l’esprit du lecteur, emporté par le bruit et la fureur ?

      Si monsieur Quies daignait retirer ses boules du même nom, il pourrait nous donner son avis ? 

      • 21 Janvier 2017 à 9h57

        Habemousse dit

        … dans…

        • 21 Janvier 2017 à 12h36

          Schlemihl dit

          Les boules Quies ? dans les oreilles j’ imagine , encore qu’il soit possible de les fourrer ailleurs .

    • 21 Janvier 2017 à 8h10

      alain delon dit

      Photo peu flatteuse de J.Leroy en plein climax cégétiste

      • 21 Janvier 2017 à 9h06

        Archebert Plochon dit

        “Gna-gna ! Gna-gna ! Ça va pé-ter !”